SALVIEN
GGCLXI.
Démonstration de la Providence.
Qu'y a-t-il d'aussi insensé que de ne pas nier que Dieu a cré toutes choses et denier qu'il les gouverne? D'avouer qu'il les a faites et de dire qu'il néglige ce qu'il fait ? Comme s'il n'eût eu d'autre but, en faisant toutes choses, que de négliger ses ouvrages! Pour moi, je dis qu'il a tant de soin de ses créatures que je veux prouver qu'il s'occupait d'elles, même avant de les créer. C'est ce que le fait lui-même de la création montre évidemment. 11 n'aurait rien créé, si, avant de le faire, il n'en avait eu la pensée : cela est d'autant plus clair que dans le genre humain il n'y a personne qui soit assez stupide pour entreprendre , achever un ouvrage , et le négliger une fois achevé. Celui qui cultive son champ le cultive pour le conserver, après l'avoir fertilisé. Celui qui bâtit une maison ou qui jette des fondements, bien qu'il n'ait point encore une habitation prête, embrasse déjà les travaux qu'il se propose d'exécuter dans l'espoir de se préparer une future demeure. Et pourquoi parler de l'homme, alors que les plus petites espèces d'animaux font toutes choses en vue de l'avenir ? Dieu donc, qui a donné aux plus petits animaux cette affection pour leurs propres ouvrages, se serait refusé à lui seul cet amour de ses créatures, alors surtout que tout amour des bonnes choses est venu en nous de l'amour de Dieu pour ce qui est bon ! Il est, en effet, la source et l'origine de tout !
(Du gouvernement de Dieu, liv. IV.)