DU DÉSIR D'APPRE>DRE
Quelle ardeur pour l'étude n'avait point, à votre avis, Archimède, qui, pendant qu'il était appliqué à tracer des figures sur le sable, ne s'aperçut même pas que sa patrie était prise ! Que de génie ne voyons-nous pas dépensé par Aristoxène dans l'étude de la musique? Avec quel goût Aristophane ne consacra-t-il pas sa vie à la culture des lettres? Que dire de Pythagore? Que dire de Platon ou de Démocrile, auxquels nous voyons que le désir de s'instruire fit parcourir les régions les plus lointaines? Ceux qui ne comprennent pas ces^choses n'ont jamais aimé rien de digne d'une étude profonde. Et ici ceux qui disent que les études dont j'ai parlé ne sont cultivées qu'à cause des voluptés de l'esprit, ne comprennent pas qu'elles doivent être recherchées pour ellesmêmes, parce que, sans aucune vue d'intérêt, elles font les délices de l'esprit, qui aime la science, quand elle devrait même être nuisible. Mais à quoi bon s'étendre davantage sur des choses si évidentes? Demandons-nous à nous-mêmes jusqu'à quel point nous touchent les mouvements des étoiles, la contemplation des corps célestes, la connaissance de tous les obscurs mystères de la nature, et quel charme nous trouvons à l'histoire, que nous lisons d'ordinaire jusqu'au bout ; nous reprenons les passages omis; nous poursuivons les récits commencés. C'est pourquoi il faut reconnaître que, dans les choses mêmes qu'on étudie et qu'on apprend, il y a un attrait qui nous invite à les étudier et à les apprendre.
(Traité Des suprêmes biens et des suprêmes maux, liv. V, ch. xix.)
Les r Tusculanes. »