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DE LA VALEUR DU TÉMOIGNAGE DES SENS ET DE LEUR ÉDUCATION

Commençons donc par les sens. Leurs jugements sont tellement clairs et certains que, si l'on donnait le choix à noire nature et qu'un dieu lui demandât si ses organes sains et en bon état la satisfont, ou si elle réclame quelque chose de mieux, je ne vois pas ce qu'elle pourrait désirer de plus. Et qu'on ne s'attende pas ici que je réponde aux objections de la rame brisée ou du cou de la colombe. Je ne suis pas homme à déclarer que tout ce qui frappe nos yeux est tel qu'il nous paraît. C'est à Epicure de réfuter ces objections et bien d'autres. A mon avis, la vérité la plus entière est dans le témoignage des sens, si toutefois ils sont sains et en bon élat, el si Ton éloigne tous les obstacles et tous les embarras du dehors. C'est pourquoi nous voulons qu'on change souvent le jour et la situation des objels que nous regardons ; nous augmentons ou nous diminuons les distances, et nous multiplions les épreuves jusqu'à ce que. la vue elle-même ait pleinement confirmé son premier jugement. Il en est de même pour la voix, pour l'odeur, la saveur, en sorle qu'il n'y a personne qui demande pour nos sens, chacun dans sa sphère, un jugement plus pénétrant. Et si, grâce au secours de l'exercice et de l'art, nos yeux sont captivés par la peinture et nos oreilles par les chants, quel est celui qui ne voit pas le merveilleux pouvoir des sens ? Que de choses invisibles pour nous les peintres ne voient-ils pas dans les ombres et les reliefs !

(Premières Académiques, liv. II, ch. vu.)

Le « De Finibus bonorum et malorum. »

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