CXL1II
César historien et orateur, d'après Cicéron, Quintilien, Tacite.
César, dit Brutus, a écrit des commentaires sur ses campagnes. — Et ils sont excellents, dis-je ; le style en est simple, correct, élégant, dépouillé de toute pompe de langage, d'une beauté sans parure. En voulant préparer des matériaux où puiseraient les historiens futurs, César a peutêtre fait plaisir aux sots, qui voudront charger ces récits d'ornements frivoles ; quant aux gens sensés, il les a délour-
(1) M. Pierron traduit : pleine de franchise.
nés d'écrire ; car rien, dans l'histoire, n'a plus de charme qu'une brièveté correcte et lumineuse.
(Brutus, ch. lsxv.) Si Caius César s'était adonné uniquement aux travaux du forum, ce serait lui qu'on citerait, entre tous nos orateurs, comme le rival de Cicéron. 11 y a en lui tant de force, tant d'esprit, tant de mouvement, qu'on voit bien qu'il mettait à parler la même ardeur qu'à faire la guerre. Toutes ces qualités sont embellies par une merveilleuse élégance de langage, dont il était particulièrement jaloux.
(QuiN'TILIEN.)
Le dictateur César ne le cédait pas aux plus grands orateurs.
(Tacite, Annales, liv. XIII, ch. m.)
Pardonnons à-C. César, à cause de ses grandes pensées et des affaires qui l'occupaient, d'avoir fait pour l'éloquence moins que ne demandait son divin génie. Laissons pareillement Brulus à sa philosophie, puisque dans ses discours il est inférieur à sa réputation, de l'aveu même de ses admirateurs. Personne ne lit le discours de César pour Décius le Samnite, ou celui de Brutus pour le roi Déjotarus et autres compositions également languissantes et froides , à moins qu'on ne veuille admirer jusqu'à leurs vers : car ils ont fait aussi des vers, et ils les ont déposés dans les bibliothèques ; ils n'ont pas mieux réussi, mais ils ont eu plus de bonheur que Cicéron, parce que moins de gens savent qu'ils ont fait des vers.
(Tacite, Dialogue des orateurs, ch. xxi.)