‹ Cours de versions latinesChapitre 84 sur 214 · FIN DE LA PRÉFACE · texte numérisé non relu

FIN DE LA PRÉFACE

J'ai souvent entendu raconter que Quintus Maximus, Publius Scipion et d'autres personnages illustres de notre cité avaient coutume de dire que la vue des images de leurs ancêtres enflammait leur âme du plus ardent amour pour la vertu. Non pas, sans doute, que cette cire et ces effigies eussent par elles-mêmes tant d'influence, mais parce que le souvenir des belles actions développe dans le cœur des hommes d'élite une flamme qui ne s'éteint que lorsqu'ils ont, à force de vertu, égalé la renommée et la gloire de leurs aïeux. Au contraire, est-il un seul homme, avec les mœurs d'aujourd'hui, qui ne rivalise avec ses ancêtres, non en probité et en activité, mais en richesses et en prodigalités? Les hommes nouveaux eux-mêmes, qui jusqu'ici avaient l'habitude de passer avant la noblesse par leur seul mérite, arrivent aux commandements et aux honneurs à force d'intrigues et de concussions, plutôt que par des moyens honnêtes :

comme si la préture, le consulat et les autres dignités de ce genre tiraient d'elles-mêmes leur éclat et leur magnificence et ne devaient pas être estimées d'après le mérite de ceux qui les occupent. Mais je me suis laissé entraîner trop volontiers et trop loin, par le mépris, par le dégoût que m'inspirent les maux de mes concitoyens. Je reviens maintenant à mon sujet.

Je veux écrire la guerre que le peuple romain soutint contre Jugurtha, roi des Numides : d'abord, parce qu'elle fut terrible, acharnée et mêlée de revers et de succès; ensuite, parce que c'est alors que pour la première fois on tint tête à l'orgueil de la noblesse, lutte où toutes les lois divines et humaines furent confondues et où l'on en vint à ce point de fureur que la guerre et le ravage de l'Italie mirent seuls un terme aux dissensions civiles. Mais avant de commencer ce récit, je reprendrai de plus haut quelques événements qui rendront tous les faits plus clairs et plus faciles à connaître. {Guerre de Jugurtha, ch. iv et v.) -

GLIV.

La a Guerre de Jugurtha. »

CONSEILS DES JEUNES ROMAINS A JUGURTHA; SAGES PAROLES DU SECOND AFRICAIN.

A cette époque, il y avait dans notre armée beaucoup d'hommes nouveaux et de nobles pour lesquels les richesses étaient préférables à la justice et à l'honneur, gens factieux, puissants à Rome, plus connus que considérés chez nos alliés. Ces hommes enflammaient l'ambition de Jngurtha, qui n'était déjà que trop vive, en lui promettant qu'après la mort de Micipsa, il serait seul maître du royaume de Numidie, et en lui disant qu'il avait un mérite éminent et qu'à Rome tout se vendait.

Lorsque après la destruction de Numance, Scipion résolut de congédier les troupes auxiliaires et de rentrer lui-même dans ses foyers, il donna à Jugurtha des récompenses et des éloges magnifiques en présence de toute l'armée, puis, le conduisant dans sa tente, il lui recommanda en secret de

cultiver l'amitié du peuple romain par des services publics plutôt que par des complaisances privées, et de ne point prendre l'habitude de faire des largesses à quelques particuliers. 11 ajouta qu'il était dangereux d'acheter à un petit nombre ce qui dépendait de tous; que si Jugurtha voulait persister dans sa ligne de conduite, il arriverait naturellement à la gloire et au trône ; mais s'il voulait y parvenir trop vite, ses largesses mêmes le perdraient.

Après avoir ainsi parlé, Scipion le congédia en le chargeant de remettre à Micipsa une lettre ainsi conçue : « Votre cher Jugurtha a montré la plus grande valeur dans la guerre de Numance. Je suis certain que cela vous causera de la joie: ses services lui ont mérité mon affection ; je ferai tous mes elforts pour qu'il obtienne celle du sénat et du peuple romain. Je- vous félicite au nom de notre amitié ; vous avez un neveu digne de vous et de son aïeul. »

{Guerre de Jugurlha, en. vin et ix.)

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