‹ Cours de versions latinesChapitre 87 sur 214 · ÉTAT DE L'ARMÉE ROMAINE A LARRIVÉE DE MÉTELLUS EN AFRIQUE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE L'ARMÉE ROMAINE A LARRIVÉE DE MÉTELLUS EN AFRIQUE

A l'arrivée de Métellus en Afrique, le proconsul Spurius Albinus lui livre une armée sans vigueur, sans courage, incapable de supporter et les périls et les fatigues, plus hardie en paroles qu'en actions, pillant les alliés et devenant ellemême la proie des ennemis, ne connaissant plus ni discipline ni retenue. Cette démoralisation des troupes fit concevoir plus d'inquiétude au nouveau général que leur nombre ne lui donnait de ressources et d'heureuses espérances. Aussi, quoique le retard des comices eût abrégé le temps de la campagne et qu'il sût que les esprits étaient préoccupés de l'attente d'un événement, Métellus résolut de n'entamer les hostilités qu'après avoir forcé les soldats à plier sous l'antique discipline. Albinus, en effet, consterné de l'échec de son frère et de son armée et bien déterminé à ne point sortir de la province romaine, avait, pendant tout le temps de son commandement depuis l'ouverture de la campagne, tenu presque toujours les soldats dans des campements fixes, à moins que la corruption de l'air ou le manque de fourrages ne l'obligeât de changer de place. Le camp, d'ailleurs, n'était ni fortifié, ni gardé selon les règles de l'art militaire; s'écartait des enseignes qui voulait. Les valets d'armée, pêle-mêle avec les soldats, erraient jour et nuit, se répandaient dans les champs pour les dévaster, attaquaient les maisons de plaisance, enlevaient à l'envi des troupeaux et des esclaves, qu'ils échangeaient avec des marchands contre des vins étran-

(1) Ajouter dans le texte : consulat um.

gers et autres denrées semblables ; ils vendaient, le blé fourni par l'Etat et achetaient du pain an jour le jour ; enfin, tout ce qu'on peut dire ou imaginer de honteux en fait de mollesse et de débauche est encore au-dessous de ce qui se passait dans cette armée.

(Jugurlha, ch. xuv.)

Les «. Histoires » de Salluste.

DISCOURS DU CONSUL M. jEMILIUS LÉPIDUS AU PEUPLE ROMAIN CONTRE SYLLA.

« Romains, votre clémence et votre probité, auxquelles vous devez votre grandeur et votre gloire chez les nations étrangères, m'inspirent bien des alarmes au sujet de la tyrannie de Sylla. Je crains qu'en vous refusant à croire les autres capables d'aclions qui vous semblent criminelles, vous ne vous laissiez surprendre, alors surtout qu'il s'agit d'un homme dont tout l'espoir est dans le crime et la perfidie, et qui ne peut s'estimer en sûreté qu'en se montrant méchant et détestable au delà de vos craintes, afin que dans votre asservissement, l'excès de vos maux vous ôle jusqu'au souci de votre liberté ; ou, si vous êtes sur vos gardes, je crains que vous ne soyez plus occupés à vous garantir de ses attentats qu'à vous en venger. Il a pour satellites des hommes du plus grand nom, illustrés par les belles actions de leurs ancêtres, et je ne puis assez m'étonner qu'ils achètent par leur servitude leur domination sur vous, préférant une double injustice au noble exercice d'une liberté légitime. Glorieux rejetons des Brutus, des iEmilius, des Lutatius, nés tout exprès pour détruire ce que leurs ancêtres avaient édifié par leur valeur ! Car enfin, que prétendait-on défendre contre Pyrrhus, Annibal, Philippe etAntiochus, si ce n'est la liberté, nos foyers à chacun et le droit de n'obéir qu'aux lois? Tous ces biens, ce cruel Romulus nous les a ravis comme à des étrangers et il les retient encore. Ni le sang de tant d'armées, ni la mort d'un consul et de nos premiers citoyens, moissonnés par la guerre, ne l'ont rassasié. »

(Fragments du liv. Ier clos Histoires.)

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