‹ Cours des sciences physiques à l'usage des élèves de philosophieChapitre 102 sur 139 · HUILES ESSENTIELLES · texte numérisé non relu

HUILES ESSENTIELLES

ménagée elles deviennent presque toutes incolores. Klles ont des odeurs très fortes et très variées; leur saveur est acre et irritante ; leur densité varie de 0,8/i7 à 1 ,096 ; mais en général elles sont plus légères que l’eau, et leur point d’ébullition varie, mais s’élève ordinairement à 160°. Distillées seules ou mélangées avec de l’argile, elles se décomposent en partie; en revanche elles distillent facilement avec de l’eau, A l’air libre elles brûlent avec une flamme fuligineuse; leur point de congélation varie beaucoup. Jl en est de solides à la température ordinaire ; il en est qui ne se solidifient que beaucoup au-dessous de 0'\ Certaines huiles essentielles, sems l’inlluence du froid, se séparent en deux huiles dilîérentes, l’une solide, on la nomme sléaroptène ; l’autre liquide , on la nomme éléoptene. Saussure a étudié avec soin l’action de l’air sur les huiles volatiles; il a vu qu’elles deviennent plus foncées, qu’elles absorbent peu à peu l’oxigène , particulièrement sous l’influence de la lumière ; elles dégagent en meme temps du gaz hydrogène et du gaz acide carbonique et forment des composés variés qui demandent à être mieux étudiés. Les huiles volatiles sont peu solubles dans l’eau ; cependant le peu qui s’y dissout lui communique leurs saveurs et leurs odeurs. Les huih!S volatiles se dissolvent dans l’alcool, et d’autant mieux que ce liquide contient moins d’eau. Quelques huiles volatiles exemptes de gaz oxigène , telles que les huiles de térébenthine et de citron , sont très peu solubles dans l’alcool étendu.

Les huiles volatiles dissolvent , à l’aide de l’ébullition, le sovfre , qui cristallise par le refroidissement de la solution saturée , en cristaux rouges et prismatiques. A l’aide de l’ébullition elles dissolvent également du phospho7'e , et laissent déposer pendant le refroidissement la plus grande partie de ce qu’elles eu avaient dissous. Dans certaines circonstances , la dissolution est lumineuse dans l’obscurité. Si on la verse dans un vase de verre, que l’on bouche en-

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suite avec soin , et qu’on agite de manière que la paroi interne du vase soit entièrement humectée , le vase entier paraît lumineux au moment où on le débouche dans l’obscurité.

Les huiles essentielles absorbent le chlore , et subissent dans ce cas la même altération que lorsqu’elles s’oxident au contact de l’air.

Les acides' forts altèrent de dilïérenîes manièresla composition de ces huiles. Elles s’unissent à l’acide sulfurique avec dégagement de chaleur, et forment avec lui un liquide brun et épais, d’où l’eau précipite une masse brune et acide, soluble dans l’alcool, les alcalis et, jusqu’à un certain point, dans une plus grande ([uantité d’eau. Si l’on chauffe le mélange, l’huile se charbonne avec dégagement de gaz acide sulfureux, i.es huiles absorbent de grandes quantités de gaz acide sulfureux, sans être sensiblement altérées. L’aeide nitrique concentré , mêlé subitement avec une huile volatile dans un vase échauffé, décompose l’huile avec une telle violence que souvent la masse s’enflamme. — Lorsqu’on ajoute à l’acide nitrique une certaine quantité d’acide sulfurique , qui lui enlève de l’eau et le rend ainsi plus concentré, le mélange devieîù plus inflammable. Qiiaijdla réaction est moins vive, l’huile est transformée en résine, et par une ébullition prolongée avec de l’acide étendu on obtient h la fin de l’acide oxalique. D’après les expériences de Priestley , le gaz oxide nitrique est abondamment absorbé par les huiles volatiles, qui en sont transformées en résines. Le gaz acide hydrochlorique est absorbé en grande quantité par les huiles volatiles , qui acquièrent ainsi une couleur brune et la propriété de répandre des fumées h l’air. Plusieurs d’entre elles se combinent avec l’acide hydrochlorique concentré , de manière à donner naissance à des composés définis. Le produit que donne ainsi V essence de térébenthine est connu sous le nom| de camphre artificiel.

CAMPIIFU:.

Clasfdfication et compositiu?) . — Les huiles essentielles se partagent en plusieurs groupes : le premier renferme les ‘ huiles uni([iiemenl composées de carbone et d’hydrogène, cr. : essences de citron , de térébenthine ; le second comprend les huiles essentielles oxigénées, essence de menthe, d’anis, etc. ; le troisième est réservé aux huiles essentielles ffui admettent dans leur composition un nouvel élément , comme l’essence de moutarde, qui contient du soufre, l’essence d’amandes amères, (pii contient de l’azote.

listages. — Les essences ont une assez grande importance commerciale , en raison de leurs difterents usages dans les arts et la médecine. Elles servent à préparer les vernis à r essence et les vernis gras , à enlever les taches de graisse et de peinture à l’huile sur les vêtements, et surtout de dessus les étoffes de laine et de soie. La parfumerie en consomme beaucoup pour la préparation des alcoolats ou eaux aromatiques, des pommades, des savons parfumés et de tous les autres aromates. La médecine les utilise comme excitants employés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

(iAMPHRE. — Il est distinct des huiles volatiles oxigénées par les combinaisons qu’il forme avec les acides, surtout le nitrique ; mais cependant il se rapproche des stéaroptènes des huiles de cet ordre par l’ensemble de ses propriétés et par sa composition.

Etat. — Il existe pur de tout mélange d’éléoptène dans plusieurs arbres de la famille des laurinées , dans tout le bois des Uniras vamphoratus et sumatrensis , et dans la racine du lanriis cinnamonnim II se présente dans le commerce sous forme de grains cristallins , gris , qui ont été obtenus en chauffant les diverses parties de ces arbres avec de l’eau dans une grande chaudière surmontée d’un chapiteau conique en bois dont l’intérieur est garni de paille de riz. Le camplire, entrahié par l’c'au , se sublime et s’attache à la*pai!le.

Propriétés. — Le camphre se présente dans le com-

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merce sous forme d’une masse blanche , solide , translucide , douée d’une odeur et d’une saveur particulières. Par la condensalion de sa vapeur il cristallise en octaèdres ou en segments d’octaèdres transparents et incolores; il est très flexible ; on ne peut le réduire en poudre que par l’intermède d’un peu d’alcool ou d’éther; il fond à 175” et bout à 20/r“; sa densité est de 0,996; à l’air il s’enflamme par l’approche d’un corps en combustion; il bride avec une flamme fuligineuse. 1 partie de camphre exige pour se dissoudre 1000 parties d’eau. L’éther, les huiles grasses et volatiles dissolvent facilement le camphre.

Usages. — On emploie le camphre pour détruire les petits insectes qui vivent aux dépens des produits animaux que nous conservons. On en forme de petits sachets qu’on place dans les coffres où l’on serre la pelleterie , les étoffes de laine, les objets d’histoire naturelle. La médecine l’emploie à l’intérieur comme agent sédatif, à l’extérieur comme antiseptique. Il entre dans plusieurs eernis , surtout dans l’espèce connue sous le nom de vieux laque. Sa grande combustibilité fait qu’on l’a employé dans les feux d’artifices. On prétend même qu’il entrait dans la composition du feu grégeois.

RESINES. — Etat. — Ces produits sont presque aussi répandus dans les végétaux que les huiles essentielles , et il est probable qu’ils résultent d’une oxidation ou d’une autre modification de ces corps ; ces deux principes s’accompagnent presque toujours , et leur mélange liquide est connu sous le nom de Téréheyithine.

Préparation. — Il existe deux procédés pour obtenir ces produits : l°on les obtient d’une térébenthine en isolant l’essence par une décoction continue par l’intermède de l’eau ; 2° on épuise les substances qui contiennent les résines par l’aicool rectifié; on distille aux trois (fuaris, et on mêle au résidu un volume égal d’eau distillée ; on recueille le dépôt résineux qui se forme , on le lave dans l’eau

RESINES.

chaude, on le met dans des assiettes, et on le laisse à l’étuve jusqu’à ce qu’il soit devenu sec et cassant.

Composition . — Les résines contiennent de l’oxiyène, du carbone et de l’hydrogène, et comme les huiles essentielles elles contiennent un excès des deux derniers corps. Les travaux d’Unverdorben nous ont montré que la plupart des résines naturelles étaient formées de plusieurs résines ayant des propriétés très distinctes. Les alcalis dissolvent assez facilement les résines. Unverdorben les divise en h classes par rapport à l’action des alcalis : résilies fortement électro-négatives , -2^ faiblement électronégatives, médiocrement électro-négatives; Zt" résines indilïérentes.

Propriétés. — Les résines cristallisent rarement; elles sont presque toujours translucides, incolores, ou diversement colorées en jaune, ou rouge, ou brun , ou vert; elles sont inodores ou insipides quand elles sont putes. Leur densité varie de 0,92 à 1,2. Les résines sont ordinairement dures et faciles à pulvériser ; elles ne conduisent pas l’électricité , mais par le frottement elles sont idio-électriques. Soumises à l’action du feu, les résines fondent en lin liquide visqueux; si on continue la chaleur, elles se décomposent en donnant du gaz acide carbonique, des gaz combustibles, de l’huile empyreumatiipie aromatique ; mais on doit dire que cette étude n’a pas été faite avec les moyens de chaleur graduée qu’on a employés depuis.

Les résines sont insolubles dans Veau. Elles se dissolvent, au contraire , en quantité plus ou moins grande dans Valcool froid et chaud. Cette dissolution rougit le papier de tournesol , mais elle est sans action sur le sirop de violettes; l’eau en précipite un mélange laiteux, dans lequel la résine se rassemble peu à peu. Dans cet état la résine contient de l’eau et est ordinairement molle et susceptible (l’étre pétrie , propriétés (fU’elle perd avec l’eau qui s’évapore quand on la sèche. Lës résinés se dissolvent dans l’è-

CliiMlt.

ther et dans les huiles volatiles, et se combinent , par Tac tiondela chaleur, avec les huiles grasses.

GOMMES-RÉSINKS. — Les gommes-résines sont des produits végétaux qui participent à la fois de la nature des gommes et de la nature des résines, et qui résultent ordinairement derunion de ces deux corps ; les résines sont le plus souvent produites par des végétaux ligneux ; les gommes-résines , au contraire , sont fournies le plus souvent par d<is végétaux herbacés qui croissent dans les pays chauds; on se les procure par incision des végétaux et dessiccation au soleil des sucs laiteux qui en découlent; les résines découlent combinées avec une huile volatile. Les sucs laiteux qui par leur dessiccation forment les gommes-résines sont contenus dans des vaisseaux particuliers placés pour la plupart à la partie intérieure de l’écorce. Outre la gomme et la résine c{ui entrent dans la composition de ces produits , elles peuvent contenir un grand nombre d’autres corps ; ainsi on y trouve ordinairement une petite quantité d’essence et d’huile grasse ; quelques unes renferment une substance âcre ou vénéneuse , du caoutchouc , de la potasse et de la chaux unie à des acides végétaux et de l’extractif. Les gommes-résines se dissolvent imparfaitement dans l’eau et dans l’alcool; leur meilleur dissolvant est l’alcool faible, qui est préférable au vinaigre, qu’on employait autrefois pour les purifier. Les dissolutions étendues des alcalis causdques dissolvent très bien les gommes-résines : elles se dissolvent mieux dans les acides concentrés que dans l’eau ; mais les acides minéraux les décomposent ordinairement.

La famille des ombellifères fournit les plus importantes gommes-résines ; ce sont la gomme ammoniaque, l’assa-fœtida, le galbanum, l’opopanax, le sagapénum. L’assa-fœtida est très remarquable par son odeur alliacée , fétide , si insupportable, que les anciens l’avaient nommée stei-cus diaboli. On assure cependant que les Persans l’emploient pour üfÿîaisonner leurs mets et les Américains pour attraper des

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YERXIS.

renards. I.a famille des convolvidacées fournil les scamnionées. Les gommes-résines fournies par les lérébinthacées sont le bdelliuni , la myrrhe et l’encens.

OlÆO-BÉSL\ES. PiÉSINES FLUIDES OU TÉRÉBENTHINES. — Ces produits ne diffèrent des résines naturelles que par un caractère de bien peu d’importance , c’est que l’huile essentielle s’y trouve en proportion beaucoup plus considérable, ce qui les rend fluides. On les distingue des baumes parce qu’elles ne contiennent pas d’acide benzoïque. Pour tracer leur histoire générale , il suffit de réunir les caractères des résines et des essences que nous avons précédemment donnés.

Baumes. — On donne le nom de baumes à des résines liquides ou solides qui contiennent de l’acide benzoïque; ainsi les caractères généraux des résines et des térébenthines doivent leur être appliqués. On donnait autrefois ce nom à la plupart des térébenthines et à plusieurs produits pharmaceutiques. Les baumes tels qu’on les définit aujourd’hui, sont : le benjoin, le liquidambar, le baume du Pérou et de tolu, le styrax ou storax, le sang-dragon, et le styrax liquide.

Vernis. — Ils consistent dans des dissolutions de résines, de gommes-résines , ou de baumes dans l’alcool , ou dans l’huile de térébenthine, ou dans un mélange de celle dernière avec une huile grasse siccative.

V€7viis à l’alcool. — Iflus l’alcool est exempt d’eau , mieux en général il convient pour les vernis. Pour préparer le vernis incolore on prend 6 parties de sandaraque , 3 parties de mastic, 1 partie de résine élémi, 1/4 de térébenthine de Venise, 4 parties de verre pilé et 32 parties d’alcool. Quand la dissolution est opérée, on filtre le vernis à travers du papier dans un entonnoir recouvert. On l’applique sur des objets durs, tels que tabatières, étuis, etc.

A sa teinture brunâtre près, le vernis à la gomme laque est le meilleur; on le prépare avec 6 à 8 parties de laque

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en écailles , 3 à /i parties de sandaraque , 1 partie de térébenthine de Venise , Ix parties de verre pilé et 60 parties d’alcool. Si l’on emploie de la gomme laque préalablement blanchie par le chlore , on obtient un vernis presque incolore.

Vernis à l’essence de téréhenihine. — On l’obtient incolore avec 2^ parties de mastic, 3 parties de térébenthine de Venise, 1 partie de camphre, 10 parties de verre pilé et 72 parties d’huile de téréhenthine rectifiée. On l’applique sur des peintures à l’huile , des cartes géographiques , des dessins et des gravures ; le papier doit être préalablement enduit avec une dissolution de colle de poisson , qui empêche que le vernis ne pénètre à travers le papier et le rend transparent.

Vernis colorés. — Le vernis couleur d’or se prépare avec 8 parties de laque en grains, 8 parties de sandaraque , L[ parties de térébenthine de Venise, 1 partie de sang-dragon, ijk de curcuma, i/k de gomme-gutte et 6Zi d’essence.

Vernis gras. — Copal 16, essence 16, huile de lin 3. On l’applique sur les bois et sur les métaux.

Caoutchouc ou gomme élastique Co, principe existe dans un assez grand nombre de plantes; c’est lui qui contribue à donner l’apparence laiteuse à beaucoup de sucs ; on le trouve particulièrement dans plusieurs plantes de la famille des atrocarpées , des papavéracées , et surtout des euphorbiacées.

Le suc des arbres c[ui fournissent le caoutchouc , appli • qué en couches minces sur un corps résistant , se solidifie et se transforme en caoutchouc cohérent ; si on chauffe ce suc, le caoutchouc se coagule avec l’albumine végétale; l’alcool détermine la même coagulation. L’eau ni l’alcool ne dissolvent le caoutchouc devenu cohérent; il se dissout dans l’éther privé d’alcool; il se dissout également bien dans les huiles empyreumatiques rectifiées qu’on obtient

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