‹ Cours des sciences physiques à l'usage des élèves de philosophieChapitre 101 sur 139 · ALCALIS VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

ALCALIS VÉGÉTAUX

trique et sulfurique les détruisent comme les autres matières organi(iues. Les solutions salines des alcalis végétaux précipitent toutes par l’infusion de noix de galle ou la solution de tannin ; mais le {)récipitése dissout dans un excès d’acide; elles j)récipitent également toutes parla solution d’iodure de })otassium indurée, et elles fournissent ainsi des iodures d’iodhydrates retnafquahles par leur coloration diverse.

Propriétés or(]ianoicptiques. — Ils ont tous une saveur amère très prononcée ; ils jouissent en général de propriétés médicales très énergiques; plusieitrs peuvent être considérés comme les plus violents poisons.

ALCALIS YÉGÉTAUX EXTRAITS DE L’OPIUM.— L’opium est un des médicaments les plus importants que possède la thérapeutique ; c’est Un suc épaissi qui s’écoule par incision du papaver soiunilérii/)?. 11 a été soumis à un grand nombre de recherches chimiques.

Voici la liste des principes imtnédiats qu’a fournis cet extrait : Xarcotine. — 3iorphine. — iMéconine. — Xarcéine.

— Codéine. — Acide illéconique. — Acide bruit et matière extractiforine. — Résine particulière. — Huile grasse.

— Caoutchouc. — Ai abiiie. — îlasSorine. ■ — Ligneux.

MoLphixe. — Elle existe dans l’opium à l’état de méco-

nate et de sulfate, que 31. Dupuis est parvenu à extraire directement sans emploi de réactifs, fait qui confirme la préexistence des alcalis. M. Lassaigiie d’ailleurs a remarqué qu’une solution d’opium déposait de la morphine au pôle négatif d’une pile en activité.

Préparation. — ■ La méthode suivante est une de celles par lesquelles on parvient le mieux à obtenir la morphim et la narcoiine. On épuise l’opium par l’eau , et 011 évapore la liqUeur h consistance d’extrait ; on délaie 3 parties de cet extrait dans 1 partie 1/2 d’eau , et on mêle le tout dans une cornue avec 20 paities d’éther. On adapte Un récipient à la cornue, on fait bouillir la masse, et quand 5 parties d’éther ont distillé, Téther

CHIMIE

qui reste dans la cornue a dissous la narcotine contenue dans l’extrait ; on interrompt alors l’opération , on verse l’éther tout chaud dans un vase à part , et on lave le résidu avec les 5 parties d’éther distillé , pour retirer la portion restante de la solution éthérée. On laisse refroidir l’extrait peu épais qui reste , et on l’étend avec une petite quantité d’eau ; au bout de quelque temps , on le décante du précipité cristallisé qui s’est formé , et qui consiste principalement en narcotine. On l’étend ensuite de plus d’eau , et on le précipite par l’ammoniaque caustique. Le précipité est recueilli sur un filtre ; la liqueur filtrée dépose, quand on la chauffe , une petite portion de morphine, qu’on enlève. Le précipité bien lavé à l’eau froide est séché et bouilli avec une quantité d’esprit de vin à 0,8/i , triple de celle de l’opium employé, etavec du charbon animal , dont on met 6 pour 100 de l’opium; la solution filtrée bouillante donne , par le refroidissement , des cristaux incolores de morphine.

Propriétés. — La morphine , précipitée par l’ammoniaque de ses dissolutions salines, se présente sous forme de flocons caséiformes ; par l’évaporation de la dissolution alcoolique elleforme descristaux brillants et incolores, transparents, qui contiennent , d’après M. Liébig , 6 pour ü/0 d’eau. En abandonnant l’eau , ces cristaux deviennent opaques; exposés à une température plus élevée , ils se fondent sans se décomposer, donnent un liquide jaune qui devient blanc et cristallin par le refroidissement; chauffée plus fortement, la morphine répand une odeur de résine, brûle avec une flamme vive et rouge ; elle est extrêmement peu soluble dans l’eau froide ; l’eau bouillante en dissout plus de 0,01 ; la dissolution cristallise par le refroidissement. La dissolution chaude ramène au bleu le papier de tournesol rougi ; elle se dissout dans 30 d’alcool anhydre bouillant et dans kO froid, bille est peu soluble dans l’éther ou presque insoluble ; elle se dissout dans les iuiiles grasses et vo-

ALCALIS VKGETAL'X.

latiles ; elle se cfissoiit clans la potasse , la soucie ou raiiiuioiiia({ue causticiue; elle se dépose cjuaucl ces alcalis se carboualisent.

Caractères de la morphine et de ses sels. — 1° Quand on verse de l’acide nitriciue sur de la morphine ou sur un sel morphic{ue , l’iine et l’autre à l’état solide, ils prennent une couleur rouge orangé, ejui passe ensuite au jaune ; mais la strychnine , la hrucine et leurs sels présentent le meme phénomène. 2” Quand on met la morphine en contact avec de l’acide iodiciue , même très étendu , elle clécomi)ose cet acide, et l’iode est mis en liberté. 3« Lorscju’on môle la morphine ou ses sels neutres avec une dissolution d’un sel ferricjue neutre , le mélange prend une belle couleur bleue.

Usaffes. — La morphine possède les principales propriétés physiologiciues de l’opium. C’est le type des agents c}ui provocjuent le sommeil. On emploie l’acétate, le chlorhydrate et le sulfate de morphine.

ALCALIS DLS QUINQUINAS. — Les écorces de diverses espèces du genre cinchona , de la famille des ruhiacées , sont employées depuis long-temps avec grand succès pour cond)attre les lièvres intermittentes ; on les soumit bien des fois à des recherches chimiques très étendues. Vauqueliu avait fait un excellent travail sur ces produits et avait indiqué de fort bons moyens de reconnaître les quinquinas de bonne ({ualité; mais ce fut Duncan , Lauhert, Cornez, qui nous indi([uèrent les moyens d’en obtenir une matière cristallisée : c’était la cinchonine. Mais les propriétés alcalines de cette hase et la découverte de la ([uinine aj)- ])artieiment à MM Pelletier et Caventou. Le ({uiiKjuina jaune royal ne contient j)our ainsi dire que de la ({uinine, le pris ([ue de la cinchonine , et le rouge les deux alcalis.

Préparation. — On réduit en poudre l’écorce de quinquina jaune royal, on' la fait bouillir avec huit fois son poids d’eau aiguisée avec de l’acide chlorhydrique; on re-

commence de nouvelles décoctions jusqu’à ce que l’écorce soit presque complètement épuisée ; on sature avec de la chaux les décoctions acides ; on sèche le précipité , on le traite ensuite jusqu’à complet épuisement par de l’alcool à 0,836; on fdtre les liqueurs alcooliques, on les mêle avec un peu d’eau , puis on procède à la distillation pour recueillir l’alcool. Il reste une masse brune visqueuse ; on la traite par de l’eau acidulée avec de l’acide sulfurique ; on bianchit en faisant bouillir la dissolution avec du noir animal ; on fdtre les liqueurs chaudes , et par le refroidissement il se dépose du sulfate de quinine , sous forme de belles aiguilles blanches, dont il est facile d’extraire la quinine, en le faisant dissoudre dans de l’eau acidulée avec l’acide chlorhydrique en le précipitant par l’ammoniaque.

La cifichonine s’obtient du quinquina gris par un procédé

analogue.

Les sels de q\dnine se distinguent par leur forte saveur amère de cjuinquina. Les sels cristallins ont un éclat nacré ; la plupart sont solubles dans l’eau ; les solutions sont incolores , mais avec une légère teinte bleue opaline ; ils sont précipités par les acides oxalique, tartrique, gallique et ])ar riiifusion de noix de galle.

La fabrication du sulfate de quinine est, en France, une branche commerciale importante ; on l’expédie dans toutes les parties de l’Europe, et jusque dans l’Amérique méridionale , d’où nous arrive l’écorce de quinquina , qui sert à le préparer. Dès 1826, on en fabriquait déjà plus de 5,000 kilogrammes; or, en admettant que la cjuantité moVanne de ce médicament , administrée à chacun des individus qui en ont fait usage , ait été de 1 gram. 95 cent, eu plusieurs doses, ce qui excède généralement la quantité utile pour couper une fièvre , ces 5,000 kilogr. auraient été répartis entre plus d’un million d’individus. L’Académie royale deâ sciences à témoigné hautement le cas qu’elle faisait d’tmfe aussi précieüsè découverte en décernant , en

ALCALIS VKCxitTATÎX.

1827, à SOS auteurs , IMM. Pelletier et CaveiUou , un prix de 10,000 francs, du le^s Montyon.

STilYCIIMXK ET HlUiCINE. — La famille dos strycliuées fournit à la matière médicale plusieurs produits , tels que la noix vomique , la fève de Saint-Ignace , le hoU de coulc^ivre , qui sont des poisons énergiques, et qui doivent leurs propriétés toxiques à deux alcalis végétaux découverts en 1818 par MM. Pelletier et Caventou. Ils agissent avec une grande énergie sur l’économie animale ; leur action se porte pai’ticulièrement sur le système nerveux et la moelle épinière en particulier; ils produisent des soubresauts très violents. 5 centigrammes de strychnine suffisent pour empoisonner ; la brucine est un peu moins énergique.

Les fèves de Saint-Ignace renferment plus de strychnine, le bois de couleuvre plus de brucine, et la noix vomique les deux alcalis ; ils sont combinés avec l’acide lactique.

Strychnine. — ^ Elle cristallise d’une dissolution alcoolique en prismes blancs quadrilatères, terminés en pyramide; elle ne s’altère pas à l’air, ne fond pas quand on la cbaulfe et ne perd jioint d’eau ; elle se décompose à 315°. Elle ne se dissout que dans 2,5Ü0 d’eau bouillante et 6,667 d’eau froide, et cette dissolution, étendue de 100 fois son ])oids d’eau, a encore une grande amertume. L’alcool à 0,820 à froid n’en dissout que des traces; à 0,835 il en dissout, à l’aide de l’ébullition, une quantité sensible. L’étber ne la dissout pas. Les huiles volatiles la dissolvent bien. Les huiles grasses n’en dissolvent c[ue des traces.

Les sels de strychnine ont une saveur amère des plus désagréables; ils sont précijiités par le tannin , et c[uand on les mêle à l’état sec avec de l’acide nitrique , ils prennent une couleur rouge , phénomène qui jirovient de la présence d’un corps étranger qu’il est difficile d’enlever. La strychnine a des propriétés basiques bien prononcées, mais sa capacité de saturation est très faible. V hydrochlo-

(.HIMIK.

rate cristallise en aiguilles quadrilatères plus solubles dans l’eau que le sulfate , qui cristallise en cubes.

Propriétés physiologiques et usages. — De tous les poisons solides que fournit le règne végétal, la strychnine est, sans contredit, le plus redoutable : 5 centigrammes peuvent suffire pour faire périr un homme après un quart d’heure, au milieu de violentes attaques de tétanos; mais on peut, par l’habitude, en supporter sans accident des doses plus considérables. La strychnine est un des remèdes le plus utilement employés pour combattre une maladie cruelle, la paralysie. C’est à M. le professeur Fouquier que l’on doit cette utile application des strychnées à l’art de guérir.

Brucine. — Elle ciistallise en prismes à quatre pans obliques transparents et incolores; ces cristaux , chauffés à 100", perdent 19 pour cent d’eau ; la masse fondue est une substance semblable à de la cire ; elle se dissout dans 850 d’eau froide et 500 d’eau bouillante ; quand elle est impure elle est plus soluble. Elle est très soluble dans l’alcool ; l’éther et les huiles grasses ne la dissolvent pas , mais elle est soluble en petite quantité dans les huiles volatiles. Son caractère distinctif consiste en ce que la couleur rouge ou jaune , qu’elle prend par l’action de l’acide nitrique , se change en beau violet quand on y ajoute du protochlorure d’étain. Les sels de brucine cristallisent; ils ont une saveur amère ; ils sont décomposés non seulement par les alcalis et les terres , mais encore par la morphine et la strychnine.

§ IV. Huiles essentielles, [lésines. Corps gras.

Les corps que nous réunissons dans ce paragraphe se rapprochent par leur composition ; en effet, ils contiennent un excès de carbone et d’hydrogène et constituent des corps très combustibles. Ils sont en générai très peu solubles dans l’eau , et solubles au contraire dans l’alcool et dans l’éther.

HMIJ'S ESSFATIEI^LK^.

^ uriLKS KSSb:yrii-:Li>i':s oLi voLA'riLES(KssE\cEs). Etat naturel. — Elles se rencx)iitreiit dans loulesles plan tes odoriférantes , auxquelles elles communiquent leurs odeurs. Elles existent tantôt toutes développées, tantôt, et ce cas est fort remarquable, elles ont besoin pour se développer du concours des éléments de l’eau. Les plantes de la famille des labiées en renferment dans toutes leurs parties; dans d’autres plantes elles ne se trouvent que dans les corolles, ou dans les feuilles, ou dans la racine, ou dans l’écorce; et quelquefois dilïerentes parties de la même plante renferment des huiles volatiles dillérentes. Ainsi le citrus aurantium paraît renfermer trois espèces d’huiles volatiles : 1" une dans les Heurs; 2° une dans les feuilles; 3"" une dans le zeste des fruits. Dans quelques plantes les huiles volatiles sont renfermées dans des utricules particulières, et on peut dessécher ces plantes sans que l’huile se dissipe; dans d’autres elles se forment constamment à la surface des corolles vivantes et se volatilisent à mesure qu’elles se produisent.

Préparation. — On extrait les huiles volatiles par divers procédés. Il en est un petit nombre qu’on peut extraire par expression. Dans les fruits de auriantacées on sépare les zestes, on les exprime ; l’huile s’écoule de l’écorce en meme temps que le suc et vient nager à la surface. Les huiles ainsi préparées sont très suaves, mais ne sont point pures.

Les huiles volatiles s’obtiennent ordinairement par distillation; à cet effet on introduit la plante dont on veut extraire l’essence dans un alambic; on verse de l’eau dessus et on distille celle-ci ; l’huile volatile passe en même temps que l’eau. Les huiles essentielles sont moins volatiles que l’eau ; mais pendant l’ébullition , elles se vaporisent dans la vapeur d’eau formée, et lorsque la vapeur composée d’huile et d’eau se condense dans le réfrigérant de l’appareil distillatoire, l’huile se sépare en grande partie de l’eau et va à la surface ou au fond de l’eau distillée. Quelques essences

CHIMIE

ayant un point de volatilisation plus élevé , on remplace l’eau par une solution saturée de sel qui ne bout qu’à 109”.

Le produit de la distillation qui s’écoule du serpentin est ordinairement reçu dans des récipients florentins; ce sont des flacons coniques , larges au fond , étroits au haut et munis d’une tubulure immédiatement au-dessus du fond. L’eau distillée s’écoule par cette tubulure, et l’essence vient nager à la surface étroite du flacon. On peut ainsi rassembler dans un très petit espace le produit d’une longue distillation.

Pour extraire l’essence des plantes qui n’ont pas de vaisseaux particuliers pour l’huile , et à la surface desquelles cette dernière se vaporise de suite , telles que les violettes, le jasmin , la hyacinthe et la tubéreuse , on a recours à un autre procède. On fait des lits alternatifs de fleurs fraîches et de coton ouaté , préalablement trempé dans une huije grasse, pure et inodore; et dès que les fleurs ont abandonné toute leur huile volatile, qui est absorbée par l’huile fixe dont le coton est imbibé, on les remplace par d’autres, et on continue ainsi jusqu’à ce que l’huile fixe soit saturée. Ensuite on distille le coton avec de l’eau , et on obtient ainsi l’huile volatile. Mais comme ces huiles ne servent que pour parfumer , on emploie ordinairement Phuile grasse qui en est saturée , ou on extrait riiuile volatile au moyen de l’alcool.

Propriétés. — Les essences diffèrent beaucoup les unes des autres par leurs propriétés physiques. Elles exercent une action différente , suivant leur nature , sur la lumière polarisée. Ainsi les essences de térébenthine, de genièvre, de cubèbe, de copahu , etc. , dévient à gauche le plan de polarisation ; tandis que l’essence de citron et celle des autres fruits de la famille des liespéridées la dévient à droite (voyez Physique, pag. 38d). Les essences ont des couleurs propres variées; il en est de jaunes , de rouges, d’incolores, de bleues, de brunes; mais par une rectification bien

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