FIBRINE
moyen de l’acide acétique, saiis que pour cela il y ait coagulation de l’alhumine. Le blanc d’œuf est une dissolution aqueuse, assez concentrée, d’albumine, renfermée, comme rimmeur aqueuse de l’œil, dans les espaces celluleux d’une membrane extrêmement mince et facile à déchirer. Les cellules extérieures contiennent une albumine plus liquide (|ue celle qui touche au jaune. La totalité du blanc renferme VI à K), 8 pour 100 d’albumine. A 75°, il se prend en une masse solide, cohérente, blanche, qui cependant contient environ 85 pour 100 d’eau. L’albumine contient en outre de la soude , un peu de chlorure sodique , des traces d’une substance extractiforme soluble dans l’alcool , et une petite quantité d’une matière insoluble dans l’alcool, mais soluble dans l’eau, consistant principalement en albumine retenue dans la dissolution par la soude , ejui s’est convertie peu à peu en carbonate de soude. Les alcalis s’opposent à la coagulation de ralbumine par le feu.
Fibrine. — La librine forme la partie principale du caillot du sang; elle forme la base de la chaire musculaire ; on la trouve dans le chyle. Ordinairement on l’obtient en battant le sang au sortir de la veine avec une poignée de bouleau ; elle s’y attache sous forme de filaments rougeâtres, fiu’on décolore en les lavant avec de l’eau, laissant macérer avec ce liquide; mais il est toujours nécessaire de la priver de graisse en la traitant par l’éther.
Ainsi obtenue, elle est blanche, flexible, légèrement élastique, insipide, inodore; elle contient /i/5 d’eau qui lui communique sa blancheur ; car , exposée à l’air, elle devient demi-transparente, jaunâtre, cassante. Elle donne par la distillation beaucoup de carbonate d’ammoniaque et un charbon volumineux, difficile à incinérer, laissant un résidu qui contient beaucoup de phosphate de chaux et de magnésie, des carbonates de chaux et de soude, des traces de silice et de fer. Avant la combustion, les principes constituants de la cendre ne peuvent être extraits par les aci-
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des ; ils semblent par conséquent avoir appartenu à la composition chimique de la fibrine. Elle est insoluble, tant dans l’eau froide que dans l’eau bouillante ; mais, par l’ébullition dans l’eau, elle se contracte, durcit, devient friable, et perd la propriété de se dissoudre dans les acides ou les alcalis; le liquide devient trouble, et contient une nouvelle substance qui s’est formée aux dépens de la fibrine , qui n’est point de la gélatine, qui donne au bouillon sa saveur agréable , qui , évaporée , peut se dissoudre dans l’eau, et qui n’est point sans ((uelque analogie avec le principe que l’eau froide extrait de la chair musculaire, qu’on obtient par Févaporation à l’état de masse extractiforme mélangée avec des chlorures, et qu’on connaît sous le nom à'osmazone ^ qui a été long-temps vantée comme le principe essentiellement nutritif de la viande.
Caséum ou caséine. — Il existe dans le lait une matière particulière qui présente la plus grande analogie avec l’albumine ou la fibrine qu’on a nommée caséum , parce qu’elle forme la majeure partie du fromage. Pour l’extraire du lait , il faut abandonner le lait à lui-même , l’écrémer, laver le caillé 'à grande eau, puis avec de l’alcool et de l’éther.
La matière ainsi obtenue est le caséum à l’état insoluble; à l’état de dissolution il diffère de l’abumine en ce qu’il n’est point coagulé par l’ébullition , mais il forme de même que l’albumine des combinaisons insolubles avec les acides, et il se comporte de même avec les alcalis et les sels; nous devons nous contenter d’exposer les différences. Il se coagule aussi, mais d’une manière toute spéciale, sous l’influence de la présure ou matière contenue dans l’estomac des jeunes veaux. On pemsait que cette coagulation était occasionnée par l’acide lactique des sucs gastriques, mais il est bien prouvé que c’est par une action toute spéciale que s’opère la coagulation du caséum sous cette influence. Cette action organique présente la plus grande analogie
CASEL\E. — GELATIÎNE.
avec l’action des ferments , l’action de la gélatine végétale sur l’ean de sucre , l’action de l’orge gerinée sur la colle de fécule.
Des fromcujcs. — Le caséum, séché à l’état de coagulation mêlé avec des ))roporlions variables de beurre , constitue les fromcKjes ;Và le caséum, étant en partie privé d’eau par la pression, subit divers changements, et suivant qu’il est altéré de telle ou telle matière il constitue les variétés si nombreuses de fromages. La marche de ces transformations est réglée par une température appropriée etpar l’addition de proportions variables de sel marin.
Gélatlxe ammaee. — On ne trouve point la gélatine dans les licjuides des animaux, mais toutes les parties molles contiennent une matière qui peut se transformer en gélatine. Les muscles, les aponévroses, les cartilages, les ligaments, les peaux, etc. , en fournissent des quantités variables; les os, les cornes du cerf, cerous elaphus , en contiennent la moitié de leur poids. La partie intérieure des vessies natatoires de l’esturgeon {acipenser Iniso), poisson très grand de l’ordre des sturoniens , classe des cliondroptérigiens , est formée de matières propres à se convertir en gélatine pour ainsi dire pure ; on les connaît sous le nom de colle de poisson.
Voici comme on prépare la gélatine dans le commerce. On prend les rognures de peaux ou les sabots de divers animaux ; on les fait bouillir dans une grande ([uantité d’eau , en ayant soin d’eidever l’écume, dont on favorise la formation par l’addition d’un peu de chaux ou d’alun. On passe les liqueurs à travers un libre à claire-voie et on les laisse reposer, après quoi on les décante , on écume de nouveau ; on concentre fortement ; on décante dans des moules découverts où elle se solidifie en plaques molles ; on les coupe en tablettes dont on achève la dessiccation en les exposant sur des cordes dans un endroit chaud et très aéré. On extrait aussi la gélatine des os ; il est alors né-
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cessaire de leur faire subir une opération préliminaire qui consiste à les priver de leurs sels calcaires au moyen de l’acide liydrocbJorique qu’on renouvelle convenablement ; ils deviennent alors souples et flexibles , et on les convertit en gélatine par l’ébullition et en procédant comme il a été dit pour les peaux. Les colles ainsi obtenues sont loin de constituer la gélatine pure ; elles contiennent plusieurs matières étrangères. Pour avoir de la gélatine pure, il faut employer les vessies natatoires de l’esturgeon, et ne point dépasser la chaleur de 100'’. Il paraît certain que la gélatine n’existe pas toute formée dans la peau des animaux, et que l’action de l’eau bouillante effectue cette transformation , qui n’est point sans analogie avec la transformation de l’amidon en amidon soluble sous l’influence des acides; ce changement a lieu sans dégagement de gaz.
A l’état de pureté , la gélatine est incolore , transparente, dure et d’une grande cohérence , qui varie en raison des tissus qui l’ont fournie. Elle est sans odeur ni saveur sensible. Lorsqu’on la chauffe , elle se ramollit en répandant une odeur particulière; à la distillation sèche, elle donne beaucoup d’ammoniaque. Elle se ramollit dans l’eau froide, s’y gonfle et s’y dissout, à l’aide d’une douce chaleur, en un liquide limpide , qui se prend en gelée par le refroidissement; 1 /lOO de gélatine suffit pour produire cet effet. Lorsqu’on fait bouillir à plusieurs reprises une dissolution de gélatine , elle perd la propriété de se prendre en gelée. Exposée à l’état de gelée à l’air libre , à une température de -|- 15'’, elle devient acide, puis ammoniacale. La gélatine n’est pas sensiblement soluble dans l’alcool ; elle est insoluble dans l’éther et dans les huiles. Elle s’unit au chlore avec une grande avidité. Les acides lui font subir une altération remarquable. Avec l’acide sulfurique , il se forme de la leucine , du sucre de gélatine , etc. L’acide nitrique la convertit en acides malique , oxalique , puis en tannin. L’acide acétique concentré rend la colle ramollie transpa-
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rente , et la dissout ensuite, la dissolution ne se prend point en gelée , mais conserve la propriété de colle.
Les alcalis ne lui enlèvent pas la propriété de se j)rendrc en gelée , mais troublent ses dissolutions en précipitant du j)liüsplîatc calcique. Plusieurs sels se combinent avec la gélatine pour former des combinaisons solubles ou insolubles; elle dissout une certaine proportion de phosphate de chaux récemment précipité, l.es sulfates d’alumine et de fer ne se combinent à l’état de précipité insoluble qu’autant qu’ils sont ramenés à l’état de sous-sels par une addition de potasse. Avec le chlorure mercurique , elle forme un précipité qui se dissout dans un excès de gélatine ; mais quand on ajoute un excès de chlorure, la gélatine se précipite sous la forme d'un caillot blanc, cohérent, très élastique.
Parmi les matières organiques , on n’en connaît cpi’une seule qui se combine avec la gélatine ; c’est le tannin , tant naturel qu’artificiel. Le tannin de la noix do galle donne avec la colle une combinaison si peu soluble , qu’une dissolution de 1 colle dans 5000 p. d’eau est sensiblement précipitée par une infusion de noix de galle. La combinaison est insoluble dans l’eau et dans l’alcool. D’après Davy, le tannin se combine avec la colle en plusieurs proportions définies; d’après Bostock, ÎOO parties de gélatine ne se combinent qu’avec 66,6 de tannin de chêne. Voici l’analyse de la gélatine par MM. Gay-Lussac et Thénard :
Azote, 16,988; — carbone, d7,881 ; — hydrogène, 7,91/i; — oxigène, 27,207.
Usages. — On emploie la gélatine à divers usages; dans les arts , pour coller le bois et le papier ; on l’emploie dans la peinture en détrempe ; on prépare avec elle le taffetas d’Angleterre; elle entre dans la composition du bouillon.
ALBUMINE, FIBRINE, CASÉINE VÉGÉTALES. — Si on compare la composition des aliments végétaux azotés avec les parties essentielles des animaux, on arrive à cette conclusion importante, que tous ces aliments sans distinc-
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lion , présentent tantôt une composition parfaitement identique à celle de la fibrine , de l’albumine ou de la caséine animales, tantôt une composition qui, variant pour les proportions centésimales, se confond néanmoins a\ec celle de ces substances pour ce qni est de la proportion de carbone et d’azote. Cette similitude va encore plus loin , car les aliments végétaux présentent également les mêmes réactions que ces substances animales, de sorte (|ue l’on peut dire que l’animal prépare son sang, sa chair, seulement quant à la forme , car il en trouve la substance toute formée dans les plantes.
Les animaux herbivores se nourrissent d’albumine , de de fibrine et de caséine végétales, substances qui possèdent absolument la même composition et la plupart des propriétés chimiques des matières essentielles de leur propre sang, de leur chair musculaire.
Albumine végétale. — Elle est dissoute dans les sucs des végétaux , ou bien on peut l’extraire au moyen de l’eau froide, des graines des céréales ou des semences oléagineuses. Ce qui la distingue principalement de la caséine végétale , c’est la propriété de se coaguler à chaud , et de ne pas être précipité par l’acide acétique. Lorsque ses solutions aqueuses sont bien étendues , elle ne se sépare point par l’ébullition ; mais cette séparation s’effectue lorsqu’on réduit la liqueur par l’évaporation. Les graines oléagineuses renferment de la caséine et de l’albumine végétales en proportions diverses. Lue émulsion concentrée de ces semences mêlée d’éther exempt d’alcool se sépare par le repos en deux couches , dont la supérieure renferme l’huile et la couche inférieure , qui est aqueuse , contient les principes de la graine soluble dans l’eau. Celte dernière couche se trouble par l’ébullition; il s’en sépare un coagulum blanc d’albumine végétale , tandis que la caséine végétale reste en dissolution dans le liquide chaud et en est précipité par l’acide acétique.
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L’alhiunino \('gL‘rale dos amandes douces se distingue par son altérabilité et j)ar la propriété d’elTectiier la décomposition de l’amygdaline. Si l’on épuise par de l’eau froide des amandes privées de riiuile grasse au moyen de l’éther et de la presse , et (jue l’on ajoute de l’acide acétique à la solution aqueuse, il se précipite de la caséine, tandis que l’albumine végétale reste en dissolution. Cette dernière a reçu de la part de iioi)iquet un nom particulier. Lorsqu’on broie a l’aide d’une ràj)e des amandes mondées de leur enveloppe, qu’on les fait bouillir pendant quelque temps avec de i’('au , ahn de dissoudre le sucre, la gomme et la ])lus grande })artie de la caséine, et qu’on épuise le résidu par l’éllier pour enlever toute l’huile grasse, il reste de l’albumine coagulée, qui se comporte avec les alcalis et les acides , comme le blanc d’œuf coagulé , et présente la meme composition que ce corps. Les amandes douces laissent par la calcination un résidu de 3,17 pour cent, les cendres contenant beaucoup de carbonate dépotasse, ainsi que du phospb.ate de magnésie et de ciiaux , avec des traces de fer et de phosphate alcalin. Or, ce sont les mêmes sels que l’on a trouvés dans le lait , et l’on ne saurait douter que la potasse ne s’y trouve, comme dans ce liquide, en combinaison avec l’albumine et la caséine.
La farine de blé renferme une quantité assez considérable d’albumine végétale, qui se dissout lorsqu’on la traite par l’eau froide. Par l’évaporation de cette solution , l’albumine s’en sépare à l’état coagulé. Les sucs végétaux de toute espèce fournissent, par l’ébuilition, un coagulum d’albumine, tantôt blanc, tantôt gris ou vert, qui se trouve mélangé le plus souvent d’une résine verte appelée chlorophylle, ce que dénote déjà la couleur du précipité, ainsi ([ue d’une matière grasse ou plutôt cireuse, cristallisable et incolore. Les sucs des carottes, des navets, des tiges vertes de pois, de diverses espèces de choux, et en géné-
ral de tous les légumes, se distinguent surtout par la forte proportion d’albumine qii ils renferment.
Caséine végétale. — Voici , d’après M. Liébig , les moyens de préparer et les propriétés de la caséine végétale; elle est soluble dans l’eau froide ; sa solution ne se coagule pas par la chaleur; les acides la précipitent, les précipités fju’ils y occasionnent sont solubles dans l’ammoniaque, et ne se dissolvent pas dans l’acide acétique étendu. La caséine végétale s’extrait des légumineuses (des pois, des lentilles, des fèves) de la manière suivante : on les délaie dans de l’eau tiède, et on les laisse se gonfler pendant quelques heures jusqu’à ce qu’elles soient assez molles pour pouvoir être broyées dans un mortier de porcelaine. On étend la bouillie de cinq ou six fois son volume d’eau , et on jette le tout sur un tamis fin ; il passe alors une dissolution de caséine mélangée d’amidon ; ensuite on abandonne à ellemême la liqueur trouble pendant une ou deux heures , jusqu’à ce qu’elle ait déposé la matière amylacée.
l a caséine végétale est en dissolution dans le liquide décanté du dépôt d’amidon. Ce liquide est trouble comme du lait, et de couleur blanc-jaunâtre ; ce trouble provient en partie d’une matière grasse ou cireuse tenue en suspension, en partie d’une séparation progressive et continuelle de caséine végétale. Le liquide s’éclaircit par l’addition de quelques gouttes d’ammoniaque.
Les légumineuses , réduites en poudre fine et épuisées par l’eau froide, sont sans réaction sur les couleurs végétales ; mais, lorsqu’elles ont été en contact avec l’eau pendant quelques heures , elles acquièrent une réaction légèrement acide. L’acide qui se développe alors est cause du faible dépôt de caséine qui fait louchir la solution obtenue avec les légumineuses gonflées.
Cette solution, chaulTée à l’ébullition, ne dépose aucun coagulum; mais, par l’évaporation, elle produit à sa surface une pellicule qui se renouvelle aussi souvent qu’on
VKGEl ALf.
l’enlève, comme on l’observe pour le lait ; de meme tous les acides sans exception la coagulent. Lorsqu’on y ajoute de l’acide acétique, elle s’épaissit en précipitant des flocons légers , insolubles dans un excès d’acide acétique : l’acide oxalique et l’acide tartrique coagulent également cette solution ; mais le coaguluin se dissout dans un excès de ces acides. L’acide sulfurique et l’acide nitrique occasionnent un nouveau précipité dans les solutions acides.
Les précipités occasionnés par les acides dans la solution de la caséine végétale réagissent acides : ce sont ces combinaisons de caséine avec ces acides , combinaisons qui se comportent absolument comme les combinaisons correspondantes de la caséine du lait. L’alcool coagule également la solution de la caséine végétale, comme il le fait pour celle du lait.
Lorsqu’on abandonne à eHe-même et à une température de 15 à 20° centigrades la solution de caséine végétale telle qu’on l’obtient avec les pois, les fèves ou les lentilles, elle se coagule au bout de heures, et il se produit un précipité gélatineux entièrement semblable aux caillots du caséum ; ce précipité est surnagé par un liquide clair, jaune-verdâtre , et qui possède une réaction acide bien tranchée. On observe en même temps un léger développement de gaz. L’acide qui se forme ainsi est l’acide lacli(iue; il donne par l’évaporation avec l’oxide de zinc des cristaux de lactate de zinc très peu solubles.
Le coagulum est # lactate de caséine végétale ; il possède une réaction acide qu’on ne peut pas enlever par des lavages prolongés, ni à l’eau ni à l’alcool.
I.es réactions que la caséine végétale présente avec les sels des terres et des métaux sont également identiques à celles de la caséine du lait. Ainsi , par exemple, une dissolution aqueuse de caséine animale pure ne précipite à froid , ni le sulfate de magnésie , ni l’acétate de chaux, ni d’autres sels calcaires ; mais, dès qu’on chauffe le mélange,
il y a coagulation : la caséine végétale présente les mêmes caractères.
La solution de caséine végétale donne, par le dessèchement et la calcination , des cendres parfaitement blanches et alcalines, renfermant une grande quantité de potasse, dont une partie est en combinaison avec l’acide phosphorique.
Les sels solubles dans l’eau, laissés par la caséine végétale, sont le phosphate de magnésie et de chaux, ainsi que le phosphate de fer; ce sont donc les mêmes que ceux que donne la caséine animale.
La caséine végétale se rencontre très souvent dans les plantes ; toutes les graines oléagineuses la contiennent eu proportion fort considérable. En effet , une émulsion de ces graines ressemble extraordinairement au lait des animaux , seulement on y trouve en même temps plus d’albumine que dans ce liquide. L’émulsion végétale renferme de la matière grasse qui correspond au beurre ; elle contient en outre du sucre, de la caséine et de l’albumine : ces deux dernières combinées évidemment à un alcali. Par réchauffement, l’albumine se coagule et se rend, avec la matière huileuse, à la surface du liquide ; celui-ci, séparé de la substance caillée, s’acidifie au bout de heures, dépose un coagulum de caséum parfaitement blanc , et l’on trouve alors dans le liquide de l’acide lactique. On a abandonné à une chaleur tempérée , pendant quelques jours, du lactate de caséine végétale avec une solution de s A e de canne cristal lisé et pur: ce dernier s’est complètement transformé en acide acétique , en acide lactique et en un corps semblable h la gomme arabique , absolument comme cela s’observe avec le caséum ordinaire du lait. La caséine des amandes douces donne, comme celle des graines des légumineuses, une grande quantité de sulfure de potassium, lorsqu’on la chauffe, doucement et d’une manière continue avec une lessive de potasse ; les acides occasionnent alors dans sa dissolution
FIBRINE TÉGÉTALB. hli
un précipité de protéine , et dégagent beaucoup d’hydrogène sulfuré.
Fibrine végétale. — IM. Liébig a donné ce nom à un principe essentiel de la graine des céréales, et particulièrement du blé; il reste en combinaison avec un autre principe, le gluten. Lorsqu’on pétrit une pâte épaisse de farine de blé, en y faisant arriver un filet d’eau continu , l’albumine végétale et l’amidon sont entraînés par l’eau ; dès que celle - ci n’est plus laiteuse , on obtient une masse gluante, très élastique et grisâtre, qui, comme l’indique du reste déjà le mode de préparation , est insoluble dans l’eau à froid et à chaud. Ce qui seul distingue la fibrine végétale d’avec l’albumine , c’est précisément l’insolubilité de la première dans l’eau : sous ce rapport et sous tous les autres , elle est parfaitement identique avec la fibrine du sang artériel.
La fibrine végétale reste à l’état de pureté, si on épuise à plusieurs reprises, par l’alcool bouillant, le gluten de la fariui de blé, jusqu’à ce que le liquide ne laisse plus de résidu par l’évaporation : ce qui est dissous par l’alcool , c’est la glutine.
Épuisé par l’alcool, le gluten de la farine de blé a entièrement perdu sa viscosité ; c’est alors de la fibrine végétale grisâtre, élastique, molle, non pétrissable, et renfermant encore des traces d’amidon et de matière tégumentaire de la semence.
Lorsqu’on chauffe de la farine avec de l’eau de manière à en faire une bouillie, qu’on y ajoute un peu d’acide dilué, et qu’on maintient le mélange à une température élevée , jusqu’à ce qu’il soit devenu fluide comme de l’eau, on voit alors la fibrine végétale nager dans le liquide à l’état de flocons gris et gonflés, qu’on lave après les avoir jetés sur un filtre , et qu’on dissout dans une lessive faible de potasse. La dissolution , neutralisée avec précaution , donne un précipité de gluten et de fibrine végétale,
substance que Ton sépare par de Talcool bouillant.
Le corps que nous désignons , avec IM. Liébig , sous le nom de fibrine végétale est le même que celui que M. Berzélius a appelé albumine des céréales ; mais comme tous ces noms ne se rajtportent qu’à des modilications d’un seul et même corps, et que le mot albumine s’applique particulièrement h une substance soluble dans certains liquides, et pouvant être coagulée par l’effet de la chaleur, M. Liébig pense qu’il ne convient pas d’appeler ainsi le principe entièrement insoluble de la graine des céréales. Ce principe se rapproche , par toutes ses propriétés, de la fibrine du sang ; il donne une cendre ne renfermant aucun alcali soluble , tandis que tous les liquides , comme le sérum . renfermant de l’albumine en dissolution , donnent par la calcination une cendre fortement chargée de carbonate alcalin. L’absence ou la présence de cet alcali soluble est cause de l’état de solubilité ou d’insolubilité de ces corps , et c’est à lui qu’il faut attribuer la différence qu’on observe entre les caractères de l’albumine et ceux de la fibrine. C’est pour mettre un terme à cette confusion fâcheuse qui règne dans la nomenclature de ces principes azotés que M. Liébig a donné le nom de fibrine végétale à la modification insoluble.
Glutine vÉGÉi ale. — On a désigné sous ce nom la partie du gluten de farine de blé qui se dissout dans l’alcool. Après l’évaporation de l’alcool on lave le résidu avec de l’eau bouillante , et on obtient alors une masse jaunâtre très visqueuse et qui présente constamment une réaction acide.
Cette glutine végétale est une combinaison de caséine; elle se distingue de la fibrine végétale par sa solubilité dans l’alcool bouillant, et par la facilité avec laquelle elle se dissout déjà à la température ordinaire dans l’ammoniaque étendue. Si l’on fait bouillir la solution ammoniacale saturée et qu’on y verse goutte à goutte de l’acide acétique , il
€ LU T INK VÉt^KTALK.
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sie produit, avant niOme que la neutralisation ait lieu , un coagulmn blanc et épais qui ressemble entièrement an fromage cnit ou au blanc d’œuf coagulé.
Si maintenant, avec M. Liébig, nous jetons un coup d’œil d’ensemble sur les principales substances que nous venons de décrire , nous voyons qu’à l’état naturel la fibrine , l’albumine et la caséine se distinguent essentiellement par leurs caractères extérieurs, et parla manière dont elles se comportent avec l’eau et la chaleur. La fibrine extraite du sang est entièrement insoluble dans l’eau froide ; l’albumine du sang se môle en toutes proportions avec l’eau; l’albumine des œufs est généralement soluble dans l’eau.
A l’état récent, la librine constitue des filaments tendres, élastiques, diaphanes, non gluants et qui ne se laissent pas pétrir. L’albumine se coagule dans les solutions chauffées h une certaine température et donne une masse blanche , tendre, élastique et non pétrissable; l’acide acétique ne la jirécipite pas de sa solution.
La caséine du lait , qui forme le principal aliment des jeunes animaux , se distingue également de la fibrine par sa solubilité dans l’eau. Ses solutions ne se coagulent pas par l’ébullition, mais elles donnent, lorsqu’on les évapore, des pellicules ({ui se forment 5 leur surface et qui se renouvellent à mesure qu’on les enlève. De plus, la caséine est précipitée par l’acide acétique à l’état de gros caillot.
La fibrine, l’albumine et la caséine se comportent de la même manière avec l’acide hydroclilorique concentré. Elles s’y dissolvent à chaud, et la solution, exposée pendant quelque temps à une température élevée, prend une belle couleur lilas qui devient bientôt d’un bleu violet. A cette époque de la décomposition , la solution de ces trois substances présente les mêmes réactions avec le carbonate d’ammoniaque et avec d’autres réactifs.
D’après les analyses qui ont été faites jusqu’à présent et
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multipliées suffisamment pour n«i laisser aucun doute sur le résultat général , la fibrine , V albumine et la caséine présentent la même composition ; elles renferment la même proportion d’éléments organiques, groupés , à ce qu’il paraît , dans un ordre différent , ce qui explique la différence de leurs propriétés.
Lorsqu’on examine le gaz qui se forme par la combustion de ces trois corps avec l’oxide de cuivre, on remarque qu’il se compose d’un mélange d’azote et d’acide carbonique renfermant sensiblement , dans 8 volumes , 7 volumes d’acide carbonique et 1 volume d’azote , comme on l’a observé par l’analyse qualitative. La détermination de l’azote, d’après la méthode quantitative et d’apres celle qui consiste à la doser à l’état d’ammoniaque , fait voir que le rapport de l’azote au carbone s’exprime par 1:8, c’està-dire que les substances en question renferment 1 équivalent d’azote pour 8 équivalents de carbone.
PRODUITS ANIMAUX. — Nous allons examiner rapidement comment les animaux assimilent les aliments qui sont tout préparés par les organes des végétaux , quelles transformations ils subissent. Nous allons dire quelques mots sur les liquides les plus importants de l’économie animale, le sang^ la hile, V urine et le lait.
Pour nous rendre compte des phénomènes de l’assimilation chez les animaux, nous ne pouvons prendre un meilleur guide que M. Dumas. Voici comme il s’exprime :
« Dès qu’il a été prouvé que l’animal ne crée point de matière organique , qu’il se borne à se l’assimiler ou à la dépenser en la brûlant, il ne fallait plus chercher dans la digestion tous ces mystères qu’on était bien sûr de n’y point trouver ; c’est qu’en effet la digestion est une simple fonction d’absorption. Les matières solubles passent dans le sang, inaltérées pour la plupart; les matières insolubles arrivent dans le chyle , étant assez divisées pour être aspi-
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rées par les orifices des vaisseaux chylifères; d’ailleurs la digestion a évideniineiit pour objet de restituer au sang une matière i)ropre à fournil’ à notre respiration ces lü ou 15 grammes de carbone ou l’équivalent d’hydrogène que chacun de nous bride à l’heure , et de lui rendre ce gramme d azote qui s’exhale par heure aussi , tant par le poumon ou la peau que par les urines. Ainsi les matières amylacées se changent en gomme et sucre; les matières sucrées s’absorbent; les matières grasses se divisent, s’émulsionnent et passent ainsi dans les vaisseaux pour former ensuite des dépôts que le sang reprend et brûle au besoin. Les matières azotées neutres, la fibrine, l’albumine et le caséum, dissoutes d abord, puis précipitées, passent dans le chyle très divisées ou dissoutes de nouveau.
» Ainsi l’animal reçoit et s’assimile presque intactes des matières azotées neutres qu’il trouve toutes formées dans les animaux ou les plantes dont il se nourrit ; il reçoit des matières grasses qui proviennent des mêmes sources ; il reçoit des matières amylacées ou sucrées qui sont dans le même cas.
» Ces trois grands ordres de matières , dont l’origine remonte toujours à la plante , se partagent en produits assimilables, fibrine, albumine, caséum, corps gras, qui servent à accroître ou à renouveler les organes , et en produits combustibles , sucre et corps gras, que la respiration consomme. L animal s assimile donc ou détruit des matières organiques toutes faites, il n’en crée pas. La digestion introduit dans le sang des matières organiques toutes faites; l’assimilation utilise celles qui sont azotées , la respiration lirûle les autres. »
Sang. C’est le liquide le plus important de l’économie ; un nombre très considérable de recherches ont été mtreprises pour éclairer l’histoire de ce fluide. Voici les déments dont l’existence a été annoncée dans le sang de ’homme et des animaux.
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Oxigèiie libre et combiné; — azote libre et combiné; — carbone ; — hydrogène ; — chlore ; — phosphore ; — soufre; — manganèse ? — cui vre ;— fer ; — sodium ; — potassium ; — calcium ; — magnésium ; — aluminium? — silicium?
Les expériences de IM. Magnus paraissent avoir nettement démonti'é l’existence de l’oxigène et de l’azote à l’état de liberté dans le sang. Le soufre et le phosphore y existent à l’état de composés organiques et inorganiques. Le cuivre a été trouvé dans le sang par M. Sarzeau ; il n’y existe qu’en proportion extrêmement faible. Les expériences qui l’ont démontré ont été faites dans le laboratoire de M. Vauquelin à l’époque où j’y travaillais.
Composés inorganiques qui ont été indiqués dans le sang : Eau ; — acide carbonique ; — chlorure de sodium ; — chlorure de potassium; — hydrochlorate d’ammoniaque; — sulfate de potasse ; — carbonates de soude , de chaux , de magnésie; — phosphates de soude, de chaux, de magnésie.
Fourcroy et Vauquelin avaient encore indiqué la présence du phosphate de fer, et Proust celle de l’hydrosulfate d’ammoniaque. Ce dernier sel a été retrouvé il y a quelque temps dans le sang des typhoïdes par M. Bonnet ; mais c’est évidemment un produit d’altération ; il en est de même , je pense , de l’hydrochlorate d’ammoniaque.
La présence de l’acide carbonique libre dans le sang est un fait qui a été long-temps controversé. Les expériences de MM. Gmelin , Tiedemann et Mitscherlich semblaient avoir démontré qu’il ne s’y rencontrait point à l’état de liberté ; mais celles plus récentes de M. Magnus n’ont ^ laissé aucun doute à cet égard : le sang contient de l’acide carbonique libre.
Le sang contient plusieurs sels dont l’acide est organique, deslactate, albuminate, oléate, margarate de soude, une combinaison d’un acide volatil non déterminé. Proust a encore cité des acétate et henzoate de soude; mais depuis
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hll
lui , ou n’a point constaté la présence de ces sels dans le sang.
Principes immédiats dont Vcxisieuce a été signalée dans le sang : Albumine ; — fibrine ; — hématosine ; — gélatine • — urée ; — principes de la bile; — matière colorante jaune;
— acides oléique ; — margarique ; — cbolestérine ; — séroline;— graisses pbosphorées analogues à celles du cerveau;
— matières extractives.
.Nous avons étudié précédemment les matières les plus importantes du sang, fibrine, albumine , etc. ; il nous reste à décrire un principe qui sert pour ainsi dire à le caractériser, V hématosine.
Hématosine (matière colorante du sang). — Ce corps a été étudié par un grand nombre de chimistes. Voici ,
d’après !\1. Le Canu, comme on le prépare. On verse goutte à goutte de l’acide sulfurique dans du sang humain privé de fibrine , jusqu’à ce que le mélange se prenne en masse. On délaie cette masse dans l’alcool , on la presse fortement, puis on fait bouillir le résidu de couleur brune dans l’alcool légèrement acidulé. Ces solutions alcooli([ues sont saturées par l’ammoniaque et filtrées , évaporées ; puis le résidu est épuisé par l’eau , l’alcool et l’éther, puis repris par de l’alcool contenant 5 pour cent d’ammoniaque. Les solutions sont évaporées; le résidu, lavé à l’eau distillée, constitue l’iiématosine : c’est une substance solide, sans odeur, sans saveur, terne et de couleur brune, quand elle est obtenue comme il vient d’étre dit; d’un éclat métallique et d’un noir rougeâtre , quand elle est obtenue par l’évaporation au bainmarie de sa solution alcoolique ammoniacale.
L’eau , l’alcool faible , l’alcool concentré , l’éther sulfurique, l’éther acétique, l’huile essentielle de térébenthine, ne la dissolvent ni à chaud ni à froid.
L’eau , l’alcool et l’éther acétique , chargés d’une très minime quantité d’ammoniaque , de potasse ou de soude c.austique , la dissolvent aisément , et se colorent en rouge de sang.
CHIMIE
(Jette matière contient du fer en proportion constante et très considérable. M.Le Canu a démontré que 100 parties d’hématosine donnent , par la calcination, 10 parties de peroxide de fer, et ces proportions se retrouvent dans le sang d’individus différents.
Sous quel état le fer se rencontre-t-il dans l’hématosine?
On ne peut former à cet égard que des conjectures ; la plus probable est celle de ]\L Berzélius , qui admet que le fer s’y trouve à l’état métallique , qu’il constitue un de ses éléments , de même cfue le phosphore , aussi bien que l’oxigène, que l’hydrogène, que le carbone, constituent un des éléments de la matière grasse du cerveau.
Mode d'arrangement des ^principes du sang. — Le microscope nous montre que le sang est composé d’un liquide au milieu duquel nagent des globules. Ces corps ont été étudiés par un très grand nombre de naturalistes. Ces globules sont généralement considérés comme offrant des formes et des dimensions différentes dans les différentes espèces animales , semblables dans les mêmes espèces. Cependant, si l’on compare les mesures des globules de l’homme données par divers micrographes, on voit qu’elles diffèrent beaucoup entre elles. D’après MM. Prévôt et Dumas leur dimension égale 1/338 de ligne.
On a beaucoup discuté sur la nature des globules , et il s’en faut que l’on soit bien d’accord à ce sujet. D’après M. Denis , ils ne seraient autres que l’hématosine ellemême. D’après M. Raspaiî , ils se composeraient essentiellement d’albumine dans un état particulier. D’après M. Éverard Home , ils seraient formés d’un sphéroïde central , que l’hématosine , dans l’état de vie , envelopperait sous forme de vessie membraneuse.
1^1. Le Canu admet que les globules renferment au moins trois substances, de l’hématosine , de l’albumine , de la fibrine. Ce sont , d'après lui , des sphéroïdes formés extérieurement d’une pellicule fibrineuse , remplie intérieure-
SANG
ment d’albumine et d’hématosine. On ne peut admettre au reste, avec M. Le Ganu, que toute la fd^riue du sang se trouve dans les globules; car il n’a point réfuté les observations assez multipliées qui avaient établi l’existence de la fibrine dans le sérum, et entre autres l’expérience si précise de 31ulder. Voici cette expérience : on ampute la cui se à une grenouille , on fait tomber son sang sur un lilli e mouillé, et on le môle avec une quantité égale d’eau pure , ou mieux d’eau sucrée; il passe un liquide clair, dans lequel il se forme bientôt un coagulum de fibrine, qui ne tarde pas à se condenser et à devenir blanc. Les globules restent sur le filtre sans changer de nature , et ne se dissolvent pas , si c’est de l’eau sucrée qu’on a mêlée avec le sang. Il est clair, d’après cela, que l’existence de la fibrine est indépendante de celle des globules.
Analyse du sang. — Le sang abandonné à lui-memeau sortir d’une veine ou d’une artère , se partage en deux couches distinctes : l’une d’elles est liquide , plus ou moins transparente, on l’appelle sérum; l’autre est solide, d’un beau rouge , ou l’appelle caillot. Les proportions de ces deux parties sont extrêmement variables , suivant une foule de circonstances secondaires; aussi les nombres donnés par différents observateurs sont-ils extrêmement discordants.
Les chimistes ont depuis long-temps mis à profit ce départ naturel du sang pour analyser séparément le sérum et le caillot; mais comme cette séparation est très variable, les résultats qu’on obtient ne doivent rien avoir de fixe. Hermann a montré que le sérum possède la propriété de rougir la teinture de tournesol qui y est mêlée , et de bleuir du papier de tournesol rougi.
Pour analyser le sang , voici le procédé indiqué par MM. Prévost et Dumas, et qui est généralement adopté ; il consiste essentiellement à déterminer la différence entre le poids du résidu provenant de la dessiccation d’une quantité donnée de caillot , et le poids du résidu provenant de la dessiccation d’une quantité également
C3ÏIM1E.
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donnée de sérum appartenant au même sang. Cette méthode a déjà été critiquée par plusieurs observateurs : on a montré que ce qui était appelé quantité des globules , doit être nommé la somme des globules et de la fibrine auparavant dissoute. En admettant que l’eau du caillot appartient tout entière au sérum interposé , on exagère la quantité des matières fixes du sérum ; car les globules ne sont pas dans le sang à l’état anhydre , et on ne sait pas si le liquide qui les pénètre est analogue au sérum. Quoiqu’il en soit, en exécutant les corrections provenant de la fibrine libre , les données obtenues par cette méthode chez les animaux et chez l’homme sain conservent toute leur valeur;
Voici, selon moi, comment on doit s’y prendre pour obtenir facilement des caractères de quelque valeur de l’examen du sang : 1" l’observer au microscope au sortir de la veine ; 2° déterminer la proportion relative de fibrine dans une quantité donnée de sang en le fouettant vivement ; 3” faire dessécher au bain-marie un poids connu du même sang , et peser le résidu. Le sang desséché peut être épuisé successivement par l’éther et l’alcool bouillant ; mais on peut se contenter de l’incinérer, et de déterminer par les moyens connus la proportion d’oxide de fer que ces cendres contiennent, et cette quantité étant obtenue, on peut très facilement en déduire la somme d’hématosine contenue dans le sang , car les expériences de M. Le Canu nous ont démontré que la proportion de fer était constante dans une même quantité d’hématosine La quantité d’hématosine étant connue, on pourrait supposer avec quelque fondement que le poids des globules doit être proportionnel à cette quantité. On pourrait aussi rechercher si le sérum et la fibrine ne contiennent pas quelques traces de fer, et déduire cette quantité de la somme générale. Si l’on veut déterminer la pi'oportion d’albumine contenue dans le sérum, on peut en coaguler par la chaleur une quantité donnée , laver, dessécher et peser le coagulum.
Compara i!on du sanq contenu dans dilJérents vaisseaux.— 1° Le sang artériel contient proportionnellement moins d’eaii et plus de matières lixes; *2° il contient proportionnellement plus de globules et de fibrine ; 3° il contient plus d’oxigène libre proportionnellement à son acide carbonique , et moins de carbone et plus d’oxigène combinés.
Comparaison du sang veineux dans dilJ'érentes conditions. — Les résultats qu’on peut déduire de cette comparaison sont extrêmement importants. On a vu que la pi’oportion d’eau est plus faible , et la proportion de matières fixes plus forte ; la proportion du sérum plus faible, et la proportion de globules plus forte dans le sang d’homme (pie dans le sang de femme, dans le sang d’adultes que dans le sang d’enfants ou de vieillards (abstraction faite des premiers jours qui suivent la naissance) ; dans le sang d’individus bien nourris que dans le sang d’individus peu ou mal nourris ; dans le sang d’individus sanguins que dans le sang d’individus lymphatiques du même sexe; dans le sang d’individus à pouls plein, large, ayant des veines supeiTicielles très gontlées, que dans le sang d’individus à pouls petit , faible , à veines superficielles à peine visibles.
On observe, au contraire, à la suite de pertes de sang , de saignées successives, que la proportion des globules diminue notablement. Ces résultats sont de la plus grande importance, surtout si on admet que les globules ont une action excitante sur le système nerveux, beaucoup plus énergique que le sérum.
Sang des divers animaux. — La comparaison du sang des divers animaux a rév(dé des particidarités très intéressantes, (pii ont surtout été observées par >!. liewson et par îMM. Prévost et Dumas. Ces derniers ont vu que les globules étaient circulaires dans tous les mammifères ; leur m'andeur varie d’un animal à l’autre. Suivant Hewson , les globules n’ont pas tous un égal diamètre dans un même
CHBIIE.
animal , ce qui pourrait servir à expliquer les grandes différences qu’on remarque entre les mesures données par divers observateurs; suivant ce même anatomiste, dans une espèce déterminée d’animaux, les globules changent de dimensions avec l’âge.
Selon MM. Prévost et Dumas , les globules sont elliptiques chez les oiseaux; ils varient peu de grandeur dans cette classe, et la variation ne porte que sur le grand axe. Ils sont elliptiques dans tous les animaux à sang froid. Une conséquence très intéressante que ces savants observateurs ont expérimentalement déduite de ces faits , c’est que la transfusion est immédiatement suivie de mort , quand elle s’exécute sur des animaux dont les globules ont une forme différente. Si la forme est la même et si les dimensions diffèrent, l’animal n’est qu’imparfaitement relevé, et l’on peut rarement le conserver plus de six jours.
Les oiseaux sont les animaux dont le sang est le plus riche en globules; les mammifères viennent ensuite , et il semblerait que les carnivores en ont plus que les herbivoi’es. Les animaux à sang froid sont ceux qui en possèdent le moins.
Usages technologiques du sang. — Il est employé pour clarifier le sucre, et pour fabriquer du prussiate de potasse et du bleu de Prusse.
Bile. — C’est un liquide très important sécrété par le foie ; il a été examiné par un grand nombre de chimistes distingués, parmi lesquels nous devons citer surtout MM. Berzélius, Braconnot, Thénard, Gmelin. Dans cet exposé rapide nous prendrons particulièrement pour guide les travaux publiés en 1838 par M. Demarçay. Les caractères physiques de la bile, son homogénéité, sa consistance visqueuse, son extrême solubilité dans l’eau , son énergie à la retenir ou à s’en emparer, et de plus la propriété remarquable qu’elle possède de dissoudre les graisses en grande quantité , la
BILE. ^l85
rapprochent tellement des savons, que les premiers observateurs devaient la classer parmi eux.
Dans toutes les expériences qu’on entreprend sur la hile, on voit partout reparaître une substance douée des mêmes caractères physiques et chimiques , donnant toujours par sa décomposition les memes produits, peu nombreux et faciles à distinguer. Lorsqu’on relit avec attention les travaux faits sur la bile, on voit reparaître à ciiaque instant un acide particulier de la bile , soit isolé et presque pur, comme dans la résine biliaire de >1. berzélius, soit plus ou moins décomposé, comme dans celle de MM. Thénard et riinelin.
La décomposition de la bile est si simple, si nette, qu’il est impossible, après l’avoir vue, de ne pas reconnaître, dans la résine biliaire et la taurine de M. Gmelin, des produits de décomposition ; la bile contient , en outre , une matière grasse très importante, la cholestérine.
Passons maintenant à la description de l’acide particulier de la bile nommée acide choléique , et à celle des trois produits de sa décomposition : Vacide choloïdiqiie, la taurine , Vacide choliqiie.
Acide choléique. — Combiné à la soude , il forme les neuf-dixièmes au moins de la bile du bœuf. Quoique séparé aisément de celle-ci , il est difficile à obtenir pur. Voici la manière de le préparer :
On dissout dans lüO parties d’eau 10 parties de bile traitée préalablement par l’alcool ; on y ajoute 2 parties d’acide sulfurique étendues de 10 jiarties d’eau, et on fait évaporer dans une capsule à une douce chaleur. Lorsque la liqueur se trouble, que des gontelettes oléagineuses commencent à se montrer à la surface, on la laisse refroidir, et on l’abandonne pendant huit à dix heures ; au bout de ce temps l’acide choléique s’est séparé sous forme d’un magna vert, de la consistance de l’huile d’olive figée. On décante la liqueur, on filtre afin d’en séparer l’acide margarique
CHIMIE
hm
et la cholestérine qui lloitent à sa siu*face , et on fait éva- |X)rer de la même manière jusqu’à séparation d’une nouvelle quantité d’acide, qu’on laisse déposer et séparer. On recueille jusqu’à ce que la dissolution soit réduite au quart de son volume ; plus tard, elle donnerait peut-être des produits mêlés d’acide choloïdique. Les dépôts lavés avec un peu d’eau distillée sont réunis, dissous dans l’alcool, et on y ajoute, avec précaution, quelques gouttes d’eau de baryte, afin de séparer l’acide sulfurique libre. La dissolution, filtrée et évaporée jusqu’à consistance de sirop, est secouée avec de l’éther, qui enlève le peu d’acide margarique qui pourrait rester; on sépare ensuite cet éther; on évapore, autant que possible, sur le bain-marie; l’acide devient de plus en plus pâteux ; on le transporte encore chaud sous le récipient de la machine pneumatique, et on fait le vide vivement. La masse s’élève , se boursoufle beaucoup , et abandonne une grande partie de l’eau qu’elle contient. En répétant deux ou trois fois cette manœuvre, on obtient l’acide cholêique sec ou en masse jaune très spongieuse et friable, qui absorbe rapidement riiumidité de l’air. Sa saveur est très amère, irritante ; cet acide est presque insoluble dans l’éther. Soluble dans l’alcool et assez soluble dans l’eau , ses dissolutions rougissent fortement le papier de tournesol ; elles décomposent à froid, avec une vive effervescence, les carbonates alcalins ; les acides cblorhydrique, sulfurique et phosphorique le décomposent en acide choloïdique et en taurine.
L’acide choloïque est composé de /jl atomes de carbone, 66 d’hydrogène , 2 d’azote et 12 d’oxigène.
Acide choloïdique. — Pour le préparer, on fait dissoudre la bile dans 12 à 15 parties d’eau ; on fait bouillir avec un excès d’acide chlorhydrique pendant trois ou quatre heures, et on laisse refroidir. On décante la liqueur, et on débarrasse l’acide choloïdique de l’acide cblorhydrique qui le retient en le lavant à plusieurs reprises avec de l’eau
JUi.K. Wj
(iislillée. Oiî dissout ensuite dans l’alcool; on agite la solution avec de l’éther pour séparer la cholestérine et l’acide inargarique. On évapore à siccité au bain-marie. C’est alors un acide gras, fixe, sec, fusible à ÎOO"; d’une couleur jaune, inodore; d’une saveur très amère, facile à réduire en poudre.
Acide cholique. — Il résulte de l’action de la potasse sur la bile. On l’obtient sous forme de cristaux incolores, transparents. Il est très soluble dans l’alcool et l’éther, insoluble dans l’eau.
Taurine. — Klle cristallise très bien en prismes réguliers; les cristaux croquent sous la dent, et ils ont une saveur piquante , mais qui n’est ni douceâtre ni salée. Ils ne réagissent ni à la manière des acides ni à celle des alcalis, et ne s’altèrent point à l’air, même à 100°. Chauffée à feu nu, la taurine fond en un liquide épais, brunit, se boursoufle, exhale une odeur douceâtre et empyreumatique assez semblable à l’indigo qui brûle , et laisse un charbon facile à brûler. A 12°, la taurine exige 15 parties 1/2 d’eau pour se dissoudre. L’eau bouillante en dissout davantage encore , et l’excès cristallise par le refroidissement. L’alcool bouillant de 0,835 n’en dissout que 1/573 de son poids. Elle est presque insoluble dans l’alcool anhydre.
Cholestérine. — Composition : C^^ 11^^ O. La cholestérine est solide, cristallisant en feuilles blanches d’un brillant nacré; elle est blanche, inodore, insipide ; -elle est plus légère que l’eau. La cholestérine fond à -j- 137“; l’eau en dissout un peu; elle se dissout dans 1/9 d’alcool bouillant, d’une densité de 0,8A , et dans la moitié de son poids d’éther bouillant. Exposée à l’action du feu en vase clos, elle se sublime en grande partie sans altération ; sous l’inlluence de l’air, elle brûle comme la graisse. L’acide nitrique la transforme en acide cholestérique et tannin artihciel ; l’acide sulfurique la noircit sans la dissoudre. Les alcalis sont .sans action sur la cholestérine. La cholestérine
CHIMIE
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existe dans la bile , les calculs biliaires de l’homme , dans l’huile d’œuf, dans le sérum du sang.
Usages de la bile du bœuf. — Cette matière, connue généralement sous les noms de fiel de bœuf et d'amer, est employée par les dégraisseurs pour enlever les taches de graisse sur les tissus qui sont altérables par les alcalis et le savon , parce qu’en raison de sa légère alcalinité, elle se mêle très bien aux corps gras, qu’elle dissout en grande partie, ou qu’elle amène à un état d’extrême division. Les peintres à l’aquarelle et à la miniature , les enlumineurs en font également usage pour donner plus de ton , de brillant et de vivacité aux couleurs , qu’elle fixe plus facilement sur les corps polis , et qu’elle conserve mieux que les autres matières visqueuses.
Comme la bile se putréfie promptement , surtout dans les temps chauds et humides , on la réduit souvent en consistance d’extrait, après l’avoir fait bouillir et écumer ; c’est ce qu’on appelle alors le fiel de bœuf concentré, qu’on délaie simplement dans l’eau pour en faire usage. Comme la couleur propre à la bile altère plus ou moins certaines couleurs de peintures , telles que le bleu , qu’elle fait paraître vert , et le carmin , qu’elle affaiblit , on la décolore au moyen d’un procédé indiqué par M. Tomkins, chimiste anglais. Pour cela, après l’avoir fait bouillir et écumer, on la partage en deux flacons , dans l’un descjuels on ajoute 32 grammes d’alun, et dans l’autre 32 grammes de sel par litre. On laisse reposer jusqu’à ce que les liqueurs soient éclaircies 5 on les décante , on les mêle , et on laisse reposer de nouveau. On filtre ensuite , et on obtient ainsi un liquide incolore , qui se conserve très bien , et nommé fiel de bœuf purifié.
Urine. — Ce liquide a été étudié par un grand nombre de chimistes. Cette étude a conduit à la découverte de plusieurs principes immédiats très importants. C’est >e moyen d’élimination le plus puissant de l’organisation animale. La plus grande partie des matières qui sont ou impropres à la
URINE. liHl
digestion , ou qui causent du trouble dans les fonctions des organes des animaux, sont éliminés j)ar les urines.
Voici, d’ajM’ès une ancienne analyse de berzélius, la composition de Turine : eau, 933; urée, 30,10 ; acide lactique libre , lactate ammonique , extrait de viande soluble dans l’alcool , matières extractives solubles seulement dans l’eau, acide urique, 1,00; mucus vésical , 0,32;
sulfate potassique, 3,71 ; sulfate sodique, 3,16; phosphate sodique, 2,9/|.; biphosphate ammonique, 1,65; chlorure sodique, chlorure ammonique , 1,50 ; phosphate
calcique et phosphate magnésique , 1,00 ; silice , 0,03.
Nous allons étudier les deux principes caractéristiques de l’urine , l’urée et l’acide urique.
Ui ’ée, — Elle fut isolée par Fourcroy et Vauquelin dans leur beau travail sur l’urine. Voici la manière de l’obtenir à l’état de pureté. Après avoir évaporé l’urine , on la dessèche, aussi exactement que possible, au bain-marie, et on traite le résidu par l’alcool anhydre, pour le dépouiller de tout ce que ce menstrue peut lui enlever : ensuite on retire l’alcool par la distillation au bain-marie. On dissout le résidu jaune dans une petite quantité d’eau, et on le fait digérer avec un peu de charbon animal , ce qui le rend presque incolore. On fdtre alors la liqueur ; on la fait chauffer jusqu’à 50“, puis on y dissout autant d’acide oxalique qu’elle peut en prendre à cette température. Par le refroidissement, il se dépose des cristaux incolores d’oxalate d’urée. Lorsque, pendant la dissolution de l’acide oxalique, on élève la température jusqu’à près de 100°, la liqueur devient d’un brun foncé et acquiert une odeur désagréable. L’oxalate d’urée, qui cristallise ensuite, est d’un beau rouge ou quelquefois d’un rouge-brun. Cette couleur peut lui être enlevée par une très petite quantité de charbon animal. Après avoir réuni les cristaux, on les débarrasse de l’eau-mère en les lavant avec un peu d’eau à la glace; puis on les dissout dans de l’eau bouillante à laquelle on ajoute
CHïMli:.
une très petite quantité de charbon animal, et on filtre la liqueur, de laquelle l’oxalate d’urée cristallise avec une couleur blanche comme celle de la neige.
On dissout les cristaux dans de l’eau bouillante , et on mêle la liqueur avec du carbonate de chaux en poudre extrêmement line qui la décompose avec effervescence. Lorsque la liqueur cesse de rougir le tournesol, on la filtre pour la débarrasser de l’oxalate de chaux qui s’est déposé , et 011 l’évapore à siccité au bain-marie. De celte manière on obtient une masse blanche, d’apparence saline, qui est l’urée, mais encore mêlée avec de l’oxalate alcalin. On débarrasse l’urée de toutes les impuretés en la traitant par l’alcool , qui vaut d’autantmieuxpour cela qu’il est plus concentré, et cjui laisse, sans la dissoudre, une petite quantité d’une combinaison chimique d’oxalate alcalin et d’urée.
Prout a vu que la composition de l’urée est telle que lorsqu’un atome de cette substance décompose un atome d’eau, il en résulte précisément un atome de carbonate d’ammoniaque sans qu’il reste rien des principes constituants de l’eau ni de l’urée. Voici la formule correspondante à l’analyse de Prout: G H'i O.
Par un prompt refroidissement de sa dissolution , elle cristallise en aiguilles déliées d’un brillant soyeux; par l’évaporation spontanée elle prend la forme de prismes à quatre pans , longs , étroits , incolores. La meilleure manière de l’obtenir cristallisée est d’en laisser refroidir lentement la dissolution alcoolique saturée et bouillante. Suivant Prout , elle contient toujours une base quand elle cristallise en feuillets. Elle est inodore, a une saveur fraîche analogue à celle du nitre ; elle ne réagit ni comme acide ni comme alcali , mais elle se combine très bien avec les acides. Sa densité est de 1,35. L’eau bouillante la dissout en toute proportion; l’eau à 15" en dissout au moins son poids. L’alcool à 0,816, àl5'’,en dissout i/U de son
poids; bouillant, un poids égalait sien. Chauffée jusqu’à
IRÏNE.
120^, elle fond sans se décomposer, mais à ([nel({ues degrés au-dessus elle entre en ébullition ; il se sublime du carbonate d’ammoniaque ; la masse en fusion prend peu à peu l’apparence d’une bouillie, et il reste une poudre d’un gris blanc qui est de l’acide cyanuriqxie. C’est AVoelherqui a découvert cette réaction remarquable.
Acide urique. — Il a été découvert par Schéele; il le nomme Hthiqxxe. Il existe dans l’urine de l’homme et des animaux carnivores, mais non dans celle des animaux mammifères herbivores. On l’extrait facilement des excréments d’oiseaux carnivores ou des excréments de serpents , qu’on épuise d’abord par de l’eau , de l’alcool et de l’acide chlorhydrique, et on forme , avec la potasse , un urate alcalin qui peut cristalliser, et qu’on décompose ])ar l’acide chlorhydrique. Il forme des écailles cristallines , blanches ; il n’a ni saveur ni odeur; il est soluble dans 1720 parties d’eau froides et dans 1600 parties d’èau bouillante; il est insoluble dans l’alcool et dans l’éther. Par la décomposition par le feu , il donne de l’acide cyanuriqxie combiné avec de l’urée. Chauffé avec l’acide nitrique, il donne une belle couleur rouge.
Acide urohenzoïque , hippurique (Liébig). — On avait indiqué l’acide benzoïque comme une partie constituante de l’urine des mammifères herbivores et des jeunes enfants. Liébig a prouvé que c’était un acide particulier. Les phosphates manquent généralement dans les urines des herbivores , et sont remplacés par des carbonates.
Les chimistes qui ont eu l’occasion de préparer de l’acide hippurique ont pu s’apercevoir de la difficulté qu’on éprouve à éviter que l’urine de cheval ne se modifie par l’évaporation au j)oint de fournir, au lieu d’acide hippurique, de l’acide benzoïque, ou du moins le mélange de ces deux acides , et il paraît certain que Fourcroy et Yauqueliii en annonçant qu’on retirait de l’acide benzoïque de l’urine des animaux herbivores ne s’étaient pas trompés.
CHIMIE
Voici la foniHile de l’acide hippurique : C® N» 0^ + IP O.
L’urine , considérée dans son état ordinaire , rendue au moment du réveil, a les caractères suivants : elle est claire, d’im jaune ambré ; elle possède une odeur aromatique particulière qui disparaît par le refroidissement; sa saveur est désagréable , salée et amère ; souvent elle se trouble en se refroidissant, et alors elle dépose un sédiment grisou rougepâle qui se redissout quand on la chauffe à 37° ; elle rougit manifestement et fortement le tournesol à la manière des acides; sa densité est, terme moyen, de 1,0125. Dans les maladies elle va quelquefois à 1,050, mais c’estlà un signe fâcheux. Abandonnée à elle-même , l’urine devient plus pâle au bout de quelques jours, acquiert une odeur faiblement ammoniacoale, mais en même temps désagréable, réagit à la manière des alcalis, et se couvre d’une pellicule mucilagineuse blanche , dans laquelle , aussi bien que sur la paroi interne du vase , se déposent de petits cristaux blancs. Ces cristaux sont du phosphate ammoniaco-magnésique. Peu à peu l’urine devient tellement alcaline qu’elle fait effervescence avec les acides, et qu’on peut l’employer dans les arts comme faible dissolution de carbonate d’ammoniaque. Pendant que ces phénomènes ont lieu elle se concentre par l’effet de l’évaporation spontanée, et dépose d’abord des cristaux cubiques jaunes qui sont du sel ammoniac, puis des octaèdres jaunes qui sont du chlorure de sodium, et enfin ce qu’on appelle sel microcosmique ou sel fusible de l’urine^ qui est du phosphate ammonicosodique. L’eau-mère est alors un sirop brun et fétide.
L’urine ne se coagule point par l’ébullition. Elle donne à la distillation une dissolution extrêmement fétide et incolore de carbonate d’ammoniaque, sel qui se forme pendant l’ébullition.
Calculs urinaires. — Lorsque , par suite d’une maladie des reins et d’un désordre dans la sécrétion de ces organes,
LAIT
la nature de Turine change ; lorsque, par défaut de boissons aqueuses assez abondantes, l’urine se concentre, ou que, par une circonstance quelconque, un des matériaux peu solubles de rurine se produit en trop grande quantité, il arrive alors qu’il se forme dans la vessie des dépôts de concrétion connus sous les noms de gravelle , calculs urinaires. Les calculs urinaires sont d’une nature très variable; ils sont tantôt formés d’une seule substance, comme l’acide urique, qui est très fréquent; Voxalale de chaux, qui est très dur et recouvert de rugosités qui causent de grandes douleurs ; tantôt de plusieurs matières superposées. On a donné le nom de lilhonlriptiques aux agents propres à dissoudre les calculs urinaires. On a beaucoup vanté les bicarbonates alcalins; mais j’ai exposé dans mon Annuaire de thérapeutique de 18ô‘i les règles que l’on doit suivre pour qu’ils réussissent. Je dois me borner à dire ici que les lithontriptiques ne sont en général réellement et sûrement utiles que lorsque les urines restent limpides après le refroidissement. On obtient ordinairement ce résultat en prenant beaucoup de boissons aqueuses.
Voici la liste des matières trouvées dans les calculs urinaires: 1° acide urique; 2“ urate de soude; 3° urate d’ammoniaque ; phosphate de chaux ; 5" phosphate ammoniaco-magnésique ; 6° le sous-phosphate calcique et le phosphate ammoniaco-magnésique ; on les nomme calculs fusibles; 7“ carbonate de chaux, rare chez l’homme, fréquent chez les animaux ; 8"^ oxalate de chaux ou calcul mural ; 9° cystine ; 10° silice.
Lait. — Ce liquide, sécrété par des glandes propres aux femelles des animaux mammifères , a été l’objet d’études d’un grand nombre de chimistes. Geoffroy, Baumé, Rouelle le jeune, Schéele, Parmentier et Deyeux, Fourcroy et Vauquelin, Proust, IM. Braconnot, M. Berzélius, MiAl. Chevalier et Henri , M. Donné , M. Quevenne , sont ceux qui ont le plus enrichi son histoire.
CHIMIE
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Propriétés, — Le lait est blanc opaque, qualité qu’il doit k une combinaison émulsive de caséum et de beurre. Le liquide dans lequel nagent les parties émulsives tient en dissolution du caséum, du sucre de lait, de^ matières extractives, des sels et de l’acide lactique libre, auquel il doit la propriété de rougir même à l’état frais la couleur du tournesol. Le lait contient de 12 à 13 p. 100 de matières solides , selon M. Quevenne ; mais cette quantité varie considérablement suivant les animaux et suivant leur nourriture. Le lait soumis au repos se sépare en deux parties i la crème, plus légère , vient surnager.
On admet généralement que l’alcali renfermé dans le lait se trouve en combinaison avec l’acide lactique , mais cet acide n’a pas encore été observé dans le lait frais. On sait que cet acide se forme au moment où le lait sort du pis ; que sa quantité augmente de plus en plus, jusqu’à ce qu’il en résulte la décomposition du caséate alcalin , c’est-à-dire la coagulation du lait et la formation du lactate de caséine (caséum).
Le lait évaporé à l’air libre se couvre d’une pellicule composée principalement de caséum. Une fois arrivé à un certain degré de concentration, il se coagule spontanément.
M. Gay-Lussac a vu que du lait frais chauffé à 100®, lorsqu’on répète cette opération tous les jours, peut être gardé des mois entiers sans qu’il s’aigrisse. Au-dessus de 15° le lait absorbe l’oxigène de l’air et devient aigre ; de 20 à 25 cette acidification s’opère dans l’espace de quelques heures, et le lait se coagule quand on le fait bouillir. Un lait déjà aigri peut encore être bouilli quand on a la précaution d’en saturer l’acide libre avec du carbonate de potasse ou de soude. Pendant l’acidihcation du lait il se forme de l’acide lactique qui convertit le caséum en un caillot gélatineux , combinaison de cette matière avec l’acide lactique ; quand il est égoutté, on le connaît sous le nom de fromage mou.
LAIT
Quand on mêle le lait avec les acidesyid matière caséeuse se précipite combinée avec l’acide et enveloppant le beurre qui se précipite en même temps; le précipité est redissous par les alcalis ; mais cette dissolution s’opère diflicilement quand le lait a bouilli. Les hydrates des terres alcalines coagulent le lait. Tous les sels terreux et métalliques qui précipitent une dissolution d’albumine coagulent le lait. Plusieurs matières organiques agissent sur ce liquide. Le pingiiicula vnUjaris l’épaissit considérablement et le rend filant; le tannin et plusieurs matières végétales le coagulent ; mais la substance la plus remarquable sous ce rapport est la présure.
P) 'ésure. — On nomme ainsi la membrane muqueuse de l’estomac des jeunes veaux qui ne sont nourris que de lait. On donne, en France, communément ce nom à tout l’estomac du ^eau contenant du lait caillé; on l’estime d’autant plus qu’il en contient davantage. On prépare en Bourgogne la présure en mêlant avec les matières contenues dans cet estomac , de la crème, du sel et du poivre en assez grande proportion pour qu’on puisse sécher l’estomac. On dit la présure préférable pour faire les fromages après six mois de conservation. On ne sait point encore comment la présure détermine la coagulation du lait; on croyait que c’était l’effet de l’acide du suc gastrique; mais il faut chercher une autre cause de ce phénomène remarquable, qui ne peut être comparé qu’à l’action de la diastase ; car M. Berzélius épuisa par de l’eau la membrane muqueuse d’un estomac de veau, et une partie du poids de cette membrane coagula, h 50% 1800 parties de lait écrémé , et cette membrane pesait encore 0,9d après l’action.
JMÎt de femme. — Sa densité moyenne est de 1 ,020 , il contient 12 p. 100 de substances fixes. Le caractère essentiel du lait de femme consiste en ce que la matière caséeuse (jui s’y trouve dissoute forme des combinaisons solubles avec les acides. Parmi les laits de là femmes examinés
CHmE.
par Moggenhofen , il ne s’en est trouvé que 3 qui fussent coagulables par les acides chorhydrique et acétique , mais la présure le coagule régulièrement. Voici l’analyse d’un lait de femme , par Moggenhofen : 1° extrait alcoolique avec beurre, acide lactique , lactate , chlorure sodique et sucre de lait , 9,13 ; 2° extrait aqueux ; sucre de lait et sel , 1,14; matière caséeuse coagulée par la pressure ; 2,41; eau, 87,25.
Lait de vache. ~ Sa densité , d’après M. Quevenne , est de 1,029 à 1,033 pour le lait avec sa crème, et de 1,033 à 1,037 pour le lait écrémé, et celle de la crème 1,0244.
La composition du lait de vache est la suivante , d’après une, moyenne de six analyses exécutées par 31. Quevenne : beurre , 3,38 ; matières caséeuses , 3,57 ; lactine, matières extractives, 5,85; eau, 87,20.
Le lait de chèvre a une pesanteur spécifique de 1,036. Il a une odeur hircine , plus prononcée lorsque la chèvre qui l’a fourni est foncée en couleur que quand son pelage est d’une teinte claire. Il donne beaucoup de crème et de beurre. Ce dernier, outre les autres acides du beurre, contient de l’acide hircique, auquel est due l’odeur particulière du lait de chèvre. Ce lait donne aussi beaucoup de matière caséeuse, qui devient dense et ferme, et qui perd aisément son petit-lait. 31. Payen y a trouvé, sur 100 parties : beurre, 4,08; matière caséeuse, 4,52; résidu solide du petit-lait, 5,86; eau, 85,50.*
Lait d'ânesse. — Il diffère beaucoup des autres laits par la proportion considérable de sucre de lait qu’il contient ; c’est à la prédominance de cette matière qu’il faut probablement attribuer la plupart de ses propriétés médicales. 100 parties de lait d’ânesse renferment : matières solides, 9,53; eau, 90,47. Les matières solides sont : beurre, 1,29; sucre de lait, 6,29; caséum, 1,95. La proportion des matières solides obtenues varie entre 7 et 11 p. 100 de lait; elle est quelquefois, mais rarement, au-dessous de 7.
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Conservation (ht (ait. — On s’est beaucoup occupé de résoudre ce problème; le procédé d’ Appert, que nous décrirons plus loin, donne une solution complète, mais son exécution est embarrassante ; M. Braconnot a doané un moyen d’une exécution beaucoup plus commode. On fait coaguler trois litres de lait frais avec de l’acide chlorhydrique (il ne faut pas employer celui du commerce, mais de l’acide pur, car, sans cette précaution, le produit est d’une très mauvaise quidité) à une température de AO” ; on exprime, on lave, on dissout le caillot dans une solution de 5 grammes de carbonate de soude cristallisé ; en chauffant au bain-marie on obtient un demi-litre de crème épaisse. IMélée avec moitié de son poids de sucre en poudre, on obtient ainsi une conserve de lait, à laquelle il ne s’agira plus que d’ajouter de l’eau pour régénérer le lait. MM. Grimaud et Gallais ont indiqué un procédé pour conserver le lait. Ils nomment lactéine le produit qu’ils préparent par l’évaporation obtenue au moyen de l’air froid mis en mouvement dans le liquide. La lactéine contient tous les corps fixes du lait. On peut régénérer le lait en ajoutant à la lactéine 9 p. d’eau.
Falsifications du lait. — Presque tout le lait qui se consomme à Paris, sous la simple dénomination de crème ou de crème à café, n’est que du lait pur ou additionné d’un peu de vraie crème ; quant à cette dernière, on n’en vend que peu et sous le nom de crème double. Ce qn’on dit en général dans le monde touchant les falsifications nombreuses du lait est, ou erroné, ou au moins exagéré : tout paraissant se réduire, du moins dans presque tous les cas, à une soustraction de crème et une addition d’eau.
Cependant on assure que l’on remplace quelquefois la crème par des cervelles de veau délayées dans l’eau. Pour découvrir cette fraude, il s’agit simplement de préparer du beurre avec cette crème artificielle. Pour découvrir l’addition de l’eau et la soustraction de la crème, M. Quevenne a
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proposé l’emploi de deux inslrurnents : 1® le lacto-densi'mètre, qui donne, comme son nom l’indique, la mesurede la densité du lait ; et , en outre, il fait connaître combien celui-ci contient de caséum et de sucre de lait mélangé ; 2^^ le crémomètre sert à mesurer la crème; il permet aussi d’estimer la proportion du beurre contenue dans le lait, d’une manière approximative.
Le lait est le plus admirable aliment que la chimie la plus perfectionnée pourrait inventer; il contient, en effet, une substance animalisée , le caséum; une matière grasse, le beurre ; un principe non azoté d’un nature mobile , le sucre de lait , et du phosphate de chaux; tous principes qui sont utiles comme éléments réparateurs ou nourriciers de toute l’économie animale.
Sucre de lait (lactine). — Il s’obtient en évaporant du petit-lait en consistance sirupeuse, et abandonnant le produit pendant plusieurs semaines à la cristallisation. Lorsqu’il est purifié , il cristallise sous forme de prismes à quatre pans, terminés par des pyramides à quatre faces. Il croque sous la dent ; il a une saveur sucrée et en meme temps arénacée. Il se dissout dans l’eau avec beaucoup de lenteur; il exige pour cela 3 p. d’eau bouillante , et à peu près le double d’eau froide. Il est peu soluble dans l’alcool , et d’autant moins que celui-ci contient moins d’eau; il est insoluble dans l’éther. Le sucre de lait est composé de carbone, d’oxigène et d’hydrogène : traité par l’acide nitrique, il donne, comme les gommes, de l’acide mucique.
Le sucre de lait passe pour adoucissant et analeptique ; à la dose de 30 gram. pour un litre d’eau, il forme un tisane adoucissante et légèrement diurétique. îîahnemann l’a choisi comme excipient des médicaments homoeopathiques.
Beurre. — Il est composé d’oléine , de stéarine et de butyrine; cette dernière estime graisse liquide qui, par la saponification , se convertit en acides butyrique, caprique et caproïque.
FHI.NCIFES (JltNÉHAlX DE LA rKl-VlUHi:. ^^97
(JKl'fs. — On tMiiploie parli('iili»‘r(Mnent l’œuf de poule, (jallus doinesiicws, L. (l’est un des aliments les plus complets que l’on î)uisse imaginer, car il contient une réunion de principes nécessaires à l’économie animale, et qui s’assimilent facüemeiU ; aussi c’est une bonne nourriture pour les convalescents. (Du distingue dans l’œuf deux parties essentielles , le jaune et le blanc ; cette dernière partie est composée de cellules lâches, pleines d’un liquide albumineux.; le blanc d’œuf sert à faire l’eau albumineuse utile comme contre-poisons de plusieurs métalliques. Lq javne d'œiil sL été ('xaminé par bostock , Le Canu, Chevreul ; il contient: matière gélatineuse. — albumine, — huile fixe,
— matière brune, soluble dans l’alcool, — cholestérine,
— 2 matières colorantes, l’iine rougeâtre, l’autre jaune; celle-ci ayant beaucoup d’analogie avec la bile.
§ VI. Applications principale*.
PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA TEINTURE.— L’art de la teinture consiste à fixer sur les étolfes , au moyen de l’attraction moléculaire, les matières (jui agissent sur la lumière autrement que ne le fait la surface des étoffes. On désigne sous le nom de matières colorantes les substances qui fournissent les ])rincipes colorants qu’on fixe sur les tissus ; ces matières sont répandues dans un grand nombre d’espèces organiques. On trouve des racines (orcanette, curcuma , garance ) , des tiges (santal , campêche , brésil , cpiercitron), des feuilles, des fleurs, des fruits ou semences (graines de Perse, d’Avignon) , colorés plus ou moins fortement, et on connaît des animaux entiers (cochenille, kermès, etc.), et des liquides circulant dans les différentes parties cle leurs corps (sang , bile, etc.), qui présentent des couleurs très vives , et cjui lournissent des matières indisjiensables à l’art de la teinture.
Historique de la teinture. ~ Nous allons, en pre-
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nant Berthollet pour guide , présenter une esquisse rapide de l’histoire de la teinture. Cet art a été pratiqué avec un grand succès dans les temps les plus reculés dont l’histoire fasse mention , dans les Indes , en Perse , en Égypte , en Syrie. L’Écriture sainte contient plusieurs passages qui témoignent des connaissances des anciens dans l’art de la teinture : Salomon faisait venir de Tyr des étoffes teintes en bleu , en écarlate et en cramoisi.
L’art de teindre les toiles paraît avoir été inconnu dans la Grèce avant l’invasion d’Alexandre dans les Indes. Pline rapporte qu’on y teignit les voiles de ses vaisseaux de différentes couleurs. 11 y a apparence que les Grecs empruntèrent cet art des Indiens.
L’Inde est le berceau des connaissances et des arts , qui se sont ensuite répandus et perfectionnés chez les autres nations. 3lais la division inaltérable des castes mit promptement des entraves à l’industrie : les arts y ont été stationnaires, et il y a apparence qu’au temps d’Alexandre, la teinture s’y est trouvée à peu près au même point qu’aujourd’hui pour les étoffes de coton et de laine , car la soie y était encore inconnue ou du moins très rare.
Les belles couleurs que l’on observe sur les toiles des Indes, auxquelles on donna d’abord le nom de perses, parce que c’est par le commerce de la Perse qu’elles nous parvinrent , pourraient faire croire que Part de la teinture y a été poussé à un grand degré de perfection ; mais les procédés des Indiens sont tellement compliqués , longs , imparfaits , qu’ils seraient impraticables ailleurs par la différence du prix de la main-d’œuvre. L’industrie européenne les a bientôt surpassés par la correction du dessin , la variété des nuances et la simplicité des manipulations ; si elle n’a pu atteindre à la vivacité de deux ou trois couleurs, il ne faut l’attribuer qu’à la supériorité de quelques substances colorantes, ou peut-être à la longueur même et à la multiplicité des opérations.