‹ Cours des sciences physiques à l'usage des élèves de philosophieChapitre 130 sur 139 · CO^SERVATÏOIN DES MATIÈRES ORGANIQUES · texte numérisé non relu

CO^SERVATÏOIN DES MATIÈRES ORGANIQUES

manière h ce qu’il donne peu de llamine et beaucoup de fumée. On laisse le hareng jusqu’à ce qu’il soit entièrement sauréou sec et enfumé. Vingt-quatre heures sulïisent pour cette opération. Dix à douze milliers de harengs peuvent être saurés h la fois. Ce genre d’industrie est très étendu en Hollande ; cette nation vend , chaque année, aux autres peuples pour plus de 60 millions de francs de harengs hUnics ou salés y et de harengs rouges ou saurs, saurés ou fumés.

La découverte du mode de préparer et d’encaquer le hareng fut faite dans le inilien du xv® siècle, par un pécheur nommé Beuckels. Ce fut une invention d’une importance sans égale pour la Hollande, qui accrut par elle sa richesse et sa puissance, et pour les peuples chrétiens, qui purent se procurer ainsi , pendant le carême , un aliment économique. L’empereur Charles-Quint se trouvant, en 1596, à Riervliet, où P)euckels avait été enterré, alla visiter son tombeau, et lui fit élever un monument magnifique.

Procédé d' Appert. — Le moyen le plus parfait pour conserver les aliments frais est celui proposé par Appert; il repose sur les principes suivants : 1» les matières qui ont déjà absorbé l’oxigène de l’air et sont devenues ferment perdent cette propriété si on les expose à lOÜ", et elles ne la rejirennentque par une nouvelle absorption de gaz oxigène; ‘i"* les matières organiques placées dans un vase herméti- (fuement clos absorbent à 100° tout l’oxigène contenu dans ce vase sans devenir ferment. Voici comme Appert opère, il remplit, par exemple, entièrement un flacon de pois \ei’ts frais, le bouche hermétiquement, le ficelle, et gou- (h'onne le bouchon ; il place ensuite le flacon dans un pot d’oan, qu’il chauffe jusqu’à réhullilion. Pendant qu’on les chauffe, les j)ois absorbent l’oxigène de l’air contenu dans le flacon, qui n’est plus remplacé par l’oxigène extérieur, l.es pois se conservent sans altération pendant toute une année. Mais si le bouchon ne ferme pas hermétiipiemeni , l’air pénétre dans le llacon , s’y renouvelle et détermine

CHIMIE

promptement la putréfaction des pois, qui répandent alors une odeur infecte. On peut, par le même moyen, conserver des matières végétales et animales. Il suffit pour cela de les placer dans des vases hermétiquement fermés, et de les y chauffer lentement jusqu’à 100" pendant un temps variable et selon les substances.

M. Bérard avait conseillé l’emploi du gaz azote pour conserver les fruits ; on obtient ce gaz en plaçant de l’hydrate d’oxide ferreux dans des vases contenant ces fruits. Cet oxide s’empare de l’oxigène de l’air, et l’azote reste libre ; mais l’oxigène contenu dans ces fruits réagit sur eux, et après quelques jours l’altération commence ; sa marche est singulièrement ralentie, mais les fruits perdent leur apparence ; il n’est pas douteux que l’action vitale continue malgré l’absence d’oxigène, et ne contribue à l’altération.

L’emploi du dmioxide d'azote, conseillé par Priestle) , et qui a le même résultat que le protoxide de fer, est très avantageux ; mais ce moyen n’est guère exécutable en grand, car la viande prend une couleur rouge, et souvent une saveur étrange.

Tannage des peaux. — On conserve les peaux des animaux, et on les rend propres à plusieurs usages économiques par certaines préparations dont voici le précis d’après M. Berzélius. Le tannage a pour but de préparer le cuir de semelle avec les peaux les plus épaisses, et le cuir d’empeigne avec celles qui le sont moins. Pour l’accomplir on ramollit les peaux dans une eau courante, puis on les dépouille du tissu cellulaire et de tout ce qui peut encore adhérer à leur face interne, en les raclant avec un couteau de forme particulière. Cette opération terminée, on les plonge dans un mélange d’eau et d’hydrate de chaux, et on les y laisse séjourner jusqu’à ce que les poils et l’épiderme se détachent ; après quoi on les ramollit , soit dans de l’eau pure, soit, ce qui vaut mieux, dans de l’eau à laquelle on a ajouté de l’acide acétique, du vinaigre de bois ou d(‘ l’eau de goudron, soit enfin, à défaut de ces substances,

TANNAGE DES PKATJX.

dans (le l’eau (ju’oii a fait passer à la fermentation acétique wi y déiayant du son. A mcsiiiT que l’acide pénètre la peau, celle-ci gonfle, motif pour lequel l’opération est de*signée sous le nom de (jonfleivciit des peaux. î.orsque les peaux sont suftisaminent gontlées, on les dispose , concîie j>ar couche, dans de grandes fosses, avec la substance végétale chargée de tannin et moulue ; on verse dessus de l’eau qui extrait le tannin ; celui-ci entre ainsi en contact avec les peaux, qui l’absorbent, sans que l’air puisse agir sur lui , et le convertir en apotlu'une. Le premier liquide dont on se sert pour tanner ne doit pas être trop concentré, parce qu’autrement la surface de la peau serait surchargée de tannin, (|ui ne pourrait plus ensuite pénétrer dans l’intérieur de la peau. De temps en temps on stratifie les peaux avec de nouvelle matière tannante, et, pour terminer, on verse dessus une forte infusion de la meme substance végétale. Plus la concentration du tannin dans le liquide se fait lentement et plus elle est forte en terminant , plus aussi le cuir devient solide et de bonne qualité.

II. Davy a trouvé que 100 })arties de peaux de veau , tannées dans une infusion conceiîtrée de noix de galle , avaient acquis GA parties en poids, et qu’elles avaient augmenté de ?)h dans une infusion concentrée d’écorce de chêne, de 17 dans une infusion étendue de cette même écorce, de aL\ dans une infusion concentrée, et de 15 dans une infusion étendue d’écorce de saule, enfin de 19 dans une dissolution de cachou. Cette dernière matière donnait en même temjts une couleur brune h la peau de veau. En général, en admet que le bon cuir de semelle contient 0,A de son poids de tannin. Le temps nécessaire pour un tannage complet varie suivant l’épaisseur de la peau et une multitude d’autres circonstances ; il s’étend depuis ([uelques mois jusqu’à une année et demie. On l’a beaucoup raccourci dans ces derniers temps en cousant ensemble plusieurs peaux de manière à en faire un réservoir qui ne laisse point échapper l’eau , remplissant la cavité de ma-

CHIMIE

lières végétales conteiiaiU du tannin , et versant dessus de l’eau, qu’une haute colonne de liquide tient soumise à une pression continuelle. L’eau fdtre ainsi à travers la peau , dans l’intérieur de laquelle elle dépose !e tannin. Cette méthode, que l’on vante beaucoup, a été imaginée par Spilsbury. Lorsqu’on se sert d’écorce de chêne, le côté extérieur de la peau se couvre d’acide pectique, qui est contenu dans l’écorce en combinaison avec du tannin, et que la substance de la peau dégage de ce dernier.

Le cuir a une teinte jaune ou de jaune brun. Le cuir noir doit sa couleur à une dissolution de sulfate ferreux , qui produit peu à peu du noir avec le tannin. On le rend mou et flexible en l’enduisant de graisse et d’huile. Le cuir destiné à être ciré est rendu uni et noirci du côté de la chair. Le maroquin est mordancé et teint de diverses couleurs, en rouge, en jaune, en bleu ou en vert. On teint le rouge avant et les autres après le tannage.

Vart du mépssier consiste à plonger les peaux minces dans une dissolution d’alun et de sel commun , après les avoir écharnées et débourrées. Ces sels se décomposent mutuellement , de manière qu’il en résulte du sulfate sodique et du chlorure aluminique , dont le dernier se combine avec le tissu cutané , qui devient par là inaltérable à l’air. Le sel aluminique , qui se combine avec la peau , est probablement avec excès de base , tandis qu’il reste un sursel dans la liqueur.

Le chamoisage a pour but de rendre la peau molle et flexible en l’empreignant de graisse , sans faire subir aucun changement à son tissu , mais après l’avoir débarrassée de l’eau qu’elle contenait. La peau dont on se sert pour faire les gants ordinaires a été chamoiséc : aussi est-elle facile à ramollir dans l’eau , et à convertir en colle par la coction. On commence depuis peu à tanner légèrement les peaux dans une infusion d’écorce de saule , avant de les chamoiser; c’est ce qu’on nomme le tannage à la danoise.

Lmbaümi:ment des cadavres. Conservation des

rMI’.ArMKMKN'l DES CADAVRES.

PIÈCES d’anatomie. — Les sels métalliques conservent encore mieux que le chlorure de sodium ; mais plusieurs d’entre eux , et ceux précisément qui écartent le mieux la putréfaction , se combinent avec la substance animale , qui dès lors ne peut plus être employée à titre d’aliment ; c’est ce qui n’arrive point avec le chlorure de sodium. De tous les sels mctallitpies, le bichlorure de mercure et le sulfate feirique, dissous dans l’eau, sont les plus efficaces. Ces dissolutions garantissent de la putréfaction , non seulement les substances (pi’on y laisse séjourner, mais encore celles (}ui n’y sont restées plongées que pendant quelque temps, et qu’on peut en retirer sans qu’elles pourrissent ensuite, même en demeurant humides. Le conseil qu’on a donné dans ces derniers temps d’avoir recours à des dissolutions de sulfate ferricjue pour conserver les préparations zoologiques et anatomiques , peut bien être adopté pour des parties découvci tes et complètement accessibles au liquide ; mais cette méthode ne saurait être appliquée à des animaux entiers ou à des parties dont la structure empêche le liquide de pénétrer dans leur intérieur, (jui alors pourrit et dégage des gaz (}ui font gonller, et enfin crever la pièce (ju’on voulait conservei'.

Plusieurs solutions acides, ex. : sulfurique, nitrique, phosphorivjue , un grand nombre de sels jouissent encore de la propriété de s’opposer à la putréfaction ; mais aucun n’est aussi énergique que le chlorure mercurique.

Kmbaumçmeïit des cadavres. — Cet art est resté longtemps dans l’enfance , par suite de la fausse idée qu’on s’était faite que la conservation des momies égyptiennes était due à l’imprégnation des corps de résines et de matières aromatiques ; mais il paraît certain qu’ils employaient comme principe essentiel le produit de la distillation des matières organiques. Rien en elîet ne peut être placé, comme anlisepticpie, au-dessus du vinaigre de bois distillé conservant

encore de l’huile empyieumatique. Celte propriété a été

CHIMIE

découverte par Monge , et tient véritablement du prodige.

Créosote. — Le vinaigre de bois empyreumatique , de même que la fumée et la suie , doivent leurs propriétés antiseptiques à une substance huileuse empyreumatique que Reichenbach, chimiste allemand, adécouverte en 1833, et à laquelle il a donné le nom de créosote. Les viandes fraîches , plongées dans la dissolution aqueuse de la créosote, puis retirées au bout d’une demi-heure, et séchées, peuvent être exposées à la chaleur du soleil sans entrer en putréfaction ; elles se durcissent dans l’espace de huit jours, prennent une odeur agréable de viande fumée , et la couleur passe au rouge brun. On conserve de même les poissons. La créosote a une consistance huileuse, une odeur pénétrante, une saveur caustique et brûlante; elle a été préconisée comme un remède infaillible contre les maux de dents ; malheureusement elle n’est point un spécifique ; elle ne vaut guère mieux que l’huile volatile de girofle et les autres caustiques qu’elle a remplacés.

Procédé Gannal. — Pour conserveries cadavres, M. Cannai a employé avec beaucoup d’avantage l’acétate d’alumine à 18“ de concentration. 5 à 6 litres d’acétate d’alumine, injectés par l’une des artères carotides dans un cadavre , suffisent pour le préserver de la putréfaction pendant six mois environ. Avec 1 kilogr. de sulfate simple d’alumine , 250 gram. d’acétate de plomb et 2 litres d’eau, on obtient la dose du mélange nécessaire pour conserver un cadavre pendant quatre mois. On peut garantir pendant deux mois un cadavre de la décomposition putride en employant le sulfate simple d’alumine à la dose de 1 kilogr. pour k litres d’eau. L’Académie des sciences , après s’être convaincue de l’efficacité des procédés de M. Gannal , lui a décerné un prix de 8,000 francs.

Page 1