CHLORE
congèle et forme un hydrate qui , selon M. Faraday, est formé de 27,7 de chlore et 72,13 d’eau. Toutefois , en unissant la compression au refroidissement, on peut l’obtenir à l’état liquide. ( Faraday. )
Le chlore ne se combine avec l’oxigène qu’aulant que l’un des deux se trouve à l’état naissant: on connaît quatre combinaisons de chlore et d’oxigène.
De toutes les propriétés du chlore , la plus remarquable est celle qu’il présente dans son contact avec l’hydrogène. En effet , ces gaz s’unissent en volumes égaux pour donner naissance à du gaz chlorhydrique. IMais cette combinaison est accompagnée de phénomènes j)articuliers : 1° si l’on place un mélange à volumes égaux de chlore et d’hydrogène dans un lieu ol)scur, quel que soit le temps qu’on emploie, la combinaison n’a pas lieu; 2° si le pareil mélange est jffacé dans une lumière diffuse, la combinaison se fait, mais lentement encore, et on est obligé pour la terminer d’exposer le mélange à l’action des rayons solaires ; 3° si l’on expose le mélange immédiatement à la lumière solaire , la combinaison se fait instantanément avec rupture du flacon qui contenait le mélange ; le feu agit de la même manière.
L’eau à la température ordinaire dissout une fois et demie son volume de chlore , et la dissolution possède les mêmes propriétés que le chlore. En l’exposant à une température de 2 à 3° au-dessous deO, il s’y produit une foule de cristaux lamelleux, jaunes foncés, formés d’eau et de chlore. Fig. 18.
Le chlore n’existe pas à l’état libre dans la nature; mais à l’état de combinaison il fait partie de l’acide chlorhydrique et de tous les chlorures.
Préparation. — Pour l’obtenir on met dans un ballon (lig. 18) du peroxidc
CHIMIE
de manganèse sur lequel on verse de l’acide chlorhydrique : aussitôt une effervescence , due au dégagement du chlore, a lieu ; celui-ci est conduit par un tube sous des flacons pleins d’eau saturée de sel marin.
La théorie est très simple : une partie d’acide est décomposée en chlore qui se dégage, et en hydrogène qui s’unit à une partie de l’oxigène du peroxide de manganèse pour former de l’eau. Le peroxide ramené à l’état de protoxide se combine à une autre portion d’acide pour former de l’eau et du chlorure de manganèse. Disons ici que s’il se dégage du chlore , c’est parce qu’il ne se forme pas de chlorure de manganèse correspondant au peroxide. On peut encore obtenir le chlore en faisant un mélange de chlorure de sodium ou de sel marin , de peroxide de man-ganèse , sur lequel on verse de l’acide sulfurique étendu d’eau ; l’eau en se décomposant cède son hydrogène au chlore du chlorure pour former de l’acide chlorhydrique qui réagit sur le peroxide , comme nous l’avons dit plus haut, pendant que son oxigène en se combinant au sodium forme de la soude qui s’unit à l’acide sulfurique et constitue du sulfate de soude. Cette théorie s’applique à la préparation du brome.
Propriétés et usages du chlore, — Le chlore exerce une très vive action sur l’économie animale. Respiré pendant un certain temps , il excite la toux et cause un serrement de poitrine qui rend la respiration difficile ; respiré en plus grande abondance, il détermine un crachement de sang, et meme cause la mort. Pelletier père, célèbre chimiste français, et Roé, chimiste allemand, perdirent la vie pour avoir respiré une dose trop forte de ce gaz en étudiant sa nature. On neutralise promptement son effet en dégageant de l’ammoniaque. Le chlore gazeux ou dissous présente dans son contact avec les matières colorantes végétales ou animales des phénomènes remarquables. Dès que l’une de ces matières est mêlée avec lui , elle est immédiatement détruite
CÎILORE.
et remplacée par une nuance jaune, et il n’est plus possible de faire reparaître la teinte primitive. Les couleurs les plus foncées comme les plus claires éprouvent cette sorte d’altération au bout d’un temps convenable. C’est Schèele qui constata ce fait important ; mais c’est Berthollet qui entrevit toute la portée de l’observation du chimiste suédois, et qui songea le premier à utiliser cette action du chlore sur les matières colorantes en l’appliquant au blanchiment des tissus.
Le chlore détruit les matières colorantes en leur enlevant un de leurs principes constituant l’hydrogène. C’est probablement pour la même cause que le chlore détruit immédiatement les matières odorantes ét les miasmes délétères , les odeurs infectes répandues dans l’atmosphère. Hallé paraît être le premier qui, en 1785, ait signalé la propriété antiseptique du chlore, nommé alors acide muriatique oæigéné. En 1791, Fourcroy le recommanda comme propre à désinfecter les cimetières, les caveaux funéraires, les salles de dissection, les étables dans les cas d’épizootie , et à détruire les effluves infectes, les virus contagieux, etc.; mais c’est Guyton de Morveau qui a popularisé ce moyen puissant de rendre à l’air vicié sa pureté première.
Fumigations de chlore ou guytonniennes. — Quand on veut faire des fumigations de chlore dans des infirmeries ou des salles de prisons, voici comme on opère. On prend chlorure de potassium en poudre, 300 gram. ; hi-oxide de manganèse, 500 gram. ; acide sulfurique, 200 gram. ; eau commune, 200 gram. Mêlez le chlorure de sodium, l’oxide de manganèse et l’eau dans une capsule de verre ou de terre , et ajoutez ensuite l’acide sulfuricpie ; il se dégagera bientôt des vapeurs d’un jaune verdâtre qui deviendront plus abondantes si l’on agite le mélange ; il convient d’employer à cet usage un tube de verre ou une baguette de porcelaine. La pièce dans laquelle se fait la fumigation doit être tenue parfaitement close , au moins pendant une deini-
CHIMIE
heure. Les closes indiquées ci-dessus suffisent pour une pièce dont la capacité serait de 111 mètres cubes; il faudra les augmenter ou les diminuer en raison de l’espace qu’on voudra purifier.
Chlore liquide (solution de chlore). • — Lorsqu’on veut obtenir ce produit , on emploie un appareil qui est usité pour obtenir les gaz à l’état de dissolution dans l’eau ; on le nomme appareil de W olf (fig. 19). On place duperoxide de manganèse dans le ballon auquel est adapté 1° un tube en S terminé par un entonnoir et qui sert à la fois à verser l’acide chlorhydrique et qui fait office de tube de sûreté ;
Fig. 19.
2° un tube à deux courbures plongeant dans l’eau du premier flacon , dit flacon de lavage ; un second tube^ également recourbé, le fait communiquer avec un second flacon, et successivement avec un troisième. La figure 19 indiquera mieux qu’une description détaillée la disposition de cet appareil. On adapte aux tubulures du milieu des tubes droits qui plongent seulement de quelques lignes dans l’eau des flacons ; ils sont destinés à permettre à l’air de rentrer dans l’appareil si la tension du gaz devient moincffie que la pression atmosphérique , afin d’empêcher l’absorption , c’est-à-dire que le liquide du deuxième flacon passe dans le premier, et successivement celui du troisième dans
COMBINAISONS DU CHIORE.
le deuxième ; cela peut arriver lorsque , l’opération étant terminée, il ne se dégage plus de gaz. Ces tubes sont nommés tubes de sûreté ; ils pourraient être supprimés si la communication entre les bacons était établie au moyen d’un tube recourbé comme le représente la figure, et que l’on nomme tube de Welter ( lig. 20 ) , du nom de son inventeur.
Combinaisons du chlore. — Le chlore est un corps doué d’affinités puissantes : aussi peut-il former des combinaisons avec tous les autres corps simples. Avec l’iiydrogéne il constitue un acide fort important que nous étudierons bientôt. Nous allons passer en revue les combinaisons qu’il peut former avec le carbone, le phosphore, le soufre, le sélénium , le brome, l’iode; nous étudierons plus loin la combinaison remarquable qu’il forme avec l’azote.
Combinaisons du chlore et du carbone. —Le chlore se combine en trois proportions avec le carbone ; c’est à MM. Faraday, Philips et Régnault qu’on doit la découverte de ces chlorures.
Protochlorure de carbone. — Il est liquide , incolore et limpide. On l’obtient assez facilement en décomposant par la chaleur le sesquichlorure de carbone , ce qui se fait en le faisant traverser lentement par distillation un tube de porcelaine incandescent. Il est composé de deux atomes de chlore et d’un atome de carbone C Clu.
Susqltchlorure de carbone. — Ce corps est solide, cristallin, très friable, transparent, incolore, presque insipide, d’une odeur analogue à celle du camphre. Il fond à 160°, et bout à 182. Il est volatil
Fig, 20.
CHIMIE
On l’obtient en exposant au soleil un mélange de chlore et de chlorhydrate , de quadricarbure d’hydrogène. Bientôt la décomposition a lieu : une partie du chlore se combine à l’hydrogène du quadricarbure, forme de l’acide chlorhydrique, et le chlore se combine avec le carbone à l’état naissant. On le purifie en prenant les cristaux cjui se forment , les pressant entre des feuilles de papier, et les sublimant. Il est composé de trois atomes de chlore et d’un atome de carbone r=r G Ch\
Perchlorure de carbone. {Chlorure carbonique.) — Ce composé , étudié par M. Régnault , correspond à l’acide carbonique. On le prépare en décomposant le chloroforme par le chlore. C’est un liquide incolore , d’une odeur piquante, d’une densité de 1,589. Il est formé de quatre atomes de chlore et d’un atome de carbone G Ch'i.
Combinaisons du chlore et du phosphore. — Le jchlore et le phosphore se combinent ensemble, même à la température ordinaire, avec dégagement de calorique et de lumière; de cette combinaison résulte, selon les proportions de chlore , deux composés bien déterminés. Ils sont sans usages.
Protochlorure de phosphore. — Découvert par Gay-Lussac et Thénard , ce chlorure est liquide , incolore , transparent, plus pesant que l’eau, très fumant et très caustique, rougissant le tournesol sans rougir le papier bien sec ; de là le nom d’acide chloro-phosphoreuœ c{u’on a , à tort, proposé de lui donner ; car on a vu qu’il ne rougissait la teinture de tournesol qu’après avoir décomposé l’eau et formé des acides phosphoreux et chlorhydrique qui seuls ont de l’action sur la teinture.
On l’obtient en faisant arriver un courant de clilore bien sec sur des fragments de phosphore bien desséchés, jusqu’à ce que la liqueur qui se produit connneuce à se troubler. On laisse déposer du deutochlorure qui s’est formé , et l’on