EFFET DE NEIGE
Dans cette planche, le point de vue perspectif du tableau se trouve au point O, soit la base de la dernière chaumière vers la gauche. C’est donc vers ce point que devront concourir toutes les lignes perspectives du tableau. Nous en commencerons l'esquisse par indiquer la base des maisons par une ligne allant du point O au point E. Sur cette ligne, nous élèverons les perpendiculaires qui doivent déterminer les maisons ; puis, aux distances voulues établies à l’aide de mesures prises exactement, nous traçons les lignes des toits. Enfin, d’un croquis rapide, le cerné du feuillage des arbres et les branches.
Pour le lavis, nous couvrons d’abord le ciel, en commençant par l’horizon, avec un ton de bleu minéral et sépia et en le dégradant vers le ciel. Cette opé-
ration se fait en retournant le papier sur lequel on travaille, et en opérant de haut en bas. Puis sur les troncs d'arbres, feuillages et ombres portées, un ton
de sépia et teinte neutre. Nous avons ainsi la première figure de cette planche. Au second travail, un ton léger de terre de sienne brülée dans le ciel, et le même ton un peu plus ferme sur les murailles, nous donneront l'effet, que nous accentuerons ensuite dans les grandes vigueurs avec de la terre de sienne brûlée forcée en sépia. Si j'ai omis de vous dire de passer un ton général sur votre papier, afin d'en retirer la crudité, c'est que ce ton peut encore se passer une fois l’aquarelle terminée. Ici vous pourrez passer un ton léger de laque carminée, mais à peine sensible, bien entendu. Vous aurez ainsi le ton légèrement rosé des effets de neige, je Vous recommande particulièrement cette opération, car sauf en un point unique, qui dépend de la place ou vous êtes en travaillant, la neige n’est jamais ou du moins ne doit jamais se rendre par un blanc absolu, et il faut bien se garder de la rendre par le ton même du papier. Quelle que soit la nature du ciel, la neige le reflète, comme toute surface blanche, tantôt en gris, tantôt en une teinte rosée. Voyez d'ailleurs la différence qui existe entre le ton de neige de votre modèle et la marge blanche du papier qui l'entoure ; vous vous rendrez facilement compte que la tonalité générale d’un effet
de neige doit être beaucoup plus chaude que ne le serait le ton d’un papier blanc posé dessus ; comparez aussi la différence du ton de neige avec le blanc d’un
mur éclairé par le soleil, et vous verrez que la neige emprunte aux objets qui l’entoure mille variétés de couleurs, imperceptibles je le sais, mais qui n’en
existent pas moins.
COURS ÉLÉMENTAIRE D'AQUARELLE, par EUG CICERI