‹ Cours élémentaire d'astronomieChapitre 103 sur 156 · NOTIONS SUR LA CONSTITUTION DE LA LUKE · texte numérisé non relu

NOTIONS SUR LA CONSTITUTION DE LA LUKE

ques, vers les bords de la carte, cela tient au système de projection qui a été adopté dans sa construction, et qui représente en raccourci ces montagnes situées près du contour de l’hémisphère tourné vers nous. |

On peut se faire une idée assez nette de ces montagnes circu- ‘ laires de la lune, en les comparant aux cratères des volcans éteints qui existent sur la surface de la terre. Il y a cependant , entre les volcans de la terre et les montagnes de la lune, une différence essentielle : c’est que ces dernières ont des dimensions transversales incomparablement plus grandes que celles des volcans. Il serait difficile d'admettre que des cratères d’éruption aient pu avoir des diamètres si considérables. Aussi regarde-t-on plutôt ces montagnes de Ja lune comme étant analogues à certains cirques montagneux que l’on rencontre sur la terre, et auxquels on donne en géologie le nom de cratères de soulèvement. Parmi les plus grandes montagnes circulaires de la lune, ôn peut citer Tycho et Archimède qui ont, la première 94 200 mètres, et la seconde 87 500 mètres de diamètre; à partir de là, on en trouve pour ainsi dire de toutes les dimensions, jusqu’à celles qui sont trop petites pour qu'on puisse les distinguer facilement avec les lunettes. Comme termes de comparaison pris sur la terre, nous pouvons citer le cirque de l’île dé Ceylan dont le diamètre est de ‘70 000 mètres, le cirque de l’Oisans ( Dauphiné) dont le diamètre est de 20 000 mètres, et le cirque du Cantal (Auvergne) dont le diamètre est de 40000 mètres. Quant aux volcans terrestres, leurs diamètres sont beaucoup moindres : celui de l’Etna, dans son maximum, a été de 4 500 mètres; celui du Vésuve n’a atteint que 700 mètres ; celui du Puy de Pariou (volcan éteint de l'Auvergne) est seulement de 310 mètres.

Les taches grisâtres que l’on aperçoit à l'œil nu sur le disque de Ja lune, ne sont autre chose que des parties de la surface de l'astre qui réfléchissent moins bien les rayons solaires que les régions environnantes. On remarque que ces parties moins brillantes ne renferment presque pas de montagnes. Hévélius leur avait donné le nom de mers ; mais nous allons voir que ce nom, qui a été conservé jusqu’à présent, ne se rattache qu’à une idée fausse, puisqu'il ne peut pas exister d’eau à la surface de la lune.

$ 223. Il est naturel de se demander si la lune est entourée d’une atmosphère gazeuse comme la terre. Cette question peut ètre complétement résolue au moyen de diverses observations très-simples, comme nous allons le voir.

Nous pouvons affirmer d’abord que, s’il existe une atmosphère autour de la lune, cette atmosphère ne renferme jamais de nuages,

comme celle au milieu de laquelle nous vivons ; car ces nuages nous cacheraient nécessairement certaines portions de la surface de l’astre, et il en résulterait un aspect général qui varierait d’un instant à un autre, suivant que les nuages seraient plus ou moins nombreux, ou bien qu’ils couvriraient telle ou telle partie du disque. Nous savons, au contraire, que le disque lunaire se présente toujours à nous avec le même aspect, et que rien ne s’oppose jamais à ce que nous apercevions les aspérités qui existent dans les diverses parties de la surface de l’astre, quand ces parties sont directement éclairées par les rayons du soleil.

Ainsi nous savons déjà que l’atmosphère de la lune, si elle existe, reste toujours entièrement transparente. Mais nous pouvons aller plus loin. Une atmosphère transparente doit occasionner sur la surface de la lune un phénomène analogue à notre crépuscule ($ 436). Une moitié de la lune recevant directement la lumière du soleil, à un instant donné, les rayons solaires doivent être renvoyés par l’atmosphère de la lune dans une portion de l’autre moitié, de manière à y répandre une certaine clarté décroissant graduellement à partir des bords de l'hémisphère directement éclairé. La lune, vue de la terre, devrait donc présenter une partie brillante et une partie obscure, mais sans qu’il y ait de transition brusque de l’une à l’autre ; il devrait y avoir une dégradation insensible de lumière, dans une certaine largeur, depuis la partie qui est tournée vers le soleil, jusqu'à celle qui, étant tournée du côté opposé, est tout à fait invisible pour nous. Or, il n'en est rien; la partie éclairée et la partie obscure de la lune sont séparées l’une de l’autre par une ligne extrêmement nette et tranchée. Cette ligne est plus ou moins sinueuse et irrégulière, à cause des aspérités: de la surface de la lune; mais elle ne présente aucune trace de cette dégradation de lumière, qui serait la conséquence nécessaire de l'existence d’une atmosphère autour de la lune. On voit donc qu'on est obligé d’admettre que la lune n’a pas d'atmosphère, ou au moins que si elle en a une, elle doit être très-faible, puisque le crépuscule auquel elle donne lieu est tout à fait insensible pour nous.

Mais il existe un autre moyen plus précis, à l’aide duquel l’absence d’atmosphère autour de la lune a été complétement mise hors de doute. Voici en quoi il consiste. Lorsque la lune, en vertu de son mouvement propre sur la sphère céleste, vient à passer devant une étoile, on peut observer avec une grande exactitude l'instant précis de la disparition de l'étoile, et aussi l'instant précis de sa réapparition ; on en conclut la durée de l’occultation de l'étoile. D'un autre côté, d’après la connaissance que l’on a des lois du mouvement de

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la lune, et de son diämètre, on peut parfaitement déterminer, par le calcul, quelle est la corde du disque lunaire dont les divers points sont venus se placer dans la direction même de l'étoile, et en comparant la longueur de la corde ainsi obtenue avec la vitesse que possède la lune sur la sphère céleste au moment de l’occultation, on peut en déduire le temps que la lune a dû employer à s’avancer dans le ciel d’une quantité égale à cette corde. Or, on trouve toujours que ce temps est égal à la durée de l’occultation, telle que l’observation l’a fournie; ou du moins la différence qui existe entre ces deux temps est toujours assez faible, pour qu'on puisse la regarder comme résultant uniquement des erreurs d'observation. Pour peu qu’on y réfléchisse, on verra que le temps employé par la lune à marcher sur la sphère céleste d’une quantité égale à la corde de son disque qui passe devant l'étoile, doit en effet être la durée exacte de l’occultation, en supposant queles rayons de lumière venus de l'étoile n "éprouvent aucune déviation dans leur passage près de la surface de la lune. Maïs, si ces rayons de lumière sont tant soit peu dérangés de leur route par le voisinage de la lune, il doit en être tout autrement. Or, c'est ce qui arriverait précisément, si la lüne était entourée d'une atmosphère. Au lieu que l’occultation commence à J'instant précis où la lune vient toucher le rayon qui va de l'étoile E, fig. 280, à l'œil O de l'observateur, l'étoile resterait visible encore quelque temps après, parce que les rayons tels que Em seraient infléchis par l’atmosphère lunaire, de manière à pouvoir encore arriver à l'œil, malgré l’interposition réelle du corps de la lune entre l'œil et l'étoile ; par la même raison, l'étoile commencerait à reparaître du côté opposé du disque lunaire, quelque temps avant que cette interposition de la lune ait complétement cessé : la durée de l’occultation serait donc nécessairement diminuée par la réfraction des rayons lumineux dans l'atmosphère de la lune. L'égalité entre les valeurs que l'on trouve pour la durée de l’occultation, par le calcul fondé sur les lois du mouvement de la lune, d'une part, et par l’observation directe du phénomène, d’une autre part, prouve donc que les rayons lu- 9 mineux qui nous viennent de l'étoile, en touchant la Fig. 280. surface de la lune, n’y éprouvent aucune déviation appréciable. On a pu reconnaître par là que l'atmo- Sphère de la lune, s’il en existe une, est nécessairement moins dense, à la surface même de l’astre, que l'air qui reste dans le récipient de

nos meilleures machines pneumatiques, lorsqu'on y a fait le vide autant que possible. Cela revient tout à fait à dire que la lune n’a pas d’atmosphère.

Une conséquence immédiate de cette absence d’atmosphère autour de la lune, c’est que cet astre ne peut pas être habité par des êtres animés, ou au moins par des êtres analogues à ceux qui existent sur la terre.

Une autre conséquence importante au point de vue de la constitution physique de la lune, c’est qu'il ne peut pas y avoir d’eau à sa surface; car, s’il y en avait, cette eau produirait des vapeurs, qui constitueraient immédiatement une atmosphère. C'est donc à tort que Hévélius a donné le nom de mers aux régions de la surface lunaire qui nous apparaissent sous forme de taches grisâtres.

La surface de la lune doit présenter partout une nature morte, sans végétation aucune. La température y est probablement très-basse. En raison de l’ahsence d’eau et d’atmosphère, la configuration extérieure du globe lunaire a dù se conserver telle qu'elle était au moment où ce globe s’est solidifié. C’est ce qui explique pourquoi on y voit un si grand nombre de cirques, tandis qu’ils sont rares sur la terre, où les eaux et les agents atmosphériques, en dégradant continuellement les aspérités du sol, ont produit des dépôts sédimentaires qui recouvrent et masquent presque complétement la surface primitive du globe.

$ 224. Mouvement de la lune dans l’espace.— Jusqu'ici, nous avons étudié le mouvement de la lune, tel que nous l’apercevons de la terre, et nous n'avons pas tenu compte de ce que la terre ellemême se meut autour du soleil. Il est bien évident que le mouvement que nous avons trouvé pour la lune est tout différent de celui que nous lui verrions prendre, si, au lieu de l’observer de la surface de la terre, nous étions immobiles en un lieu quelconque de l'espace, au centre du soleil par exemple. Le mouvement de la lune autour de la terre, dont nous avons indiqué précédemment les prin-

.Cipales circonstances, n’est qu’un mouvement relatif. Pendant que la lune tourne ainsi autour de la terre, celle-ci l'emporte dans son mouvement annuel autour du soleil. On peut se faire une idée assez nette de l’existence simultanée de ces deux mouvements, en comparant la lune et la terre à deux personnes qui valsent ensemble, et qui tournent l’une autour de l’autre, pendant qu'elles se déplacent en faisant le tour d’un salon.

Le mouvement réel de la lune dans l’espace résulte de la combinaison des deux mouvements dont il s’agit. En étudiant attentivement les diverses circonstances que doit présenter ce mouvement

absolu de la lune, on reconnaît qu'elle décrit dans l'espace une ligne sinueuse telle que LL’L’’L'” L””, fig. 281, pendant que la

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