‹ Cours élémentaire d'astronomieChapitre 127 sur 156 · NOTIONS SUR LA NATURE DES COMÈTES · texte numérisé non relu

NOTIONS SUR LA NATURE DES COMÈTES

et 28 janvier, son aspect changea progressivement, comme l'indiquent les figures 345, 346, 347.

Il arrive quelquefois qu’une comète est très-visible, et occupe un grand espace dans le ciel, dès le premier jour de son apparition. Les lois de son mouvement, déterminées ultérieurement d'après l’observation de ses positions successives dans le ciel, font voir que la veille de ce premier jour ellé eût été aperçue sans aucun doute, si elle se fût trouvée dans les mêmes conditions de grandeur et d'éclat que le jour où on a commencé à l’apercevoir. On ne peut expliquer cette apparition subite d'une grande et belle comète, dans une région du ciel où l’on ne voyait rien la veille, qu’en admettant que la nébulosité de la comète éprouve un changement considérable dans l'intervalle d’un jour. Parmi les comètes qui ont présenté cette circonstance remarquable, on peut citer celle qui fut aperçue le 47 mars 1843, à Paris, et dans beaucoup d’autres lieux. Tout le monde remarqua dans le ciel l'immense trainée lumineuse qui formait la queue de la comète, et dont la longueur sous-tendait un angle de 40 degrés ; et cependant, le 46 mars, rien de pareil n'avait été vu dans le ciel. Nous dirons en passant que, de toutes les comètes dont on a étudié le mouvement, il n’y en-a aucune qui se soit autant approchée du soleil que celle dont nous parlons ; sa distance périhélie a été environ + de la distance moyenne du soleil à la terre. On a calculé que la plus courte distance du noyau à la surface du soleil avait été seulement de 32 000 lieues. La longueur de la queue de la comète, lors de son apparition subite, a été trouvée de 60 mitlions de lieues.

Le plus habituellement, le noyau d’une comète ne ressemble pas à un Corps solide, comme une planète, qui serait placé au milieu de la nébulosité. Il semble plutôt être dû à une certaine condensation de la matière qui compose la nébulosité, à une accumulation d’une grande quantité de cette matière dans un espace restreint ; et tout autour de cet espace, la condensation parait diminuer progressivément, de manière à établir un passage insensible du noyau aux parties les plus légères de la chevelure et de la queue. D’après cela, une comète ne serait autre chose qu'un amas de matière vaporeuse, ‘ circulant dans l’espace, et éprouvant en même temps des changements de forme plus ou moins prononcés. Nous verrons plus loin que les comètes ont des masses très-petites relativement aux masses des planètes; ce fait important donne beaucoup de force à l'idée que nous venons de nous faire de la nature des comètes.

La comète de 6 ans ? a présenté, en janvier 4846, une circonstance bien singulière ; elle s’est divisée en deux parties distinctes,

qui ont continué à se mouvoir en restant à une petite distance l’une de l’autre. Chacune de ces parties était formée d’un noyau accompagné d’une nébulosité. Lorsque la comète à reparu en août 1852, après avoir fait tout le tour de son orbite, les deux parties dans lesquelles elle s'était dédoublée ont été aperçues de nouveau; la distance de leurs noyaux avait augmenté d'une manière notable. On nesait à quoi attribuer ce dédoublement, dont on n’avait pas encore eu d'exemple jusque-là.

On a souvent remarqué que la queue d’une comète est dirigée précisément suivant le prolongement de la ligne droite qui va “du soleil à la comète. Jusqu'à présent aucune considération théorique n’a pu rendre compte de cette particularité.

On s’est demandé si les comètes sont lumineuses par elles-mêmes, ou bien si elles ne brillent qu’en raison de la lumière qu’elles reçoivent du soleil. Des expériences de polarisation, faites par M. Arago, l'ont conduit à admettre que la lumière des comètes est, au moins en partie, de la lumière solaire réfléchie à leur.surface. Cette conséquence résulterait d’ailleurs naturellement de ce que l’éclat d’une comète diminue progressivement, à mesure qu’elle s'éloigne de nous, si elle n’éprouvait pas en même temps des changements considérables dans sa constitution intime. En effet, si elle était lumineuse par elle-même, son éloignement de la terre diminuerait bien ses dimensions apparentes, mais la clarté de sa surface ne serait pas altérée ($ 19); ce n’est que lorsque ses dimensions apparentes seraient assez petites pour qu’elle ne parût plus que comme un point lumineux, que l’accroissement de sa distance à la terre diminuerait peu à peu ‘son éclat, et finirait par la rendre tout à fait invisible. L’affaiblissement progressif de l'éclat que présentent les comètes, à mesure qu’elles s’éloignent de la terre et du soleil, et lorsqu'elles se montrent encore avec des dimensions apparentes très-

appréciables, ne pourrait donc s'expliquer qu'en admettant qu’elles :

sont éclairées par le soleil, et que la diminution de leur éclat est due .. à l’augmentation de leur distance à cet astre. Quoique ces considé- - rations ne puissent pas s’appliquer en toute rigueur aux comètes, à cause des changements qui se produisent progressivement dans leur constitution, on peut cependant les regarder comme venant appuyer le résultat auquel M. Arago est parvenu au moyen d'expériences directes sur la lumière des comètes.

Page 1