LUMIÈRE CENDRÉE
pas les quatre positions particulières À, C,E, G, de la lune par rapport au soleil, mais les intervalles de temps que la lune emploie à aller de chacune de ces positions à la suivante. Ainsi, depuis le moment de la nouvelle lune jusqu'à celui du premier quartier , on dit qu’on est dans la nouvelle lune ; depuis le moment du premier quartier jusqu'au moment de la pleine lune, on dit qu’on est dans le premier quartier ; et ainsi de suite.
8 498. Lumière cendrée. — L’exactitude des idées qui viennent d’être développées, pour expliquer les phases de la lune, est pleinement confirmée par un phénomène que tout le monde peut observer avec la plus grande facilité. Lorsque la lune ne présente encore qu’un croissant assez faible, et qu’on la regarde attentivement, quelque temps après le coucher du soleil , on distingue sans peine la totalité de son contour. La partie de sa surface qui n’est pas directement éclairée par le soleil, se trouve très - légèrement illuminée, fig. 260 ; ce qui fait qu'aucune portion de l'hémisphère tourné vers la terre n’est invisible. Cette faible lumière est désignée sous le nom de lumière cendrée. À mesure que la lune s'éloigne du soleil, et que, par conséquent, son croissant s'épaissit, l'intensité de la lumière cendrée diminue, et cette lumière finit par disparaître complétement avant que la lune arrive à son premier quartier. La lumière cendrée reparait quelque temps après le dernier quartier, lorsque la lune reprend la forme d’un croissant; mais
Fig. 260. alors, pour l’apercevoir , il faut
regarder la lune le matin, un
peu de temps avant le lever du soleil. Voici à quoi tient ce phénomène remarquable.
La lune renvoie à la terre la lumière qu’elle recoit du soleil, et c’est ainsi qu'elle nous éclaire pendant la nuit. Mais la terre doit agir de même par rapport à la lune. La terre, éclairée par le soleil, doit renvoyer à la lune une portion de la lumière qu’elle reçoit. Pour un observateur placé sur la lune, la terre doit présenter des phases entièrement pareilles à celles que la lune nous présente ; la terre doit donc également éclairer les nuits de la lune, et les éclairer
plus ou moins suivant la phase dans laquelle elle se trouve. Si l'on remarque en outre que, comme nous le verrons bientôt, la terre a de plus grandes dimensions que la lune, on verra que la lumière envoyée par la terre à la lune doit être plus grande que celle envoyée par la lune à la terre dans des circonstances analogues. Or, on reconnaît sans peine que, lorsque la lune est en A, fig. 259, c’est-à-dire lors de la nouvelle lune, la terre doit être pleine pour un observateur placé sur la lune; que de même, lorsque la lune est pleine, en E, la terre doit être nouvelle pour cet observateur : en un mot, la lune et la terre présentent en même temps des phases directement opposées , pour des observateurs placés sur l’un et sur l’autre de ces deux corps. C’est donc au moment de la nouvelle lune que l’hémisphère de la lune non éclairé par le soleil reçoit le plus de lumière de la terre; depuis la nouvelle lune jusqu’à la pleine lune, la terre éclaire de moins en moins cette partie de la lune qui n’est pas tournée vers le soleil ; à l’époque de la pleine lune, la terre n’envoie plus aucune lumière à la lune ; et enfin, de la pleine lune à la nouvelle lune, la partie de la lune qui n’est pas directement éclairée par le soleil, reçoit de la terre une quantité de lumière de plus en plus grande. On comprend d’après cela que, pendant un certain temps, avant et après la nouvelle lune, cette partie de la lune qui ne reçoit pas de lumière venant directement du soleil, peut être assez fortement éclairée par la terre pour que nous l’apercevions. Telle est la cause à laquelle on doit attribuer la lumière cendrée. Si l’on fait attention à la grande lumière que la pleine lune projette sur la terre pendant nos nuits, et si l’on observe que la terre, en vertu de ses plus grandes dimensions, doit encore plus fortement éclairer la lune dans les circonstances analogues , on verra que l’explication qui vient d’être donnée pour la lumière cendrée, n’a rien d’exagéré.
A partir du moment où l’on a pu commencer à observer la lumière cendrée , après une nouvelle lune, l'intensité de cette lumière diminue progressivement , et elle finit par disparaître au bout de peu de jours. Cela tient à deux causes qui agissent dans le même sens. D’üne part, ainsi que nous avons dit, la terre éclaire de moins en moins la partie obscure de la lune. D'une autre part, l'élargissement progressif du croissant de la lune fait que la quantité de lumière qui en vient tend de plus en plus à masquer la lumière faible et décroissante de la’ partie qui n’est pas directement éclairée par le soleil ; et cela, soit par un simple effet de contraste , soit parce que les régions de l'atmosphère terrestre que traversent les rayons venant de la lune, sont de plus en plus éclairées.