II
Les uns sont relatifs aux nations ennemies du peuple de Dieu (i et ii). Amos prédit en particulier aux Tyriens qu'ils seront transportés à Kir (i, 5), nom de ville ou de pays situé entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne. Les Arméniens appellent encore cette contrée Kur. Or, un demi-siècle après, Téglatphalassar, roi d'Assyrie, se chargeait d'accomplir à la lettre celte prophétie.
Les autres prophéties regardent les Juifs. Amos annonce que Jérusalem deviendra la proie des flammes (ii, 5), qu'Israël sera emmené captif au nord de Damas (v, 27 ; vu, 17), qu'il errera longtemps au milieu des nations (ix, 9), mais que, après avoir versé bien des larmes sur la terre étrangère, il reviendra dans sa patrie et ne la quittera plus (ix, H-15).
in. Aitios historien moraliste. — Veut-on savoir ce que devient un peuple où Dieu n'est plus respecté ni obéi? Qu'on étudie la société Israélite telle qu'Amos nous la représente. En vain Jéroboam II, l'un des plus grands rois qui se soient assis sur le trône d'Israël, avait-il reculé les bornes du royaume. L'idolâtrie devait le conduire à sa ruine par une pente plus rapide que l'on ne se l'imagine. Déjà même, à cette époque, elle avait éteint dans les cœurs tout sentiment de pudeur (ii, 7) et d'humanité (ii, 8 ; vi, 1 ; v, 11, 12) ; la licence était extrême , les lois méconnues , la justice foulée aux pieds (v, 7). Tandis que les grands semblaient insulter à la misère du pauvre par leurs richesses et le luxe de leurs somptueuses demeures (vi, 4-7), le pauvre, au lieu de se résigner à son sort, ne savait trouver sur ses lèvres que des paroles de malédiction et de blasphème (vi, 10-11). Le mal avait pénétré jusque dans le sanctuaire : les Nazaréens violaient leurs vœux (11-12) ; les lévites étaient devenus les complices de ceux qu'ils auraient dû retenir dans le devoir , et le sacerdoce avili s'était fait le valet complaisant du prince ! Rappelons-nous Amasias. Enfin, telle était la profondeur de la plaie, que les
plus sages se croisaient les bras et gardaient le silence, persuadés qu'il n'y avait rien à faire (v, 13). Les avertissements et les prières n'avaient cependant pas manqué ; la voix des Prophètes n'avait pas cessé de retentir aux oreilles des coupables, et plus d'une fois la main de Dieu s'était appesantie sur eux d'une manière terrible (iv, G-lli. Mais qu'attendre d'une nation impie et corrompue? Elle a semé du vent, elle moissonnera des tempêtes. Qu'on n'essaye pas de la retenir sur le bord du précipice : elle ne s'arrêtera qu'au fond de l'abîme. Grande leçon pour les peuples et pour les rois !
IV. Amos écrivain. — Sous ce rapport, il a été jugé diversement : saint Jérôme l'appelle « un berger « rustique, écrivant avec le jus des mûres sauvages » ^ Saint Augustin -' lui est plus favorable ; il le cite avec éloge et le propose avec saint Paul comme un modèle de la manière dont il faut reprendre les pécheurs.
Parmi les critiques modernes, le nombre de ses admirateurs surpasse de beaucoup celui de ses détracteurs. De Wette* le regarde comme le plus régulier de tous les Prophètes pour le style, et Eicchom * ne se lasse pas d'admirer la puissance de sa féconde imagination, u L'éloquence inculte d'Amos, dit un « autre critique*, est loin d'être sans énergie; ses « couleurs, jetées au hasard, ressemblent souvent aux « ouvrages de quelques peintres célèbres qui , dans « leurs compositions chaudes et animées , songent « surtout à l'effet et négligent ces heureux artifices de « l'art dont l'objet est de satisfaire le goût plutôt que " d'émouvoir le cœur : on en peut juger par le pas- « sage du chapitre ii où Dieu môme raconte ce qu'il
' Paslor rutlietu, ruborum mora dislringeiit (Episl. xiv, a<J lldioi.) ; Op., t. I, col. 353.
^ De doet. chritt., lib. IV, cap. vu; (Jper., t. III, col. 121-124. ' Cfr M. Glaire, t. IV, p. 3U4.
• Loc. cit.
• J.-B. Salgues, De la litt. det Hrbr., p. 548.
364 COURS d'écriture sainte
« a fait pour Israël et le menace de sa colère (9-16). » Ce passage est plein de vigueur, le mouvement en est rapide, et le Prophète y donne une haute idée de la puissance divine , en représentant toutes les ressources de la puissance humaine s'évanouissant en la présence de Dieu.