‹ Cours élémentaire d'Écriture Sainte (volume 2)Chapitre 22 sur 132 · PS. I-XL · texte numérisé non relu

PS. I-XL

Ce livre paraît être le plus ancien. Les psaumes qui le composent portent le nom de David, à l'exception

du 1" et du 2« qui n'ont aucun titre, et la plupart se rapportent aux premiers temps de David persécuté par Saiil.

PSAUME II Quaré fremuerunt génies?...

Ce psaume, qui n'a point de titre, était attribué à David par les premiers chrétiens de Jérusalem (Act., IV, 25), et presque tous les interprètes partagent ce sentiment.

I. Auteur. — David le composa probablement à l'occasion de la prise de Jérusalem, où il venait de fixer le siège de son empire, et quand les peuples voisins, jaloux de sa puissance, se liguèrent contre lui (II Reg., v). Il le chanta, non en son nom, mais au nom du grand Roi promis à son peuple, le Messie, dont il célèbre le triomphe sur les Juifs et les nations infidèles. Les plus savants rabbins le reconnaissent ; et tel était le sentiment des auteurs du Nouveau Testament, qui ont appliqué jusqu'à six fois ce psaume à Notre-Seigneur (Act., iv, 25; xiii, 33 ; Hebr., i, 5 ; v, 5 ; Apoc, II, 27 ; XIX, 15). Telle est aussi l'opinion de tous les Pères et même de quelques rationalistes : « Quarè tu- « tissimumerit, dit Rosenmiiller', vetustiorum Hebrseo- « i^m sententiam sequi, cancre psahnum maynunt illum « rerjem {unctum dictum xar' £;o;^/ivj queui Hebriei spera- « banl. » N'est-il pas d'ailleurs évident, selon la remarque de M. Laurens -, que « ce psaume n'est rigou- « reusement applicable, dans le sens littéral, ni à « David, qui ne fut point sacré sur le mont Sion, ni à « Salomon, dont le règne pacifique ne fut troublé par « aucune coalition ennemie, ni à aucun des rois pos- « teneurs, trop peu célèbres pour avoir été l'objet d'un « hymne aussi pompeux? » Il ne peut donc convenir qu'au Messie. Rosenmuller combat l'application que

^Sehol. in Ps., p. 27.

^ Arg. du Pt. u.

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les chrétiens en font à Jésus-Christ. Mais, 1" le passage sur lequel il se fonde comme ne pouvant lui convenir (y 9, Reges eos in virgâ ferreâ, etc.) est précisément celui qui lui est appliqué par saint Jean, dans l'Apocalypse (il, 27, XIX, lo) ; 2° si Jésus-Christ est un Roi plein de douceur, il est aussi un Dieu infiniment juste, et il se doit à lui-même de tirer un jour une éclatante vengeance de ceux qui se révoltent contre lui.

II. Suje(. — C'est la glorification du règne de Notre- Seigneur et de son triomphe sur tous ses ennemis conjurés : le démon, la chair et le monde. Jésus-Christ n'a pas plus tôt paru dans le monde qu'on l'attaque de toutes parts. Après avoir armé contre lui ceux qu'il avait comblés de ses bienfaits, l'infidèle Synagogue poursuit en tous lieux ses disciples, tandis que l'idolâtrie, jalouse de retenir un culte qui lui est cher, s'ingénie à multiplier pour eux la mort sous mille formes affreuses. Mais l'Église, partout attaquée, est partout triomphante ; chacun de ses combats lui vaut une victoire ; et, semblables à ces arbres vigoureux qui poussent des rejetons plus nombreux et plus vivaces sous la hache qui les dépouille de leurs rameaux, ses enfants se multiplient sous le fer qui les moissonne.

III. Noies explicatives. —Deux ou trois versets seulement ont besoin d'explication.

y Çf.Ego aulem constitutns sum... prxdioans prxceptum ejus. — L'hébreu met le commencement de ce verset dans la bouche de Dieu le Père : « C'est moi^mCme, « dit-il, qui ai sacré mon Roi sur Sion, ma montagne « sainte. » Les dernières paroles : prxdicans prxceptum ejus, sont rejetées au commencement du verset suivant et prononcées par le Fils. Le mot prœceptum est synonyme de decrelum. Il s'agit du décret par lequel Dieu a sacré roi son Fils, et qui est rapporté dans le verset suivant. On pourrait aussi traduire : « Je publie ses commandements; j'annonce sa loi. »

y 7. Dominua dixit ad me : Filius meus es tu; Ego hodic

genuitc. — Saint Paul a fait trois applications de ces paroles : à la génération éternelle du Verbe qui n'a ni passé ni futur (llebr., i, 5) ; à la naissance temporelle de Jésus-Christ (Hebr., v, 5, 8) ; à sa résurrection (Act., XIII, 33). La première est absolument littérale; les deux'autres les ont aussi en ce que la naissance et la résurrection de Jésus-Christ furent dans le temps des manifestations authentiques de sa génération éternelle (Le Ilir).

y 12. Apprehendlte disciplinam. — L'hébreu est, absolument parlant, susceptible de ce sens ; on le traduirait cependant mieux par : « Adorez le Fils, mot à mot embrassez le Fils. Embrasser, quand il s'agit de Dieu, signifie adorer (Job., xxvi, 27 ; 111 Reg., xi, x, 18).

PSAUME Vil

Domine Deus meus, in te speravi

I. 7^Ure. — Pro verbis Chusi fîliiJemini. L'histoire n'a pas conservé le nom de ce personnage, et l'on s'est perdu en hypothèses pour expliquer son nom. Aucune n'est satisfaisante, et le plus simple est de le considérer comme un courtisan, peut-être môme un parent de Saul.

II. Sujet. — Ce psaume fut composé par David pendant la persécution de Saûl, peut-être même en l'une des circonstances de sa fuite au désert mentionnées au 1" livre des Rois, ch, xxiv-xxvi. La forme se ressent de ces circonstances ; elle paraît peu régulière, composée de cinq strophes inégales dont les pensées ne s'enchaînent pas. Néanmoins on peut observer une admirable gradation dans les sentiments exprimés par le psalmiste, qui s'élève de l'état le plus bas, de la plainte et de l'humiliation, aux sublimes conceptions de la confiance, et à la certitude du salut.

T" et 2* strophes (2-Gj. Sous l'oppression qui l'accable le psuhnisle se tourne vers Dieu, lui adresse sa plainte et implore son assistance. Il repousse les accusations

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de ses ennemis, proteste de son innocence et fait appel au serment, à l'imprécation.

3^ strophe (7-H). Puisque, parmi les hommes, les uns l'abandonnent et le persécutent, les autres ne peuvent le secourir, il faut que Dieu prenne sa défense et lui rende justice en confondant ses ennemis. Dieu est l'unique refuge de l'innocence opprimée, car seul il voit le fond du cœur et les secrètes pensées.

4* et o^ strophes (1:2-17). La certitude du secours divin pénètre l'âme de David; son salut est assuré. Il peut même interpeller ses ennemis ; déjà il les voit, humiliés, pris en leurs propres pièges, ne recueillir de leurs tentatives que la douleur et l'amertume, la honte et la ruine.

Le dernier verset est un cri d'action de grâces, comme si la merveille était déjà opérée.

III. Sens. — Pour avoir le sens complet de ce langage, il est nécessaire de penser à Jésus-Christ et à l'Eglise persécutés, mais assurés de l'assistance divine ainsi que du triomphe. Le prophète décrit par avance le sort qui attend les persécuteurs. Leurs projets n'aboutiront pas, les armes préparées contre le juste tourneront à son triomphe et à la perte de ses ennemis. Ce sera la grande merveille de Dieu et le sujet d'une extrême confusion pour Satan et ses complices.

PSAUME YIII

Domine Dominus noster.

l. Titre. — Jn finem pro torcularibus ; en hébreu, sur le gitlîht, nom d'un instrument ou d'un mode musical usité à Geth et que David put apprendre durant son séjour en cette ville. A cause du titre latin, en grec ÛTrep Twv ).rjvwv, quclqucs autcurs ont pensé que David composa ce psaume en une belle nuit d'automne, à l'époque des vendanges, ou tandis qu'il gardait lès troupeaux de son père. D'autres ont vu en ce titre une

allusion prophétique à la passion de Jésus-Christ, représentée quelquefois sous l'allégorie du pressoir. (Isaïe, Lxiii), d'autant mieux que ce psaume se rapporte aux grandeurs du Verbe incarné.

II. Sujet. — Il est très simple. C'est un hymne de reconnaissance pour les beautés de l'univers et la place que l'homme y occupe. On y compte quatre strophes, entre deux refrains. Les interprètes sont divisés sur le sens véritable qu'il faut lui donner. Tous conviennent qu'il est applicable à Jésus-Christ, mais les uns ne l'entendent ainsi que selon le sens spirituel, et les autres en font un psaume prophétique dont l'Homme-Dieu est l'objet principal et littéral. A vrai dire les citations faites par Jésus-Christ et les apôtres justifient bien le caractère prophétique, et le soin que prend David de déclarer, en son refrain, le nom de Dieu admirable et célèbre en tout l'univers, indique aussi que sa pensée ne se restreint pas à l'homme en général, mais embrasse un plus grand objet.

III. Explications. — Elles concernent les deux textes cités dans le Nouveau Testament.

y. 4. Ex oreinfantium. Ce fut le témoignage rappelé par Jésus-Christ, lorsqu'à son entrée dans le temple les petits enfants le proclamèrent Fils de David, (Matth., XXI, 15-16). Observons aussi le singulier contraste de ce verset avec le précédent Elevata est rnagnifîcentia tua super cœlos. Quoique élevée au-dessus de toutes choses, la gloire de Dieu doit néanmoins recevoir des enfants un complément de louange. Ces deux circonstances indiquent assez le caractère prophétique du psaume. D'une part, l'hommage rendu à Jésus-Christ par les petits enfants, incapables de connaissance réfléchie et de langage, fut une grande merveille, qui ne pouvait, selon saint Chrysostome, ùtrc opérée qu'en faveur du Messie. En citant à ce propos le témoignage du psaume, Jésus-Christ a certainement voulu le présenter aux Juifs comme une preuve de sa mission, par conséquent comme une véritable prophé-

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tie accomplie en sa personne. D'autre part, il est impossible d'expliquer sans cela le contraste signalé et de trouver chez les enfants à la mamelle un perfectionnement à une gloire qui surpasse les intelligences célestes.

V 6-8. Minuisti eum paulô minus ab angelis... Ces trois versets présentent un autre contraste d'idées non moins frappant que le premier : Un homme inférieur aux anges et néanmoins couronné de gloire et maître de toute la création. Saint Paul en a donné l'explication en les interprétant de Jésus-Christ (Hebr. , ii, 6-9), et son raisonnement prouve qu'il y a vu une prophétie véritable. Car son but est de démontrer aux Hébreux la supériorité de la loi nouvelle sur l'ancienne qui avait Dieu pour auteur, les auges pour intermédiaires et Moïse pour promulgateur. Il fallait donc établir par les Ecritures que Jésus-Christ, homme passible 'et mortel, ne le cédait sur aucun de ces sujets. C'est pourquoi, après avoir apporté les témoignages qui attribuent à Jésus- Christ la divinité, l'apôtre cite ceux qui le déclarent supérieur aux anges et leur maître, et ce sont les paroles mêmes de notre psaume. Il leur attribue donc une autorité prophétique, sans quoi sa preuve n'aurait pas de force, et il les complète même en ajoutant que Jésus-Christ s'est acquis cette gloire souveraine par sa passion et sa mort.

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