‹ Cours élémentaire d'Écriture Sainte (volume 2)Chapitre 3 sur 132 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

2 COURS D ECRITUKE SAINTE

et renferme une éloquente exhortation à l'amour et à l'étude de la sagesse (i-ix). C'est la préface. « Elle est « variée, dit Lowth S élégante, sublime et vraiment « poétique ; l'ordre y règne ; les parties en sont liées « avec art ; elle est parée de tous les ornements de la « poésie ; et pour le mérite de la beauté, elle ne le « cède à aucun autre monument de la poésie sacrée. »

La seconde partie s'étend du chapitre x au chapitre XXIV inclusivement (x-xxiv). Elle contient un très grand nombre de sentences, en général fort courtes, n'ayant entre elles aucune liaison et simplement juxtaposées.

. La troisième partie (xxv-xxxi) se compose : a) d'un certain nombre de nouvelles sentences détachées, attribuées, comme les premières, à Salomon (xxv, 1) et recueillies sous le règne d'Ezéchias (xxv-xxix) ; b) des maximes d'Agur, fils de Jaké (xxx), personnage réel, mais inconnu, dont la Vulgate a rendu le nom par Verba Congregantis filii Vomentis, ce que l'on pourrait peut-être traduire ainsi : Paroles du président de l'assemblée ou de YBcclésiaste, c'est-à-dire de Salomon, fils de celui qui a répandu les vérités avec tant d abondance, c'est-à-dire de David ; c) enfin de l'instruction donnée au roi Lamuel - par sa mère (xxxi, 1-9) et de l'éloge de la femme forte (10-31),

III. L'auteur. — Salomon est l'auteur des vingt-neuf premiers chapitres. Ils lui sont expressément attribués (i, 1 ; X, 1 ; xxv, 1) ; et tout le monde est d'accord sur ce point. Il n'y a de difficulté que pour les deux derniers, attribués dans les titres, l'un à Agur (xxx) et l'autre à Lamuel (xxxi). Tous les auteurs anciens, et le plus grand nombre des critiques modernes parmi les catholiques, en font cependant honneur à Salomon. La question est, du reste, peu importante, ces chapi-

1 Lowlh, Poés. sacr. des Ilébr. leç. xxiv, t. II, p. 58.

'■^ La plupart des criliques conviennent que Lamuel, dont le nom en hébreu signilie : qui est ù Dieu, quia Dieu avec lui, consacré à Dieu, est Salomon lui-même (Glaire, Intr., t. V, p. 33).

très ayant toujours été reçus pour canoniques, et par conséquent pour inspirés '.

Le livre, en tous cas, n'a point été rédigé dans sa forme actuelle par Salomon. Les nombreuses maximes dont il se compose ont été recueillies à diverses époques et par différentes personnes. L'inscription du chapitre xxv le dit expressément, et ce sentiment est confirmé par la répétition des mômes sentences. Il y en a de répétées jusqu'à quatre fois ; ce qui ne serait pas arrivé si l'auteur même les avait écrites de suite, ou si une seule personne avait travaillé à cette compilation.

IV. Canonlclté ou dioinité de cet ouvrage. — Les Proverbes ont toujours figuré dans le Canon soit des Juifs, soit des chrétiens. Nous rappellerons seulement que Théodore de Mopsueste, ayant osé publier que Salomon ne les avait pas composés avec le secours de l'Ësprit-Saint, fut solennellement frappé d'anathème par les Pères du cinquième concile général, tenu à Constantinople en l'an 553.

ARTICLE II

Les difficultés des Proverbes et des autres livres sapientiaux sont de celles qu'une lecture attentive, jointe à la connaissance des principaux idiolismes de la langue hébraïque, suffira presque toujours pour faire disparaître. Parmi les commentaires peu étendus dont on pourra se servir, nous indiquerons, en particulier, ceux de Ménochius, de Tirin et de Duhamel. Nous recommandons aussi les notes de Bossuet : elles sont très courtes, mais substantielles, et elles font regretter la perte des travaux analogues que le grand homme avait entrepris sur tous les livres de la Bible.

* Cfr M. Glaire, Inlr., t. V ; M. Lamy, Intr. spec, h p., cap, Xiii, a" 4 p. 110 ; M. Gilly, l'réc. d'intr., t. III, p. 73.

Il y a dans la préface des Proverbes (n" xi) un bon résumé des principaux idiotismes usités dans les livres sapientiaux.

Explication de la première partie, i-ix.

Cette partie, qui forme un tout complet et présente un ordre assez suivi, peut être divisée en trois groupes d'exhortations qui concernent la conduite de la vie.

I. Le premier groupe est une invitation générale à l'acquisition de la sagesse et une exhortation à la crainte de Dieu (i-m).

1. Résumé. — L'auteur émet d'abord la pensée dominante de son livre, qui est de conduire l'homme par degrés jusqu'à la sagesse, c'est-à-dire à la possession de lui-même par l'empire sur les attraits et les répugnances de la nature, et à la force contre les accidents et les vicissitudes de la vie, surtout lorsqu'ils dépendent de la volonté malveillante des hommes. Il propose ensuite les moyens de s'élever à cette hauteur et d'acquérir cette vertu. Ce sont la science ou connaissance réfléchie et pratique de soi-même et du monde, el la sagesse ou la lumière qui vient de Dieu. La première est naturelle et s'acquiert par l'étude et l'observation ; la seconde est surnaturelle. L'une et l'autre comprennent plusieurs degrés et leur acquisition a pour heureux effets de diriger l'homme en toute sa vie, de le préserver des périls, d'attirer la bénédiction sur ses entreprises et de le protéger contre les méchants.

2. Explications. A, ch. i, v. 1-4. — En ces versets on lit neuf termes différents où les philologues voient désignés autant de degrés par lesquels l'homme arrive à la possession de la sagesse. Cinq se rapportent à la science des choses nalurelles et quatre ont pour objet la science révélée, la connaissance des mystères. Ces termes diffèrent peu quant au sens; c'est une accumu-

lalion faite selon le génie oriental pour rendre sensible l'excellence de la sagesse, sa nécessité et son universalité, puisqu'elle doit former l'esprit et le cœur de l'homme. Notons cependant que le mot sagesse signifle en Dieu un attribut essentiel de son être, la connaissance parfaite qu'il a de lui-même et du monde, où il trouve la règle immuable de son gouvernement. En l'homme, elle indique un développement et une manifestation supérieure de l'esprit, l'habileté dans la conduite, et, plus particulièrement, la connaissance des choses divines.

B, f. 17. — Ce verset a été expliqué en divers sens. Voici les deux principaux : a) En l'isolant du contexte, on a une expression proverbiale qui signifie qu'en vain l'oiseleur tend son filet devant l'oiseau qui est là, le voit et s'enfuit. Ainsi le jeune homme ne se laisserait point séduire par l'appAt du vice s'il était bien averti du péril. — b) En l'unissant au verset suivant, on a un avertissement adressé aux impies et qui peut être ainsi formulé : De même que l'oiseau, dans sa rapacité, ne fait point attention au piège ; de même le méchant qui cherche à satisfaire sa passion ne prend pas garde aux châtiments de son impiété.

C, y. 20-33. — Discours de la sagesse aux impies. La sagesse paraît ici avec le caractère de la suhsistence personnelle, distincte de l'homme; elle parle d'autorité, comme un maître à qui l'homme doit respect et docilité, comme un juge souverain dont il faut redouter les arrêts. Sa diviuit«^est même insinuée, puisqu'elle dure au delà du temps, assiste à la mort de l'homme et décide de son sort par une sentence irrévocable. On peut lire dans l'Evangile plusieurs allusions à cet avertissement : Matth. vu, 2i-27; y. 24, Matth. xi, lG-19; y. 2S, Matth. XXV, 11, 12; y. 33.

II. Le deuxième groupe d'exhortations a pour objet la fuite des compagnies licencieuses et la pureté de vie (iV-vii). C'est une description détaillée des périls auxquels s'expose la jeunesse par l'imprudence de ses

démarches. Salomon les avait ouïs de David, son père, et il les transmet à ses descendants comme une règle sûre pour ne pas tomber dans le crime. Deux endroits seulement ont besoin d'explications.

A, ch. V, lo-17. — C'est une métaphore empruntée de l'histoire patriarcale oii l'on voit que les puits étaient comptés parmi les richesses. Le sens est que 1 homme doit trouver à son foyer et dans la multiplication de sa famille toutes les joies désirables, sans demander d'autres satisfactions aux étrangers.

B, ch. VI, 6-8. Prévoyance de la fourmi. — C'est un avis' et un exemple donnés au paresseux. Mais, est-il vrai que la fourmi recueille pendant la moisson des vivres pour l'hiver ? Cette assertion n'est-elle point démentie par l'histoire naturelle ?

jlép, — a) L'objection repose sur une fausse hypothèse. On suppose que, d'après les Proverbes, les fourmis conservent pour l'hiver les provisions qu'elles amassent pendant l'été. Or l'original, les plus anciennes versions, laVulgate, disent seulement que ces insectes savent mettre à profit les beaux jours et le temps de la moisson pour pourvoir à leur subsistance. Nulle part il n'est question de l'hiver, et cette addition n'est pas nécessitée par le but de l'écrivain sacré. U veut simplement chercher à tirer le paresseux de son oisiveté, en lui citant l'exemple de la fourmi, qui profite de la chaleur de Télé pour sortir de sa retraite, où le froid l'avait retenue engourdie, et courir çà et là à la recherche de sa pâture.

b) Quand l'auteur supposerait que les fourmis font, à la belle saison, leurs petites provisions pour l'hiver, que pourrait-on rigoureusement en conclure? Une seule chose : que telle était alors, comme aujourd'hui, la croyance commune, et que l'Esprit-Saint a employé une comparaison dont tout le monde sentait la justesse. N'agissons-nous pas ainsi tous les jours ? Même après avoir reconnu la fausseté des croyances populai-

res, ne nous en servons-nous pas comme de termes de comparaison' ?

III. Le troisième groupe est une prédication de la sagesse (eh. viii, ix). Il se divise en deux points : dans le premier, la sagesse révèle la richesse de ses dons, sa nature, les biens promis à sa possession. Dans le second, sous l'allégorie d'un festin, elle fait connaître les joies réservées à ses disciples. Donnons quelques explications sur l'un et l'autre.

1. Discours de la sagesse {ch. viii). — Nous faisons trois observations sur ce chapitre : A. — La divinité delà sagesse y est démontrée. On voit : —a) Sa personnalité, qui se dislingue clairement de toute autre existence avec une subsistence réelle qui lui est propre (y. 12). 0) Sa supérior'dé universelle et sa domination sur toutes choses, sa justice absolue et la nécessité de son action (V. lo-2l). — ei ^di génération éternelle :< . 22- 26). Ces mots : Dominus possedit me in i.yiitio... traduisent exactement l'hébreu, qui exprime l'idée d'une conception réelle par où un être prendnaissance (cfr Gen. IV, 1). — d) Sa puissance créatrice et ordonnatrice (t.' 27-31). — e) Enfin sa consubstanlialité divine, car elle est personnellement auprès de Dieu avant toutes choses, agit avec lui et concourt à tous ses ouvrages. Saint Jean n'a point parlé autrement du Verbe, Fils de Dieu.

B. — La plupart des Pères, principalement ceux de l'Eglise grecque, ont entendu ce discours de la sagesse incarnée, et c'est en ce sens qu'ils ont exposé la traduction grecque du v. 22 : Dominus creavit me princiPiUM viarum suarum -. Selon cette explication, Dieu

' Ctr Liv. sainlt vengés, t. II, p. 148.

2 Kio'-o; ïxT'.iE ut ko/rl'j ôowv tj-.oj. Les plus anciens exemplaires'portent celte leçon et les Pères grecs l'ont acceptée. Les Latins l'ont retrouvée dans l'ancienne /<a/iq«e. Toutefois A(juila, Symmaque et Théodotion, ordinairement d'accord avec les Septante ont traduit ici iv-rl'zz-.o, nequishil, et quelques Pères ont admis leur traduction pour éviter les interprétations des Ariens.

8 COURS D ECRITDRE SAINTE

ayant connu dans sa science infinie tous les mondes qu'il pouvait créer, avec tous les événements qui appartenaient à chacun, a choisi de préférence celui oil la série de ces événements amènerait l'Incarnation du Verbe, et dès lors il s'est proposé ce mystère et l'a décrété comme la fin et le modèle de son œuvre, comme la plus haute expression de sa sagesse. De cette sorte Jésus-Christ a été le premier objet de la pensée divine en la création, et, tout à la fois, la cause de l'univers, qu'il a créé conjointement avec le Père, le type des créatures, dont il possède toutes les perfections, le chef et l'héritier de toutes choses, qui ont été assujetties à sa puissance et ordonnées en vue de Lui*.

C. — L'Eglise en sa Mturgie, et après les Pères, fait application des mêmes paroles à la très sainte Vierge à cause de sa prédestination éternelle à la dignité de mère de Dieu. Car la même volonté divine qui a décrété l'Incarnation a aussi choisi entre les créatures celle qui donnerait naissance à Jésus-Christ; le Fils et sa Mère ont donc été compris et unis en une seule et même pensée, et ce qui a été fait pour l'un à raison de sa divinité a été fait secondairement pour l'autre à raison de sa maternité divine ^

2. Allégorie du festin (ch. ix, 4-5). — Cette allégorie, qu'il est impossible d'expliquer selon le sens propre de de la lettre, est proposée conformément aux coutumes des anciens sages qui se réunissaient en un banquet et devisaient entre eux sur la philosophie, sur l'univers, sur Dieu, etc. Voici quel en peut être le sens :

A. — Dans le premier point, la sagesse, après avoir décrit ses desseins et ses œuvres, a déclaré que ses délices sont d'habiter parmi les hommes et les a invités à ses entretiens. Dans le second point, elle dit par quel moyen elle prétend les attirer et veut rendre ses relations aimables. C'est une institution nouvelle qu'elle

» Cfr Joan. i; Coloss. i; Hebr. i.

^ Voir la bulle délinit. de l'Immaculée Conception.

a imaginée, un ordre de choses plus parfait que le monde, où a été prodigué tout ce qui peut procurer une félicité pure et complète. C'est donc l'Eglise, second ouvrage de la sagesse incarnée et destinée à le compléter. Elle est élevée au milieu du monde, comme une forte citadelle, comme un temple, et contient ce qui peut satisfaire les plus douces aspirations du cœur. 11 paraît difficile d'entendre autrement cette allégorie, d'y voir autre chose qu'une figure prophétique et de saisir la signification vraie de ce langage sans tenir le regard fixé sur l'Eglise, Et comme la sainte Vierge est le type parfait de l'Eglise, qu'elle en possède la grâce, la perfection et la sainteté, ce langage lui convient également.

B. — Selon cette interprétation, les applications de détail deviennent claires. L'Eglise est soutenue par sept colonnes qui lui servent tout à la fois d'appui et d'ornement. L'économie de son existence repose, en effet, sur sept sacrements que Jésus-Christ lui a donnés et dans lesquels se résument sa mission, ses œuvres, sa vie. Elle a aussi son sacrifice, sa table, un aliment et un breuvage. Et pour l'entendre ainsi il faut se rappeler que, dans l'Ecriture, mensa, la table, est pris comme expression symbolique du sacrifice. On en trouve des exemples dans le Lévitique et dans les Psaumes. Le sacrifice, en effet, comporte un repas où la victime est mangée. L'Ecriture annonce donc ici un sacrifice institué par la sagesse, et pour toujours, auquel tous les hommes devront prendre part. Le pain et le vin, qui lui servent de matière, indiquent clairement le sacrifice eucharistique '.

C. — Au banquet de la sagesse est opposé celui de l'insensé qui flatte agréablement la nature, mais dont les résultats sont funestes. Le dernier verset, 18% dont la pensée est obscure, contient une allusion aux désordres qui marquèrent les temps antérieurs au dé-

• Cfr Mallh. xxii, -l cl suiv.

luge, et se reproduiront, selon l'Évangile, à la fin du monde oii ils causeront la perte des hommes (Cfr Matth. XXIV, 37; Isa. v, 14). Ces rapprochements avec le Nouveau Testament, et beaucoup d'autres encore qu'une étude attentive découvrira, montrent quelle ressemblante doctrine il y a entre l'un et l'autre, ressemblance qui va jusqu'à l'unité et ne peut procéder que du même esprit.

Er.posHion de la deuxième partie, x-xxiv.

Nous en ferons seulement connaître l'ensemble, et nous ajouterons quelques observations.

I. Résumé. — Cette partie comprend des proverbes moraux relatifs aux diverses situations de la vie humaine. Les maximes qui la composent ne forment point un discours suivi, mais chacune présente un sens complet, et il est impossible d'en donner une analyse raisonnée. Quelques auteurs modernes ont essayé pourtant de grouper ces sentences autour de plusieurs idées principales. Voici leur exposition • : Le premier groupe (x-xv) est un parallèle entre l'homme religieux et l'impie, entre le sort de l'un et celui de l'autre. II a pour sujets : La conduite générale des bons et des méchants (x) ; la conduite à l'égard du prochain, oii il est spécialement parlé de la justice et de la fraude, (xi) ; la conduite dans la vie domestique et sociale (xii) ; l'usage des biens temporels et de la parole de Dieu, (xiii) ; la conduite dans les relations du riche avec le pauvre, du maître avec le serviteur (xiv) ; la conduite en diverses circonstances de la vie, particulièrement dans le service de Dieu (xv).

Le deuxième groupe (xvi-xxi) contient une suite d'exhortations sur les vertus morales, notamment la confiance en Dieu gouverneur du monde, la frugalité,

' CIV Lesctre, Liv. des Prov., préface, iv ; public. Lethielleux.

la concorde, l'humilité et la douceur, 'la justice et la miséricorde, la docilité sous la conduite de la Providence. 11 est digne de remarque que plusieurs de ces vertus, l'humilité surtout, étaient inconnues aux sages du paganisme, qui n'en soupçonnaient même pas l'existence. C'est qu'elles sont au-dessus de la nature humaine, et pour cela on a pu dire des Proverbes de Salomon qu'ils furent l'aurore de l'Évangile. (Plantier.)

Dans le troisième groupe, composé de trois chapitres (xxii-xxiv), on trouve divers préceptes de justice et de prudence. Justice à l'égard du prochain, surtout des pauvres; prudence pour soi-même, pour conserver la bonne renommée, éviter l'intempérance et ses suites, fuir la société des méchants, se préserver de l'oisiveté. Nous recommandons particulièrement à l'étude la description de l'intempérance, au ch. xxiii, 29-35, etle portrait du paresseux, au ch. xxiv, 30-34. Salomon insiste beaucoup sur le vice de la paresse; il y revient souvent dans le cours de son livre, et le montre sous tous ses aspects : Les innombrables mais stériles désirs de travailler que forme le paresseux; les projets et les rêves qui occupent ses journées et sont abandonnés aussitôt que conçus; les chimériques obstacles qu'il se crée pour se dispenser de mettre la main à l'œuvre; les prétextes dont il se couvre pour rester dans son repos ; enfin l'état déplorable où est son champ, la pauvreté qui le menace ; tout cela fait un tableau lidôle où chaque trait porte un caractère piquant de vérité.

I. Solution de (/uel(/ues d>f'/icultés. — I. Ghap. xx, \2. Aurem audientem^ et uculuin videntein^ Duminus ftcit ulrumque. Cette sentence qui, dans les termes, parait d'une simplicité vulgaire, contient en réalité un sens profond, riche et varié. C'e^t, dit un crilifiue, une pierre précieuse qui brille sur plusieurs facette?, a) Communément on l'assimile à la sentence connue du psaume 03% y, 8, !) : Intdl jile sa/jit'nlt's... qui /jlantacit

12 COURS d'écriture sainte

aurem non audiet, aui qui finxit oculum, non considérât ? C'est un témoignage à l'omniscience de Dieu qui voit tout, b) D'autres y voient ce sens : C'est la grâce divine qui rend l'oreille attentive à la parole et l'œil vigilant au bien, c) Bossuet l'applique à l'ami fidèle qui écoute et voit les besoins de son ami... (Lesètre, in hoc lac.)

2. Chap. XXIII, 31 : Ne intuearis vinum quando flavesck, cum splenduerit in vitro color ejus. Le verre était-il connu au temps de Salomon?

Bép. — a) Il n'est pas certain que le verre n'eût pas encore été inventé. Plusieurs auteurs en doutent. Bullet le nie expressément; et, ce que n'a pas fait notre adversaire, il prouve ce qu'il avance *. L'objection porte donc à faux.

b) Il n'est pas sûr que Salomon parle du verre. La Vulgate en parle, mais il n'en est pas question dans le texte original. On lit simplement : « Ne regarde pas le « vin lorsqu'il rougit et qu'il pétille dans la coupe, n mot à mot : lorsqu'il fait paraître dans la coupe son œil, c'est-à-dire les petites bulles qu'il forme en tombant.

3. Les chutes du juste. — Une fausse interprétation du verset 16, chapitre xxiv, a donné lieu à une difficulté. Voici ce verset : Septies autem cadet Justus, et resurget : impii autem corruent in malum. Un incrédule en a conclu que la religion était bien peu proportionnée à la faiblesse humaine, puisque le juste lui-même péchait sept fois par jour.

Rép. — a) Ces mots par jour sur lesquels le philosophe paraît surtout insister sont de son invention. On ne les lit point dans le texte.

b) Le nom hébreu que la Vulgate a très bien rendu par cadet, et qui, dit Bullet ^ se trouve plus de quatre cents fois dans la Bible, ne signifie pas une seule fois pécher. On n'est pas autorisé, par conséquent, à lui

1 Bép. crit., t I, v>. 336; voyez aussi l'abbé Godard, Cours d'arehéoL, t. II, p. 85.

2 Ibid., p. 337.

donner ici un sens qu'il n'a point ailleurs. Les chutes dont il s'agit ne sont point des péchés. Ce sont des disgrâces, des afflictions, des malheurs dans lesquels Dieu permet souvent que les justes tombent, mais d'où il promet de les tirer. Il y a des promesses semblables dans le livre de Job (v, 19) et en plusieurs endroits des Psaumes (ps. xxxiii, 19, et ps. xxkiv, 24).

§111 Explication de la troisième partie, xxv-xxxi.

Les enseignements de cette partie ne diffèrent pas, quant aux sujets, de ceux que nous avons analysés déjà. Ce sont des recommandations sur les insensés et les méchants, sur la vanité de l'orgueil, sur les injustices dont le monde souffre, sur la fidélité à la parole de Dieu et aux conseils de la sagesse. Il y a toutefois deux chapitres sur lesquels nous donnerons quelques explications ; ce sont les xxx^ et xxxi" qui terminent l'ouvrage.

I. Explication du chap. xxx. — Ce chapitre, mystérieux et difficile, a beaucoup embarrassé les commentateurs, qui n'ont pu déterminer avec précision le sujet et le but du discours. Mais quel que soit le sens littéral, on convient communément qu'il cache, en plusieurs versets du moins, un sens prophétique et une allusion aux mystères de Jésus-Christ, et c'est ce sens que nous voulons exposer '.

V. l-o. Le titre visio est le même que les Prophètes ont donné à leurs oracles. Celui qui parle est intimement uni à Dieu, dépourvu de science humaine au point d'être tenu pour insensé, et la doctrine qu'il prêche, il ne l'a point apprise des sages de la terre. Il ajoute que pour l'avoir il faut monter au ciel, et que celui-là seul le peut qui en est descendu; qu'elle

' V. Corne! . à La p.

a pour objet les œuvres de Dieu, son nom, le nom de son Fils, et se résume en sa parole. Or c'est le même langage que Moïse adressait au peuple d'Israël en publiant sa Loi * et que saint Paul a entendu de l'Incarnation ^ Jésus-Christ y a fait allusion aussi en son entretien avec Nicodème, ^ — cela signifie donc que quelqu'un montera au ciel après en être descendu, que Dieu a un Fils qui est son Verbe, et l'on ne peut l'appliquer qu'à Jésus-Christ même.

y. 8-17. La signification prophétique de ces versets est moins expressément constatée; remarquons cependant que l'orateur divin signale parmi les circonstances de sa vie la pauvreté, qui lui laisse pourtant le nécessaire, et la lutte qu'il soutient contre une race orgueilleuse, livrée aux trois concupiscences, à toutes les passions terrestres; déclarant ensuite que les superbes qui lui ont insulté, qui ont méprisé son origine, seront dévorés par les fils de l'aigle. Ne peut-on, sous ces figures, apercevoir d'une part Jésus-Christ pauvre, méprisé, en lutte perpétuelle avec les Juifs, d'autre part ses ennemis châtiés par les Romains?

y. 18, 19. Il s'agit là d'une chose mystérieuse, imperceptible au regard humain, aussi difficile à connaître que le passage de l'oiseau dans les airs. En effet, la venue de Jésus-Christ dans le monde a été cachée, inconnue, en dehors de l'ordre naturel. C'est d'elle qu'Isaïe devait dire plus tard : Generationem ejus guis enarrabit * ; et cette idée est conforme à l'hébreu, qui porte : Viam viri in Virgine.

Nous n'étendrons pas davantage ces observations qui ne peuvent avoir au plus que la valeur d'un sens allégorique. Signalons toutefois le verset 32 : Stultus apparaît poslguàm elevatus est in sublime... où l'on peut voir

• Deuter. xxx, 11-14.

2 Rom. X, 5-8.

3 Joan. m 13; Cfr i, 18.

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