PSAUME LXXVII
Attendue, popule meus.
Ce psaume, un des plus longs, est le premier des psaumes historiques. Il trace le tableau des bienfaits prodigués par Dieu à Israël, des infidélités commises par ce peuple ingrat et des châtiments dont Dieu l'affligea depuis Moïse jusqu'à David.
On peut le diviser en (ruis parties :
1. Le Prolotjue (1-14) qui propose le sujet et indique le but du cantique, à savoir de détourner le peuple de l'impiété par le souvenir des faveurs accordées à ses
pères et de l'ingratitude dont ceux-ci furent coupables. Notons que le v 2 a été cité par saint Matthieu l'xiii, 35) comme une prophétie des prédications de Jésus- Christ.
2. Le Corps du psaume (io-67;. C'est un résumé de l'histoire depuis la sortie d'Egypte jusqu'à Samuel. 11 comprend lui-même deux subdivisions : ai d'abord un tableau à grands traits des miracles opérés sur la mer Rouge et dans le désert (l.o-47); b\ ensuite une desçiiption plus détaillée des plaies d'Egypte, à laquelle est ajouté le souvenir des victoires, qui signalèrent l'entrée en Palestine et celui des prévarications et des châtiments du peuple (48-67;.
3. L'Épilogue {<iS-' 2 . Il célèbre rétablissement de la royauté en Israël, la préférence donnée à Juda, l'élection de David.
PSAUME LXAXVIll
Misericordias Domini.
I. Auteur el sujet. — Le titre attribue ce psaume à Éthan, fils d'Ezrah, que l'on identifie avec un personnage de ce nom qui fut maître de la musique dans le temple et renommé par sa science (III Ileg., iv, 31;. Si l'identilication est vraie cet auteur aurait été contemporain de Salomon et l'on pourrait rapporter Ja composition du psaume au temps des troubles qui agitèrent le règne de Roboam. L'occasion serait donc le schisme des dix tribus, ou bien l'invasion des Egyptiens qui ravagèrent Juda et emmenèrent une partie de sa population en captivité, après avoir imposé un tribut onéreux.
Quant au sujet, c'est la fidélité de Dieu à ses promesses, malgré les prévarications de son peuple et l'abandon où il parait le laisser ; c'est aussi la puissance dont il dispose pour exécuter sa parole. Mais comme les promesses divines se résumaient dans le Messie, ce psaume est, à bon droit, rangé parmi ceux qui an-
noncent la venue du Sauveur, et il y a plusieurs traits qui ne sauraient convenir à un autre personnage que lui seul.
IL Exposition. Le sens de ce beau cantique est facile. Nous y distinguons cinq parties :
1. Le Prologue (l-o) qui exalte la miséricorde de Dieu et rappelle succinctement les promesses faites à David, principalement l'éternité du trône.
2. Confiiebuntur cœli (6-19). A la suite de cette déclaration, et pour en démontrer la certitude, le prophète célèbre la puissance de Dieu manifestée par ses œuvres. Rien n'est grand et riche comme ce langage qui représente Dieu maître absolu du monde, humiliant les superbes, remplissant de joie ceux qui l'honorent, couvrant de sa protection tout Israël.
3. J^nc locutus es (20-38). Cette pensée de la protection divine sert de transition à la partie suivante, où le psalmiste revient aux promesses divines pour les exposer et les développer. En effet, la puissance de Dieu et sa miséricorde sont un sûr garant de leur accomplissement. Elles ont pour objet la victoire complète sur les ennemis, l'alliance étroite avec Dieu et l'entrée en son héritage, la permanence éternelle du sceptre dans la maison de David, malgré les prévarications des hommes. C'est dans celte partie que se trouvent les traits qui concernent le Messie, à savoir : le titre et la qualité de Fils de Dieu et de premier-né (27, 28) ; l'alliance avec Dieu, éternellement inviolable (29) ; l'universalité du royaume et la possession indéfectible d'un trône que la gloire environnera toujours (30, 36, 37). Ces paroles avaient été dites à David à cause du dessein formé par ce prince de bâtir un temple au Seigneur (Cfr II, Reg,vii, 12-16), et elles pouvaient convenir en un certain sens à Salomon. Mais pour avoir leur réalisation intégrale et selon la lettre, il est nécessaire de les appliquer au Messie, à Jésus- Christ, et c'est pour cela que le psalmiste les a rappelées ici, car rien n'était plus propre à relever le cou-
rage de Juda que le souvenir de telles promesses.
4. Ta vero repulisù (39-47). Il y a contraste entre cette partie et la précédente : Dieu a, ce semble, oublié sa parole et abandonné son Christ. Mais cette conduite mystérieuse donne plus d'éclat et de gloire à la fidélité divine; en outre, elle oblige l'affligé à se tourner vers Dieu, à demander l'accomplissement de sa promesse. Et cette demande fait le sujet de la prière qui termine le psaume (47-53).
III. Notes explicatives. — Il s'y trouve deux ou trois versets difficiles. En voici l'explication
V 44. Avertisti adjutorium gladii ejus : « Vous avez (i émoussé la pointe de son glaive ; » mol à mot : Vous avez enlevé ce qui faisait la force de son glaive.
y 45. Destruxisti eum ah emundalione : « Vous lavez « dépouillé de tout son éclat ; » comme s'il y avait : Destruxisti ejus munditiam. Il y a dans le chaldéen : « Vous avez éloigné de vos autels les prêtres qui ré- « pandaient le sang des victimes et purifiaient votre « peuple. »
51, 52. Memor eslo, Domine commulationen Christi
tui : « Souvenez-vous, Seigneur, de l'opprobre que « vos serviteurs, si chers à mon cœur, ont à souffrir « de la part des nations. Souvenez-vous, Seigneur, « du reproche insultant que vos ennemis vous « adressent d'avoir changé à l'égard de votre Christ, » c'est-à-dire de n'avoir pas tenu les promesses que vous lui aviez faites. D'autres traduisent : « Souvenez- « vous, Seigneur, que vos ennemis insultent à la « chute, 7not à mot : au changement de votre peuple, « de votre Christ. » Nous préférons la première explication.