‹ Cours élémentaire d'Écriture Sainte (volume 2)Chapitre 55 sur 132 · II · texte numérisé non relu

II

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« vante; l'enfer et ses supplices l'environnaient de <( toutes parts, et déjà le trépas le tenait enlacé dans '( ses pièges (î- 5, 6). » Son unique espoir était dans le Seigneur. C'est donc vers lui que, du sein de la tribulation, il a élevé la voix. Or, en moins de temps qu'il n'en faut pour l'exprimer, le cri de sa détresse est monté jusqu'aux oreilles du Très-Haut, la terre émue a tremblé, et les montagnes ébranlées ont chancelé au souffle brûlant de sa colère (y 9). Quelle bonté et quelle puissance ! Et pourtant ce n'est que le commencement et comme le prélude de la scène qui se prépare. Le Seigneur, retiré au fond de son sanctuaire, n'a encore fait sentir sa présence que par le tremblement de la terre et des montagnes. Le voici lui-même qui s'avance au secours de son serviteur : « Un nuage de fumée s'élève de ses narines , une <( flamme dévorante est sortie de sa bouche; il a vomi « des charbons ardents... U a abaissé les cieux et est « descendu; un nuage était sous ses pieds O 9 et « 10.) »

« Il a abaissé les cieux et est descendu. » Comme cela est beau ! Nos poètes français ont souvent, et quelquefois avec bonheur, employé cette image. Racine a dit dans un de ses chœurs :

Abaisse la hauteur des cieux;

et Voltaire dans la Henriade :

Viens, des cieux enflammés abaisse la hauteur.

Cela est beau, mais celui qui a dit le premier : Inclinavit cœlos et descendit^ » n'en demeure pas moins, dit Laharpe', le poète qui a tracé en trois motsla plus grande image que jamais l'imagination ait conçue. Voyez encore les y H-i6. Apparuenint fontes aquarum et revelata sunt fundamenta orbis (errarum. Voilà bien

1 Disc, prélin., Ile part., p. ."^8.

le sublime d'idées et d'expressions. Ce que le psalmiste ajoute est encore au-dessus : Ab incre/jatlûne tua, Domine^ ab inspiratione spiritus irae lux. Neptune frappe la terre de son trident, Pallas arrache les fondements de Troie, Jupiter s'incline et fait trembler l'Olympe : voilà les dieux d'Homère et de Virgile. Le Dieu de David est plus puissant : La terre n'a fait qu'entendre le souffle de sa colère ; et l'univers entier semble attendre, dans la crainte et le tremblement, qu'un mot de l'Éternel le fasse rentrer dans le néant, comme un mot l'en a fait sortir ! Laharpe l'a dit avec vérité : il y a aussi loin de ce sublime à tout autre sublime que de l'esprit de Dieu à l'esprit de l'homme'. Voyez encore les psaumes 49 et 96.

Comme description des merveilles de la création, y a-t-il rien de plus magnifique que le psaume 103, si admiré des critiques-, et dont Le Batteuxa donné une analyse littéraire détaillée ? C'est peut-êtrela plus achevéede toutes les compositions de David. Le psaume 106 peut cependant lui être comparé avec avantage. Quel spectacle, en eflet, que celui de toutes les misères humaines, qui, dépeintes avec une si douloureuse amertume, viennent tour à tour, sous les yeux du lecteur, crier à l'Éternel dans les mêmes termes, et s'en retournent chantant sa clémence dans le même refrain solennel! — On vante la description de la tempête de Virgile au commencement de 1 Enéide^ : Éole, le roi des vents, frappant du revers de son sceptre les flancs de la montagne qui leur seit de prison ; les vents impétueux qui se précipitent aveô fracas et une eflroyable rapidité par l'issue qui leur est offerte : la nuit ténébreuse qui pèse sur les flots; les cris des guerriers; le retentissement du tonnerre; les cordages

1 Disc, prélim., p. 40.

2 Cfr Lowlh, Pods.sacr., III' part., lei;. xxix, p. 130; Laharpe, loe. cit., p. 40.

" Lib. I, vers. 81-155.

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qui se brisent; les éclairs répétés qui sillonneut la nue et n'éclairent, par intervalle, les malheureux nautoniers que pour ajouter à l'horreur de la situation en leur faisant entrevoir la mort de toute part. Cette peinture est belle, et d'un effet d'autant plus saisissant qu'elle est plus vraie. Mais celle de David (cvi, 25-30) est supérieure. 11 n'est pas besoin d'une grande attention pour le remarquer : à plus de concision et d'énergie, David joint plus de simplicité et de grandeur ; aussi vrai, il est plus saisissant ; si, dans un cadre plus rétréci, il a omis quelques traits secondaires reproduits par le poète latin, il en a ajouté plusieurs d'une grande beauté ; si le chantre de Mantoue est plus harmonieux, celui des Hébreux est plus sublime. Nous ne connaissons qu'un tableau qu'on puisse opposer à celui-là, et qui peut-être le surpasse : c'est celui de la tempête apaisée par Notre-Seigneur (Matth., VIII, 23-27, et Marc, iv, 36-40).

Le livre des Psaumes est une toile vivante oii sous la plume du prophète comme sous la main du peintre, tout prend un corps, une forme, une âme, un langage. Voyez le psaume 21. La peinture a été rarement mieux inspirée que lorsque, fidèle à sa noble mission, elle a mis son génie au service de la religion et cherché à reproduire quelque scène de la vie et de la mort du Sauveur. Eh bien ! parmi les nombreuxchefs-d'œuvre qu'elle a enfantés, et qui sont dus au pinceau des maîtres les plus habiles, en est-il un seul que l'on puisse seulement comparera quelques versets de ce psaume? Oîi est l'artiste, où est le grand maître, le Michel-Ange ou le Raphaël qui ait représenté avec une aussi effrayante vérité [^ 7-23) les souffrances du divin Crucilié et la cruauté de ses bourreaux, se ruant sur lui comme une meute affamée, et goûtant avec une stupide satisfaction le plaisir ignoble de la vengeance assouvie ?

Considérez le portrait de ses ennemis : « Frenduerunt « su^jer me dentibus (Ps. xxxiv, 16). » « Vidcj'unt me,

« et moverunt capita sua (cviii, 25). » Chaque mot fait image, et il était impossible de renfermer en moins de paroles plus de dédain, plus d'insultes et plus de menaces. Entendez-le se plaindre de l'abandon de ses amis et de ses proches : « Amici mei et proiimi mei ad- « versùm me appro/jinquaverunl et steterunt, tt qui juxtà (( me erant de longé steterunt {Ps. xxxvii, 12). » N'est-ce pas la nature prise sur le fait? On les voit, à sa vue, s'arrêter en silence et se tenir loin de sa personne, sans daigner lui adresser une parole ; on dirait qu'ils craignent de lever sur lui un regard de pitié. Et trois mots disent tout cela : De longé steterunt! Enrm, selon la judicieuse remarque de Bossuet ', il n'y a pas jusqu'aux choses les plus spirituelles qui, dans ce livre, ne se revêtent de formes sensibles et ne parlent aux yeux. Ici, c'est la Paix qui, sous les traits de Dieu, rompt les arcs, brise les armes et jette au feules boucliers (Ps. XLV, 10) ; là c'est la Justice qui, du haut des cieux, promène ses regards sur les humains (lxxxiv, 12) ; plus loin, c'est la Miséricorde et la Vérité, la Justice et la Paix qui se confondent et s'unissent comme deux sœurs dans de chastes embrassements : « Misericordia et Veritas obviaverunt sibi ; Justitia et Pax osculatœ sunt {Ibid., 11). » Quoi de plus gracieux que cette rencontre ! quoi de plus gai que ce baiser !

3" Beauté des comparaisons. — Le mérite de la comparaison est d'être claiie, juste, et, suivant les choses dont il s'agit, noble, élégante, pleine de grâce. Jugeons d'après ces règles de l'excellence des comparaisons du livre des Psaumes.

Elles sont très claires. Le poète sacré ne va pas les chercher loin. Il les emprunte à tout ce qui l'entoure, à la fleur des champs, à l'herbe de la prairie, à la poussière du désert, aux arbres de la montagne, aux cérémonies de la religion, aux faits de l'histoire, en un

^Ditscrl. prclm., cap. u., xvn et xvui.

mot, aux objets les plus connus de ceux auxquels il s'adresse et qui leur étaient familiers.

Il les choisit avec bonheur. Aussi comme elles sont justes ! Veut-il peindre la brièveté et le néant de la vie de l'homme : c'est une fleur, dit-il, non pas une fleur de nos jardins, à laquelle les soins de la culture assurent quelquefois une assez longue durée, mais une fleur des champs, exposée sans défense aux injures du temps ; une fleur des champs, c'est-à-dire tout ce qu'il y a de plus délicat et de plus frêle dans la nature : Tanquam « flos ayri sic efflorebit ! (Ps. en, 15). — Les jours de l'homme passent rapides comme l'ombre qui s'enfuit au déclin du jour : « Sic ut umbracum déclinât (Ps. cviii, 23). » C'est un songe dont il ne reste, au réveil, aucun souvenir : « Y élut somnium surgentium, Domine (Ps. Lxxii, 20). » Que sont, en effet, ces courts instants de notre existence qu'on appelle la vie, quand mille ans sont aux yeux de Dieu comme le jour d'hier qui n'est plus, comme une veille de la nuit? (Ps.LXXXix, 4. ) Voyez encore les Psaumes xvi, 8; i, 3, 4 ; lxvii,3, etc..

Que dire de la noblesse de ces comparaisons? Plusieurs sont sublimes. Citons deux ou trois exemples : « £t ipse, il s'agit du soleil à son lever, tanquam spon- « sus procedens de thalamo suo ; exultavit ut (jigas ad curu rendamviam{Pi. xviii, 6). » Cette double comparaison est magnifique. Qu'il y a de grandeur et de fierté dans CQ tanquam sponsus procedens de thalamo! et jusque dans la traduction, quel heureux choix d'expressions ! Procedens, remarquez qu'il ne dit pas exiens, egrediens. Tout cela n'eût pas rendu sa pensée. Procedens. Uestlàsous vosyeux; vous le voyez qui s'avance dans tout l'éclat de sa pompe et de sa majesté. Et quelle énergie dans ce superbe exultavit ut gigas ad currcndam viamf C'est à décourager les traducteurs. On rencontre de beaux vers sur le soleil, mais nous ne croyons pas qu'il y en ait de comparables à ce verset. Qu'on en rapproche, par exemple, la traduction de J.-B. Rousseau! — Qui ne connaît ce verset si souvcut cité : « Vidi impium su-

EXPLICATidN DES PSAUMES 139

« perexaltatumet elevatum sicut cedros Libam ; et tramivi, a et ecce non erat ; etquiesivieum, et non est inventas locus « ejus Ps. XXXVI, 35, 36) ? » « Quelle grandeur dans ces « paroles, dit MgrPlanlier' I Superexaltatum. Avec ce « qu'elle a de vague, cette expression commence par H vous jeter dans l'infini. Vous cherchez un objet de « comparaison sans limites ; et je vois le poète qui, « prévenant vos vœux, vous présente ce que l'imagi- « nation peut se peindre de plus élevé, c'est-à-dire ces « vieux cèdres du Liban, qui partant d'un sommet « déjà très haut par lui-même, vont perdre, par delà « les nuages leur cime imperceptible... Vous pensiez « que, pour ébranler ce colosse, il fallait du temps. En- « racine par des siècles dans le sol qu'il oppre=se, un « instant pourrait-il suffire, en brisant l'énormité de (i sa tige, aie faire tomber des hauteurs invisibles où u sa tête se balance? Et cependant le poète passe, le « géant n'existe plus.

Enfin est-il quelque chose de plus gracieux que la double comparaison du psaume 132? a Oh! qu'il est u bon, qu'il est délicieux pour des frères d'habiter « ensemble! C'est doux comme le parfum qui, de la « tète d'Aaron, se répandait sur sa longue barbe et « sur ses vêtements ; c'est doux comme la rosée d'Her- « mon, comme la rosée qui descend sur le mont « Sion. » La premièrecomparaison semble emprunter du sanctuaire où elle a été puisée une grâce nouvelle et un parfum plus suave ; la seconde est d'une douceur charmante. Voyez en les Ps. cxxvii, 3, et xxii.

4° Rapidité des mouvements. — L'ode chez les poètes profanes a de la pompe, du coloris, de l'harmonie ; mais elle manque d'inspiration. Ni les pensées, ni les sentiments ne se pressent ; et tout le mérite de la composition repose souvent dans l'eiïet d'un mot, d'une coupe, d'un renvoi, d'une inversion, d'un rythme. Aussi les lyriques profanes sont-ils infiniment au-

i £<ud«*M/.,l" édit., p. 2i5.

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dessous du Psalmiste-roi. Leurs odes sont belles, mais froidement belles ; on les lit, comme ils les ont faites, sans être ému. Voyez Pindare : « Dans « ses odes, on sent le génie sublime, mais le génie « attelé au cbar olympique et soumis au frein de « l'or ou de la vanité poétique. Quant à l'âme, on « n'en voit pas la trace, on n'en entend pas le cri, on « n'en recueille pas les larmes douces ou amères dans « le vase du cœur versé devant Dieu ^ ». Quelle vie, au contraire, quelle sainte ivresse, quel enthousiasme, quel feu dans les psaumes de David ! Avec quelle impétuosité les sentiments qui le dominent s'échappent de son âme ! Cela est très remarquable dans les cantiques où, tour à tour, et sans que rien, si ce n'est le sens et l'ensemble général de la pièce vous en avertisse, Dieu, le prophète, le peuple, les impies, viennent comme poser et prendre la parole devant vous. Voyez, par exemple, les psaumes 2, 49, 93, 81, 82, 67, 117, etc.. Quoi de plus animé et de plus entraînant? « Quœ guis nonsetiserit, dit Bossuet^ après avoir analysé le psaume 81, aut frigide legerit, stipes saxumgue sit ! »

5° Douceur et vivacité des sentiments. — Mais ce qui fait le charme des Psaumes, c'est l'amour qui les a dictés et qu'ils inspirent, quand on les lit moins avec l'esprit qu'avec le cœur. Jamais l'amour divin n'a pris un langage plus tendre et plus passionné. Le Seigneur tient lieu de tout au psalmiste : il est sa force, son soutien, sa patience, sa miséricorde. « Quoi donc! dit La- « harpe % il s'approprie la miséricorde divine ! sans (( doute, il est bien sûr que le bon Dieu ne s'en of- « fense pas. Car David veut dire : Votre miséricorde « est à moi; elle est pour moi, elle est mon bien. Il a « raison, et heureux qui le dira comme lui ! Ces pa-

i Lamartine, Cours fam. de lUt., entict. XXVIII, p. 279.

2 Prœf. in Pj., cap. ii.

3 Loc. cit., p. 63.

« roles-Ià ne sont pas plus à David que sapallcnce. Elles « ne sont pas de l'homme : l'homme en a-t-il jamais « employé de semblables? »

Avec quelle ardeur le saint roi soupirait du fond de l'exil après la présence de son Dieu : « Comme le cerf « altéré soupire après l'eau des fontaines, ainsi mon « âme soupire après vous.ô mon Dieu! (Ps, xli, 2-4)» Où a-t- on vu le désir de paraître devant Dieu exprimé d'une manière plus vive? Si ce désir n'était pas surnaturel, on le trouverait dans les prières des autres religions. Il n'y est pas, il n'y est jamais. Horace prédit à Auguste qu'il sera dieu, ce qui est beaucoup plus que de voir Dieu ; mais il lui conseille de ne pas se presser, malgré tout le plaisir qu'il peut y avoir à être dans l'Olympe : Serus in cœlum redeas! En effet, il ne faut être dieu de cette manière que le plus tard possibles Le psaume entier n'est pas moins beau, et Lowth n'hésite pas à le proposer comme le modèle le plus parfait de l'élégie hébraïque, lly en a une bonne analyse dans l'abbé Henry ^

Qui mieux que David a senti et exprimé le bonheur que l'on goùle au service de Dieu - « Qu'ils sont ai- « mables vos tabernacles, ô Dieu des armées ! Mon « âme languit et se consume pour les parvis du Sei- « gneur, ma chair et mon cœur tressaillent dans le « Dieu vivant. Le passereau trouve une demeure et la (( tourterelle un nid pour reposer ses petits. Vos au- « tels !... 0 Dieu des armées, mon roi et mon Dieu ! » Vus autels... On \o\{, dit J. de Maistre*, que le sentiment oppresse le prophète ; le verbe qui s'avançait pour terminer sa pensée s'arrête sur ses lèvres et retombe sur son cœur; mais la piété le comprend lorsqu'il s'écrie : 0 nwii Dieu, vos aulels !... <( Bienheureux, « continue David, bienheureux ceux qui habitent dans

1 Laharpe, /. c, p. 75.

- Lowlli, t. II, p. 40.

;< Èluq. et poés., p. 268.

* Soirées de Saint- Péter s b., entrct. VII, t. II, |). 00.

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« votre maison ! ils vous loueront sans cesse. Heureux « l'homme dont vous êtes le secours au milieu de cette « vallée de larmes! il forme dans son cœur des degrés « qui l'élèveront jusqu'au lieu que le Seigneur s'est « choisi pour y habiter (Ps. lxxxiii, 1-7). » Admirable image que ces degrés formés dans le cœur pour monter de cette vallée de larmes jusqu'au séjour où elles seront essuyées ! C'est ainsi que le cœur parle; et si l'on demande quels sont ces degrés, ce sont les épreuves de la patience, soutenues par l'amour et par l'espérance ^

Quelle puissante exhortation à mettre en Dieu notre confiance et à chercher auprès de lui seul des consolations, dans le psaume 33, qu'il faut lire en entier.

Le psalmiste, impuissant à témoigner à Dieu sa reconnaissance, invite toutes les créatures, le soleil, la lune, la terre, la mer et tous les animaux, à le bénir et à le louer avec lui (Ps. clxviii, i-A). Si la délicatesse de quelques critiques était tentée de sourire à la vue du prophète appelant à son secours tous les êtres de la nature, nous leur répondrions qu'il n'y a là qu'un sentiment profond de reconnaissance. « L'homme, en « se voyant entouré de tous les êtres qui ont été créés « pour lui faire du bien, ne trouve pas que ce soit « assez de lui seul pourloueretbénir un si magnifique « bienfaiteur. Il ne peut pas, comme Dieu, appeler « toutes les étoiles chacune par son noi7i, parce qu'il n'y a « que celui qui les a faites qui puisse les appeler de la « sorte. Mais il appelle du moins cequ'il peutnommer, " et il n'a pas trop de tout ce qu'il connaît dans la « nature pour chanter avec lui son auteur. Est-ce que « l'amour et la reconnaissance ont jamais assez d'or- (■ ganes ? Que cet enthousiasme, au contraire, est « noble et saint ! et que la censure est froide et petite « pour le ^oût^ ! »

' Laharpe, lue. cit. p. 62.

2 Ibid., p. 46.

On ne peut aimer Dieu sans aimer sa loi. Cet amour a inspiré à David le plus long et l'un de ses plus beaux cantiques, le psaume 118, dont saint Augustin admirait la simplicité profonde et oti, sous vingt noms difl"érents, la loi de Dieu revient sur les lèvres du prophète, accompagneedenouveauxeloges.il trouve sou bonheur et sa joie à la méditer; elle le console dans ses chagrins. Elle est la lumière (]ui l'éclairé et le flambeau qui le dirige au milieu des ténèbres de la vie; à son école, il est devenu plus sage que ses ennemis, plus intelligent que les vieillards; elle lui est plus douce que le miel, plus désirable que la topaze, plus précieuse que des monceaux d'or et d'argent.

La charité ne rend pas impeccable. David se rendit môme énormément coupable, « Mais, répond J. de « Maistre ', l'expiation enrichit ses hymnes de nou- '< velles beautés : jamais le repentir ne parla un lan- « gage plus vrai, plus pathétique, plus pénétrant. « Prêt à recevoir avec résignation tous les fléaux du « Seigneur (xxxvii, 18), il veut lui-même f^uôlier ses iai- « ({uités (j^ 19). Soncrime est constamment devant ses yeux « (l, 5), et la douleur qui le roiiyene lui laisse aucun repos « (xxxviii, II). ')

« Au milieu de Jérusalem, au sein de cette pom- « peuse capitale destinée i devenir bientôt la plus « superbe ville de la superbe Asie^, sur ce trône où la « main de Dieu l'avait conduit, il est seul comme le pé- « lican dans le désert, comme l'orfraie cachée dans les « ruines, comme le passereau solitaire quiyéinit sur le faite « aérien des palais {ci, 7, 8). Il consume ses nuits dans les « gémissements, et sa triste couche est inondée de larmes « (vi, 7). Les flèches du Seiyneur l'ont percé (xxxvii, 3). « Dès lo7s il nij a plus rien de sain en lui. Ses os sont « ébranlés {\i, 3), ses chairs se détachent; il se courbe vers « la terre; son cœur se trouble, toute sa force l'abandonne;

» Soirées de Saint-Pélersb., eiUret. IX, t. II, p. oi.

* Long? clarisiima urbium Orienlis (Pline, Ilist. mit., V, M).

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« la lumière même ne brille plus pour lui (xxxvii, 4, G, 7). (i // n'entend plus, il a perdu la voix, il ne lui reste que «■ l'espérance (vi, 16). Aucune idée ne saurait le dis- « traire de sa douleur, et, celte douleur se tournant « toujours en prières, comme tous ses autres senti- « raents, elle a quelque chose de vivant qu'on ne ren- « contre point ailleurs. Il se rappelle sans cesse un « oracle qu'il a prononcé lui-même : Dieu a dit au coûta pable : Pourquoi te mèles-tu d'annoncer mes préceptes « avec ta bouche impure (xlix, 16) ? /e ne veux être célébré « que par le juste (xxxii, 1). La terreur chez lui se mêle (( constamment à la confiance; et jusque dans les « transports de l'amour, dans l'extase de l'admiration, « dans les plus touchantes effusions d'une reconnais- « sance sans bornes, la pointe acérée du remords se « fait sentir comme l'épine à travers les touffes ver- « meilles du rosier. » Ces sentiments se font surtout remarquer dans les psaumes 6, 31, 37, 50, 101, 129 et 14-2.

Eufm, rien dans aucune langue n'est comparable au psaume 136, le désespoir de vingt traducteurs. Chateaubriand l'appelle le plus beau des cantiques sur l'amour de la patrie. Quelle amertume, quelle tristesse dans les soupirs de ces pauvres exilés ! Quelle sainte fierté dans le refus déchanter sur une terre étrangère les cantiques de Sion ! Quelle tendresse pour Jérusalem ! Quelle indignation contra leurs ennemis ! Bien des poètes ont essayé de faire passer ce psaume dans notre langue; mais ils n'ontjamais pu égaler la beauté du modèle. Le Franc de Pompignan * l'a cependant traduit ou plutôt imité avec bonheur.

Les principaux ouvrages que l'on peut consulter sur la beauté littéraire des Psaumes sont le traité de la Poésie sacrée des Hébreux, par Lowth; il a beaucoup profité du travail de Bossuet ; le Discours préliminaire de Laharpe sur les Psaumes; on en trouve la plus

• Poéi. SIC)., liv. I, ode XVII.

DKS PKOPHÈTES EN GÉNÉRAL 145

grande partie dans le Cours complet (T Écriture sainte; les Etudes littéraires sur les poètes bibliques, par Mgr Plantier; la Bible de Genoude et le livre de l'abbé Henry intitulé : Eloquence et poésie des Livres saints. M. Henry a recueilli ce que les autres avaient dit avant lui de plus remarquable.

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