‹ Cours élémentaire d'Écriture Sainte (volume 2)Chapitre 54 sur 132 · BEAUTÉ LITTÉRAIRE DES PSAUMES · texte numérisé non relu

BEAUTÉ LITTÉRAIRE DES PSAUMES

I. Appréciation générale. — Les psaumes offrent, dans leur ensemble, un chef-d'œuvre de poésie, dont les ouvrages les plus vantés des anciens n'approchent

pas. Traduits dans toutes les langues, annotés, commentés, exaltés par plus de treize cents auteurs^, au nombre desquels flgurent plusieurs noms consacrés par la gloire, ils ont fait la consolation, l'appui, le bonheur et l'admiration des plus sublimes génies ; et, fait digne de remarque, à trois mille ans de distance, ils retentissent encore aux quatre coins de l'univers, partout où il y a des sociétés.

Lowth^ appelle cette poésie divine, et il remarque que les écrits de David sont « évidemment dictés par l'Esprit de Dieu. »

Lamartine en parle avec enthousiasme : « David, dit-il, est le premier des poètes du sentiment ; c'est le roi des lyriques ! Jamais la fibre humaine n'a résonné d'accords si intimes, si pénétrants et si graves ; jamais la pensée du poète ne s'est adressée si haut et n'a crié si juste ; jamais l'âme de l'homme ne s'est répandue devant l'homme et devant Dieu en expressions et en sentiments si tendres, si sympathiques et si déchirants! Tous les gémissements du cœur humain ont trouvé leur voix et leurs notes sur les lèvres et sur la harpe de ce barde sacré ; et si l'on remonte à l'époque reculée où de tels chants retentissaient sur la terre ; si l'on pense qu'alors la poésie lyrique des nations les plus cultivées ne chantait'que le vin, l'amour, le sang et les victoires des mules et des coursiers dans les jeux de l'Elide, on est saisi d'un profond étonnement aux accents ( mystiques du berger prophète, qui parle au Dieu créateur comme un ami à son ami, qui comprend et loue ses merveilles, qui admire ses justices, qui implore ses miséricordes, et qui semble un écho anticipé de^la poésie évangélique, répétant les douces paroles du Christ avant de les avoir entendues. Prophète ou non, selon qu'il sera considéré par le

' Voyez C. C. de Migne, t. XXVII, col. 131, note i. 2 Poés. sacrée, II* p., leç. xvi, t. I, p. 23C.

« philosophe ou le chrétien, aucun d'eux ne pourra « refuser au poète-roi une inspiration qui ne fut dona née à aucun autre homme. Lisez du grec ou du lace tin après un psaume! tout pâlit'. »

II. Beautés principales. — Le temps manque pour analyser en détail les beautés de ce livre. Nous nous bornerons, à l'exemple de Bossuet, à grouper autour de certains chefs ce qui nous aura paru le plus digne d'admiration. Or les Psaumes se font remarquer par la sublimité des pensées, la grandeur des tableaux, la beauté des comparaisons, l'impétuosité des mouvements, enfin par la douceur et la vivacité des sentiments.

\'> Sublimité des pensées. — C'est le plus souvent en parlant de Dieu et de ses perfections, de sa grandeur, de sa puissance, de son immensité et de sa bonté, que David s'est élevé à une hauteur de pensées que plusieurs écrivains sacrés ont pu atteindre, mais qu'aucun n'a dépassée.— Voici l'indication des principaux traits :

Magnificence du Seigneur: Ps. viii, 2; xviii, 1, 2; cm, 1-4.

Puissance de Dieu : Ps. cm, 32 ; cxlyii, 4-7.

D'un mot il a créé l'univers : « U a dit : et tout a été « fait (Ps. XXXII, 9). Dixit Deus : Fiat lux, et facta est. « Voilà l'auteur de la Genèse ; voilà cette immense « parole devant laquelle l'un des arbitres du goût, « i'illubtre Longin, s'inclinait de respect et d'admira- « tion. Avec la même cause et plus de rapidité, le « psalmiste nous montre un plus vaste résultat : Dixit, « et fada sunt ; mandavit, et creala sunt. Là on parle, « et la lumière jaillit ; ici on parle également, et vous « voyez naître le monde. Combien ce brusque rappro- « chement du principe en apparence le plus faible, « une parole, et de l'œuvre en réalité la plus merveil-

1 Cour$ familier de lillérature, entret. XXXIII, § 24, p. 303.

" leuse, la formation de l'univers, n'est-il pas tout « ensemble pittoresque et sublime! ' »

Jmmcnsilé et science de Dieu : Il sait tout, le passé, le présent, l'avenir; ses regards sondent les cœurs et les reins, La parole n'est pas encore sur vos lèvres, que déjà il la connaît. (Ps. cxxxvii, 7-12.)

La môme pensée est rendue avec une sublime ironie dans le psaume 93 (v 7-H , dont le début est empreint d'une si solennelle terreur.

Le Dieu de David n'est pas seulement un Dieu fort et terrible, le Dieu des vengeances, comme il l'appelle ; c'est un père plein de tendresse, dont la miséricorde Sl mis entre nous et nos péchés toute la distance de l'orient à l'occident (Ps. cii, H, 12 . Le Roi-prophète n'est môme jamais plus éloquent que lorsqu'il chante les miséricordes du Seigneur (Ps. xxxiii, cxxxv, cii, etc.). De là ce pathétique de sentiments égal au sublime d'idées. Exemple le p>aiime 102.

Ailleurs David représente Dieu tantôt les yeux amoureusement fixés sur ceux qui le servent, et les oreilles ouvertes pour écouter leurs prières ; tantôt les cachant dans le secret de sa face, avançant la main pour les soutenir s'ils chancellent, les relever s'ils tombent ; agissant avec eux de confiance (Ps. xi, 6) et retournant de ses divines mains la couche brûlante où la maladie les retient attachés : Universum stratum ejus versasd in infirmitate ejusl (Ps. xi, 3).

2» Grandeur des tableaux. — Les exemples sont nombreux.

Un des plus beaux est le commencement du Psaume 17 (y 1-19). Le début est un long cri de reconnaissance et d'amour (y 1-3). Le poète annonce ensuite son sujet (♦ 4) : il va chanter le Dieu qui lui a donné la victoire (11 Reg., xxii). « Les douleurs de la mort (( l'enveloppaient comme d'un vêlement, et les toru rents de l'iniquité avaient rempli son àme d'épou-

' Mgr Plantier, Ètud. lUl., p. 24G.

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