‹ Cours élémentaire d'Écriture Sainte (volume 2)Chapitre 57 sur 132 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

DE LA NATURE, DU NOMBRE, DE LA DIVISION, DES FONCTIONS ET DU CARACTÈRE DES PROPHÈTES

I. Nature des Prophètes. — Le mot prophète vient de deux mots grecs : irpô et ^-hy-i, /annonce d'avance. Un prophète est donc un homme qui prédit l'avenir; et on définit la prophétie : La prédiction certaine d'événements qui ne peuvent être prévus dans les causes naturelles.

l°Le mot/>ro;>^(?^e a cependant une signification beaucoup plus étendue chez les auteurs sacrés. Dans le langage ordinaire de la sainte Écriture, un Prophète [Nâbi] * est un homme qui a reçu du Ciel une mission divine et qui la remplit; c'est un homme honoré de la confiance et des communications de Dieu, son confident, parlant et agissant en son nom, soit qu'il annonce l'avenir, soit qu'il rappelle le passé, soit qu'il découvre le présent. Il n'est pas nécessaire qu'un Prophète révèle l'avenir, mais il est essentiel que sa parole soit une révélation divine. C'est en ce sens qu'Abraham est appelé le Prophète du Seigneur (Gen., xx, 7) ; et si Aaron est appelé le Prophète de Moïse (Ex., VII, 1), c'est parce que Moïse a été en quelque sorte assimilé à Dieu: « Je te fais le Dieu de Pharaon, lui avait « dit le Seigneur, et Aaron sera ton prophète, » c'està-dire ton organe. Saint Paul donne ce nom à un poète païen, Aratus (Tit., i, 12), parce que les poètes chez les païens étaient regardés comme les favoris des dieux; les musulmans donnent encore aujourd'hui le nom de Naby à un grand nombre de localités où quelque dévot musulman a vécu et est enseveli. De là vient que les Prophètes sont souvent désignés dans l'Ecriture sous le nom à! Hommes de Dieu ^d' Anges ou d'En-

1 Sur l'étymologie et le véritable sens de ce mot, voyez M. Le Hir, loc. cit., novembre 1867, p. 674, et M. Gilly, toc. cit., t. I, p. 277.

voyés du Seigneur. Le dernier des douze petits Prophètes n'est même connu que par ce nom : Malachie veut dire Ange de Dieu. Enfin l'Écriture donne le nom de prophètes aux imposteurs qui se vantaient faussement d'être inspirés.

2° Le moi prophétiser ne signifie pas seulement non plus prédire les événements futurs ; il signifie aussi deviner (Luc. , xxii, 64); être mû par un mauvais esprit (I Reg., xviii, 10) ; danser, chanter, jouer des instruments {Ibîd., X, 5 et 6); expliquer l'Écriture dans l'assemblée des fidèles (I Cor., xi, 4 ; xiv, 3, 4, 24 \ etc.). Chose plus étonnante! il signifie faire un miracle : « Le corps d'Élie«;3ro/jAe72sa après sa mort, » dit l'Écriture (Eccli., XLViii, 14); ce qui veut dire simplement qu'il ressuscita un mort par son attouchement. Elle s'est exprimée de la même manière en parlant des os de Joseph {fbid., XLix, 18), parce qu'ils étaient demeurés au milieu des Israélites comme un gage de la promesse de ce grand homme à ses frères ; en leur ordonnant d'emporter avec eux son corps lorsqu'ils sortiraient d'Egypte, il leur avait prorais par là même qu'ils retourneraient un jour dans leur pays *.

3° Quant au mot prophétie, il est pris, dans l'Ancien et le Nouveau Testament, dans les différentes acceptions dont les mots prophète et prophétiser étaient susceptibles. Si l'on appelle p7'ophè te un homme qui remplit une mission qu'il a reçue, on appellera prophétie l'acte par lequel il la remplit^ Si l'on appelle prophète celui qui prédit l'avenir, sa prophétie ^era. celte prédiction môme*. Dans saint Paul (ICor., xiii, 2), le mot prophétie désigne le don par lequel certains hommes peuvent être appelés à connaître les secrets divins; et au chapitre suivant (xiv,22),il désigne la grâce accor-

I Gfr M. Gilly, loc. cU., p. 315.

ï Gl'r M. Gilly, p. 27d. Il propose une aulre explication de ces paroles de VEcclésiaslique, 3 Cfr II Peu-., I, 20.

♦ Cfr Daniel, ix, 24,

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dée à certains hommes d'interpréter l'Écriture, grâce qui est une véritable mission pour le bien des fidèles. En résumé, l'acception générale des mots profjhète, prophétiser, pjrophélie, comprend en soi l'acception restreinte de ces mêmes mots. Quand on appelle prophète celui qui prédit l'avenir, c'est qu'on suppose une lumière divine qui lui a montré l'avenir, et une volonté divine qui lui a ordonné de le prédire. Ce nom convient à certains hommes de l'Ancien Testament plus particulièrement qu'à d'autres, parce que leur mission spéciale a consisté, la plupart du temps, à recevoir des lumières sur l'avenir et à les manifester à leurs frères. Mais cette acception du mot prophète est une acception dérivée de la première. C'est à celle-ci qu'elle doit son origine, et l'on se trompe étrangement lorsqu'on prétend le contraire '.

IL Leur nombre.^ — Si haut que l'on remonte dans le passé, on rencontre des Prophètes. Pour en découvrir l'origine, il faut remonter au berceau du genre humain; le premier homme est le premier des Prophètes (Gen., II, 24), et, depuis Adam jusqu'à Malachie, Dieu n'est presque jamais resté sans confidents et sans organes de ses volontés. Mais c'est surtout à partir de Samuel que les Prophètes se multiplient; il y en avait des écoles-, et on en voyait des bandes qui vivaient

1 Gilly, /oc. cit., p. 281.

2 Sur ces Écoles des Prophètes, voyez M. Gilly, loc. cit., p. 294, 321, et M. Le Hir, loc. cit., p. 4, note 1. « Ces écoles, dit M. Le « Hir, n'étaient pas des écoles de propliélisme. Les Prophètes y « enseignaient simplement à bien croire et à bien vivre. Ils sup- « piéaient à l'office des prêtres, surtout dans les temps de irou- « blés ou de schisme. Voilà pourquoi nous voyons ces écoles « fleurir principalement sous Samuel, au sortir de l'oppression « des Philistins, et plus tard parmi les tribus du Nord, d'où le « sacerdoce lévitique était banni. Il est vrai que souvent le Sei- « gneur inspira ces disciples des Prophètes, et les choisit pour « continuer ou pour dilater le ministère de leur maître. Mais la « raison en est bien simple. En général, Dieu se communique « plus volontiers et plus largement aux ascètes qui se sont pré-

SOUS la conduite de ce saint homme, en sorte que jusqu'à la captivité, dit D. Galmet', on en peut former une succession et une suite non interrompue. Après Malachie, Dieu ne suscite plus de Prophètes, mais son esprit ne se retire pas de son peuple. Les auteurs inspirés des livres d'Esther, de Judith, des Machabées, de la Sagesse et de l'Ecclésiastique rappellent sans cesse les anciennes prophéties et en montrent l'accomplissement.

Le nombre des Prophètes est donc très considérable, si l'on prend ce mot dans sa plus large acception. Les auteurs varient beaucoup dans leurs énumérations. Saint Épiphane compte soixante-treize /-'yo/j/iè/es et dix Prophétesses, les Juifs comptent seulement quarantehuit /^/'o/j/^'^es et sepiPi^o/j/iétesses. Clément d'Alexandrie n'admet que trente-cinq Prophètes depuis Moïse. Le nombre de ceux dont les écrits nous sont parvenus est beaucoup moindre : il yen a se/::e. Les autres n'ont pas écrit, ou leurs ouvrages ont été perdus -.

IIL Leur division. — Les Prophètes, considérés en général, se divisent en deux classes : les Nehiim et les Voyants, en hébreu Bôim, //ozim. Dieu se révélait à tous ; mais tandis que les premiers, Samuel, par exemple, Isaïe, Jérémie, faisaient du ministère prophétique leur unique occupation, et remplissaient une sorte d'apostolat auprès du peuple, des prêtres et des rois; les seconds, comme Job, David, Salomon et Daniel, étaient demeurés étrangers à la vie et aux fondions du />/'o/y^(?7<s/72e proprement dit; Dieu ne les avait point enlevés à leur condition ordinaire, et il leur avait communiqué ses secrets dans la position qu'ils occupaient : à Daniel dans l'exil, à David sur le trône, à Job au fond du désert.

« parés à ces communications par une vie austère, retirée et « pénitente, telle qu'était la vie d'un grand nombre de ces dis- « ciples. »

• Dmserl. sur les Proph., art. ii.

2 Voyez D. Calniet, loc. cit., n. 3.

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Quant aux Prophètes dont les sublimes écrits vont être l'objet de nos études, on les divise en Grands et en Petils Profjhètes. Il y en quatre Grands : Isaïe, Jérémie, auquel on a joint Baruch, Ézéchiel et Daniel; et douze Petits : Osée, Joël, Amos, Abdias, Michée, Jonas, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie. Cette division est indépendante du mérite respectif de ces auteurs ; elle est fondée sur l'étendue plus ou moins grande de leurs écrits.

Tous ces prophètes, dit M. Le Hir, se sont succédé les uns aux autres, avec diverses interruptions, de l'an 830 à l'an 435 avant J.-C. à peu près dans l'ordre suivant :

Vers l'an 830 ou 800, Joël, Jonas.

Vers l'an 784, Amos, Osée, Abdias.

De l'an 760 jusqu'aux premières années du siècle suivant, Isaïe.

Vers la même époque (723) et sous Ezéchias, Michée, Nahum.

Vers l'an 627, Jérémie, Sophonie, Habacuc, Baruch.

Vers l'an 594, Ezéchiel, Daniel.

Vers l'an 520, Aggée, Zacharie.

Vers l'an 435, Malachie.

IV. Leurs fonctions. — Ce que nous avons dit de la nature des Prophètes peut déjà donner une idée de la grandeur du rôle qu'ils eurent à remplir parmi les Juifs. Ils eurent trois fonctions principales.

1° Ce fut d'abord de lutter, au nom du Seigneur, contre la désobéissance de son peuple et contre l'idolâtrie, de plaider pour l'Éternel contre la nation et les faux dieux. C'est pour cela que, fidèles à leur mission, ils avertissent tour à tour et les individus et le peuple, et les prêtres et les rois. « Rien ne les arrête, dit Cel- « lérier \ ni le nombre, ni le rang, ni la force des couce pables. Ils n'ont de complaisance et de Qatterie « pour aucun pouvoir. Menaces, malheurs, supplices,

1 Introd. à l'Ane. Test., p. 225.

« rien ne réussit à leur fermer la bouche. Leur vie est « dévouée à leur ministère. Partout où il y a vice, ido- « latrie ou danger, ils apparaissent et ils parlent; ils « meurent, et d'autres renaissent. On les chasse, et ils « reviennent ; on les tue, et ils se multiplient, »

2° Une autre fonction des Prophètes fut de préparer les voies au Messie. Ils l'ont fait de trois manières :

A. En l'annonçant, et en composant, plusieurs siècles à l'avance, le tableau à la ressemblance duquel le Messie devait être un jour reconnu. « Ils ont enseigné sa génération éternelle, nommé le lieu de sa naissance dans le temps, signalé la virginité de sa mère, supputé l'époque de sa venue, dit par quels miracles il manifesterait sa divinité. Ses opprobres aussi et ses soulfrances ont été l'objet des révélations prophétiques et décrits jusque dans leurs minutieux détails, ainsi que sa résurrection, l'établissement de son Église et la gloire de son règne'.

B. En le figurant eux-mêmes dans leurs personnes et dans leur vie. « Non seulement, Mit Bossuet-, les « Prophètes voyaient Jésus-Christ, mais encore ils en « étaient la figure et représentaient ses mystères, prin- « cipalement celui de la croix. Presque tous ils ont « souffert persécution pour la justice, et nous ont « figuré dans leurs souffrances l'innocence et la vérité « persécutées en Notre-Seigneur. »

C. Enfin en disposant peu à peu parleurs enseignements les esprits et les cœurs à recevoir un jour la doctrine de l'Évangile dans toute sa pureté. Les Juifs, avec leurs idées charnelles, n'étaient pas capables d'en supporter la hauteur; il fallait les préparer doucement et par degré à ces sublimes enseignements. Ce fut l'œuvre des Prophètes. Aussi ont-ils annoncé un culte plus spirituel et plus saint, dont le Messie serait le fondateur, et qui remplacerait les cérémonies légales. Tous ont travaillé à épurer les idées religieuses

> V. Bossqet, Ilist. univ., p. II, ch. iv. 2 Ibid.

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de leurs contemporains ; et les Juifs, quand ils reviendront à Jé^us-Christ, seront frappés de retrouver dans leurs Prophètes le germe et la confirmation des doctrines qui leur semblaient d'abord si étrangères à la Loi.

Il ne faudrait pas conclure de là, ni des reproches adressés aux prêtres par les Prophètes, que le Prophétisme fût une institution antisacerdotale*. « Cette idée d'un antagonisme entre les Prophètes et l'ordre sacerdotal est un des paradoxes enfantés par la Réforme et répétés complaisamment et sans examen par le philosophisme. Une étude attentive montre que les reproches adressés aux prêtres par les Prophètes eurent pour motif leur re>pect envers cette institution vénérable et leur désir de maintenir intacte l'auréole de sainteté qui lui convient. S'ils ont, en même temps, annoncé une religion plus parfaite et un sacerdoce nouveau qui devait se substituer à l'ancien, ce fut non pour dénigrer celui-ci, mais pour rappeler à quelle fin sublime il était destiné, de même que dans le Christianisme nous regardons le culte divin comme l'image de la religion du ciel -.

3° La dernière fonction des Prophètes hébreux, ou du moins de la plus grande partie d'entre eux, fut d'écrire l'histoire de leur temps. C'étaient les annalistes de la nation. Non seulement ils ont souvent écrit leurs prophéties par l'ordre de Dieu, afin qu'on pût comparer l'événement avec ce qui avait été prédit (Is., xxxiv, 16; Dan., xii, 4; Jérémie, xxx, 1 et 2), mais ils ont presque tous écrit l'histoire de leur temps. « C'était « là, dit Cellérier^ comme le complément de leur

« ministère Le Prophète qui dans ses discours au

« peuple et ses chants inspirés avait dit : Ainsi a dit, « ainsi fera l'Eternel, il ca punir ou saucer, renfermé « ensuite dans son cabinet pour écrire les annales des

' M. Albert Réville, Bévue des Deux Atondes, 15 juin 1867, p. 835. - Le Hir, Prophètes d'Israël, n. v, p. 36-40. ' Inlrud. à l'Ane. Test., p. 231.

« sujets et du monarque, en appelait à l'expérience « pour confirmer les mêmes leçons et semblait ainsi « répéter à ses lecteurs : L'Eternel a pu7ii, l'Eternel a « sauvé, recevez instruction l »

V. Leur apologie. — Les Prophètes, dont les oracles sont un des plus solides fondements de la religion, n'ont trouvé grâce ni devant l'incrédulité du siècle dernier, ni devant le rationalisme contemporain. Les incrédules les ont traités d'imposteurs, de visionnaires et de rêveurs, « exactement semblables, dit Voltaire *, « à ces charlatans qui amusent le peuple sur les places « des grandes villes. » C'étaient au moins, d'après eux, des fanatiques ; quand ils croyaient obéir au souffle divin de l'inspiration, ils cédaient à l'enthousiasme factice d'une imagination en délire. — Les rationalistes, en apparence plus respectueux, mais en réalité non moins hostiles, s'étudient à les dépouiller du caractère divin dont ils sont revêtus. Ce sont pour eux des gens plus ou moins adroits, qui ont dû seulement à leur habileté et à l'ignorance de leurs concitoyens l'influence qu'ils ont exercée sur la nation. Si les oracles sont obscurs, ils ne prouvent rien ; s'ils sont clairs, ils ont été faits après coup. Quelques auteurs modernes prétendent les expliquer par je ne sais quelles w surexcitations nerveuses , accompagnées souvent « d'un déploiement remarquable de la sensibilité de « la mémoire, de la lucidité des idées et en particu- « lier de la prévoyance. Le peu d'empire que l'homme « conserve alors sur lui-même a fait penser de bonne « foi qu'il était mù par une puissance divine irrésis- « tible-. n

Hép. — Au fond et comme dernier mot de ces explicalions prétendues scientiliijues du Pro/j/ietisme hébreu, on trouve toujours deux choses : l'impossibilité de prédire surnaturellemunt l'avenir supposée, sans preuve, comme une vérité incontestable, et la négation

' liible expl. Esprit du Judaïsvie, ch. ix.

^ M. Alb. Réville, Revue des Deux Jfonde*, 5 juin 1867, p. 823.

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de l'authenticité de la plus grande partie des oracles divins. On démontre la possibilité des prophéties dans le Traité de ta vraie Religion, et nous prouverons, quand il en sera besoin, l'authenticité de toutes nos prophéties. Nous ferons donc seulement ici quelques réponses générales.

1° Nous dirons aux incrédules : — A. Les Prophètes n'étaient point des gens sans aveu et sans autorité ; ils furent, pour la plupart, aussi respectables par le rang qu'ils tinrent dans le monde que par l'éclat des vertus qui leur concilièrent, à toutes les époques, l'estime, sinon l'amour, des peuples et des rois : Isaïe, issu du sang royal, possédait l'affection d'un monarque ; Ézéchiel appartenait à la race d'Aaron ; Daniel était placé sur les marches du trône. — B. Ils n'ont aucun des caractères qui, toujours et partout, ont distingué les devins imposteurs : leur pouvoir n'était attaché ni à certains lieux, ni à certains jours ; ils ne frappaient point l'imagination par quelque appareil effrayant ou merveilleux ; si leurs oracles sont quelquefois obscurs, ils ne sont jamais équivoques ; et tandis que leurs rivaux ont toujours cherché à retirer de leur imposture honneur et profit, la vie des vrais Prophètes s'est écoulée au milieu des fatigues, des privations et des outrages de toute sorte, parce que, ne demandant rien, ils n'obtenaient rien, et que, fidèles à leur mandat, ils heurtaient sans ménagement, quand il le fallait, les passions de la multitude et des princes. — G. Pleins de confiance dans le Seigneur dont ils étaient les organes, ils en appelaient hardiment à l'événement de la vérité de leurs paroles, et conlirmaient souvent sur l'heure par des prodiges la divinité de leur mission (lll Reg., xiii, 1-7 ; xxii, 2i-29 ; Jérém., xxviir, 9, etc. Voilà ce qui explique comment chacun d'eux, si peu d'années après sa mort, a été vénéré comme un saint, au lieu que leurs adversaires ont été flétris comme des fourbes, et que les écrits des premiers ont seuls trouvé place dans le Canon dés

Écritures. « Les uns, d'abord récompensés parce qu'ils « flattaient, ont été plus tard honnis et oubliés, parce « qu'ils avaient menti ; les autres, haïs vivants parce « qu'ils effrayaient, ont été honorés morts, parce que « leurs oracles s'étaient accomplis et que la véracité « de leurs discours était reconnue*. » Ce ne furent donc point des imposteurs. — D. Enfin on ne peutles accuser de fanatisme. Rien dans leurs écrits ni dans leur conduite ne justifie ce reproche. Tout contribue, au contraire, à en démontrer la fausseté : a) l'unité parfaite de leur doctrine, inexplicable dans l'hypothèse où l'on se place. Malgré les nombreuses diversités de forme, de style, de caractère et de temps, cette doctrine a constamment le même but : l'affermissement du règne de Dieu, la ruine de l'idolâtrie, l'observation de la loi et la pratique de toutes les vertus, b) La sainteté de leur vie ^ : on ne vit jamais d'hommes plus humbles, plus patients et plus purs. Leurs maisons étaient autant d'écoles de vertu et d'abris pour l'innocence. c) Enfin la sublimité de leurs enseignements et la pureté de leur morale. Quelle grandeur ! quelle élévation de sentiments et de pensées dans leurs ouvrages ! Quelle absence de toute déraison ! Quelle poésie noble et soutenue ! Et l'on voudrait que ce fût là l'œuvre de fanatiques, c'est-à-dire d'hommes qui choisissent leurs idées au hasard, les adoptent sans examen et les propagent sans prudence ni jugement ! Et ces hommes se seraient succédé sans interruption pendant plus de six cents ans! C'est absurde.

2" Nous dirons aux rationalistes : — A. Votre système repose sur un faux principe ; la meilleure preuve, la seule môme que vous apportiez est, en effet, tirée de la prétendue impossibilité des miracles et des prophéties, érigée en dogme incontestable, — B. Les Prophètes ne se sont jamais donnés ni pour des sages

> Ccllérier, loc. cit., p. 190.

- Gfr D. Calmet, Dissert, sur les Proph., art. m, n. i.

instruits des secrets de la nature, ni pour des moralistes discutant sur la sagesse, ni pour des publicisles calculant habilement la marche des sociétés. Ce furent exclusivement des hommes religieux ; et toujours ils se sont présentés comme des hoinmesenvoyés de Dieu, inspirés de Dieu, parlant en son nom, n'agissant que par ses ordres, faisant des miracles, prédisant l'avenir. Il n'y a donc pas de milieu : ou ils se sont trompés, ou ils ont menti ; et si, comme nous l'avons vu, ce ne sont ni des imposteurs, ni des fanatiques, ils sont ce qu'ils disent : des messagers divins. Numa et quelques autres ont pu se dire inspirés des dieux ; mais, outre que leurs contemporains n'ont pas été dupes d'une telle prétention, cette prétendue inspiration ne fut jamais chez eux qu'un accessoire perdu dans l'ensemble d'une vie toute politique. Les Prophètes, au contraire, furent avant tout des hommes religieux. Cette imposture, si c'en est une, fut le m.ensonge et le masque de leur vie entière. Ils n'ont été ni des philanthropes, ni des sages : ce furent des charlatans de tous les jours et de misérables jongleurs. Mais qui oserait sérieusement le soutenir '? — C. On parle aujourd'hui « de « sensibilité nerveuse, d'excitation à la fois physique « et morale, d'où a pu découler le phénomène connu « sous le nom de seconde vue. h Quelque nouvelle que soit cette explication, elle n'est pas moins ridicule, (( L'homme pour qui l'avenir n'existe pas encore, dit « M. Le Hir^ ne peut le prévoir que dans ses causes. « Si la cause existe déjà, bien que latente, s'il s'agit « de certains effets physiques qui en dépendent, ce « n'est pas merveille que nous en soyons avertis par « une sensibilité nerveuse plus exquise, à peu près « comme ces animaux qui pressentent l'orage. Je dis « plus. Si l'on veut que l'àme soit plus éveillée, plus

1 Cfr Du Clôt, Bible vengée, loc. cit. ; La Luzerne, Dissert, sur lei Proph., dans le C. C. de Migne, t. XVllI, col. 63-67: CellérJer, loc. cil.

^ Les Proph. d'Israël, n. 1, p. 6,7.

« attentive, plus prompte en ses opérations intellec- « tuelles dans certains états d'excitation physique, « je n'ai pas dinlérêt à le nier. Unie au corps, elle « dépend du cerveau dans ses fonctions les plus délite cates. Mais quand on me parle d'événements futurs, « éloignés, subordonnés à la volonté mobile d'une « multitude d'agents que poussent des intérêts divers, « il est plus clair que le jour que l'impressionnabililé « ne sert de rien pour les prévoir. On invoquerait plus « raisonnablement la profondeur des combinaisons « et les froides réflexions d'un esprit rassis ; et toute- « fois il faut avouer que le cercle des prévisions huée maines est fort étroit, même dans les plus vastes « génies. Aussi, dès qu'on en vient à l'épreuve, en « est-il de la prophétie comme du miracle : on n'ef- « facera pas plus l'une qu'on ne supprimera l'autre. »

ARTICLE II

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