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pect de désolation sous lequel on la voit dépeinte. Aussi saint Jérôme a-t-il rapporté l'oracle à la captivité, qu'Isaïe annoncerait déjà. Les impiétés d'Achaz figuraient aux yeux du prophète celles qui amenèrent la catastrophe, et celle-ci fut le châtiment de toutes les prévarications commises pendant plusieurs siècles. Mais comme la captivité à Babylone ne devait être que le prélude et la figure d'un autre châtiment plus terrible, et que dans cet oracle, il est question du Messie, c'est jusqu'à son temps qu'il convient de porter la vue du prophète.
II. Exposition. — 1° L'oracle peut être divisé en trois points :
a) 2-9. — Reproches adressés au peuple qui abandonne Dieu, description du châtiment et promesse de miséricorde.
h) 10-20. — Le deuxième point comprend aussi des invectives, mais il ajoute que Dieu rejettera un culte qui n"est plus qu'un simulacre de piété, pour y substituer un culte spirituel.
c) 21-31. — Au troisième, la menace prend un caractère de sévérité inexorable, car elle annonce la ruine totale des impies par le feu ; mais en môme temps Dieu prédit qu'il renouvellera entièrement Sion.
2° Les interprètes, môme juifs et hétérodoxes, conviennent volontiers que le troisième point concerne le Messie. C'est le Messie qui doitrendre à Sion sa beauté, rétablir le règne de David, faire refieurir la justice et la paix'. D'autre part, saint Paul citanl le jî'O, qui clôt le premier point, comme une prophétie de la conversion des Juifs au christianisme, indique son rapport avec les temps messianiques. Et comme ces versets sont liés avec toutle contexte, que toutes les parties de ce discours sont unies et se complètent entre elles, on peut conclure qu'Isaïe a principalement eu en vue l'époque du Messie. Aussi regarde-t-on ce chapitre comme une préface oti le prophète expose la pensée 1 Cfr Cornélius à Lapide, in hoc <oco.; Rosenniùller, Sc/to/. in lia.
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dominante de tout son livre, et résume en un tableau les crimes et les malheurs qui signaleront l'existence du peuple jusqu'à sa ruine sociale et sa conversion*. Le péché cause de châtiments ; la miséricorde divine toujours disposée à pardonner, voilà l'objet de son enseignement.
N" II. Fiophétie sur l'Eglise et le peuple juif. (Chap. ii-v).
I. Sujet de toracle. — Il concerne littéralement l'Eglise, figurée par le mont Moriah où était bâti le temple, sa gloire et celle du Messie, à laquelle fait antithèse la désolation du peuple juif.
1° Sion paraît environnée de lumière ; c'est d'elle que part la parole divine, et les peuples y accourent. Dieu établit les nations dans la paix. Mais en regard de ce tableau on voit la race de Jacob rejetée à cause de son affection aux choses de la terre, de son idolâtrie, de ses superstitions et de son orgueil (Chap ii).
2° La réprobation est suivie du châtiment : Jérusalem est livrée à la famine, aux guerres civiles, en punition de ses blasphèmes. Les justes seuls sont épargnés. Dieu châtie dans les chefs du peuple la violence et les exactions, dans les femmes la mollesse et le luxe (Chap. m).
3° Ce jour de désolation pour Jérusalem sera un jour de gloire pour le petit nombre de lidèles qui échapperont à la ruine. A la fin, la cité sainte sera purifiée par la grâce, peuplée de justes et couverte de la protection divine (Chap. iv).
4" A la suite de cet oracle, Isaïe entonne un cantique (Chap. v). C'est sa coutume de résumer ainsi les pensées principales de ses prophéties. Celui-ci est une élégie. 11 reprend, pour la développer, la description des malheurs de Juda. Il ne faut pas être surpris de cette insistance à faire entendre des menaces. Dans l'intention du prophète et de Dieu, un tel langage avait pour but d'amener la conversion du peuple et de dé-
K'fr Le Hir, Ut Prophètes, Isaïe, 1"^ p., ch. i".
tourner des fléaux que l'obstination dans le mal ne rendait que trop certains, a) Le sujet de ce cantique est la parabole de la vigne plantée et cultivée par Dieu (1-6). — b) Puis vjent l'application de la parabole au peuple, le détail de ses prévarications, qui sont l'avarice, l'amour du luxe, l'injustice (7-23). — c) Enfin le cbâtiment, qui sera la destruction des familles, la ruine nationale, l'oppression de la part des étrangers (24-30).
II. Exposition. — 1° Quelques interprètes ont appliqué cette prophétie au temps d'Ezéchias et à la gloire dont Jérusalem fut environnée après la défaite de Sennachérib et des Assyriens ; mais alors même que cette interprétation serait vraie, elle ne saurait être que secondaire, car outre qu'elle ne suffirait pas à justifier le langage du prophète et la force de ses expressions, elle n'expliquerait pas non plus l'opposition qui existe manifestement entre la .splendeur de Sion et la description des crimes et des malheurs du peuple.
2° Le caractère messianique de l'oracle est incontestable.
a) Constamment, dans l'Ecriture, les derniers temps sont entendus de l'âge où le Messie viendra. On peut voir entre autres les témoignages de saint Pierre et de saint Paul (Act., ii, 17; Hebr., i, 1,2). — b) La conversion des nations a toujours été présentée aux patriarches comme un résultat de la venue du Messie. — c) La loi qui de Sion se répandra par le monde est différente delà loi mosaïque; car celle-ci, ayant le centre unique de son culte dans le temple, ne pouvait pas étendre ses prescriptions hors de Jérusalem. Et c'est bien de là que sont partis les apôtres après avoir fondé la première Eglise en cette ville. — d) La paix universelle avait été célébrée par David comme un signe caractéristique des temps messianiques (Cfr Psalm., 71).
3° L'application que Jésus-Christ a faite aux Juifs ses contemporains de la parabole de la vigne confirme
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l'interprétation messianique. La seule différence est que, chez le prophète, Israël est comparé à la vigne tandis que, dans l'Evangile, les Juifs sont présentés comme vignerons: mais cette différence, toute dans la forme, ne change rien à l'idée principale, d'autant que la conclusion est la même, et le châtiment aussi.
On peut observer encore que plusieurs traits du châtiment décrit au chap. ii ont été reproduits par Jésus- Christ et par saint Jean dans le tableau qu'ils ont donné dujugement dernier (Gfr Matth., xxi; Apoc.,vi, i6), et que la ruine de l'idolâtrie est annoncée avec le triomphe de l'ordre divin. Ces choses nous reportent à l'avènement du Messie, qui est le véritable jour du Seigneur, terrible pourles impies, mais consolant pour les justes.
III. Explication. — Chap. ii, v 1-4. Trois propriétés de l'Eglise sont ici décrites : sa lisibilité, son universalité, et la paix qu'elle doit donner au monde. La première et la seconde sont des caractères absolus que les faits ont démontrés. La troisième paraît moins certaine, parce que les guerres n'ont point cessé parmi les peuples chrétiens. Mais on peut dire que l'Eglise porte en son sein tout ce qui peut assurer la paix et l'union entre les hommes, ses lois étant indépendantes de toute organisation politique et fondées sur la charité ; que pour s'établir et se maintenir dans le monde elle n'a pas besoin d'employer les armes temporelles.
V 0-21. Après avoir annoncé la conversion des Gentils, le prophète annonce la conversion des Juifs. Mais auparavant ce peuple passera par un état de désolation extrême, qui aura pour cause son attachement aux choses terrestres, et pour résultat sa ruine temporelle. Cette ruine est décrite sous les mêmes images que celle du monde, parce que c'est toujours la puissance qui s'oppose à Dieu, sous quelque forme qu'elle paraisse.
f. 22 Quiescite ah homine quia excelsiis reputatus
est
Ce verset difficile a été entendu par les uns de Jésus- Christ ou du Messie, et par les autres du roi d'Assyrie, dont les Juifs avaient imploré la protection. Les premiers ont traduit : « Cessez donc et irriter cet homme qui « respire l'air comme les autres^ car il est le Très-Haut ^ ; » et les seconds : « Cessez de ynettre votre appui dans cet « homme dont la vie n'est qu'un souffle, quoiqu'il se re- « garde comme très puissant. » Il y a simplement dans le texte original : « Cessez de mettre votre confiance dates l'homme ; ce nest qu'un souffle, et que peut-ill »
Ch. III. Ce chapitre continue la description de l'état désolé oii sera réduit Juda. Il est particulièrement remarquable par les détails où il entre, et notamment en ce qui concerne les objets de luxe ; on voit à quel point les arts étaient développés chez les Hébreux de cette époque.
Ch. V. Cantabo dilecto meo canticum... — L'usage des cantiques était très goûté des anciens, principalement chez les Orientaux, où on le trouve encore. Les événements de l'histoire, les enseignements philosophiques, les affaires les plus importantes, étaient traités en vers que l'on récitait en chantant. A Athènes on chantait les lois pour les publier.
Isaïe a beaucoup cultivé ce genre de poésie, et l'on peut observer, en le lisant, que ses principaux oracles sont terminés par un cantique qui sert de conclusion à chaque groupe.
Deux versets seulement de celui-ci ont besoin d'une explication :
> lA.Dilatavitinfernus animam suam. — Cette locution est assez familière aux Ecritures (Cfr Prov., i, 12; ix, 18; Job, X, 21 ; Isa., xxxviir, 10; Habac, ii, 5). L'idée générale qu'elle exprime est colle d'une mort hâtive, affreuse. Mais à cette idée se joint celle d'une perte irréparable. Infernus signifie également Sépulcre et
1 Origène, saint Jérôme, etc.
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Enfer, c'est-à-dire un lieu d'oii l'on ne revient pas, et il est ordinairement pris en mauvaise part. Ceux qui tombent en enfer périssent pour jamais, tandis que ceux qui sont dits simplement mo/o"j> conservent une espérance de retour ;\ la vie. Ainsi c'est la croyance à la résurrection qui a fixé l'idée attribuée à ce mot.
y 17. — Pascenlur agni juxtà ordinem suum, et déserta in ubertatem versa adveme cnmedent.
Ce passage obscur peut ôtre traduit : « Et là [dans « ces lieux que vous habitez) paîtront en paix des agneaux « {c'est-à-dire les petits et les pauvres) ; et des étrangers « jouiront de ces champs abandonnés qu'ils auront « fertilisés... »
Ce verset renfermerait une prophétie de ce qui devait arriver 200 ans plus tard, quand Nabuchodonosor, après s'être emparé deJérusalem et avoiremmené à Babylone les principaux d'entre les Juifs, ne laissa en Judée que les pauvres et le petit peuple. D'autres y ont vu une prédiction de la conversion des Gentils, que, de préférence aux Juifs, Dieu devait mettre un jour en possession des riches pâturages de son Eglise.
L'hébreu exprime seulement l'état de pauvreté et de misère où les Juifs seraient réduits lorsqu'ils auraient été conduits en exil : « Les agneaux paîtront tranquil- « lement dans leurs pâturages, tandis que lés Juifs, « transportés dans une terre étrangère, n'auront à (( manger que les restes des veaux gras. »
N" IIL Inauguration d'isaie au ministère 'prophétique, (vi).
Ce chapitre comprend deux sujets :
1° Une vision où le Verbe incarné est montré dans sa gloire ^ (v 1-8). Le mystère de la Trinité est aussi indiqué soit par le trisaf/ion des séraphins, soit par le mélange du pluriel avec le singulier.
2° La mission du Prophète (v 0-13). Deux pensées la
' Cfr JiMii., XII, 11.
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résument ; et ces deux pensées sont elles-mêmes le résumé et comme l'abrégé de tout le livre.
La première est une menace et une prédiction d'endurcissement (y 9 et 10). Pour faire cesser cet endurcissement, il faudra que les plus grands malheurs viennent fondre sur les Juifs (t 11 et 12).
Des hérétiques ont conclu de la manière dont ces menaces sont formulées que Dieu voulait endurcir directement son peuple, et craignait de le voir se convertir. C'est une erreur : il n'y a point de pécheurs si obstinés dans le mal dont Dieu ne veuille sincèrement le retour et auxquels il n'accorde ou ne prépare des grâces suffisantes de salut. L'Ecriture dit quelquefois qu'il veut leur aveuglement, mais c'est parce qu'ils l'ont voulu les premiers en s'attachant à la créature. Sans tarir la source de ses dons, sans retirer sa grâce aux pécheurs, Dieu en diminue cependant la force en punition de leur infidélité ; et parce qu'il prévoit que, en ne profitant pas du peu qu'il leur laisse, ils iront d'abîme en abîme jusqu'à l'aveuglement et à l'endurcissement final, on dit qu'il les aveugle. L'Ecriture met souvent dans la bouche de Dieu des paroles semblables. — On a aussi remarqué que, pour exprimer les deux idées, de peur que et en sorte que, les Hébreux ont une seule formule, dont le sens est déterminé par les circonstances. On l'aurait mieux rendue ici par : i'.a ut non, que par : ne forte. Le sens est donc : « Endurcis « le cœur de cette nation, appesantis ses oreilles, « obscurcis ses yeux, en sorte que ses yeux ne voient « point, que ses oreilles n'entendent pas, que son « cœur ne comprenne plus, et qu'elle ne se conver- « tisse ni ne guérisse. »
La seconde pensée est une pensée de consolation et d'espérance : « Dieu pourra décimer encore celte na- « lion, mais elle reviendra au Seigneur ; et dans sa « splendeur elle sera comme le térébinlhe ou le chûne « qui étend au loin ses branches. Ce qui restera d'elle « sera une semence sainte, ou mieux peut-être, une se-
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« mence de sainteté {y 13). » L'hébreu porte : « Qu'il en « reste seulement encore un dixième et qu'ils revien- « nent, ils seront détruits comme les premiers, Sem- « blable cependant à un térébinthe et à un chêne mu- « tilé, mais dont le tronc est demeuré debout, la lige « de ce peuple infortuné sera un germe de sainteté. » De l'aveu de Rosenmiiller et deDœderlein, ce germe est le Messie.
Prophéties relatives au régne d'Achaz. (vu-xii.)
On a appelé ces chapitres le livre d'Emmanuel, parce que ce mot en résume la substance, et que le Messie est comme le centre auquel tout se rattache. C'est une série d'oracles distincts et néanmoins liés entre eux. Pour les étudier, nous les diviserons en deux parties, de concert avec les interprètes. La première (vii-ix, 7) est particulièrement relative au royaume de Juda et annonce la naissance du Messie ; la seconde (ix, 8-xn) prédit la ruine des ennemis de Juda et les bienfaits qu'apportera ce Messie.
No I. Première partie de la prophétie, (vii-ix, 7)
L Sujet. — 1° Cette partie comprend quatre choses : a) Le récit d'un événement qui a donné occasion à la prophétie ; b) la promesse du Messie et la révélation de sa naissance virginale, sujet principal de l'oracle, autour duquel les autres faits viennent se grouper pour le mettre en lumière ; puis l'annonce du châtiment que subiront les ennemis de Juda et Juda luimême ; c) la production d'un autre signe temporel qui garantit la certitude de cette menace, et la description des ravages exercés en Juda par les Assyriens, sujet accessoire, mais inséparable de l'oracle ; d) euQu la naissance du Messie et son règne.
2° Pour voir les rapports que ces divers sujets ont entre eux, il est nécessaire de se rappeler qu'Achaz, roi de Juda, dans le péril qui menaçait sa couronne,
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avait appelé le roi d'Assyrie au lieu d'implorer le secours divin. Une telle conduite était trop injurieuse au Seigneur, unique et puissant protecteur d'Israël, pour n'être point punie. C'est pourquoi le prophète, tout en promettant la délivrance, annonce une désolation dont les auteurs seront les Assyriens mêmes. On doit observer encore que ces promesses et ces menaces, rapportées ici en un même récit, ont été proférées en plusieurs fois et à certains intervalles de temps. A cause de cela, elles sont un peu mêlées et répètent les mêmes pensées ; l'unité de sujet les assemble phitôt que l'ordre et la suite du discours. Il faut remarquer encore qu'ici comme ailleurs la venue du Messie est invariablement précédée d'une époque de misère profonde qui lui sert en quelque sorte de préparation.
II. Exposition de chaque sujet. — 1° Circonstances histoinques (i-9, : Le discours prophétique commence parle récit abrégé d'un événement où la famille royale de David courut un péril extrême. Les deux rois d'Israël et de Syrie, ligués ensemble, avaient déclaré la guerre à Juda, ravagé une partie de son territoire et réduit en captivité 200,000 personnes. Leurs armées menaçaient Jérusalem et leurs projets ne tendaient à rien moins qu'à détrôner Achaz, à prononcer la déchéance de sa race pour lui substituer une dynastie étrangère. Achaz, en attendant les secours demandés au roi d'Assyrie, avisait aux moyens de soutenir les premières attaques d'un siège, lorsque Dieu lui envoya Isaïe accompagné de son jeune fils pour lui déclarer qu'il n'eût rien à craindre pour lui-même, que ses ennemis ne réussiraient pas, et môme que le royaume d'Israël serait détruit mvîiXii soixante-cinq ans'.
1 Cfr IV Rug., XVI ; Il Parai., xxviii. Les interprètes sont embarrassés pour concilier les récits de ces deux livres; les uns veulent que les lois alliés aient envahi deux fois le royaume de Juda et rapportent la prophétie, tantôt à la première invasion, tantôt à la seconde ; d'autres pensent qu'il n'y eut qu'une seule invasion,
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2" Promesse du Messie {I0-2o) : Isaïe proposa au roi de prouver la vérité de sa prophétie par un miracle ; sur le refus injurieux du roi, il déclara que Dieu ne laisserait pas d'accomplir sa parole, et il en donna pour preuve la promesse du Messie, en y ajoutant les circonstances particulières et caractéristiques d'une naissance virginale et d'un nom qui indiquait une double nature, divine et humaine.
A. Quelques observations sur les circonstances de cette promesse seront utiles pour montrer qu'il s'agit bien du iMessie. — a) Le péril qui menaçait Achaz mettait en cause les promesses divines faites à Juda et à David, puisque les ennemis avaient résolu d'anéantir la famille royale et d'instituer un roi étranger à la nation. Or comme ces promesses concernaient le Messie, Dieu, en les réitérant donnait une assurance formelle de conserver la famille royale. Par où l'on voit que la prophétie était parfaitement adaptée à la situation. — ù) Le Seigneur, au lieu d'un miracle opéré sur la nature et dont Achaz ne voulait pas, en proposa un de son choix, qui dépendait uniquement de sa miséricorde et de sa puissance, sans aucun égard au mérite des hommes, et qui serait le gage authentique de sa fidélité et de sa protection. Tous ces caractères ne conviennent- ils pas à la promesse du Messie? — c) L'étrange nouveauté de ce prodige, le caractère absolument surnaturel d'une naissance virginale, l'analogie de cette promesse avec celle qu'entendit .\dam après son péché, ne permettent pas de douter qu'il s'agit du Rédempteur. — d) On peut en dire autant du nom û." Emmanuel, car les noms dans l'Ecriture, surtout ceux que Dieu impose, étant les expressions exactes de la nature et des propriétés personnelles, il faut conclure que le fils de la Vierge devait avoir ensemble la nature divine avec la nature humaine. En
commencée avec succès et terminée par un échec. Nous avons suivi leur exposition parce qu'elle est pins simple. Cfr Le Hir, les PropUélcs, p. 58 et suiv.
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outre, Isaïe, dans la suite de son discours, lui attribue la terre d'Israël comme apanage, il voit en lui le chef du peuple, c'est à cause de lui que le salut viendra. Or ces choses, dans l'esprit d'un Israélite ne convenaient qu'au Messie.
B. — A la promesse du Messie Isaïe ajouta la prédiclion des maux que les deux ennemis de Juda éprouveraient bientôt; il annonça aussi que Juda lui-même serait ravagé par les armées d'Egypte et d'Assyrie. La liaison de cette menace avec la promesse d'Emmanuel est difficile à saisir, d'autant que l'histoire ne mentionne aucune guerre soit avec les Égyptiens, soit avec les Assyriens, durant le règne d'Achaz. Peut-être Isaïe n'a-t-il pas voulu présenter ce malheur comme une confirmation de sa prophétie, qui était suffisamment garantie par l'oracle contre Israël et la Syrie, et il le prédit seulement par association d'idées, à cause de la similitude des choses et parce que Juda méritait d'être châtié. Toutefois on peut dire que cette prédiction s'unit à l'ensemble du discours parce que î'incrédulilé envers Dieu et sa promesse fut la première cause du châtiment, et que l'événement servit à rendre plus éclatante la protection d'Emmanuel, ainsi qu'on le voit au chap. viii. En outre, la menace eut son accomplissement dans les invasions de Sennachérib et de Néchao ; la génération contemporaine d'Isaïe put voir la première, et la génération suivante vit la seconde.
C. — Reste à expliquer la présence du fils d'Isaïe à cette scène. Cet enfant portait un nom symbolique, reliquiœ convertentur^ pour signifier qu'une partie du peuple serait sauvée, et c'est de lui, au jugement de bons interprètes, qu'Isaïe aurait dit au y IG: « Avant « que cet enfant sache discerner le bien du mal, vos « ennemis seront ruinés.» Séor-Yasnb figurait Emmanuel par sa présence et par son nom qui exprimait l'idée de salut; il servait aussi, par sa présence, de garantie à la promesse du châtiment réservé aux ennemis, et arrivé deux ans après.
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3" Confirmalion, par figure, de la prophétie {ch. viii). A. — Ce chapitre comprend deux choses : — a) La naissance d'un entant qui est ligure d'Emmanuel et vient pour confirmer la promesse. A cause de cela, un nom symbolique lui est donné: Accéléra spolia detrakere, signe d'une prompte victoire, et avant qu'il sache parler, la Syrie et Israël seront désolés. Sa mère est aussi appelée pi'op/iétesse, parce qu'elle figure la mère d'Emmanuel. — b) Nouvelle annonce et description des maux que les Assyriens causeront à Israël et à Juda. Elle se rattache à tout l'oracle par deux liens : d'abord parce qu'elle a pour sujet un événement que nous avons vu plus haut compris dans la mission du prophète; ensuite parce que le nom d'Emmanuel reparaît ici, et que cet enfant est présenté comme le maître de la terre, la sauvegarde du peuple, qui permet bien aux ennemis de le châtier, mais non de le détruire; enfin il sera lui-môme, pour les siens, occasion tout à la fois de sanctification, de scandale et de ruine. Ajoutons qu'aux v 17, 18, Isaïe annonce l'aveuglement des Juifs et se présente, lui et ses enfants, comme un signe destiné à empocher ce malheur, mais sans succès. Saint Paul a entendu cela de Jésus-Christ et de ses disciples, figurés par le prophète et ses fils envoyés d'abord au peuple de Dieu (Hebr. , ii, 13).
B. — Avant de quitter ce sujet, nous devons avouer que notre exposition est conforme à celle des interprètes modernes, môme catholiques, et fondée sur le principe du double sens littéral, mais quelle diffère des interprétations reçues chez les anciens Pères, notamment chez saint Jérôme. Le fond de ces explications consiste à dire qu'il n'est question en toute cette prophétie que d'un seul personnage, Emmanuel, sujet unique de tout le discours, fils de la Vierge, objet, de la promesse et siijne de délivrance, à qui tout se rapporte selon le sens littéral. «) C'est lui dont il est dit : Antcquam sciât puer reprobare maiutu et eligere bonum dvrelinquetur terra (vu, 14). L'intervalle des sept siècles
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qui devaient s'écouler entre l'annonce de la délivrance et l'apparition de son signe, et même l'accomplissement anticipé de cette promesse, n'empêchait pas de présenter Emmanuel comme le signe authentique de sa véracité, puisque lui-même en était la cause et la fin, et qu'à son tour la libération confirmerait la promesse de sa naissance. Une telle association d'événements éloignés, mais unis par des relations surnaturelles, a toujours été dans l'esprit des prophéties. — b) C'est encore Emmanuel dont la naissance est annoncée et décrite au chap. viii, où il reçoit le titre : Accéléra spolia detrahere, pour signifier sa qualité de vainqueur et de conquérant. Selon ce même sens, la prophétesse est la vierge mère d'Emmanuel, rendue visible en esprit à Isaïe, et celui-ci se présente à elle, en vision, pour signaler le message que l'ange Gabriel remplira plus tard. Cette interprétation est digne de tout respect, à cause des autorités qui la patronnent, et s'il est loisible de s'en écarter, du moins ne saurait-on la rejeter absolument.
4° Complément de la prophétie (ch. ix, 1-7). — Au tableau de la désolation Isaïe oppose celui de la gloire qu'apportera la venue d'Emmanuel. C'est parla que se termine la première partie de son discours prophétique, et l'on y voit le dessein providentiel des maux infligés à la terre d'Israël et de Juda : l'apparition de l'enfant promis et les bienfaits de son règne n'ont été que plus éclatants.
Plusieurs considérations montrent la relation de ce récit avec ce qui précède, et son caractère messianique : a) L'expression novissimo tempore (y 1) qui, dans le langage des prophètes, indique constamment les temps du Messie (Gfr ch. ii) ; h) La citation du y 2 par saint Matthieu, qui voit l'accomplissement de cette parole dans les prédications de Jésus-Christ en Galilée (iv, 14-16); c) Le rapport intime qu'Isaïe établit entre cette délivrance de Juda et d'Israël et la naissance d'Emmanuel. Car c'est bien la môme terre dont il a
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plus haut décrit les malheurs et qu'il appelait terre d'Emmanuel, qu'il voit glorieuse à la fin des temps, et l'enfant dont la naissance est le principe de cette gloire est le même qu'Emmanuel ; autrement le discours n'aurait plus de suite ni de sens, d) Enfin les titres décernés à cet enfant ne conviennent qu'au Messie, notamment ceux de Dieu, Fort, Prince de la paix, Ph'e du siècle à venir, sous lesquels le Messie est désigné dans les autres parties de TEcriture.
III. Explications. — vu, 8 et 9. — Caput Syrix Damascus et caput Damasci Rasin ; et adhuc sexaginta et quinque anni, et desinet Ephraim esse populus. Et caput Ephraim
1° Le prophète veut rassurer Achaz. C'est pour cela qu'il lui dit que, malgré les projets ambitieux de ses ennemis, qui ont juré de détruire le royaume de Juda et d'y placer un roi de leur choix, rien de ce qu'ils ont projeté ne se fera, qu'ils n'agrandiront point leur empire, qu'ils n'accroîtront point leur puissance et que môme leurs royaumes seront bientôt détruits. En prédisant la ruine prochaine d'Éphraïm {^ 8), il prédit aussi celle du royaume de Syrie. Il ne l'exprime pas, mais il la sous-entend; le parallélisme la suppose.
2° A partir de quelle époque faut-il commencer à compter les 65 ans dont il est question?
a) Il y a sur ce point un grand nombre d'opinions. Suivant les uns, ces Oo ans dateraient de la prédiction que le prophète Amos, M ans auparavant, avait faite sur le môme sujet (Am., v, 27 ; vu, 11). Isaïe ne ferait que la rappeler. Ces 44 ans, ajoutés aux 21 que dura encore le royaume d'Israël, détruit par Salmanassar, font en effet 05 ans. Mais cotte explication ne s'accorde ni avec le texte, où il n'est point question d'Amos, ni avec les paroles d'Isaïe : dans encore Gîi ans, expression qui ne permet pas de faire remonter avant Isaïe la date de la prophétie.
b) Des auteurs modernes, voulant échapper à ces
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difficultés, reculent l'entière destruction du royaume d'Israël jusqu'à Assarhaddon, fils de Sennachérib. Salmanasar, disent-ils, avait, il est vrai, emmené en Assyrie les dix tribus d'Israël ; mais le royaume de Samarie ne fut complètement détruit que lorsque Assarhaddon, 63 ans après la prédiction d'Isaïe, y eut envoyé de nouveaux habitants venus de Babylone, d'Ava, de Cutha et autres lieux (IV Reg., xvii, 24). Ce sentiment n'est pas certain. Le plus sage parti est d'avouer notre ignorance et de reconnaître que nous n'avons pas les données nécessaires pour la solution du problème.
L'obscurité du passage est du reste une preuve, sinon de l'authenticité, du moins de l'ancienneté de l'oracle : un écrivain postérieur ne l'aurait pas rendu aussi difficile à entendre '.
7 14. — DaOit Dominus ipse vobis signum. Ecce Virgo concipiet et pariet filium, et vocabitnrnomen ejus Emmanuel.
\° Virgo. — Le mot hébreu ahnah ne signifie pas littéralement l'état de virginité, et dans l'Écriture il n'est pas toujours traduit comme ici. L'idée qu'il exprime est plutôt celle de puella abscondita, personne dans l'adolescence, qui n'est point sortie de la demeure paternelle et dont la vertu est réputée intacte. On l'oppose aux mots mulier, filia vaga qui désignent une personne engagée dans le mariage ou qui a perdu sa réputation de vierge. Le sens de la prophétie est donc que la mère dEmraanuel ne perdra pas pour cela son titre de Jeune fille, et c'est là un signe tout divin, inouï, gage de la protection providentielle, car jamais on n'aurait imaginé qu'une jeune fille pût unir la réputation de vierge à la maternité. Il résulte de là que cette mère conservera effectivement sa qualité de vierge et que les Septante ainsi que la Vulgate ont exac-
* Voyez Cornélius à Lapide, Comm. in k. loc; Rossenmiilier, Sckol. in Isa., p. 113-117; et H. Bodin, les Liores prophi'l^, t. I, p. 38, note 2.
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temcnt traduit almah par vit-fjo, nufOivoç. Cette vierge était d'ailleurs célèbre chez les Juifs, même au temps d'ibuïe (CCr. Gen., m, 1; Micli., v, "2, 3); en rappelant sou souvenir et sa maternité, le Prophète donnait à la maison de David un signe capable de la rassurer {signum fidèle, Trio-rr/ov), puisque c'était lui dire que sa conservation était dans les desseins de Dieu.
2° Vocabitur nomen ejus Emmanuel. — Il sera reconnu publiquement Dieu avec nous, et ce titre lui sera donné en un sens véritable, car c'est un signe dont Dieu sera l'auteur, un fait public, extraordinaire et incontestable. C'est donc l'alfirmalion de la double nature divine et humaine chez le fils de la Vierge, ainsi que l'ange Gabriel le déclara à saint Joseph (Cfr Matth., i).
IX, y 1. — Primo lempore alleoiata est terra Zabulon et terra Nephthali; et novissime agyravuta est via maris trans Jordanem, Galilœœ gentium.
Saint Matthieu (iv, 13-15) a appliqué ce verset à Notre-Seigneur. En voici le sens : « Autrefois la terre « de Zabulon et celle de Nephthali ont été méprisées « (mot à mot : estimées légères et de peu d'importance, « alleviata) ; mais à la fin des temps, elles seront com- « blées d'honneur {agifvavata, mot à mot : accablées), « sur le bord de la mer (le lac de Génésareth), au delà
du Jourdain, dans la Galilée des nations. »
Cette prophétie s'accomplit à la lettre lorsque Jésus- Christ commença à annoncer l'Évangile sur les bords du lac de Génésareth.
V 0. Deux expressions de ce verset méritent d'être expliquées :
a) Factus est princi^atus ejus super humerum ejus. — Cette image est familière pour marquer l'exercice du gouvernement. Mais elle a été littéralement réalisée en Jésus-Christ qui a, ditTertullien, inauguré un nouveau mode de règne en choisissant la croix pour instrument et en la portant lui-même.
b) l^'iter futuri sœculi. — Les rationalistes, après les rabbins, traduisent : Pi-re du butin. Mais outre (ju'au-
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cune raison de philologie n'autorise cette traduction, il est impossible de la faire accorder avec la magnificence des autres attributs.
c) L'édition vaticane des Septante ne porte aucun de ces attributs, mais appelle seulement l'enfant nouveau-né Ange du grand conseil, qui est un titre messianique; mais on les lit ^oms dans l'édition grecque Alexmidrine.
N" IL Deuxième partie de la prophétie (ix, S-xn).
I. Cette seconde partie n'est que le développement de la première , mais com.posé en un autre temps. On y trouve les mêmes sujets, les mêmes pensées, les mêmes descriptions. Isaïe prédit la désolation d'Israël, le châtiment des Assyriens et montre la fin de ces maux dans le règne du Messie, dont il célèbre de nouveau la splendeur.
II. Exposition. Tout peut être rapporté à trois chefs : 1° Oracle contre le royaume des dix tribus, oii sont racontés ses dissensions, ses injustices et son châtiment (ix, 7-x, 4). C'est une sorte de cantique, divisé en quatre strophes régulières, comprenant chacune ^«^a^reversets terminés par un refrain. Cette clause : In his omnibus non est aversus furor ejus, sed adhuc mamis ej'us extenta, marque la rigueur de la punition, qui sera extrême.
2° Chatimeyit et ruine de l'empire asst/rien (x, 5-34). Isaïe annonce en particulier l'invasion de Sennachérib, dont il décrit la marche soudainement arrêtée devant Jérusalem. Il montre dans l'armée ennemie le fléau suscité pour frapper Israël et Juda, et puis brisé, lorsque sa mission est remplie, à cause de ses iniquités. C'est pour cela qu'à la description des ravages exercés sur le sol de la Palestine on voit unie une promesse de protection sur le peuple juif, qui sera conservé et converti. Cette promesse est encadrée dans le récit de l'invasion assyrienne.
3° Règne du Messie (xi, xii). a)La délivrance temporelle du peuple juif lui rappelle l'autre délivrance plus excel-
ÉTUDE LITTÉRALE d'iSAIE 199
lente et plus durable que procurera le règne d'Emmanuel. Trois choses signaleront ce règne: la. puissance du Messie, qui se manifestera par son plus haut exercice, la justice parfaite, principalement envers les pauvres (xi, 1-5) ; la paix universelle et perpétuelle, qui sera le fruit de la justice (,G-9); la conversion des nations qui honoreront la mort du xMessie, et celle d'Israël qui viendra ensuite (10-16).
b) A la vue de ces merveilles, le prophète clôt son oracle par un cantique oij il célèbre les miséricordes du Sauveur (xii).
4° Liaison de cette partie avec la précédente. Elle n'est pas rendue sensible par l'ordre du discours, puisque ces derniers récits ont été composés en d'autres temps ; mais on la reconnaît à la similitude des sujets et des pensées. Deux choses contribuent à la manifester : a) L'annonce delà miséricorde divine envers les Juifs, marquée au chapitre x, 20-23. Car on y voit reparaître le nom de l'enfant d'Isaïe, figure d'Emmanuel et symbole de celte miséricorde, reliquiœ convertentur (x, 21): et saint Paul a cité ces versets comme prophétie de la conversion future du peuple (Cfr Rom., ix, 27, 28). — h) La belle description du règne messianique au chapitre xi montre bien qu'Isaïe n'a point perdu de vue son sujet, car elle n'est que le développement de ce qui a été dit en quelques mots au commencement du chapitre IX. Le rejeton de Jessé est bien le môme personnage qui a été promis à la famille de David et qui s'assiéra sur le trône de son aïeul ; la merveille de sa naissance virginale est aussi sensiblement symbolisée par la fleur qui s'épanouit d'elle-même, sans le concours d'aucune puissance étrangère; enfin la plénitude du Saint-Esprit qu'il possédera, la rectitude et la vertu de ses jugements, la paix dont jouiront ses sujets, tout cela indique celui qui a été appelé Conseiller, Dieu fort, Prince de la paix.
IIL Explications. — Nous les bornerons aux chapitres XI et XII.
1° chap. XI, t 1. Virga^ flos... Dans la tige la tradition des Pères a vu la sainte Vierge, et dans la fleur Jésus-Christ. La virginité de cette naissance est indiquée par l'image elle-même et par l'idée de cette racine cachée en terre d'où elle surgit. Fleur est la traduction de l'hébreu netser : ce mot a probablement servi de fondement au titre de Nazaréen que saint Matthieu donne à Jésus-Christ et dont le séjour à Nazareth fut l'occasion providentielle (ri, 23).
y. 2. Requiescet super eum spiritus Domini. Il possédera l'esprit de Dieu comme un bien approprié à sa personne et avec plénitude. C'est l'indice de la divinité du Messie. Saint Paul a développé cette pensée en ses Épîtres (Cfr Coloss., ii, 3, 9).
y 4. Les pauvres seront l'objet d'une prédilection singulière. A cette faveur est opposé le châtiment de l'impie que l'Écriture représente souvent comme l'oppresseur du pauvre. Jésus-Christ a fait allusion à cette prédiction quand il a proposé l'évangélisation des pauvres comme signe caractéristique de sa mission (Cfr Matth.,xi, 5).
y. 6-9. Quelques anciens Pères ont entendu littéralement ces versets de la restauration des choses dans l'ordre primitif, antérieur à la chute originelle, durant le règne de mille ans. Mais qui connaît le style et la manière des Ecritures ne voit là qu'une métaphore employée pour rendre sensible l'idée de la paix que le Messie devait apporter, et pour indiquer l'union de tous les peuples, même les plus barbares, par la douceur de l'Évangile.
V 10-12. Ces versets sont une prophélie du mystère de la Croix, et la suite des siècles l'a vérifiée par les honneurs rendus à la Passion de Jésus-Christ et à son tombeau. Jésus-Christ se l'est appliquée lorsqu'il a dit : Si exallatus fuero à terra omnia traham ad meipsum (Jean., xii, 32). On voit aussi dans ces versets les nations appelées d'abord et ralliées à Jésus-Christ, et, après elles, les restes d'Israël réconciliés.
ÉTUDB LITTÉRALE d'iSAIE 201
2° ch. XII. Ce chapitre, tout entier messianique, ainsi que le précédent, présente une particularité remarquable au t 3 : IJaurietis aquas in gaudio de fontihas salvatoris. C'est tout à la fois une allusion au rocher d'où Moïse fit jaillir des eaux abondantes, une image qui symbolise la grâce que le Messie répandra, et une prophétie voilée des plaies par lesquelles Jésus-Christ a voulu rendre sensible l'effusion de cette grâce. Luimême a souvent employé une figure semblable i^Cfr Joan., IV, 14 ; vu, 38 ; 1 Cor., x, 4).
Les dix visions (xiu-xxvii)
On appelle ainsi une série d'oracles qui concernent les peuples voisins de Juda et, pour la plupart, en inimitié avec lui. La date est rapportée au commencement du règne d'Ézéchias, et d'ailleurs ces prophéties se placent bien à la suite des oracles messianiques pour montrer dans le Messie celui qui châtie les impies, et le Dieu des nations.
N* I Prophétie contre Babybne (xui, xiv)
l. Exposition. — Cet oracle, dont la majestueuse beauté a excité l'admiration universelle, comprend deux sujets : la ruine de Babylone et la chute de son roi.
1° Ruine de Babylone (xiii). — A. Tout ce chapitre est employé à la décrire. L'armée ennemie se forme, des peuples barbares viennent grossir ses rangs et elle se précipite sur la ville. Les Babyloniens saisis de frayeur et consternés ne savent plus se défendre, le désespoir s'empare de leur cœur, l'empire est renversé. Le soldat vainqueur égorge tout ce qu'il rencontre; Babylone, si fière de sa grandeur et de son opulence, n'offre plus que la lugubre image d'un pays dévasté. Son malheur est extrême, sa ruine totale est irréparable.
B. Pour compléter les détails de cet oracle, il sera
bon d'adjoindre à son étude celle de deux autres prophéties qui ont le même sujet, a) L'une est au chapitre XXII, 1-10, où Isaïe a réitéré sa menace contre la cité maudite, qu'il appelle désert de la mer à cause de sa position entre deux grands fleuves, dans une vaste plaine coupée par d'innombrables canaux. Il y mentionne expressément le festin royal et la nuit terrible durant lesquels Babylone fut prise.
ô) L'autre oracle est celui de Jérémie, aux chap. l, li. Ce prophète a longuement traité son sujet et décrit avec le style abondant qui le caractérise, les injustices de Babylone, les maux donl. cette ville a accablé le peuple juif, la grandeur de sa ruine. Il représente aussi les nations du Nord coalisées par ordre de Dieu pour infliger à Babylone les mêmes injures qu'elle a fait soufi"rir aux autres et la précipiter avec ses idoles pour toujours.
2° Chute du roi de Babylone (xiv, 1-27). — C'est un chant élégiaque qu' Isaïe met sur les lèvres des Juifs délivrés. Il décrit refl"roi de la terre à la vue d'un tel désastre, l'enfer ému lui-môme et les victimes qu'il renferme se levant pour venir au-devant du monarque déchu et insulter à son humiliation. Celle-ci est d'autant plus profonde que l'impie prétendait s'élever plus haut; son cadavre n'aura pas même les -honneurs de la sépulture, mais sera ignominieusement jeté comme un tronc inutile.
II. Explications. — Aujugementde saint Jérôme, autant celte prophétie est claire et saisissante lorsqu'on la considère en son ensemble, autant elle présente de difficultés quand on l'étudié en détail pour l'interpréter. Plusieurs de ces difficultés pourront être expliquées par les principes du symbolisme spirituel et du double sens littéral; quelques-unes môme le seront par certaines idées mythiques rerues chez les Orientaux. Aux yeux du prophète, Babylone symbolisait l'empire du mal, ennemi absolu de Dieu voué à toute la rigueur des vengeances célestes. C'est pourquoi la description
ÉTUDE LITTÉRALE d'iSAIE 203
du châtiment comporte des images qui s'ajustent imparfaitement au premier objet, mais trouveront leur pleine réalisation dans un autre événement plus grand, dont le premier était la Ogure et que le prophète voyait du même regard.
En voici quelques exemples.
Chap. XIII, y 9-13. La nature entière paraît bouleversée, les astres sont dérangés de leur route, les ténèbres occupent le ciel et la terre. Jésus-Christ a employé la môme image pour décrire la ruine de Jérusalem et du monde (Matth., xxiv, 29). Le désastre de Babylone en devait donc être une représentation anticipée. Il faut dire toutefois qu'il y avait aussi une application particulière aux Chaldéens, très versés dans la connaissance des astres et dans la divination, mais à qui cette science ne devait servir de rien.
■5*^ 19-22. Les dragons, les velus et les sirènes rappellent les faunes et les satyres de la mythologie. Les Juifs voyaient en ces monstres les formes sensibles des démons. Les Septante ont traduit par le mot môme rf«'mons, et saint Jérôme ne rejette pas cette interprétation (Cfr xxxiv, 14). C'est une vive image qui indique l'abandon le plus complet, le châtiment sans miséricorde. Observons aussi le saisissant contraste marqué dans les derniers mots : Sù'enes in delubris voluptatis.
2" Chap. XIV. Ce chant de triomphe est admirable surtout par la hardiesse des figures. Nous en citerons quelques-unes : y 9. Prosopopée de l'enfer qui s'émeut et envoie les géants au-devant du roi humilié. 11 y a ici double allusion : à l'invisible demeure des morts, croyance constante chez les Hébreux; et à l'histoire des géants qui désolèrent la terre dans la période des premier? patriarches et furent la cause morale du déluge. Le roi de Babylone partagera leur sort, parce qu'il aura imité leurs crimes.
y 12-14. Ici la pensée du prophète s'élève encore, jusqu'au souvenir de la première révolte dont le ciel l'ut le théâtre. Ue mêiae que l'empire de Babylone
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représentait à ses yeux la puissance ennemie de Dieu, ainsi le roi était la figure de Satan. C'est pourquoi il assimile la conduite de ce roi et sa chute à celle de l'ange rebelle. Deux figures entre autres caractérisent cette révolte : a) Sedebo in monte Testamenti. La montagne de l'Alliance désigne, au sentiment des interprètes modernes, les lieux élevés et inabordables des régions de l'Arménie et de l'Himalaya, où les croyances orientales plaçaient le séjour des dieux. — b) In lateribus aquilonis; littéralement : dans les parties les plus secrètes de l'aquilon, le pôle où se trouvait la résidence du Dieu suprême, et d'où part le mouvement universel. Les anciens commentateurs ont exposé cette image plus simplement; ils l'entendaient du temple, bâti sur le mont Sion, vrai mont de l'alliance et séjour de Dieu parmi son peuple, appelé latera aquilonis à cause de sa situation, dans le psaume 47, ^2. Quoi qu'il en soit, l'idée est la même : l'orgueil qui s'égale à Dieu.
III. Divinité de cet oracle. — La critique rationaliste refuse de reconnaître Isaïe pour auteur de cette prophétie qu'elle attribue à un poète quelconque postérieur à la captivité. (Gfr Rosenmùller, Schol. in Isai.) C'est une question d'authenticité résolue par les preuves ordinaires de tradition et d'examen. Mais les motifs allégués par les rationalistes pour rejeter cet oracle sont ceux mêmes qui prouvent sa divinité.
1° Isaïe parle de Babylone comme d'une cité puissante, alors que de son temps cette ville était humble vassale de Ninive ; de même il nomme les Mèdes et voit en eux les principaux auteurs de la ruine annoncée , tandis que de son temps ce peuple ne formait pas encore une puissance indépendante ; enfin il suppose les Juifs captifs à Babylone et délivrés par ce désastre. Or toute cela prouve qu'en prononçant sou oracle, celui-ci se plaçait, non à l'époque réelle de son existence, mais à celle que Dieu lui révélait et qui était pour lui son \ rai présent prophétique. Loin d'atténuer l'authenticité
ÉTUDE LITTÉRALE d'iSAIE 205
de l'oracle, ces considérations démontrent la clairvoyance divine du prophète.
2° Ajoutons que les faits ont complètement justifié la prophétie. Ce ne fut point la main des Alèdes qui consomma la ruine de Babylone. Cette ville demeura capitale du nouvel empire pendant plusieurs années. Sa deslruction réelle commença au règne de Darius fils d'IIystaspe, à la suite d'une révolte. Alexandre eut môme l'intention de la rebâtir, mais en fut empêché par la mort. La vraie cause de sa ruine fut la négligence des princes grecs, qui la délaissèrent et bâtirent les capitales Séleucie, puis Clésiphon, sur le Tigre, de sorte qu'elle tomba peu à peu et devint un lieu d'horreur, où nul homme ne s'arrêtait. Au temps d'Auguste, la désolation était complète, et depuis lors tous ceux qui visitent ces parages constatent la vérité de l'oracle.
3° Terminons par une observation sur les y 24-27 du chapitre xiv. C'est une prophétie contre l'Assyrie qui devait servir comme de confirmation à la précédente. Probablement il s'agit de Scnnachérib. En prédisant sa défaite, que la génération contemporaine d'Isaïe devait voir, le prophète donnait une garantie à son oracle contre l'Assyrie. En outre, la liaison de ces versets avec ce qui précède prouve l'antiquité de la prophétie contre Babylone, l'Assyrie étant florissante quand Isaïe écrivit ce chapitre.
N" II. Onus Moab (xv, xvi).
I. Sujet. — Les Moabites, issus de Loth, occupaient la région montagneuse située à l'est de la mer Morte et du Jourdain. Leur tribu fut souvent en guerre avec les Israélites, avec des alternatives de succès et de revers, David les avait assujettis et soumis à un tribut, qui fut payé au roi d'Israël après la séparation ; mais sous Achab ils s'en affranchirent. Au temps d'Isaïe, leur puissance était considérablement accrue, car ils étendaient leur domination jusque sur les provinces