‹ Cours élémentaire d'Écriture SainteChapitre 3 sur 89 · III · texte numérisé non relu

III

avec les Log'ia rapportés par les Synoptiques. « Si (( Jésus, dit M. Renan*, parlait comme le veut Mat- « thieu, il n'a pu parler comme le veut Jean. »

Rép. — Mauvaise conclusion. Un enseignement varie de ton et de forme suivant le sujet, les auditeurs et les circonstances. N'est-il pas naturel qu'en instruisant le pauvre peuple de Galilée, le Sauveur ait employé d'autres expressions, une autre méthode qu'en répondant aux arguties des docteurs de la loi de Jérusalem ? Dans ses entretiens avec les lettrés de la nation, ou bien dans le commerce de l'intimité avec ceux qu'il destinait à prêcher sa doctrine, il pouvait enseigner des vérités qu'il ne livrait pas d'ordinaire à la multitude, du moins sous une forme aussi élevée. Cette distinction est clairement indiquée dans l'Évangile (Luc, viii, 10) : Pour vous, il vous a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu; aux autres je parle en paraboles. Si donc parmi les quatre évangélistes il s'en rencontrait trois dont le but particulier eût été de reproduire surtout cet enseignement parabolique, moral, populaire, tandis que le qaatrième se serait attaché pjincipalement à mettre par écrit la partie dogmatique de la révélation du Christ, faudraitil s'étonner de trouver entre leurs relations quelque différence de ton, de forme et de couleur'^ ? Cette différence n'est pas d'ailleurs aussi grande qu'on le prétend, et il serait ridicule d'arguer de quelques difficultés verbales contre l'authenticité des uns et des autres.

On a élevé des doutes particuliers sur trois passages ^ de l'Évangile de saint Jean.

1° La mention de la présence de l'ange à la piscine probatique (v, 4). Il n'en est point question dans plusieurs manuscrits, et quelques-uns marquent le verset quatrième comme douteux.

1 Vie de Jésus, p. 29.

2 Freppel, Examen criiiq. de ta vie de Jésus, p. 29-30. ^ Cfr M. Wallon, De la croy. due à fÉvang., p. 247.

Hép. — Le plus grand nombre des manuscrits admettent ce passage : « Il est tout entier dans le manus- « crit sinaïtique*; il se trouve en marge du manuscrit « palimpseste de saint Éphrem, d'une écriture qui ne « paraît pas beaucoup plus récente que le corps du « manuscrit et il est allégué par Tertullien dans son « traité du baptême ^ »

2° L'histoire de la femme adultère (viii, 1-11). D'anciens manuscrits ne la contiennent pas, un grand nombre l'ont marquée d'une obèle ou d'une' étoile. Elle manque dans plusieurs versions et pas un Père grec n'en a parlé dans ses commentaires.

Rép. — Tout bien considéré, il y a plus de raisons pour admettre cette histoire qu'il n'y en a pour la rejeter : — a) Si elle manque dans plusieurs anciens manuscrits, elle figure dans quelques-uns qui sont aussi fort anciens, en particulier dans celui de Cambridge. Le nombre des manuscrits grecs où cette histoire se trouve surpasse de beaucoup ceux où elle n'est pas. Du temps de saint Jérôme ^, elle figurait dans plusieurs exemplaires grecs et latins ; elle se lit dans presque tous les manuscrits actuellement existants. — b) Elle est contenue dans plusieurs anciennes versions, telles que l'ancienne Italique, la Vulgate de saint Jérôme, quelques exemplaires de la Peschito et la version syriaque de Jérusalem. — c) Saint Ambroise*, saint Jérôme ^ saint Augustin ^ saint Léon '' et d'autres Pères l'ont citée ou commentée. Le silence des Pères grecs ne prouve pas qu'ils la regardaient

< Wallon, loc. cit., p. 248.

2 Tertull., l)e baptism., 5. Cfr le P. Gorluy, loc. til., Etudes des PP. Jésuites, janv. 1877.

^Adv. Eelag., lib. II, c. xvii ; Migne, Patr. lat., t. XXIII, col. 553.

* Epist. XXV, n. 4-7; Op., t. II, col. 892.

!> Loc. cit.,

^ De conj. adult., lib. II, cap. vi-vii; Operu, Gaume, t, VI, col. 687.

' Serni. Lxii, c, iv ; Op., 1. 1, col. 240.

40 COURS d'écriture sainte

comme apocryphe ; ils ne l'ont pas citée, mais on ne peut pas en conclure qu'ils l'aient rejetée. — d) Aucun récit n'a un plus grand caractère de sincérité. On a enfin remarqué qu'il est intimement lié en cet endroit avec le reste de l'Évangile et qu'on ne pourrait l'en détacher sans violence <. Comment donc concilier ces marques intrinsèques d'authenticité avec l'état des manuscrits et le silence des Pères? On craignait peutêtre ^ que les femmes ne fussent plus tentées de s'appliquer les paroles de pardon prononcées en cet endroit par le Sauveur que sa recommandation de ne plus pécher. Saint Augustin ^ en donne la môme raison. Le texte fut donc moins lu dans les églises. On le trouve cependant marqué pour les fêtes de sainte Marie Égyptienne et de sainte Théodore d'Alexandrie, 011 il avait son application naturelle. On explique de la même manière le silence des Pères grecs et, en particulier, celui de saint Jean Chrysostome. « D'ailleurs, ajoute M. Berger de Xivrey ■*, ce « n'est pas le seul endroit dont il n'est fait aucune « mention. Son recueil d'homélies sur saint Jean avait « un caractère polémique, et il ne s'attachait pas aux « morceaux dont ne s'étaient pas occupés les adver- « saires qu'il combattait. » Concluons donc avec Scholz, cité par le même auteur : « Pericopam esse au- « thenticam vix dubitari potest, cum testes plerique et « GRAViORES eam tueantur, et rationes intei^nœ ejusdem « authentiœ faveant. »

3° Le dernier fragment dont on conteste l'authenticité est le chapitre xxi tout entier.

Rép. —• L'Evangile de saint Jean a, il est vrai, sa conclusion naturelle dans les deux derniers versets du chapitre xx ; et il est évident que saint Jean avait des-

' Cfr M. Glaire, Introd., t. V, p. 231 , et M. Lamy, Introd. specialis, p. 291.

2 M. Wallon, loc. cit., p. 248-249.

3 Loe. cit.

* Il est cité par le P. de Valroger, t. II, p. 123.

sein d'en rester là. Mais si le chapilyre suivant a été ajouté, pourquoi ne l'aurail-il pas été par l'auteur? C'est le même ton de vérité, le même style, la même manière et cette même variété de détails qui accuse un témoin oculaire {f 7, 8, 11). L'accord des faits avec le caractère des personnes est parfait {ii 7, 13, 19), et saint Jean seul pouvait ajouter à l'Fvangile un chapitre où le disciple bien-aimé s'efface si complètement devant saint Pierre. Cette addition était d'ailleurs motivée ; car le bruit s'était répandu, — et on le comprend après le miracle de la porte Latine, quand saint Jean, plongé dans l'huile bouillante, en avait été retiré vivant, — que l'apôtre aimé du Sauveur ne devait pas mourir. Saint Jean veut dissiper cette fausse opinion {-j! 23), et il raconte la scène où Jésus dit le mot qu'on avait mal compris. Aussi plus on examine ce fragment, plus on demeure convaincu qu'il ne peut être un recueil, fait après coup, de traditions diverses, ni la fraude pieuse d'un imposteur. Si quelque partie de ce chapitre pouvait faire naître quelque doute, ce serait tout au plus les deux derniers versets, qui, selon certaines critiques, paraissent écrits par une autre main que celle de l'évangéliste. Encore ne le pourrait-on pas prouver. Dans tous les cas, il les faudrait attribuer à l'Église d'Éphèse ou à un groupe de disciples dont nous avons parlé ; et nous aurions alors une preuve de plus en faveur de l'origine apostolique de ce fragment '.

VI. Division. — A part le Prologue sublime qui ouvre cet Evangile (i, l-18j et V Appendice qui le termine (xxi), on peut le diviser en deux parties.

hdi première (i, 19-xii, 30) commence par le premier témoignage de saint Jean-Baptiste en faveur de Jésus et contient le récit des événements accomplis, surtout en Judée, pendant la vie publique de Notre-Seigneur

1 Cfr Wallon, loc. cit.; Cellérier, Introd.,^. 353-358; Janssens, n. 441; Glaire, t. V, p. 233.

jusqu'à son entrée solennelle a Jérusalem, six jours avant la fête de la dernière Pâque. La date des faits principaux est ordinairement fixée par l'indication des différentes Pâques que Jésus-Christ a célébrées. Il y en a au moins trois : la première suivit de quelques mois le baptême du Sauveur (Joan., ii, i3) ; la seconde fut immédiatement précédée du miracle de la multiplication des pains (Joan., vi, 4); la troisième est celle de la Passion (xii, 1). Entre la première et la seconde Pâque, saint Jean mentionne une autre fête qu'il nomme simplement la fête des Juifs (v, 1). Suivant plusieurs \ cette fête est celle des Purim ou des Sorts, qui se célébrait vers le milieu du mois à'Adar^ le dernier mois de l'année religieuse des Juifs. « Mais, « dit M. Wallon *, cette fête ne paraît avoir ni une « importance suffisante pour motiver un voyage de « Jésus-Christ à Jérusalem, ni un tel caractère qu'elle « ait été assez clairement désignée par le terme géné- « rai de « fête des Juifs ». Une pareille expression ne « convient qu'à la fête des Juifs par excellence, « c'est-à-dire à la Pâque '\ » Enfin, suivant d'autres ^, il s'agirait de la Pentecôte.

La seconde partie (xiii-xx) commence dans le cénacle à la célébration de la dernière Pâque. Elle renferme les discours intimes de Jésus à ses disciples (xiii-xvi), sa prière à son Père (xvii), Thistoire de sa passion (xiiixix), sa résurrection et ses premières apparitions (xx).

» Cfr le P. de Valroger, t. II, p. 137.

- Loc. cit., p. 388.

3 Le sentiment de M. Wallon a été embrassé par l'un grand nombre d'auteurs anciens et modernes. Il y en a une liste assez complète dans ['Histoire de la révél. divine, par J. Danko, Nouv. Test., Apparatus, p. 51, n. 1.

* Cfr. S. Thom. Comm. in Joan., v, l ; S. Jean Chrys.

EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 43

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