ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS § I
Introduction particulière I. Notice historique sur Éphèse. — Éphèse était une ville d'Ionie et la métropole de l'Asie Mineure. C'était
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le comptoir le plus fameux de cette contrée. Le grand nombre de livres relatifs à la magie que saint Paul y brûla en un jour (Act., xix, 19), et dont la valeur s'élevait à 30,000 deniers (environ 23,000 francs), prouve avec quel soin on y cultivait cette prétendue science. Les caractères éphésiens étaient passés en proverbe, et signifiaient des caractères magiques.
Cette opulente cité n'était pas moins adonnée au culte des idoles, surtout à celui de Diane Multlmammiaf ainsi appelée par les Grecs parce qu'ils la regardaient comme la mère de tous les animaux. Le temple de cette déesse à Éphèse passait pour une des sept merveilles du monde; et c'est ce magnifique monument auquel Érostrate, dans l'espoir d'immortaliser son nom, mit le feu, la nuit où naquit Alexandre le Grand.
Saint Paul vint deux fois dans cette ville. Il n'y resta d'abord que quelques jours (Act., xviii, 19-21); mais il ne tarda pas à y revenir; et, cette fois, il y demeura près de trois ans, pendant lesquels il fit beaucoup de conversions et opéra une multitude de prodiges. Il y resta jusqu'à ce que la sédition excitée par l'orfèvre Démétrius l'eût obligé de quitter cette ville et de passer en Macédoine (Act., xix, xx).
II. De ceux auxquels cette épitre est adressée. — Les critiques ont élevé une foule de difficultés sur cette épitre, ou plutôt sur le nom de l'église à laquelle elle dut être adressée. Les uns prétendent qu'elle a été réellement adressée à l'église d'Éphèse, comme le portent la suscription et le premier verset : Sanctis qui sunt Ephesi. Cette leçon, disent-ils, a pour elle l'autorité : 1° de tous les manuscrits grecs que l'on a pu comparer jusqu'ici ; — 2" de toutes les anciennes versions; — 3° de tous les Pères grecs. Les autres soutiennent que ce fut à l'église de Laodicée qu'elle fut envoyée par l'Apôtre ; c'était, à ce qu'il paraît, le sentiment de Marcion. Mais ces critiques se fondent principalement sur ce que cette épitre renferme des passages qu'on ne devrait pas s'attendre à trouver dans
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une lettre adressée à une société d'hommes au milieu desquels saint Paul avait passé trois ans(Act., xx, 31), et à une église où Timothée, d'après ses ordres, avait établi des évoques.
Une troisième opinion concilie les deux premières et répond à toutes les difficultés. Cette épître ne fut adressée exclusivement ni aux Éphésiens ni aux Laodicéens ; c'était une lettre circulaire destinée aux uns et aux autres, peut-être même à quelques autres églises de l'Asie Mineure, que le diacre Tychique visita dans son voyage (Eph., vi, 21, 22 ; Goloss., IV, 7,8). Dans cette hypothèse, saint Paul aurait eu différentes copies de cette lettre pour les diverses sociétés auxquelles il la destinait; et, dans chaque copie, après ces mots : aux saints qui sont..., il aurait ajouté le nom de l'église particulière à laquelle elle devait être expédiée. Cette explication est d'autant plus probable qu'elle répond mieux aux difficultés des deux opinions précédentes. En effet, on se rend alors très bien compte des généralités que cette épître renferme, et l'on s'explique pourquoi saint Paul n'a dû ni faire allusion aux circonstances de son séjour à Éphèse, ni envoyer de salutations aux fidèles de cette Eglise, ni joindre à son nom celui de Timothée, qui n'était peut-être connu que des Éphésiens, ni enûn supposer, comme il paraît le faire, que ceux auxquels il écrit ne l'avaient jamais vu (Eph,, i, 15, 16; m, 2).
III. Époque et Heu de sa composition. — Saint Paul écrivit cette épître à Rome, pendant son premier emprisonnement (Eph., IV, 1; VI, 20), c'est-à-dire vers l'an 60 ou 61 après Jésus-Christ. Elle fut apportée à Éphèse par le diacre Tychique (Eph., vi, 21, 22), qui apportait en même temps la lettre adressée aux Golossiens (Col., iv, 7, 8). Ces deux lettres, dit le docteur Paley \ ont entre elles des rapports si étonnants de forme, d'idée et de style, qu'elles doivent de toute né-
' Paley, Horœ Polinw, p. 193-219.
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cessité non seulement avoir été rédigées par le même homme, mais dans le même temps.
IV. Ce qui y donna occasion. — On ne sait pas à quelle occasion saint Paul a écrit cette épître : elle ne contient rien de particulier qui puisse renseigner à cet égard. Tout ce qu'une lecture attentive peut y faire découvrir, c'est que l'Apôtre cherche à confirmer dans la pureté de la foi les églises auxquelles il s'adresse, et à les prémunir contre les systèmes erronés des faux docteurs, dont les funestes enseignements ne tendaient à rien moins qu'à détruire, en la corrompant, la doctrine de l'Évangile. En effet, cette épître, aussi bien que celle aux Golossiens, suppose dans le sein du Christianisme l'existence et l'action de certains philosophes imbus de mauvais principes, mais dont on ne connaît, du reste, ni le nom ni les opinions. Les uns y ont vu les gnostiques; les autres, les nouveaux platoniciens ; d'autres ont cru y reconnaître les esséniens.
« On pourrait peut-être tout concilier, dit Cellérier ^ « en supposant que la philosophie essénienne fut pour « quelque chose dans le principe du gnosticisme ; et, {( à vrai dire, toutes les sectes moitié philosophiques, « moitié religieuses, qui, à cette époque, fermentaient « en Orient et jetèrent bientôt dans le Christianisme « des idées fausses et de pernicieuses semences , « avaient une couleur uniforme , une physionomie « semblable et une parenté réelle. » Nous croyons qu'il est difficile de ne pas reconnaître dans ces faux sages les gnostiques, dont ils ont presque tous les caractères. — Voyez par exemple , les passages suivants : II, 2-12 ; v, 11, 12.
V. Division et analyse. — Quoi qu'il en soit des raisons qui ont déterminé saint Paul à écrire cette lettre, on peut la diviser en deux parties.
La première comprend les trois premiers chapitres
1 Cellérier, Introd., p. 425.
ni. 22
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(i, II et m). L'Apôtre y i-appelle aux chrétiens, en termes magnifiques, la grandeur du bienfait qu'ils ont reçu de Dieu, lorsqu'il les a appelés gratuitement à la foi. Son but semble avoir été de montrer que les Juifs et les Gentils, ayant eu une part égale à'ce bienfait, devaient désormais former un seul corps , puisqu'ils n'étaient plus quun seul et même temple consacré au Seigneur.
De là l'occasion toute naturelle de les engager à la paix, à l'union et à une grande pureté de vie : ce qui est l'objet de la seconde partie (iv, v et vi). Après quelques avis généraux, communs à tous les chrétiens, l'auteur développe en particulier les obligations des époux, des parents et des enfants, des maîtres et des serviteurs. Il termine en les exhortant tous à combattre vaillamment contre leurs ennemis et à prier pour lui.
Instructions et beautés ■principales de cette épître
I. Instructions. — II résulte de l'analyse sommaire que nous venons de faire de cette épître que le dogme et la morale y occupent une large part.
1° Parmi les vérités dogmatiques qu'elle renferme nous signalerons entre autres : — la gratuité et l'excellence de la vocation à la foi (i, 4-7, 18, 19 ; ii, 3-10, IV, 1) ; — la nécessité de la grâce, soit pour éclairer l'intelligence, soit pour exciter la volonté, même après avoir reçu la foi (i, 17-19 ; m, 3, 5, 7, 16- 19); — l'existence du péché originel (ii, 1-3); — la rédemption et le rétablissement de toutes choses en Jésus-Christ et par Jésus-Christ (i, 10; ii, 14-18 ; m, 8, 12); —l'union de Jésus-Christ et de l'Église, dont elle est le corps et qu'il remplit de sa plénitude (i, 22, 23; IV, 16); — la sainteté du mariage élevé à l'éminente dignité de sacrement (v, 24-33) ; — et enfin des allusions évidentes au sacrement de confirmation (i^ 13; IV, 30).
2° La seconde partie de cette lettre (iv-vi) renferme des conseils de la plus haute sagesse sur les devoirs réciproques des époux, des parents des enfants, des maîtres et des serviteurs.
II. Beautés littéraires. — Le style de cette épître a cela de particulier qu'il est plus difficile à comprendre que celui des autres lettres du même Apôtre : l'expression est plus obscure, les périodes sont plus longues, les constructions plus embarrassées. Chaque mot pris à part, dit Michaélis^ est fort intelligible; mais les phrases sont si longues, et les membres dont chaque phrase est composée sont en même temps si courts, qu'ils sont susceptibles de constructions différentes, sans qu'il soit facile de déterminer quelle est la véritable. Si l'on prenait un passage de cette épître sans être ponctué, quelques-uns mettraient la ponctuation en un endroit et les autres à un autre ; et ce qui augmente la difficulté, c'est que, dans nos éditions ordinaires du texte grec, les points sont placés avec moins de jugement dans cette épître que dans les autres, La même remarque s'applique, avec quelques restrictions, à l'épître aux Colossiens.
Cette épître n'en renferme pas moins plusieurs morceaux d'une grande beauté et d'une véritable éloquence. Le chapitre premier, par exemple, décrit d'une manière sublime les merveilles delà prédestination et de la justification des saints. Suivant la judicieuse remarque de M. Glaire ^ il n'y a pas jusqu'au défaut d'ordre ou de liaison dans les pensées et au désordre apparent des constructions qui n'ajoute quelque chose à la beauté de cette description, en nous représentant sous ses véritables couleurs une âme extatique qui descend du troisième ciel pour annoncer aux hommes des mystères que la langue humaine ne saurait exprimer.
1 Michaélis,'t. IV, p. 87.
2 Glaire, Introd., t. VI p. 117.
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Le chapi(?-e deuxième n'est pas moins remarquable. La peinture des Gentils, et, en leur personne, de tous les hommes, ensevelis autrefois dans la mort du péché, asservis au démon, vivant au milieu du monde sans Christ, loin de Dieu, puis bientôt, grâce à la bonté du Seigneur, ressuscites en Jésus-Christ et assis déjà au plus haut des cieux, à sa droite, dans la Jérusalem céleste, leur nouvelle patrie; cette peinture, disons-nous, est au-dessus de tout éloge.
Le chapitre quatrième. Il y a dans son début je ne sais quoi de tendre et de touchant qui va au fond de l'âme. C'est par les fers mêmes dont il est chargé, et du fond de son cachot, qu'il conjure les Éphésiens de supporter mutuellement leurs défauts et qu'il les convie à la paix et à l'union : « Obsecro itaque vos ego « vinctus in Domino. » Que cette considération est éloquente !
Nous indiquerons enfin au chapitre sixième le tableau si frappant de vérité que saint Paul y trace des ennemis redoutables que les chrétiens ont à combattre et des armes dont ils doivent se revêtir pour leur résister (vu, 10-18). La métaphore qu'il emploie est belle, bien suivie et convenablement développée. On croit qu'elle lui fut inspirée par l'état dans lequel il était au moment où il écrivit cette lettre : il se trouvait alors, en effet, sous la surveillance des gardes du corps de l'empereur. Cette conjecture de Michaélis ne manqué pas de vraisemblance.
ARTICLE V
ÉPITRE AUX PHILIPPIENS § I
Introduction particulière
I. De Philippes et des voyages de saint Paul dans cette ville. — Philippes était une ville de Macédoine, de médiocre grandeur, située non loin des frontières de
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la Thrace, sur les bords du Strymon. Elle se nommait autrefois Crénides, à cause de ses nombreuses sources, qui formaient un petit courant, dont il est parlé dans les Actes (xvi, 13) ; et ce n'est que beaucoup plus tard qu'elle fut appelée Philippes par le père d'Alexandre, qui lui donna son nom après l'avoir agrandie dans le dessein d'en faire une barrière contre les Thraces. C'était, d'après saint Luc (Act., xvi, 12), une colonie romaine, et il l'appelle rr^awr/) ivôltç-, la première ville. Amphipolis paraît avoir été autrefois la capitale de ce district de la Macédoine ; mais cette ville perdit probablement, dans la suite, ce privilège, quand Philippes, qui avait été presque entièrement détruite dans la guerre de Macédoine, eut été rebâtie par Jules César et paj" Auguste. On en voit les ruines prèsdeFélibes.
Cette ville, déjà célèbre dans le monde parla victoire qu'Octave, à la veille de devenir Auguste, remporta dans ses plaines, devait se couvrir, peu de temps après, d'une gloire plus grande et plus durable : c'était dans son sein que l'Évangile allait être prêché publiquement en Europe pour la première fois/ iusqnelà il n'avait été annoncé qu'en Asie ; et ce fut l'ange de la Macédoine qui, étant apparu à saint Paul pendant la nuit, le supplia de passer dans ce pays (Act., XVI, 8-10). L'infatigable Apôtre entendit cet appel, et vint à Philippes, où il établit une société chrétienne des plus ferventes (12-40). On croit qu'il y revint plus tard au moins une fois (Act., xx, 6).
II. Epoque et lieu de la composition de cette lettre. — C'est encore pendant son premier emprisonnement à Rome que saint Paul composa celte épître, probablement peu de temps après avoir écrit aux Éphésiens, aux Colossiens et à Philémon. Il est permis de le conclure de l'omission du nom de saint Luc dans cette épître : car, si saint Luc eût été alors à Rome, comme il y était certainement lorsque saint Paul écrivit aux Colossiens (iv, 14) et à Philémon (24), l'Apôtre n'eût
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sans doute pas oublié de faire mention de ses compagnons, comme il l'avait fait dans ses autres lettres. Il faut donc rapporter la composition de cette épître à l'an 62 de l'ère vulgaire. Saint Paul l'adressa « aux fi- « dèles, aux évêques et aux diacres de l'Église de Phi- « lippes (Philipp., i, 1), » Faut-il entendre par ces éi'êqves des évêques proprement dits? Quelques auteurs l'ont pensé. Cela n'est cependant pas certain ; et il est plus probable qu'il s'agit seulement de simples prêtres, auxquels on donnait quelquefois le nom d'évêques. Cette lettre fut apportée aux Pbilippiens par Epaphrodite, qu'ils avaient envoyé à Rome porter des secours à saint Paul, et que l'Apôtre appelle son frère, son collaborateur. Il le leur renvoyait guéri et entièrement remis d'une dangereuse maladie, qui l'avait conduit aux portes de la mort et qui avait causé à ses amis les plus vives inquiétudes (Philipp., ii, 25-30).
III. Son but. — Le but de saint Paul, dans cette épître, parait avoir été : 1° de donner de ses nouvelles aux fidèles d'une église qui lui était si attachée, et de les rassurer à son sujet touchant sa captivité ; — 2° de les consoler et de les encourager à supporter avec patience les persécutions que leurs ennemis leur suscitaient (i, 28) ; c'étaient encore, à ce qu'il paraît, des docteurs jadaïsants qui s'elïorçaient d'altérer la pureté de la doctrine évangélique : aussi saint Paul a-t-il soin de prémunir les chrétiens contre leurs dangereux enseignements (m, 1-7) ; — 3° de resserrer les liens de charité qui unissaient les membres de cette fervente communauté, et de réconcilier entre elles deux femmes, qui paraissent avoir eu d'ailleurs d'excellentes qualités et exercé une grande influence dans cette église, mais qui étaient divisées, Évodie et Syntiche (iv, 2) ; — 4» enfin, et ce fut là un de ces principaux motifs, de remercier les Pbilippiens des secours pécuniaires qu'ils lui avaient fait passer à Thessalonique (iv, 13-18), à Gorinthe (II Cor., xi, 9) et tout récem-
ÉPITRE AUX PHILIPPIENS 391
ment à Rome par Épaphrodite. Ces remerciements venaient d'autant plus à propos, que, par suite de leur extrême pauvreté, les Philippiens avaient cessé un instant de lui envoyer des secours (iv, 10).
IV. Son unité. — Quelques critiques * ont prétendu que cette épître était composées de deux lettres différentes, dont l'une comprendrait les deux premiers chapitres et aurait été écrite par saint Paul à l'église entière de Philippes (i et ii), et dont l'autre (m et iv), à l'exception des versets 21, 22 du chapitre quatrième, n'aurait été adressée qu'à ses amis, ou seulement, dit Paulus, au clergé.
Ce qui les a induits en erreur, répond M. Glaire ^ c'est qu'ils ont cru voir, dans les premiers mots du chapitre troisième, une formule de salutation qui ne se met jamais qu'à la fin d'une lettre. Mais ils se sont évidemment trompés : le sens de cette phrase est, sans aucun doute, comme l'a traduit la Vulgate : «.Au « Teste, mes frères, réjouissez-vous dans le Seigneur ; » et nullement, comme ils le prétendent : a Maintenant, j)ortez-vous bien... » Cette phrase ne saurait donc former en aucune manière la conclusion d'une lettre. Beelen ^, il est vrai, pense le contraire ; mais il en conclut simplement que l'Apôtre, après avoir eu d'abord la pensée de terminer sa lettre en cet endroit, l'aura continuée ou reprise, quelque temps après, pour des raisons qui ne sont pas parvenues à notre connaissance.
V. Son authenticité. — D'autres critiques modernes en ont combattu l'authenticité ; ils la rejettent sous prétexte que l'auteur non seulement connaissait, mais favorisait les erreurs antichrétiennes du gnosticisme.
fiép. — Jamais accusation ne fut plus injuste. — 1° On peut invoquer, pour la détruire, l'autorité des
' J. Heinrichs et Paulus.
- Glaire, Introd., t. VI, p. 121.
3 Prolegom. in Epist. ad Pliilipp., § 5, p. 5, et Comm. in hoc lac.
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Pères, et en particulier de saint Polycarpe, de saint Irénée, de Tertullien et de Clément d'Alexandrie. — 2» Elle repose sur une fausse interprétation de quelques passages de cette épître (ii, 5-14). — 3° Enfin, Baur ne peut soutenir son système sans tomber dans les plus palpables contradictions. En effet, il enseigne, d'un côté, que cette lettre fut écrite à l'époque oti le gnosticisme commençait à se répandre ; et pour y trouver des traces de la gnose, il est obligé, d'autre part, d'avoir recours aux idées beaucoup plus avancées et plus complètes des valentiniens et des marcionites '.
Instructions et beautés imncipales de cette épître
I. Instructions principales. — Quoique celte lettre soit consacrée en majeure partie à développer des vérités de l'ordre moral, on y rencontre cependant un assez grand nombre de vérités dogmaticpes d'une haute importance, telles que : — la divinité de Jésus- Christ (m, 20-21) ; — la dictinction des Personnes divines (il, 6-11) ; — la liberté de l'homme ; — le mérite des bonnes œuvres ; l'incertitude oti nous sommes de notre persévérance (ii, J2, 13); — la certitude que l'âme à laquelle il ne reste plus rien à expier jouit immédiatement après la mort de la vision intuitive (i, 23) ; — la gratuité de la grâce, etc., etc..
II. Caractère littéraire. — D. Calmet, parlant de cette épître, dit qu'elle est d'un style plus coulant et plus aisé, écrite avec un esprit plus ouvert et plus content, quoique saint Paul fût alors dans les fers. Nous souscrivons volontiers à ce jugement.
Cette lettre est, en effet, le chef-d'œuvre de l'éloquence tendre et affectueuse qui coulait comme de source et s'échappait avec abondance de l'âme si aimante de saint Paul. On s'aperçoit, en la lisant, qu'il
< Cfr Beleen, loc. cit., p. 6-1 1.
ÉPITRE AUX PHILIPPIENS 39Z
avait pour ses chers enfants de Philippes des tendresses particulières. Il ne sait de quel nom les appeler pour leur faire comprendre son amour : ce sont « ses très chers^ ses bien-aimés (ii, 12), sa joie, sa cou- « ronne (iv, J) ; il les porte tous dans son cœur au milieu « de ses chaînes (1, 7) ; » leur souvenir le remplit de joie, et il trouve que son cœur, tout grand qu'il est, est trop petit pour les embrasser tous, comme il le voudrait. Il n'a point assez d'amour; il voudrait le cœur de Notre-Seigneur pour les aimer avec plus de pureté et plus de tendresse. Il en prend Dieu à témoin : « Oui, dit-il. Dieu m'est témoin, lui qui voit l'ar- (( deur de mes désirs, combien je vous chéris dans les en- « tirailles de Jésus-Christ (i, 8). »
Il cherche uniquement leurs intérêts ; il prie sans cesse pour eux, et que demande-t-il ? Que leur charité abonde de plus en plus en lumière et en intelligence; qu'ils marchent dans la sincérité de la foi jusqu'au jour du Seigneur ; qu'ils soient remplis de tous les fruits de la justice (i, 9-11) ; que la paix de Dieu, cette paix qui surpasse tout sentiment, garde leurs esprits et leurs cœurs en Jésus-Crist (iv, 7). Jésus-Christ est toute sa vie, la mort lui est un gain ; il éprouve le plus ardent désir de voir son corps se dissoudre, et son âme aller enfin dans les cieux se réunir à l'unique objet de son affection : « Desiderium habens dissolvi, et « esse cum Christo, multo magls meliics. » Oh ! oui, sans doute, grand Apôtre, « cela vautmieux, beaucoup mieux: « multù magïs l » Et cependant, parce que vous n'ignorez pas que votre présence peut encore être utile à vos enfants, vous sentez, à la pensée de les quitter, votre cœur déchiré par deux désirs contraires : « Coo.rctor autem è duobus ! » vous écriez-vous. Que ferez-vous ?... Vous demeurerez au milieu d'eux : «ne- « cessarium pr opter vos; » et si, après avoir offert au Seigneur, comme un sacrifice, la foi de vos enfants, il faut encore que votre sang soit répandu sur la victime, vous vous en réjouirez, vous vous en féliciterez
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avec eux (ii, 17). Voilà bien jusqu'où porte un amour généreux : il va jusqu'à donner avec joie sa vie pour la personne aimée.
Avec quelle précaution, avec quelle délicatesse de sentiment il leur reproche l'oubli momentané qu'ils paraissent avoir fait de lui! Il est le premier à les excuser : ils s'étaient laissé tromper, on les avait prévenus contre lui : occupati enim eratis! Ce que l'on traduirait mieux : « Vous étiez si pauvres ! vous vous « trouviez dans un tel dénuement ! » C'est ainsi que le cœur tâche de s'excuser à lui-même les fautes de ceux qu'il chérit, et qu'il craint de trouver coupables.
Le chapitre troisième, où saint Paul prémunit les Philippiens contre les faux docteurs qui les séduisaient, offre des beautés d'un autre genre. On y admire l'énergique concision avec laquelle l'Apôtre stigmatise ces docteurs sans mission : « Ce sont, dit-il. « des animaux immondes, des chiens, des ouvriers « d'iniquité, des ennemis de la croix de Jésus-Christ, « des hommes qui ont fait un Dieu de leur ventre, « plongés dans les plaisirs des sens, et qui mettent leur « gloire dans leur propre honte (m, 2-19). » Ils se glorifient des avantages et des prérogatives de la loi; mais ces privilèges, saint Paul pourrait les revendiquer à plus juste titre. Cependant il les a méprisés pour gagner Jésus-Christ : non pas sans doute qu'il se croie déjà arrivé à la perfection; mais, semblable à l'athlète qui court dans la carrière, il oublie l'espace qu'il a parcouru, et s'élance avec ardeur vers celui qui lui reste à parcourir encore : « ad ea quœ sunt priora « extendens meipsum. » — Extendens meipsum ! Comme cette image est belle! On semble voir dans l'arène un athlète vigoureux, tout ruisselant de sueur, couvert dépoussière, le corps penché en avant, les muscles tendus, l'œil en feu et le regard toujours fixé sur le but, s'élancer avec une noble ardeur pour remporter la couronne qui doit ceindre le front du vainqueur. Extendens meipsum/ C'est à décourager les traducteurs.
ÉPITRB AUX COLOSSIENS 395.
ARTICLE VI
ÉPITRE AUX COLOSSIENS
Introduction particulière
I. Notice historique sur Colosses. — Colosses, ou Colasses, d'après quelques auteurs, était une ville de Phrygie, Hérodote et Xénophon nous apprennent qu'elle avait eu autrefois une grande importance; mais, du temps de saint Paul, elle devait avoir perdu beaucoup de sa grandeur , puisque Strabon la place parmi les petites villes ^ de Phrygie, par opposition aux grandes villes, entre lesquelles il cite Laodicée, dont Colosses était voisine. Elle fut détruite par un tremblement de terre dans les dernières années du règne de Néron. Laodicée et Hiérapolis disparurent dans la même catastrophe.
Saint Paul insinue assez clairement (Coloss., ii, 1) qu'il n'était point encore allé chez les Golossiens, ni à Laodicée, quand il écrivit cette épître. Le Christianisme y avait cependant été prêché depuis un certain temps, puisqu'il y avait une Église considérable. On ne sait pas au juste qui l'y avait introduit. Il est pro bable que c'était saint Épaphras (i, 7; iv, 12, 13). S'il ne fut pas l'apôtre de cette église, il en fut du moins l'un des premiers docteurs.
IL Lieu et époque de la composition de cette épître. — Nous avons déjà parlé des rapports de ressemblance qui existent entre cette lettre et l'Epître aux Éphésiens. On en conclut avec raison qu'elle avait été écrite à Rome vers le même temps, c'est-à-dire vers
1 Si cette lettre se trouve néanmoins placée avec les Épîtres aux Thessalonicieos, qui habitaient une ville beaucoup plus considérable, c'est sans doute parce qu'on n'a pas voulu la séparer de l'Épître aux Éphésiens, avec laquelle elle fut envoyée.
l'an 60 ou 61, pendant la première captivité de saint Paul. L'Épître aux Golossiens est moins étendue que celle aux Éphésiens. On y reconnaît aussi plus aisément les erreurs des esséniens relativement au culte des anges. Elle fut apportée à Colosses par le diacre Tychique. On fera donc bien d'étudier ensemble ces deux lettres : elles s'éclairciront l'une par l'autre en plusieurs endroits.
III. Occasion et but de cette lettre. — Cette nouvelle lettre fut probablement écrite à l'occasion des doctrines perverses dont nous avons parlé, et qui, à cette époque, troublaient presque en tous lieux les sociétés naissantes du Christianisme. Saint Paul l'écrivit sans doute à la demande d'Epaphras, qui était venu le visiter dans sa prison et s'entendre avec lui sur quelques affaires relatives à l'église de Colosses. En effet, Épaphras paraît avoir porté un vif intérêt à la prospérité de cette église et des églises voisines, c'est-à-dire de Laodicée et d'Hiérapolis (iv, 13). Cela explique pourquoi saint Paul écrivit aux Colossiens, non seulement dans le même temps, mais sur le même sujet qu'aux Ephésiens, surtout si, comme nous l'avons dit, la lettre aux Éphésiens était une lettre circulaire, destinée à être envoyée à différentes églises d'Orient, et en particulier à l'église de Laodicée, d'oîi les Colossiens avaient ordre de s'en procurer une copie (Coloss., iv, 16). Cette remarque de Michaélis ' paraît juste : car saint Paul n'était pas prodigue de ses épîtres. Il lui fallut donc des raisons particulières pour écrire dans ces circonstances une lettre spéciale aux Colossiens, chez lesquels il n'était pas encore allé.
IV. Analyse sommaire. — Le but de cette épître ressort de ce que nous venons de dire, il est inutile de s'y arrêter davantage.
Montrons comment l'Apôtre s'est efforcé de l'atteindre.
*- Michaélis, t. IV, p. 43 et suiv.
ÉPITRE AUX COLOSSIENS 397
Dans le chapitre premier, après les salutations et les félicitations d'usage (i, 1-8), il demande pour les Colossiens l'esprit de sagesse et d'intelligence, afin de connaître la volonté de Dieu, et l'esprit de force pour l'accomplir (i, 9-11). Puis il rend grâces à Dieu de les avoir appelés à faire partie de son royaume par Jésus- Christ son Fils; et il prouve, contre les gnostiques et les esséniens, la divinité de Notre-Seigneur, en montrant sa supériorité sur tous les Anges, les Trônes, les Dominations, etc. Il lui donne les titres les plus magnifiques : « C'est t Enfant bien-aimé du Seigneur, le (( Fils de son amour, l Image du Dieu invisible, le Pre- (( mier-yé de foute créature, le Chef du corps mystique de « rÉglise, le Princifie de toutes choses, le Premier-Né (( d'entre les morts. Il est avant tout ce qui est ; et tout « ce qui existe n'existe que par lui et en lui ; seul il a « réconcilié par son sang le ciel avec la terre, et puce rifié les hommes en effaçant leurs péchés. C'est pour- « tant à une condition : qu'ils demeureront fermes et « inébranlables dans la foi véritable (i, 12-23). »
11 cherche ensuite à se concilier la bienveillance des Colossiens par le récit de ses souffrances et des douleurs qu'il a endurées pour eux ; il les assure de l'amour qu'il leur porte, à eux et aux Laodicéens ; et il les supplie de «e tenir en garde contre les enseignements de cette trompeuse philosophie dont il vient de réfuter les erreurs touchant la personne sacrée du Sauveur. Après avoir été rachetés par Jésus-Christ, baptisés en son nom, ensevelis avec lui, ressuscites comme lui et avec lui, ils ne doivent plus vivre selon la chair, mais uniquement selon l'Esprit (i, 24-iii, 4).
Les deux derniers chapitres (m, o-iv) appartiennent à peu près en entier à la morale : ce sont des avis sur les principaux devoirs des chrétiens. La lettre se termine par les salutations accoutumées.
398 COURS d'écriture sainte
§ Il
utilité et beautés de cette épitre
Une des choses qui frappent le plus en lisant cette épître est, avec la magnifique description de la divinité de Notre-Seigneur et l'efficacité de sa rédemption (1,12-23), le tableau de la vie nouvelle des chrétiens et celui des vertus qu'ils doivent pratiquer (ii, 6-iv, 6). Si l'on veut avoir une haute et juste idée de cette vie divine qui nous a été communiquée dans le baptême et dont nous devrions tous vivre, il faut lire ces pages sacrées. Bouche humaine n'en parla jamais avec plus d'éloquence, de profondeur et d'exactitude.
ARTICLE VII
De Thessalonique et de r époque où saint Paul a écrit ces deux lettres. — « Thessalonique, ville riche et cé- « lèbre, était la métropole de la Macédoine. Philippe « changea son nom de Thermes en celui de Thessalo- « nique, à l'occasion d'une victoire qu'il remporta sur « les Thessaliens. Outre des Grecs et des Romains, elle « comptait beaucoup de Juifs parmi ses habitants. La « synagogue qu'ils y possédaient (Act., xvii, 1) attirait « à la. connaissance du vrai Dieu de nombreux prosé- « lytes, qui, là comme ailleurs, furent les premiers « chrétiens [ibid., 4). Dans le voyage qui suivit le conte cile de Jérusalem, Paul, venant Philippes, y fonda « une église ; mais , bientôt chassé par les Juifs « {ibid., 18), il en partit avec Silas et Timothée, et se « retira à Bérée. Les Juifs l'y suivirent, et le contrai- « gnirent encore de quitter cette ville pour s'enfuir à « Athènes. Silas et Timothée étaient restés à Bérée ; « mais saint Paul leur envoya l'ordre de le rejoindre le u plus tôt possible {ibid., 14, 15), et lui-même les « attendit à Athènes {ibid., 16). Pourquoi donc n'est-ce
« qu'à Corinthe (Act., xviii, 5), après son séjour à « Athènes, qu'ils revinrent à ses côtés? Nous l'ap- « prenons de l'Épître aux Thessaloniciens (I Thess., « III, 1-6) : c'est que rz\pôtre avait renvoyé dans « cet intervalle Timothée à Thessalonique, pour affer- « mir cette église naissante et agitée, objet de toutes « ses sollicitudes ^ »
Après le retour de Timothée, il se hâta donc d'écrire aux Thessaloniciens, et de leur donner les conseils dont les récits de son disciple lui avaient fait connaître la nécessité. Ainsi c'est de Corinthe, pendant les dix-huit mois qu'il y passa (53 et o4 ans après Jésus-Christ), que saint Paul écrivit ces deux épitres. Nous en traiterons en peu de mots. Toutes deux portent en tête les noms de saint Paul, de Silvanus et de Timothée.
Vremière Epitre aux Thessaloniciens
I. Son but. — Le but principal de l'Apôtre, en écrivant cette lettre aux fidèles de Thessalonique, fut de les affermir dans la foi, et de les prémunir contre les fausses doctrines qui commençaient à se répandre parmi eux. Ce que l'on disait, en particulier, de l'état des morts, de leur résurrection, du prochain avènement de Jésus-Christ, de la fin du monde, etc., etc., avait jeté beaucoup d'inquiétude dans la plupart des esprits. Les Thessaloniciens avaient besoin d'être tout à la fois instruits, fortifiés et rassurés. Enfin, quelquesuns d'entre eux s'étaient déjà négligés, et avaient abandonné leur première ferveur : il fallait les retirer de cet état de tiédeur, et les réveiller de leur assoupissement.
IL Sujet et analyse. — C'est ce que fait saint Paul. Après les salutations ordinaires (i, 1, 2), il commence
1 Cellérier, Introd. au 2V. T., p. 408.
par les féliciter de leur foi, de leur charité, de leur patience. Leur éloge est dans toutes les bouches, et le bruit de leurs vertus est une prédication plus éloquente que toutes celles qu'il pourrait faire (i, 2-10). Ayant si bien commencé, pourraient-ils ne pas bien finir? 11 y va de leur honneur. Pourraient-ils, sans se déshonorer, ne pas demeurer inébranlables dans la foi qu'ils ont reçue avec tant de docilité et pour laquelle ils ont déjà tant souffert? Il rappelle ce qu'il a fait luimême au milieu d'eux, les travaux de ses collaborateurs, leurs peines, leurs épreuves, leur désintéressement, leur amour : c'est avec la tendresse d'une nourrice qui réchauffe ses enfants dans son sein, qu'ils les ont engendrés à Jésus-Christ. Ils ne désiraient pas seulement leur communiquer l'Evangile ; ils étaient disposés à donner pour eux leur vie (ii, 1-16). Comment abandonneraient-ils une religion qui leur a été prêchée par des hommes si dévoués à leurs intérêts ? La distance qui les sépare n'a pu les lui faire oublier ; il songe à eux, il prie pour eux. Ne sont-ils pas son espérance, sa joie, sa couronne, sa gloire? Plusieurs fois il a formé le dessein de revenir les voir, mais Satan l'en a empêché. C'est alors que, n'y pouvant plus tenir, il leur a député Timothée, dont le retour l'a comblé de joie, ayant appris de sa bouche qu'ils persévéraient dans la foi. Il était accablé de tristesse; mais maintenant son bonheur est si grand, qu'il ne sait comment témoigner à Dieu sa reconnaissance. Il brûle du désir d'aller les voir ; nuit et jour il demande cette grâce au Seigneur. Puisse-t-il, en attendant, augmenter leur amour, affermir leurs cœurs dans la charité et les conserver purs et sans tache jusqu'au jour de l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ! Amen (ii, 17-iii).
Les deux derniers chapitres (iv et v) sont consacrés à donner sur les différentes questions dont nous avons parlé plus haut les éclaircissements nécessaires (iv, 12v, 4), à ranimer les Thessaloniciens dans la ferveur, et à les exciter à la pratique des plus excellentes vertus.
III. Caractère et mérite littéraire. — Cette lettre, comme l'Épître aux Philippiens, offre un modèle achevé de cette éloquence persuasive dont saint Paul possédait le secret. Qu'on lise, par exemple, avec attention les trois premiers chapitres : n'eût-il pas fallu un cœur plus dur que le rocher pour ne pas se laisser attendrir? Il n'y a pas une seule parole qui, pour ainsi parler, ne porte coup, et n'ait dû laisser dans l'âme des Thessaloniciens comme autant de traits enflammés qui, en les embrasant d'amour, devaient assurer leur persévérance.
Deuxième Épitre aux Thessaloniciens
I. Son but. — Elle fut composée à peu près pour les mêmes motifs qui avaient engagé saint Paul à écrire la première. Celle-ci, à ce qu'il paraît, n'avait pas produit tous les effets que l'on devait en attendre : plusieurs continuaient à soutenir que le jour du jugement était proche, d'autres persévéraient dans leur mauvaise conduite. Saint Paul, qui n'avait pu se rendre à Thessalonique comme il le désirait (1 Thess., III, 18), crut qu'il était nécessaire de leur écrire une seconde lettre, très peu de temps après la première.
II. Sujet et analyse sommaire. — Ces deux épîtres ont entre elles beaucoup de rapports. La principale différence qu'on y remarque, c'est que l'Apôtre insiste davantage sur le second avènement de Jésus-Christ, ou, comme il l'appelle, le « Jour du Seigneur, » dont l'apostasie générale des nations {discessio) et l'Antéchrist doivent précéder et annoncer la venue (II Thess. , II, 1-11). Il reprend aussi avec moins de ménagements les chrétiens qui n'avaient point profité de ses premières recommandations. Il s'élève surtout avec une grande force contre les paresseux et les oisifs, qui passaient leur temps en vaines et inutiles recherches, au lieu de mener en paix, comme il les y invite, une
vie vraiment chrétienne et toujours occupée (m, 10- 16). Enfin il leur envoie sa signature (II Thess., m, 17), afin qu'ils puissent à l'avenir distinguer ses lettres de celles qu'on voudrait faussement lui attribuer, comme on avait déjà voulu le faire (II Thess., ii, 2).
ARTICLE VIII
Histoire abrégée de Timothée. — Timothée était de Lystres, en Lycaonie; son père était païen, et sa mère, nommée Eunice, était Juive d'origine (Act., xvi, 1 ; II Tim., I, 5). Il fut cependant élevé dans la religion chrétienne par sa mère et par Loïde, son aïeule : car toutes deux étaient chrétiennes. Ce fut en passant à Lystres que saint Paul, après l'avoir fait circoncire, se l'adjoignit dans la prédication de l'Évangile. Timothée, à qui l'église de Lystres avait rendu un excellent témoignage, devint, à partir de cette époque, le disciple chéri de saint Paul et le compagnon fidèle de presque tous ses voyages. S'il le quitta quelquefois, ce fut le plus souvent pour aller visiter, au nom de son maître, les différentes églises qu'il avait fondées, et en particulier celles des Thessaloniciens (I Thess., m, 2), des Philippiens (Phil., n, 19) et des Corinthiens (I Cor., XVI, lOj.
Timothée partagea la première captivité de saint Paul à Rome. Il revint ensuite en Orient, où il fut choisi, probablement par saint Paul, pour être placé à la tête de l'église d'Éphèse. Il y reçut la palme du martyre, l'an 99, d'après Tillemont.
■ Saint Paul lui a adressé deux lettres. On les désigne ordinairement, avec celle qu'il écrivit à Tite, sous le nom à' É pitres pastorales, parce que les sujets qui y sont traités roulent en général sur les devoirs des pasteurs de l'Église. On n'en saurait trop conseiller la lecture aux prêtres et aux élèves du sanctuaire. Nous en parlerons dans les deux paragraphes suivants.
Première Epitre à Timothée
Introduction particulière
I. Lieu et époque de sa composition. — On croit communément qu'elle fut écrite de Macédoine, dans le troisième voyage que saint Paul y fit, vers l'an 64, à son retour de Rome, où il avait passé deux ans en prison. Tel est le sentiment d'un grand nombre d'habiles critiques ^ D'autres pensent qu'on doit la placer entre les deux Épîtres aux Corinthiens, lorsque saint Paul fut contraint de sortir d'Ephèse, après la sédition de Démétrius. La souscription grecque porte qu'elle fut écrite de Laodicée, capitale de la Phrygie Pacatienne. Mais cette souscription est fautive : la Phrygie ne reçut le nom de Pacatienne que sous Constantin.
II. Son authenticité. — Plusieurs auteurs protestants ont nié l'authenticité de cette épître. « Mais leurs rai- « sons, dit l'un deux -, destinées à faire preuve d'esprit « bien plus que de logique, ne persuaderont, je crois, « personne d'impartial, et ont à peine besoin d'être ré- (( futées, » Ils s'appuient : 1° sur ce que cette lettre ne peut avoir été écrite à aucune époque du livre des Actes. Mais l'objection croule si elle n'a été écrite qu'après le temps dont ce livre renferme l'histoire. — 2° Sur la différence du style, comparé avec celui des épîtres précédentes. Mais de nouveaux adversaires, des temps différents, un sujet divers, amenaient nécessairement cette diversité de style. — 3' Sur une contradiction prétendue entre I Timoth., i, 20, oh Alexandre est un hérétique, et II Timoth., iv, 14, où il est un ennemi de saint Paul, Mais il pouvait être l'un et l'autre; et saint Paul, en effet, a soin de distin-
1 Pearson, Leclerc, Mille, Paley, etc.
2 Cellérier, loc. cit., p. 43 2.
guer du premier le second de ces personnages en le désignant sous cette épithète : y^alv.ivi, œrarius.
Au reste, dit encore Cellérier, les adversaires de notre épître avouent eux-mêmes qu'on y retrouve le langage et le génie de l'Apôtre des Gentils; et le critique impartial qui la lira sans prévention sentira bientôt ses doutes s'évanouir à l'ouïe de ces discours aimés, pressants, affectueux, qui partent du fond du cœur, qui en ont l'accent et qu'un imposteur ne saurait imiter. Tous ces détails particuliers, tous ces préceptes individuels et précis, sont-ils l'indice d'un ouvrage supposé? Un imposteur aurait-il imaginé d'ordonner qu'on choisît l'évêque i^-h nlny.Tnv, non percussorem (m, 3)? ou bien de recommander àTimothée d'user d'un peu de vin à cause de son estomac (v, 23) ?
III. Son but. — Cette lettre, aussi bien que celle à Tite, avec laquelle elle a tant de rapports, se distingue des précédentes par la nature des préceptes et des idées. Nous ne trouvons plus ici ces chrétiens judaïsants, les constants adversaires de l'Apôtre et l'objet ordinaire de ses luttes. Mais saint Paul attaque cette philosophie platonicienne, essénienne ou gnostique, comme on voudra l'appeler, dont les épîtres écrites de Rome nous ont indiqué les premières traces, et qui maintenant, sans doute plus dangereuse et plus développée, exige aussi plus de soins et d'efl'orts. L'Apôtre ne croit plus nécessaire de prémunir ses compagnons d'oeuvre contre la loi cérémonielle ou la circoncision, mais contre les hérétiques, les sectes, les contes de vieilles et les généalogies fabuleuses *.
Saint Paul écrit donc cette première lettre afin de prémunir de plus en plus son disciple, qu'il venait de quitter, contre ces erreurs, et pour lui donner en même temps de nouvelles instructions sur les devoirs de sa charge. Telle en fut l'occasion et tel en est le dessein.
1 Cellérier, loe. cit., p. 429.
IV. Analyse sommaire. — En voici la substance : Saint Paul commence par avertir Timothée de se tenir en garde contre les enseignements de ces faux docteurs dont nous venons de parler, et de s'acquitter fidèlement de toutes les obligations de son ministère ; puis il lui annonce qu'il a chassé de l'Église Hyménée et Alexandre, à cause de leurs blasphèmes. C'est tout le chapitre premier (i).
Dans le chapitre deuxième (ii), il lui recommande, à titre d'obligation, de prier pour tous les hommes, spécialement pour les princes et les rois même païens. Il expose la manière dont les hommes et les femmes devront s'acquitter de ce devoir et se comporter dans les assemblées religieuses.
Au chapitre troisième (m), il énumère les qualités qu'il doit exiger de ceux qu'il destinera aux fonctions d'évêques, de prêtres et de diacres.
Lui-même devra s'exercer beaucoup à la lecture et à la piété, donner aux fidèles l'exemple de toutes les vertus, et veiller si bien sur lui qu'il ne fournisse à personne l'occasion de mépriser sa jeunesse (iv). Au commencement de ce même chapitre, il lui annonce quelques hérésies qui devaient s'élever dans la suite des temps, et il les réfute d'avance.
Dans le chapitre suivant (v), il lui prescrit les règles de prudence que les veuves doivent garder, et la manière dont il devra se conduire, soit à leur égard, soit à l'égard des autres personnes. Qu'il prenne le plus grand soin de ses prêtres ; mais qu'il n'impose pas trop promptement les mains à qui que ce soit. Qu'il se conserve toujours dans la chasteté ; il fera bien cependant de prendre un peu de vin, à cause de son estomac et de ses nombreuses infirmités.
Enfin il lui trace les règles de conduite que les serviteurs et les maîtres doivent observer entre eux ; il l'engage à fuir l'avarice, la racine de tous les maux, à pratiquer, en un mot, toutes les vertus et à conserver intact le précieux dépôt de la foi (vi).
406 COURS d'écriture sainte
N° II Utilité et beautés de cette lettre
Cettre lettre est particulièrement utile aux prêtres, soit pour leur conduite personnelle, soit pour celle des peuples qu'ils ont à diriger.
En effet, quoi de plus sage et de mieux approprié à nos besoins que les leçons et les conseils qu'elle renferme ? Il n'en est aucun dont nous ne puissions faire notre profit. « Exercez-vous beaucoup à la piété. Les « exercices du corps servent à peu de chose ; mais la « piété est utile à tout : elle a les promesses de la vie « présenjte et de la vie future. C'est une vérité cer- « taine, digne de toute croyance : nous ne souffrons, « nous ne sommes maudits, que parce que nous espé- « rons dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de « tous les hommes, et surtout des fidèles. Annoncez « ces choses et enseignez-les. Que personne ne (( méprise votre jeunesse ; mais soyez l'exemple des « fidèles, dans les conversations, dans tout le com- « merce de la vie, dans la charité, la foi, la chasteté. « Jusqu'à ce que je vienne, appliquez-vous à la lec- « ture, exhortez, instruisez. Gardez-vous de négliger « la grâce qui est en vous , cette grâce que, suivant « une révélation prophétique , les prêtres vous ont « conférée par l'imposition des mains. Méditez ces ({ choses, occupez-vous-en sans cesse, afin que tous « soient témoins de vos progrès. Veillez sur vous, « instruisez les autres et persévérez dans ces exercices. « De cette manière, vous vous sauverez vous-même ; « vous sauverez aussi ceux qui vous écoutent (iv, 7- « 16). ))
Voyez encore le chapitre sixième (vi, 11-16). On y trouve, avec de nouvelles exhortations à la vertu, une des plus magnifiques descriptions de la majesté infinie de Dieu. « C'est, dit l'Apôtre, le seul heureux, le seul c( puissant, le Roi, le Seigneur des seigneurs ; seul il « a l'immortalité en partage, il habite une lumière
(t inaccessible ; aucun homme ne l'a vu ni ne peut le « voir ; à lui seul appartiennent la gloire et l'éternelle « puissance. A?wen/))
§" Deuxième Epître à Timothée
Introduction particulière
I. Lieu et époque de sa composition. — Lorsque Timothée reçut cette seconde lettre, il était dans l'Asie Mineure, probablement à Éphèse. Cette dernière circonstance n'est cependant pas aussi certaine ^
Quant à saint Paul, il était prisonnier à Rome (II Tim., I, 8, 16, 17, etc.) : et Micbaélis, d'accord sur ce point avec la plupart des Pères, prouve fort au long, contre quelques critiques modernes , Baronius , Estius, Hug, etc., que l'Apôtre écrivit cette épître pendant sa seconde captivité dans cette ville. II emploie dix arguments pour établir sa thèse "; et il y en a au moins quatre, les quatre derniers, qui paraissent décisifs ^ Il conjecture aussi avec assez de fondement que cette lettre dut être écrite aux environs du mois de juillet, ou, au plus tard, au mois d'août, parce que saint Paul engage Timothée, qui se trouvait alors en Asie, à venir le rejoindre avant l'hiver, et que l'épître dut être écrite au moins un mois avant de lui parvenir. 11 en rapporte par conséquent la composition à l'an 66.
II. Son but. — Ce fut le désir de voir encore une fois son disciple avant de mourir, et de lui donner ses dernières instructions, dans le cas où il ne pourrait pas venir les recevoir lui-même à Rome, qui engagea saint Paul à écrire cette seconde épître.