PREMIÈRE PARTIE. — Chap. VIII-X
I. Exposition générale. — 1° La pensée dominante est l'obligation imposée à tout fidèle de s'abstenir de toute participation, même indirecte, aux sacrifices idolâtriques. Saint Paul fut amené à traiter de cette question par la coutume où étaient les païens de servir sur leurs tables la chair des animaux immolés sur les autels de leurs idoles, soit que cette chair eût été apportée des temples dans leurs demeures, soit qu'elle eût été achetée sur le marché public. Dans l'un et l'autre cas, les chrétiens avaient occasion d'en manger, et les uns n'en avaient aucun scrupule, les autres en étaient scandalisés.
2° Deux pensées résument l'enseignement de l'Apôtre : a) absolument parlant, c'est chose indifférente
et loisible, si l'on a la conscience bien formée; — b) néanmoins, il est bon de s'abstenir en pratique, d'abord à raison du scandale, puis afin de ne pas tomber dans le péché de gourmandise, enfin par horreur de toute relation, même indirecte, avec le démon.
IL Explications. — Le développement des motifs proposés par l'Apôtre est compris dans ces trois chapitres, et nous verrons, en les étudiant, comment saint Paul s'élève d'un fait particulier aux considérations les plus élevées sur l'abnégation et la mortification' chrétiennes.
Chap. VIII. — Trois choses forment le sujet de ce chapitre : la science dont se prévalent certains esprits pour agir selon leurs propres vues; la vanité absolue des idoles; l'obligation de ne point donner de scandale.
1» La science (1-3). Sous le nom de science, saint Paul entend sans doute la connaissance des vérités chrétiennes, de celles principalement qui règlent la conduite de la vie. Peut-être aussi fait-il allusion aux doctrines déjà mentionnées en la première instruction, et auxquelles était attribuée la qualification absolue de science ou chose. Quoi qu'il en soit, la vraie science est celle qui conduit à l'amour de Dieu.
2" La vanité des idoles (4-6). C'est le principe par lequel les savants de Corinthe formaient leur conscience pour manger la chair des animaux immolés dans les sacrifices païens. L'idole ne répond à aucune réalité subsistante, c'est une pure fiction : elle ne saurait donc communiquer aucune qualité morale aux objets qu'on lui offre. Saint Paul approuve le principe et le confirme.
3° Obligation de l'exemple (7-13). A un principe absolument vrai saint Paul en oppose un autre non moins vrai et plus grave en pratique : celui de ne point engager les âmes timorées à des actes que leur conscience réprouve. La liberté dont usent les savants devient mauvaise si elle met en péril le salut des âmes.
4° Quelques mots du verset 6 ont donné lieu à une m 21
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objection contre la divinité de Jésus-Christ, à cause de la distinction que saint Paul fait, ce semble, entre Dieu et Jésus-Christ; distinction de nature : Unus Bens, unus Dominus; distinction de puissance et de dignité : Deus ex quo omnia, Dominus per quem omnia.
a) Sur le premier chef, le mot unus Deus est en opposition à mw/^i dii du verset précédent, et non à Dominus. Ce dernier terme désigne la Divinité aussi bien que Deus, et il est employé en ce sens dans l'Ancien Testament, où il répond à l'hébreu Adonaï qui est un nom divin. Il exprime la souveraineté absolue, telle que la comporte l'idée de Dieu. D'ailleurs le qualiflcatif wnw* attribué à chaque titre indique bien que dans l'esprit de saint Paul il y a distinction de personnes, mais non de natures. Si donc l'Apôtre divise ces titres entre deux personnes divines, c'est par appropriation et dans un sens tout relatif. Au Père appartient la divinité en principe; il la possède par lui-même : Jésus-Christ reçoit communication de la nature divine, et de plus, il est en rapport immédiat avec le monde, soit par la création, soit par la rédemption, deux causes qui lui donnent le droit de souveraineté.
b) Pour la même raison, saint Paul parlant de Dieu a dit : ex quo omnia, parce que le Père est la source d'où procède la puissance créatrice; et parlant de Jésus-Christ : per quem omnia, parce que Jésus-Christ a reçu du Père la même puissance ; mais cela n'implique pas infériorité.
Chap. IX. — Ce chapitre est une digression amenée par les derniers mots du chapitre précédent, où saint Paul a déclaré que jamais il ne se permettra rien qui cause du scandale. Il montre ici, par le tableau de sa vie apostolique, que sa conduite a constamment été la même, et fait, de la sorte, servir son propre exemple à la confirmation de son enseignement. C'est dans ce chapitre qu'il s'élève à la plus pure doctrine de l'abnégation. Nous le divisons en deux points : 1" Exposé des c?m^s de V apostolat {i-V\). Ils autorisent l'Apôtre à
vivre aux dépens de ses disciples. Saint Paul le démontre : a) parla pratique des autres Apôtres [f 4-6) ; b) par la coutume (t 7) ; — c) par l'Écriture qui est expresse {^ 8-10) ; — d) par la raison de l'équité naturelle (11-12) ; — e) par l'usage accepté chez les anciens et confirmé par Jésus-Christ (13, 14).
2° Abnégation de ce droit par l'Apôtre (y 15-26). Il n'a point usé de son privilège et en propose trois motifs : a) L'amour de son devoir qui impose l'obligation rigoureuse d'annoncer l'Évangile ( 13-18) ; — b) l'amour des âmes, le désir de gagner des adorateurs à Jésus- Christ (19-23); — c) le soin de son salut et l'attrait de la récompense céleste (y 24-27). Ce dernier motif est présenté sous la forme d'une comparaison entre la vie chrétienne et les jeux isthmiques, si célèbres chez les Corinthiens.
3° Nous ajoutons une seule observation à cet exposé : saint Paul a posé dans ce chapitre les principes sur lesquels reposent les droits de l'Église aux possessions temporelles, ainsi que les règles qui ont inspiré sa discipline sur ce sujet. Ce n'est que l'explication de l'ordre imposé par Jésus-Christ aux fidèles de pourvoir à l'entretien de leurs apôtres.
Chap. X. — 1° Nous trouvons dans ce chapitre un troisième motif de la recommandation faite aux Corinthiens : c'est l'exemple du châtiment que Dieu infligea aux Hébreux en punition de leur gourmandise et de leurs murmures contre Moïse (1-13) — a) Cette pensée se rattache au dernier verset du chapitre précédent, oh saint Paul a conseillé la mortification, l'esprit de détachement, la pratique des œuvres surérogatoires, afin d'assurer le salut, dont l'acquisition est difficile.
b) Tout son raisonnement repose sur le sens figuratif des Écritures : la délivrance des Hébreux, le passage de la mer Rouge, la vie au désert furent les figures de la rédemption chrétiennne et de la vie au milieu du monde. Ceux donc qui se comporteraient comme les Hébreux à l'égard de Moïse encourraient
la privation du bonheur éternel, comme ceux-ci devinrent indignes d'entrer dans la Terre promise.
2° A la suite de cette considération, saint Paul donne trois règles pratiques (14-33) : a) S'abstenir de toute participation à l'idolâtrie, par motif de religion et de charité, par respect pour le culte eucharistique, car l'idolâtrie n'est que le culte des démons (14-24). — b) Ne pas s'enquérir au sujet des viandes exposées au marché ou mises sur la table, et ne s'abstenir que dans le cas où il serait déclaré qu'elles ont été offertes aux idoles (23-30). — c) Chercher en tout la gloire de Dieu (31-33).
3° Quelques explications seront utiles sur ce chapitre. — y 1, 2. Baptizati sunt in nube et in mari. Le mot baptême est ici pris au sens figuré, car les Hébreux ne furent pas touchés par les eaux de la mer Rouge. Mais ce passage devint pour eux l'origine d'une existence nouvelle, religieuse en même temps que civile, où ils vécurent libres et gouvernés par leurs propres lois.
5^ 3, 4. — a) « Esca, potus spiritalis. » Le sens de ces expressions est que la manne que mangèrent les Hébreux et l'eau qu'ils burent avaient une origine miraculeuse et une signiQcation mystérieuse. — b) « Bibebant de petrâ spiritali. » Petra est pris ici selon sa signification propre et naturelle, et si elle est appelée spirituelle, c'est à cause du miracle qui en fit jaillir l'eau et parce qu'elle figurait un mystère futur. — c) « Pet7'a erat Christus. » Pefra est pris selon le sens métaphorique. La pierre mystérieuse et figurée était Jésus- Christ avec sa grâce. Souvent, dans l'Écriture, le mot petra est appliqué à Dieu par métaphore : saint Paul use de la même licence.
d) « Conséquente eos. » C'est encore une expression métaphorique. Le vrai sens est que l'eau du rocher suivit les Hébreux dans leurs marches. Saint Paul dit ailleurs que le Fils de Dieu était le guide de ce peuple. Il fait donc entendre ici que les bénédictions de Jésus- Christ lui furent dès lors octroyées.
Y. J6. Calix benedictionis. .. communicatio corporis Christi... Partis quem frangimus... participatio corporis Domini. Ce verset est un de ceux où la tradition catholique a trouvé une preuve de la réalité du Sacrifice eucharistique. Saint Paul en effet a dit plus haut que manger la chair des animaux offerts aux idoles serait une participation à ce sacrifice; et ici il oppose, comme motif d'abstention, la participation au corps et au sang de Jésus-Christ. C'est donc l'idée de sacrifice qui domine dans le raisonnement, et la parité n'existerait pas dans les deux parties qui le composent, ni la force dans l'argument, si la manducation de l'Eucharistie n'était pas une participation à un sacrifice.
y. 17. Ufius panis , unum corpus multi siimus qui de uno pane participamus. Plusieurs enseignements ressortent de ces paroles : a) La vérité de la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Plus haut (>-. 3), saint Paul a dit de la manne : « omnes eamdem escam manducaverimt; » ici il dit : « unus panis, omnes de uno pane. » Dans le premier cas, il n'y avait, pour les Hébreux, que la similitude de substance; dans le second, pour les chrétiens, il y a unité substantielle, identité, et ce pain est une participation au corps du Seigneur. C'est donc que le corps de Jésus-Christ est lui-même la nourriture des chrétiens, en sa propre substance.
b) La forme sociale de l'Église : « unum corpus. » L'unité substantielle de l'aliment des chrétiens produit en eux l'unité de vie : ils ne sont donc tous que les membres d'un même corps, de Jésus-Christ qui se donne à eux. L'Eucharistie a donc pour effet de transformer les chrétiens en Jésus-Christ.
SECONDE PARTIE. — Chap. XI.
L Exposition. — Trois points résument cet enseignement. 1° La tenue générale de l'assemblée chrétienne (1-16). Elle se résume dans l'observation de
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la modestie. Chez les Grecs, c'était la coutume que, dans les cérémonies publiques, les hommes eussent la tête découverte et que les femmes fussent voilées : Pour celles-ci, toutefois, il y avait exception quand c'était une prophétesse rendant des oracles : elle ne se couvrait point. Peut-être les chrétiennes de Corinthe tendaient à imiter ces prêtresses païennes lorsqu'elles prophétisaient. Saint Paul voulut donc les ramener à la simplicité qui leur convient et il le fit en proposant les motifs les plus élevés sur la dépendance glorieuse que Dieu a imposée à la femme.
2° La tenue des agapes (17-22). C'est un conseil de mortification et de charité donné aux riches qui faisaient de l'ostentation et délaissaient les pauvres dans ces repas fraternels.
3° Les dispositions requises pour recevoir dignement le corps et le sang de Jésus-Christ (23-34) ; dispositions de sainteté intérieure et de charité mutuelle. C'est une conséquence de l'avis précédent. L'Apôtre insiste particulièrement sur les funestes effets de la communion indigne.
II. Explications. — }\ 4, 5. Orans aut prophetans. Il s'agit probablement de la récitation publique des psaumes et de la lecture des prophéties ; peut-être aussi de prophéties proprement dites ou d'explications des prophéties bibliques données par un mouvement particulier d'inspiration.
% 7-9. — L'explication de ce beau langage est aux premiers chapitres de la Bible, où l'on voit l'homme créé à l'image de Dieu, et la femme formée à l'image de l'homme ; l'un et l'autre par conséquent doit refléter les perfections de son modèle en accomplissant fidèlement ses œuvres.
^. 10. Débet mulier potestatem hahere suprà caput propter angelos. — Voici diverses explications de ce verset : a) Se voiler par respect pour la présence des anges. — b) Se voiler par réserve , à cause des ministres sacrés à qui l'Écriture décerne quelquefois le titre
d'anges (Cfr Apoc, m). — c) Plus simplement, se voiler à l'imitation des anges, que l'Écriture montre couverts de leurs ailes devant le trône de Dieu,
y. 18-22. — Pour comprendre l'abus corrigé ici par l'Apôtre, il faut se rappeler qu'à l'origine les fidèles apportaient eux-mêmes le pain et le vin destinés à la célébration du sacrifice. Une partie seulement était consacrée et l'autre mangée en un repas commun. On imitait ainsi la dernière Cène, et c'est ce que signifient les mots dominica cœna. L'abus consistait en ce que les riches apportaient de grosses offrandes et n'en faisaient point part aux pauvres. Saint Augustin et d'autres ont même pensé que le repas commun se faisait avant le sacrifice , et que saint Paul aurait changé cet ordre, à cause de l'irrévérence dont les riches se rendaient coupables par leur immortification et leur orgueil.
Sixième instruction : les Dons spirituels (chap. xii-xiv).
Ces trois chapitres, étroitement unis entre eux, divisent l'instruction apostolique en autant de parties : distribution et économie des dons spirituels (xii) ; leur fondement dans la charité (xiii) ; leurs rapports mutuels (xiv).
Chap. XII. — Distribution et économie des dons spirituels.
I. Exposition. — Après avoir proposé une règle pour le juste discernement des esprits, saint Paul établit deux choses : l'origine et la diversité des dons spirituels, leur économie et leur fin.
1° Origine et diversité (4-11). Ils dérivent tous de Dieu et sont rangés en trois classes : les Grâces, les Ministères, les Œuvrer. Quoiqu'il soit difficile de préciser le caractère de chaque classe et de lui assigner exactement tel outel don, néanmoins onpeutdire que: a) les grâces sont relatives à la religion et comprennent les dons qui perfectionnent surnaturellement
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l'âme, tels que la sagesse, la science, la foi ; — b) aux ministères appartiennent les actes accomplis pour le service du prochain, guérisons, miracles, prophéties, et aussi les fonctions du sacerdoce ; — c) les opérations se rapportent plutôt à la direction spirituelle et à l'édification des âmes, telles que le discernement des esprits, le don des langues, l'interprétation des Écritures et des prophéties. Toutefois de bons commentateurs rejettent cette distinction et voient en ces mots, gratiœ, ministraliones, operationes, non des dons spéciaux, mais de simples dénominations d'une même chose , et ils n'y rattachent pas les dons énumérés ici K
2° Économie et fin (12-31). Après avoir énuméré les dons spirituels, saint Paul en fait connaître le but et la raison, à savoir l'utilité des âmes, leur bien spirituel. Il expose sa pensée par deux considérations : a) une comparaison avec le corps humain, où il y a diversité de membres, et unité de vie ; dépendance mutuelle des membres, qui ont besoin les uns des autres ; sympathie les uns pour les autres (12-26) ; — h) Une application spirituelle de cette similitude à l'Église, oii Dieu a disposé diverses fonctions qui tendent toutes à la même fin (27-31),
II. Explications. (4-11). — Plusieurs observations utiles se présentent au sujet des dons spirituels énumérés ici. i° Saint Paul les rapporte aux trois Personnes divines, qu'il distingue chacune par des attributions propres. Il montre en même temps leur égalité, soit par l'ordre inverse oti il les nomme, qui exclut l'idée de subordination, soit par l'excellence des attributions qui appartiennent à l'ordre spirituel et divin, soit par la conclusion, qui les approprie toutes au Saint-Esprit et de la sorte affirme sa divinité. Plus loin (y. 28), il les approprie au Père comme à leur auteur, et au Fils, instituteur de l'ordre apostolique.
1 Cfr saint Jean, Chrysost. ; Corneille Lapierre; Drach, in h. l.
2° Nous avons déjà dit quelle signification peut être attribuée à chaque classe. Reste à expliquer le rapport de convenance qui existe entre elles et la Personne divine à qui l'Apôtre l'approprie. — a) Au Saint-Esprit appartiennent les grâces de perfectionnement intérieur, parce qu'il est la sainteté personnelle et la cause efficiente de la sanctification dans les âmes, et que Jésus-Christ lui attribue le pouvoir de les illuminer et de les instruire*.
b) Sous le titre de Seigneur, Dominus, saint Paul désigne Jésus-Christ, qui a paru en souverain Maître et a passé sa vie au service des hommes en leur faisant du bien. C'est pour cela que les ministères lui sont attribués, dons gratuits accordés pour l'utilité du prochain, c) Quant aux opérations^ on entend la facilité de dire et de faire des choses qui surpassent la portée des facultés humaines, et elles sont rapportées au Père, cause première de ce qui existe et principe de toute puissance.
Le reste du chapitre ne présente pas de difficutés.
Chap. XIII. — Fondement des dons spirituels dans la charité.
Quelques mots suffiront pour donner l'intelligence de ce chapitre. Saint Paul enseigne trois choses :
i° Nécessité de la charité (1-3). Elle est le principe qui vivifie les œuvres, leur âme; c'est elle qui les rend méritoires, et elle a une supériorité absolue sur toute langue, sur toute science.
2° Son étendue (4-7). Elle comprend toutes les vertus, les pratique toutes et leur donne le caractère de l'héroïsme.
3° Sa durée (8-13). Elle est éternelle. Au ciel, toute science disparaîtra devant la claire vision de Dieu ; la foi même et l'espérance ne subsisteront plus; mais la charité demeurera.
1 Cfr Joan,, xvi.
Chap. XIV. Rapports mutuels des dons.
I. — La question est ramenée à l'utilité pratique des dons spirituels, et saint Paul la réduit même au don des langues et à celui de prophétie, qui étaient devenus sujet de jalousie et de disputes entre les Corinthiens.
1° Sur le don des langues, il le déclare plus merveilleux qu'utile, parce qu'il ne contribue pas à l'édification des âmes, à moins qu'il ne se trouve dans l'assemblée un interprète qui explique les choses proférées en une langue étrangère (1-23). — 2° Le don de prophétie est édifiant, capable d'amener la conversion d'un païen (24-23). — 3° En pratique, l'ordre à tenir dans les assemblées doit être réglé par l'humilité, la patience, le désir du bien spirituel. Le silence est imposé aux femmes (26-40).
II. — La doctrine de l'Apôtre sur le don des langues a provoqué, de la part des protestants, une objection contre l'unité de la langue liturgique dans l'Église et l'interdiction de la langue vulgaire. Les arguments proposés ont pour principes l'usage du don des langues dans la primitive Église, et la nécessité pour le peuple de comprendre les paroles de la liturgie (y 16).
Yoici les principes d'une réponse : 1° Aucun ordre divin n'a imposé à l'Église l'unité de langue dans sa liturgie; c'est une affaire de pratique, de tradition et de vigilance pour la conservation de la foi.
2° Dans la primitive Église, l'usage de plusieurs langues était reçu, non dans le sacrifice, mais dans les exercices catéchistiques du culte, et l'Église y a toujours admis les langues vulgaires. La cessation du don des langues l'a autorisée à ne reconnaître qu'un seul idiome dans ses offices et à réserver la parole à ceux que leur ministère oblige à instruire, parce que les fidèles ne peuvent plus compter sur l'assistance spéciale qui accompagnait le don des langues et préservait d'erreur.
Septième instruction : La Résurrection, (chap. xv).
I. Exposition. — Cinq questions sont traitées dans ce chapitre: la certitude de la résurrection; ses circonstances; son mode; les qualités des corps ressuscites; les conséquences de ce fait.
1° Certitude de la résurrection (1-22).
A. — Principe: Jésus-Christ est vraiment ressuscité. Saint Paul veut que toute sa doctrine repose sur ce fait, c'est pourquoi il le prouve d'abord : a) par le témoignage des Apôtres et des disciples qui ont vu Jésus- Christ ressuscité, auquel il ajoute le sien (4-H); —
b) par la raison, à cause des conséquenses funestes où conduirait la doctrine contraire, à savoir la ruine de la foi et de la religion, qui est fondée sur ce fait (12-18).
B. — Conséquence : Les corps ressusciteront. Il y en a deux preuves : a) La relation intime et nécessaire qui existe entre la résurrection de Jésus-Christ et la nôtre : Jésus-Christ est notre chef dans l'ordre de la grâce, comme Adam l'a été dans celui de la création, et cause méritoire de la vie, comme Adam le fut de la mort (13, 16, 20-22).
b) Raison de convenance. Cette preuve est donnée un peu plus loin (29-34) : c'est l'inutilité des bonnes œuvres et des souffrances endurées pour la foi en cette vie, s'il n'y avait pas de résurrection.
2° Circonstances (23-28). Trois choses marqueront la résurrection : a) les élus ressusciteront après Jésus- Christ selon les degrés de leurs mérites; — b) le règne de Jésus-Christ deviendra visible et sa domination s'étendra sur toute créature et sur la mort; —
c) Jésus-Christ consacrera son royaume avec tous les saints à Dieu son Père.
30 Mode de la résurrection (35-41). L'Apôtre ne donne qu'une solution indirecte, en répondant aux objections et en faisant appel à la puissance infinie de Dieu. Il procède par deux comparaisons : — a) le
grain de froment se décompose dans la terre et cependant Dieu en tire de nouveaux grains : — ô) la variété des corps et de leurs formes, sur la terre et au ciel : elle atteste les ressources dont la puissance divine dispose. Par conséquent, il ne lui sera pas difficile de recomposer les corps tournés en poussière.
4° Qualités des corp% ressuscites (42-50). Ce sera une transformation complète, à l'imitation du corps de Jésus-Christ. Preuve nouvelle de la puissance divine et explication surnaturelle de la résurrection : Dieu conservera la substance créée et modifiera les conditions de son existence.
o° Conséquences (51-58). — a) Différence de condition entre les hommes selon leurs mérites ou leur démérites; — b) conséquence dogmatique : la destruction de la mort et du péché, deux choses inséparables; — c) conséquence morale : fermeté dans la foi, zèle pour la pratique des bonnes œuvres.
II. Explications. — (13-16). Saint Paul établit une relation nécessaire entre la résurrection de Jésus- Christ et celle des hommes. Cette relation est expliquée par la doctrine émise par l'Apôtre au chapitre xii et rappelée en celui-ci (20-22), à savoir que l'Église est un corps dont Jésus-Christ est le chef, ce qui exige rigoureusement l'identité de vie et de condition. Jésus-Christ est le chef spirituel des hommes, de même qu'Adam a été leur chef temporel : la naissance naturelle tire d'Adam son origine pour le corps, et, par concomitance, pour l'âme; la génération surnaturelle a son principe en Jésus-Christ pour l'âme, et, par conséquence, pour le corps.
f. 17. Adhuc estis in peccatis... a) Si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, la foi, qui est nécessaire à la justification, est fausse et sans fondement; — b) la mort de Jésus-Christ a été inefficace pour notre rédemption, puisque Jésus-Christ a été vaincu par la mort même, effet du péché : celui-ci a donc conservé toute sa puissance.
T. 20. Cliristus jjrimitiœ dormientium. — a) Ea fait, Jésus-Christ est le premier ressuscité pour une vie immortelle : tous les autres hommes que l'on a vus ressuscites, ne l'ont été que pour un temps. — b) En principe, de même que chez les Juifs, r<3blation du premier-né sanctifiait toute la famille ; ainsi Jésus- Christ, premier fruit de la grâce, a étendu sa bénédiction sur tous les hommes.
y. 22. In Adam omnes moriuntur, in Christo omnes vivificabuntur. 1° On a observé que saint Paul a principalement en vue les élus, parce qu'eux seuls bénéficieront de la résurrection; mais il n'exclut pas les réprouvés. Plus loin, il dira leur sort (y. 51) ; mais ici il parle du dessein de Dieu, qui a été de vivifier tous les hommes par Jésus-Christ.
2" Comment les réprouvés devront-ils à Jésus- Christ leur résurrection, qui sera pour leur malheur? — La résurrection sera une œuvre de puissance et de grâce divines : a) comme œuvre de puissance, elle a été méritée absolument par Jésus-Christ et sera octroyée à tous les hommes, sans distinction, par la destruction de la mort, car Jésus-Christ a réparé l'homme tout entier, en sa nature aussi bien qu'en son état surnaturel ; — b) comme œuvre de grâce, elle recevra son application selon les dispositions morales et les mérites de chaque homme, Dieu donnant aux élus la vie naturelle et surnaturelle, et la première seulement aux réprouvés... Cette explication est de saint Ambroise, suivi par saint Thomas qui a émis cette affirmation : « Jésus-Christ est cause méritoire « et efficiente de la résurrection pour les bons; cause « simplement efficiente pour les réprouvés. »
y. 29. Le baptême pour les ynorts. — Nous ne pouvons que toucher à cette question, qui demeure insoluble après les nombreuses dissertations qu'elle a provoquées. — a) Selon saint Jean Chrysostome, ce serait une simple allusion à ce fait que le baptême est conféré immédiatement après la profession de foi en
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la résurrection dans la récitation du Symbole. — b) L'opinion plus commune voit une allusion à certaines purifications imitées des Juifs et pratiquées en faveur des défunts. — c) Quelques-uns ont pensé qu'il s'agit du baptême que des chrétiens se faisaient donner pour ceux qui étaient morts sans cette grâce. Saint Paul mentionnerait le fait, sans l'approuver, pour en déduire une preuve (Drach).
^. 32. Combat de saint Paul contre les bêtes. — a) L'histoire et la tradition n'ont conservé aucun souvenir de ce fait : aussi de bons interprètes l'ont-ils entendu en un sens tout métaphorique. — b) Toutefois, on peut croire qu'il s'agit d'un véritable combat dans l'arène, saint Paul nommant le lieu, mentionnant un péril de mort comme élément de sa thèse et ajoutant : secundùm hominem, ce qui indique un fait réel.
^. 51, Omnes resurgemus, sednonomnes immutabimur.' Le texte grec présente une leçon tout opposée : Omnes non dormiemus, sed omnes immutabimur ; quelques manuscrits grecs, entre autres le Sinaïtique, portent : Omnes dormiemus^ sed non omnes immutabimur. a) Les Grecs ont enseigné, après saint Jean Chrysostome, qu'à la fin des temps quelques hommes ne subiront pas la mort, mais seront subitement transformés par une action extraordinaire de la puissance divine, et cette opinion n'a pas été réprouvée par l'Église. — b) La leçon du Sinaïtique paraît plus véridique : Elle ne diffère du latin que par la sulistitution du mot dormire h resvrgere, sans que l'on puisse expliquer l'origine de cette différence. — c) Quoi qu'il en soit, la leçon de la Vulgate doit être absolument retenue, ainsi que la doctrine de la résurrection universelle, avec la seule différence d'état entre les élus et les réprouvés.
Le chapitre xvi n'a pas besoin d'explication , et nous terminons ici notre étude sur cette épître.
Deuxième Épître aux Corinthiens
N° I Introduction particulière
I. Lieu oh elle a été écrite. — Cette seconde lettre suivit de près la première. Saint Paul l'écrivit en Macédoine (II Cor., II, 13; vu, 5), oîi il s'était rendu après avoir quitté Éphèse. Il se trouvait, en effet, dans ce pays quand Tite, qu'il avait inutilement attendu à Troas (ii, 12, 13), était venu le rejoindre, et lui donner les détails, qu'il brûlait de connaître, sur les effets que sa première lettre avait produits.
II. Ce qui en fut l'occasion. — Elle en avait produit d'assez divers. Plusieurs des Corinthiens, sincèrement touchés, avaient profité de ses conseils et donné des marques d'une vive repentance; mais tous les abus n'étaient pas détruits, la division subsistait parmi les chrétiens, et le faux docteur, l'ennemi personnel de l'Apôtre, conservait son parti. Le parti semblait même s'être fortifié à la faveur de ces divisions et grâce aux calomnies que les chefs de l'opposition ne cessaient de répandre contre saint Paul. On disait, en effet, que c'était un esprit léger, inconstant, changeant souvent de doctrine (II Cor., i, 16, 17). On le représentait comme un homme orgueilleux et trop jaloux de défendre sa propre réputation (II Cor., ii, 1, o, 12 ; x, 12; XI, 16; xii, 1). On allait jusqu'aux menaces : il n'avait de courage, disait-on, que la plume à la main; en face, il était faible et timide (II Cor., x, 10, 11). «C'est « alors, dit Cellérier^ qu'à la fois agité par l'inquié- « tude, l'affection, l'espérance et la douleur, il leur « écrit dans le trouble de son âme cette seconde « épître, qui porte l'empreinte de tous ces sentiments,
* Cellérier, Introd., p. 415.
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(( et dans laquelle Tordre aussi bien que le style se « ressentent de son agitation. »
III. Son but. — On pourrait l'intituler V Apologie de saint Paul. En effet, il s'y propose principalement de répondre à ses ennemis, et de réfuter leurs calomnies en se justifiant des reproches qui lui étaient adressés. C'était d'ailleurs le moyen d'achever la destruction des abus dont les récits de Tite lui ont mieux fait connaître la grandeur.
IV. Sa division. — On peut diviser cette lettre en deux parties.
La première (i-jx) est, sous une forme historique, Vapologie indirecte de la personne et du ministère de saint Paul (i-vii). La longue digression sur l'aumône, renfermée dans les chapitres viii et ix, atteint le même but en faisant ressortir de plus en plus aux yeux des Corinthiens le dévouement de l'Apôtre.
La deuxième partie (x-xiii) est une apologie proprement dite ou directe. Saint Paul y relève l'excellence de sa mission (x, 1-H) et l'étendue de ses conquêtes ; il ne craint pas même, dût-il passer pour un insensé, de parler de ses qualités personnelles, de sa science, de son désintéressement, de ses persécutions (xi, 5-33) et des grâces extraordinaires dont il a été favorisé (xii). Il termine en annonçant sa prochaine arrivée. Qu'ils se hâtent de changer de conduite : car il vient, en qualité de juge, leur faire sentir toute la vertu de Jésus-Christ dont il est le ministre (xiii).
N° II Instructions et beautés principales de cette épître
I. — Quoique cette épître n'ait pas les caractères d'un écrit doctrinal, on y trouve cependant beaucoup d'instructions dogmatiques et morales.
1° Elle renferme, sous le rapport du dogme, des enseignements importants : — sur la Rédemption (v, 14-21 ; viii, 9) ; — le pouvoir des clefs (ii, 10 ; x, 4-6;
XIII, 2, 8, 10) ; — la résurrection des corps (iv, 14, 17) et le honheur des âmes même avant la résurrection générale (v, 6-10); — sur la nécessité de la grâce (m, o; IV, 1 ; xii, 9) et la supériorité de la loi nouvelle sur la loi ancienne (m, 6-18).
2° Elle n'est pas moins riche en leçons de morale. Sans parler de la défense d'épouser des infidèles (vi, 14), nous en signalerons seulement deux. — La première est tout un traité de l'aumône, c'est-à-dire, et des motifs que nous avons de la faire, et des qualités qu'elle doit avoir pour être bien faite (viii et ix). — La seconde regarde les prêtres, et, d'une manière toute spéciale, ceux d'entre eux qui sont appliqués au ministère pastoral. Ils pourront apprendre, enefïet, à l'école de saint Paul, quel est, avec la sublimité de leur mission et la grandeur de leur puissance, l'esprit de sacrifice et de dévouement dont ils doivent être remplis (ii, 14; vi, 1-12; x, 1-18; xi, 21-33).
II. — Cette épîlre, envisagée au point de vue littéraire, n'est pas moins remarquable que la première; elle lui est même supérieure sous plus d'un rapport. C'est toujours la même manière de procéder, c'est-àdire la même habileté, la même adresse pour s'insinuer dans les esprits et dans les cœurs, les mêmes précautions pour éviter de blesser et d'éveiller les plus petites susceptibilités, la même éloquence, le même talent, mais il y a dans celle-ci encore plus d'amour et plus d'éloquence , plus d'amour surtout. Ces craintes, ces alarmes, ces poignantes angoisses, ces pleurs qu'il ne peut retenir (ii, 4); cette bouche qui s'ouvre pour les Corinthiens, ce cœur qui se dilate, ces entrailles qui s'émeuvent (vi, 11, 12); ce zèle si généreux, si fort, si désintéressé (xii, 14, 15) : tout cela est plus beau, plus émouvant, plus chaud. Nous regrettons que le temps ne nous permette pas de nous y arrêter davantage.
ARTICLE III
Introduction ■particulière
I. Notion historique sur les Galates. — La Galatie était une province de l'Asie Mineure, et faisait autrefois partie de la Phrygie. Elle reçut le nom de Galatie d'une colonie de Gaulois et de Celtes qui vinrent s'y établir deux siècles et demi avant Jésus-Christ. Ces peuples conservèrent longtemps des mœurs simples et pures : un de leurs rois, nommé Déjotarus, est appelé par Cicéron diligentissimus agricola et pecuarius.
IL Ou, quand et à quelle occasion cette épitre a été composée. — Ils reçurent d'abord très bien saint Paul, qui fit au moins deux voyages chez eux(Act., xvi, 4-6; XVIII, 23). Mais ils se laissèrent séduire par les judaïsants ; et ils se livraient à eux, quand l'Apôtre, qui venait de les quitter, apprenant leur défection, leur écrit à la hâte, de sa propre main (Gai., vi, 11 1 et avec toutes les apparences du trouble et de l'agitation. Saint Paul était probablement en ce moment à ÉphèsOj et il y avait à peine quelques mois qu'il avait visité les Galates pour la seconde fois (Gai., iv, 13-17). Il faut alors rapporter la composition de cette épître à l'an 56 ou au commencement de l'an 57.
III. Erreurs des judaïsants. — Les faux docteurs qui séduisirent les Galates étaient probablement des Juifs d'une nouvelle secte pharisaïque, fondée par Judas le Galiléen, qui différaient sur quelques points des anciens pharisiens. Saint Paul en parle en plusieurs endroits de sesÉpîtres (Gai., ii, 4; v, 10-12; Philipp., i, 15 ; m, 2, 18, 19), et il en a laissé un vilain portrait : il les dépeint comme des hommes d'un fort mauvais caractère, comme des gens orgueilleux et cupides, qui
ne cherchaient qu'à s'enrichir aux dépens de leurs crédules prosélytes. Ils s'introduisaient dans les sociétés chrétiennes et prêchaient même, ou plutôt défiguraient le christianisme, qu'ils transformaient en une sorte de judaïsme réformé. Ils prétendaient que la circoncision et les autres cérémonies légales étaient encore obligatoires pour tous les chrétiens, et ils attachaient le salut éternel à leur observance.
Ils enseignaient : — 1° que les Apôtres, à Jérusalem, et en particulier saint Pierre, regardaient la circoncision comme nécessaire; que la doctrine de saint Paul, simple député de l'église de Jérusalem, ne devait faire autorité qu'autant qu'elle s'accordait avec celle des chefs de cette église, la mère de toutes les autres ; — 2° que saint Paul avait d'ailleurs changé d'opinion et qu'il prêchait maintenant l'observation de la loi (Gai., V, H); — 3° enfin, que c'était à Abraham que toutes les promesses avaient été faites, et que quiconque voulait y participer devait se faire circoncire comme lui.
IV. Division de l'épitre. — Cette épître est consacrée presque tout entière à réfuter ces erreurs.
Elle a trois parties.
La première (i-ii, 15) est encore, sous une forme historique, une sorte d'apologie ou de défense personnelle. Saint Paul y prouve la divinité de son apostolat parle simple exposé de toute sa vie (i), et démontre la conformité de sa doctrine avec celle des autres Apôtres (il, 15).
La deuxième partie (ii, 16-v, 12) est dogmatique. L'Apôtre y entre, pour ainsi dire, dans le cœur de la question, et montre que la doctrine qu'il leur a enseignée est la véritable, parce que ni la circoncision, ni la loi, ni ses observances, ne sauraient nous justifier. Il en apporte un grand nombre de raisons (ii, I6-111, 19); réfute quelques objections tirées de l'utilité de la loi (m, 11); IV, 21); confirme ses enseignements par l'allégorie des deux épouses d'Abraham (iv, 21-31), et
termine en assurant les Galates qu'il n'a point du tout, comme on le prétend, changé de sentiments depuis qu'il les a quittés (v, 1-12).
La troisième partie (v, 13-vi) est toute morale, et renferme des conseils relatifs à la manière dont les Galates doivent se conduire, soit entre eux, soit à l'égard des faux docteurs qui les ont égarés. Saint Paul y expose quel est le vrai caractère de la morale chrétienne.
Cette épître est le complément de l'Épître aux Romains : l'une pose le principe; l'autre tire les conséquences. En effet, dans l'Épître aux Romains, saint Paul établit que la justification ne vient ni des œuvres de la nature ni des œuvres de la loi, et que la foi seule en Jésus-Christ en est la racine ou le fondement. Ici, au contraire, il suppose ce principe incontestable, et il s'attache à montrer qu'il ne faut pas mêler l'observance des cérémonies légales à la pratique de l'Évangile, puisque la grâce de Jésus-Christ suffit seule à la justification. Cette épître complète donc la doctrine de l'Apôtre sur cette importante matière. Nous conseillons de les étudier ensemble, ou du moins l'une après l'autre.
§ Il
Instructions et beautés principales de cette épitre
I. Instructions principales. — Cette épître a, comme l'Épître aux Romains, une très grande importance dogmatique. En effet, la question principale qu'on y agite, qui est de savoir d'où vient la justification, tient au fond même du christianisme. — On y trouve, de plus, enseignés très clairement : le mérite des bonnes œuvres (vi, 8-10), la gratuité de la grâce (i, 15) et la prééminence de saint Pierre (i, 18). On objecte, il est vrai, relativement à celte dernière vérité, les reproches que saint Paul ne craignit pas d'adresser à saint Pierre et la résistance qu'il crut devoir lui opposer (ii,
il-14). Mais il y a longtemps qu'on a répondu à cette difficulté. Ce fut, disent les Pères, correctio non auctojitatis, sed charitatis ^ L'énergie de la résistance de saint Paul confirme même la primauté de saint Pierre : car il est évident que, aux yeux de saint Paul, la conduite de saint Pierre était d'une tout autre importance que celle de saint Jacques et de saint Barnabe ^
L'humilité avec laquelle saint Pierre reçut cette réprimande est, sous un autre rapport, un exemple admirable de la manière dont les supérieurs doivent recevoir quelquefois la correction de leurs inférieurs ; exemple plus rare, dit saint Augustin ^ que celui de saint Paul apprenant aux inférieurs à défendre contre leurs supérieurs les droits de la vérité sans blesser ceux de la charité. Il convenait, du reste, ajoute saint Grégoire *, que le premier des Apôtres en fût aussi le plus humble : « Quatenùs qui primus erat in culmine « apostolatùs, esset et priinus in kumihtate. »
II. Caractère et mérite littéraire. — Aucune épître de saint Paul ne l'emporte sur celle-ci en vivacité, en véhémence (i, 6; m, 1-6; v, 7). Afin de ramener par l'autorité de son ministère ceux que ses raisons n'auraient pas convaincus, saint Paul reprend les Galates avec une liberté, nous dirions mieux avec une sévérité tout apostolique. Mais, comme il ne veut les humilier que pour les convertir et les ramener à de meilleurs sentiments, avec quel amour, avec quelle tendresse il leur parle 1 11 y met tout son cœur. « 0 mes frères ! « dit-il, je vous prie de le croire, si je vous tiens un « langage si sévère, ce n'est pas que je sois irrité <( contre vous. Pourquoi le serais-je? Quel mal m'avez-
1 Cfr P. Perrone, de Eccles., § 494.
' Cfi- M. Drach, toc. cil., p. 336. Quelques auteurs distinguent Céphas de saint Pierre : Céphas, dont il est ici question, serait seulement un des soixante-dix disciples du Sauveur. Mais ce sentiment a contre lui la Tradition, à deux ou trois exceptions près, et le contexte.
3 Epist. Lxxn, n. a2, Op., t. II, col. 2J7.
* In Ezech., homil. xvii.
382 COURS d'écriture sainte
« vous fait ? quelle injure m'avez-vous adressée ? Nihil « me Isesistis. Au contraire, quand je vous ai annoncé « l'Évangile dans l'infirmité de ma chair, quand j'ai « paru au milieu de vous avec mes faiblesses, vous ne « m'avez pas méprisé, vous ne m'avez pas repoussé; « que dis-je? vous m'avez reçu comme un ange de « Dieu, comme Jésus-Christ lui-même. Vous étiez heu- « reux alors ! Qu'est donc devenu votre bonheur ? Je « puis bien vous rendre ce témoignage que, si cela eût « été possible, vous vous fussiez arraché les yeux « pour me les donner. Mais quoi ! suis-je donc devenu « votre ennemi, parce que je vous dis la vérité? « Croyez-moi : il est vrai, vos docteurs montrent du « zèle ; mais ce ne sont pas vos intérêts qu'ils cher- « chent, ce sont les leurs; ce qu'ils veulent, c'est vous « éloigner de moi, afin que vous réserviez pour eux « seuls votre amour et votre tendresse. Eh! oui, sans « doute, aimez, chérissez vos docteurs et vos maîtres, « mais aimez ceux-là seuls qui le méritent! surtout « ne les aimez pas seulement lorsqu'ils sont au milieu « de vous; ne les chérissez pas moins en leur ab- « sence... Ce langage paraît vous attrister encore : ô (f mes petits enfants! vous que j'enfante de nouveau, « jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous, je (( voudrais être au milieu de vous et accommoder à « vos besoins ma voix et mes paroles : car, éloigné de « vous comme je le suis, je ne sais quel langage vous « tenir (iv, 12-20). » Comment les Galates n'auraientils pas été convaincus ? comment ne se seraient-ils pas laissé toucher?
ARTICLE IV