ÉPITRE A PHILÉMON
\. Temps et lieu de sa composition. — Saint Paul écrivit cette épître à Rome, sur la fin de sa première captivité, vers l'an 62, environ à l'époque où il écrivit aux Éphésiens et aux Colossiens.
II. Son but. — Philémon était un citoyen recommandable de Colosses et l'un des membres les plus fervents de cette église. Un de ses esclaves, nommé Onésime, s'étant enfui à Rome après avoir volé son maître, la Providence voulut que saint Paul, qui le rencontra, le convertît et ^lui conférât le baptême. L'Apôtre ne voulait point retenir Onésime malgré Philémon : il le garda donc peu de temps, et il s'empressa de le lui renvoyer. Mais, afin qu'Onésime fût mieux accueilli par son maître, il le chargea de cette lettre, oîi il se borne à demander sa grâce.
III. Son authencité, sa beauté. — « Cette lettre, tout « individuelle et familière, dit Cellérier \ a été quelce quefois, à cause de cela, exclue du canon; mais elle « esl jiarfaitement authentique ; elle est propre à exci- « ter notre piété, elle nous apprend à aimer et à imi- « ter l'Apôtre, elle est l'ouvrage d'un auteur inspiré ;
412 COURS d'écriture sainte
« elle a donc droit à la place qu'elle occupe dans le « Nouveau Testament. Elle est peut-être même une de « celles qui peignent le mieux saint Paul, et oh il dé- « veloppe le plus ce mélange de véhémence et de « bonté, de dignité et de condescendance, de con- « science de ses droits et d'humilité, qui brillèrent tou- « jours dans ce grand caractère. » Cette épître respire la plus tendre charité. Elle est un véritable chef-d'œuvre d'adresse et d'insinuation. On consultera avec intérêt l'analyse que l'auteur de la Bible deYence en a faite sous ce rapport *.
ARTICLE XI
Introduction particulière
I. Nature de cette épître. — La forme particulière de cette épître, sa marche générale, son style ordinairement très soigné, tout semble prouver que c'est moins une lettre particulière, adressée à quelques personnes, qu'un traité didactique destiné à une société entière, et oii la gravité de la matière ne permettait pas le ton négligé d'une simple lettre. On y rencontre cependant plusieurs choses (xiii, 23, 24) qui ne conviennent qu'à une lettre. Elle appartient donc à la fois au genre épistolaire et au genre didactique ; mais elle tient beaucoup plus du second que du premier.
II. Personiies auxquelles elle est adressée. — Elle fut adressée principalement aux Juifs de Palestine. Tout l'indique : en effet, au chapitre xiii, 7, il est question de conducteurs de l' Église morts pour la foi: ce ne peuvent être que saint Etienne et saint Jacques. — Ceux auxquels l'auteur s'adresse ont été exposés, pour la vérité,
* Voyez encore L. Veuillot, Parfum de Rome, t. I, p. 85.
ÊPITRE AUX HÉBREUX 413
aux chaînes et au pillage (x, 32-34) : or, avant la persécution de Néron, cela n'était vrai que des chrétiens de Jérusalem. — Ces chrétiens étaient disposés à abandonner la foi (m, 12; iv, 4; x, 23-39) mous reconnaissons encore ici l'église de Palestine, qui, à la fin du gouvernement de Félix, après la mort de saint Jacques, courut des risques réels, circonstance qui paraît même avoir déterminé l'écrivain. — De plus, c'est en Palestine que la pompe du Judaïsme, que ses fêtes à la fois nationales et religieuses, agissaient fortement sur l'âme des Juifs. Le Christianisme, culte d'esprit et de vérité, privé dans son origine de toutes ces magnifiques cérémonies qu'il déploya plus tard dans le service de Dieu, disait peu de chose à leur imagination. Pour détacher de Jésus-Christ plusieurs nouveaux convertis, il suffisait de quelque circonstance de nature à abattre leur zèle ou à exalter leur patriotisme. Tel est le malheur que l'épître est destinée à prévenir : elle doit répondre à ceux qui reprochent au Christianisme de n'avoir été annoncé que par des hommes, et non par des anges, comme la loi de Moïse, et de n'avoir rien de ce qui rendait le culte mosaïque si cher aux Juifs. — On peut joindre à cette preuve, tirée des caractères intrinsèques de cette lettre et empruntée à Cellérier \ l'autorité de toute l'antiquité. Nous avons dit principalement, car cette lettre renfermait aussi beaucoup de choses dont les autres Juifs, dispersés dans les différentes provinces de l'empire, pouvaient profiter ; et saint Paul désirait sans doute qu'ils en prissent connaissance.
m. Langue dans laquelle elle a été écrite. — En quelle langue cette épître a-t-elle été écrite? Cette question difficile partage les critiques. La plupart des Pères, saint Jérôme, Théodoret, Clément d'Alexandrie, et, parmi les modernes, Michaélis, Janssens et quelques autres, pensent que cette épître fut originairement
écrite en hébreu. D'autres, et c'est aujourd'hui le plus grand nombre, prétendent que ce fut en grec. Le second sentiment est plus probable. Voici les raisons principales sur lesquelles il repose :
1° Si saint Paul avait composé cette épître en hébreu, l'original aurait existé dans les premiers temps du Christianisme ; on eût dû en conserver au moins quelques copies. Cependant personne ne témoigne avoir vu ce prétendu original. Les partisans du premier sentiment avouent eux-mêmes que leur opinion n'a aucune valeur historique. Aussi invoquent-ils surtout les caractères internes. Mais nous pouvons les invoquer avec plus de raison.
2" En effet, si cette lettre eût été primitivement écrite en hébreu, on devrait retrouver dans la traduction grecque quelque chose de la diction hébraïque : or on y aperçoit seulement les caractères du style hellénistique. — On y trouverait plus d'hébraïsmes que dans les autres épîtres du même auteur ; c'est le contraire qui a lieu. — On n'y rencontrerait point plusieurs allusions ou jeux de mots qui n'existent qu'en grec'. — Enfin, si saint Paul avait écrit en hébreu, il aurait sans doute cité l'Ancien Testament d'après le texte original : cependant il le cite toujours d'après les Septante ; et la preuve que ce n'est pas seulement, comme on le prétend, son traducteur qui cite les Septante, c'est que si l'on remplaçait les passages cités par les passages correspondants de l'hébreu, les raisonnements de l'Apôtre ne seraient point concluants ; ils perdraient, au moins, beaucoup de leur force (viii, 8 et IX, 16-22 ; x, 4, o).
Dira-t-on que saint Paul a dû écrire aux Hébreux dans leur propre langue? Cela n'était pas nécessaire, puisque les Hébreux entendaient le grec, et que cette lettre n'était pas exclusivement réservée aux Juifs de la Palestine. — Objectera-t-on la diversité de style que
1 On trouve ces jeux de mots dans Cellérier, p. 442,
l'on remarque entre cette lettre et les autres ouvrages de saint Paul ? Mais elle s'explique par la diversité du sujet, des personnes et du plan. Ayant à traiter une matière si relevée et dans un écrit de cette nature, il n'est pas étonnant qu'il ait pris un langage plus soigné et plus soutenu. Cette différence n'est pas non plus aussi grande qu'on le prétend. On ne peut donc opposer rien de sérieux à cette opinion.
IV. Son authenticité. — Cette épître est-elle véritablement l'œuvre de saint Paul? Les doutes soulevés à cet égard, pendant les premiers siècles, ont donné lieu à mille opinions diverses : les uns ont attribué cette lettre à saint Clément pape, et les autres à saint Barnabe ; celui-ci à saint Luc, et celui-là à saint Marc ; quelques-uns à ApoUos, dont il est parlé avec honneur au livre des Actes (xviii, 24), et quelques autres à Tertullien ; enfin, plusieurs à un Juif inconnu de l'école d'Alexandrie. Quoi qu'il en soit, nous établissons comme certaine la proposition suivante.