‹ Cours élémentaire d'Écriture SainteChapitre 62 sur 89 · PROPOSITION · texte numérisé non relu

PROPOSITION

Saint Paul est l'auteur de l'Épître aux Hébreux.

L'autorité des anciens, les caractères internes d'authenticité que présente cette épître, et l'impossibilité de l'attribuer à un autre auteur, mettront cette vérité dans tout son jour.

1'^ L'autorité des anciens. — La première autorité est celle de l'apôtre saint Pierre dans sa seconde épître (m, 15, 16). On y lit ; « Carissimus frater noster Pautus « secundiim datant sibi sapientiam scripsit vobis, sicut et « in omnibus epistolis loquens in eis de his in quibus sunt « quœdam difficilia intellectu. quœ indocti et instabiles « dépravant... ad suam ipsorum perditionem. » Il résulte de ces paroles : — \° que saint Paul a écrit aux mêmes personnes que saint Pierre, lequel écrivait certainement à des Juifs ; — 2" que saint Paul fait paraître dans cette lettre, comme dans toutes les autres, la sa-

gesse dont il est rempli ; — 3° qu'elle contient plusieurs choses difficiles à entendre, dont on peut abuser;— 4° enfin, que ce glorieux Apôtre a déjà écrit aux membres de cette église une lettre sur le même sujet, c'est-à-dire sur la pureté de la vie, le crime de l'apostasie, l'attente des jugements de Dieu et la pénitence. Or tous ces caractères conviennent à l'Épître aux Hébreux (voyez, x 25-37 ; vi, 12 ; xii, xiii, 3) ; et il n'y en a point d'autre à laquelle ils puissent s'appliquer. En vain dirait-on que l'épître de saint Paul à laquelle saint Pierre fait allusion est perdue. Ce serait une assertion gratuite, avancée contre toute vraisemblance et qui ne mérite pas l'honneur de la discussion.

La deuxième autorité est celle de l'Église entière. L'Église grecque ne nous arrêtera pas longtemps, car ses docteurs sont unanimes sur ce point : « Jlludnos- « tris dicendum est, dit saint Jérôme', hanc Episto- « lam quœ inscribitur ad Hebrœos non solùm ab ecclesiis « Orientis, sed ab omnibus rétro ecclesiasticis Grœci sermo- « nis scriptoribus quasi apostoli Pauli suscipi. » Ce témoignage est formel; il nous dispensera de rapporter celui de saint Denys d'Alexandrie, d'Eusèbe de Césarée, d'Origène, de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Grégoire de Nysse, etc. Tous tiennent le même langage ^

Les Pères de l'Église latine ne présentent pas, il est vrai, la même unanimité; et c'est ce qui a toujours fait la difficulté. On n'en trouve aucun, dans les trois premiers siècles, qui ait expressément cité cette épître sous le nom de saint Paul, et plusieurs ont formellement nié qu'elle fût l'œuvre de cet Apôtre. Mais, chose digne de remarque, dit Cellérier ^ et qui jette un grand jour sur cette question, si les Latins semblèrent, pendant les trois premiers siècles, rejeter assez

1 Epist. ad Dardanum.

2 Cfr M. Drach, loc. cit.; Glaire, etc.

généralement cette épître, ce fut presque uniquement pour se débarrasser plus facilement des montanistes et des novatiens, qui s'en servaient pour appuyer leurs erreurs. Jetés au centre de la dispute, que les Grecs contemplaient de loin, pressés par des adversaires redoutables et nombreux, les Romains prenaient le parti de trancher le nœud qu'ils n'avaient pas le loisir de délier '.

Aussi ne s'appuient-ils, pour contester l'aulhenticité de cette lettre, que sur des critères internes. C'est un ouvrage anonyme, disaient les uns ; et saint Paul mettait toujours son nom à ses écrits. C'est un ouvrage élégant et soigné, disaient les autres; et saint Paul méprisait l'éloquence humaine. Il renferme, disait-on encore, de prétendues citations de l'Ancien Testament qu'on ne retrouve nulle part. Il ne faut donc pas s'étonner que ces difficultés se soient évanouies quand, au quatrième et au cinquième siècle, saint Augustin et saint Jérôme, plus instruits que leurs contemporains, en eurent appelé aux témoignages historiques, et se furent efforcés, par leurs savants écrits, d'éclairer l'Église d'Occident. Ce fut surtout l'influence de l'évêque d'Hippone qui décida le concile de Carlhage à inscrire parmi les livres canoniques, après les treize Épîtres de saint Paul, « ejusdem ad Hebrœos unam ». Cette lettre n'éprouva plus, dès lors, aucune contradiction dans l'Église latine, si ce n'est peut-être en Espagne, au septième siècle : on la trouve, en effet, citée comme de saint Paul par saint Hilaire, saint Ambroise, saint Paulin, RuBn, le pape Innocent I", dans sa lettre à Exupère, Cassien, Victor d'Utique, saint Grégoire le Grand, etc., etc. Malgré les doutes dont cette épître a été l'objet dans l'Église

> Qu'ils n'aviiieni pas le loisir de délier. Cellérier semblerait croire par ces paroles que les Pères ne pouvaient répondre aux montanistes qu'en niant l'authenticité de cette épître. Cela n'est pas exact; ils croyaient seulement en venir plus facilement à bout.

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latine pendant les trois premiers siècles, on peut donc invoquer en sa faveur la tradition de toute l'Église.

2° Les preuves intrinsèques, ne sont pas moins fortes. — 1° L'autorité dont cette épître a joui dès les premiers siècles prouve qu'elle doit être l'œuvre d'un Apôtre ou au moins d'un des disciples des Apôtres, — 2° Cet Apôtre ne paraît pas avoir été le témoin oculaire de la vie et des miracles de Jésus- Christ (il, 3). — 3° L'auteur a été dans les liens (x, 34 (Voyez le grec). — 4° Il a l'espoir d'aller bientôt voir ceux auxquels il écrit (xiii, 23). — 5" Enfin il se fera accompagner par son cher Timothée, dont il leur apprend la délivrance [ibid.). Or toutes ces circonstances conviennent à saint Paul, et plusieurs ne conviennent qu'à lui. Ajoutez qu'on retrouve dans cette épître les caractères principaux qui distinguent les écrits de notre Apôtre : c'est partout la même méthode, la même manière de citer et d'interpréter la sainte Écriture, les mêmes allusions, les mêmes idées et le même but, joint à la grande préoccupation de l'Apôtre des Gentils, qui était de démontrer l'inutilité des cérémonies légales, l'abrogation du sacerdoce d'Aaron, l'abolition de l'ancienne alliance et l'établissement de la nouvelle, la durée passagère de la première et l'éternité de la seconde. La manière dont l'auteur conclut c-ette lettre, les vœux qu'il fait, les prières qu'il demande aux Hébreux, le salut qu'il leur envoie, et vingt autres particularités de ce genre, présentent dans leur ensemble une preuve incontestable de l'authenticité de cette épître.

3" A qui d'ailleurs voudrait-on l'attribuer? — A saint Clément pape? Mais ce Pontife n'avait pas une autorité assez grande dans l'Église pour donner à cette lettre le crédit dont elle a été en possession dès les premiers temps ; il ne l'aurait pas citée comme une autorité différente de la sienne; on remarquerait plus de ressemblance entre son style et celui de cet ou-

vrage. — A saint Luc? Mais les Pères ne lui en attribuent ordinairement que la traduction; et le style de cet évangéliste s'éloigne peut-être plus encore de celui de cette lettre que le style de saint Clément. — A saint Barnabe ? C'est une opinion inconnue avant Tertullien, et qui n'a aucun fondement, ni dans la vie de saint Barnabe, ni dans l'bistoire ecclésiastique. — A saint Maix? On n'en apporte pas plus de raisons. — A Tertullien? Lui-même en faisait honneur à saint Barnabe. — A Apollos ou à quelques Juifs convertis de réco/e d'Alexandrie? Mais, encore une fois, ce sont là de simples conjectures, alléguées sans preuves, et qui n'ont pas même toujours le mérite de la vraisemblance.

Saint Paul est donc l'auteur de l'Épître aux Hébreux. Cette vérité n'est cependant pas de foi, quoi qu'en aient pensé plusieurs auteurs. En effet, elle n'a jamais été définie par aucun concile ni par aucun pape. Le concile de Trente et en dernier lieu celui du Vatican l'ont simplement affirmée à l'occasion de l'inspiration ou de la canonicité de cette épître, qui seule est de foi. On ne serait donc pas hérétique en refusant d'en reconnaître l'authenticité; mais on se rendrait coupable d'une grande témérité K

V. Époque de sa composition. — Saint Paul a écrit probablement cette lettre à Rome (xiii, 24), la dixième année de Néron, peu de temps après avoir été mis en liberté (x, 34). 11 faut donc en rapporter la composition à l'an 65.

"VI. Son but et analyse sommaire. — Le but de l'Apôtre est de convaincre de plus en plus les Juifs convertis de la nécessité de s'attacher uniquement à Jésus-Christ pour être sauvés. C'est pour cela qu'il s'applique à leur démontrer la supériorité de la Loi nouvelle sur la

1 Censeo quidem, dit Estius, cum theologicâ Facultate Parisiens!, cumque Melchiore Cano, temerarium esse si quis Epistolam ad Hebrœos negaret esse Pauli apostoli, sed haereticum ob id solum pronuntiare iioa ausim. {Proleg. Epist.)

Loi ancienne : ce qui est tout le sujet de cette épître, avec les conséquences pratiques qui en découlent.

Elle a, par conséquent, deux parties : une partie dogmatique et une partie morale.

La première (i-x, 18) est consacrée à prouver que la loi nouvelle est supérieure à la loi ancienne sous trois rapports principaux : — 1'^ A raison de celui qui en est l'auteur : ce ne sont pas seulement des anges qui l'ont établie; c'est Jésus-Christ Notre-Seigneur, lequel l'emporte d'autant plus sur les anges que son nom l'emporte sur le leur, étant, lui, le Fils de Dieu, égal en tout à son Père (i-ii). — 2° A raison de celui qui en a été r Apôtre: Jésus-Christ est bien supérieur à Moïse; il l'emporte autant au-dessus de lui que celui qui a bâti une maison l'emporte sur la maison elle-même. Or, si les Juifs sont morts dans le désert et ne sont pas entrés dans la Terre promise, pour n'avoir point obéi à Moïse, nous devons craindre plus encore de désobéir à Jésus (iii-iv). — 3° A raison de celui qui en est le Pontife : le sacerdoce de Jésus-Christ, à qui Dieu a dit ces mémorables paroles : « Tu es prêtre selon fordre de Melchisédech, » est infiniment plus grand et plus excellent que celui d'Aaron : il est éternel ; la prière de celui qui l'exerce est toujours exaucée; et les prêtres enfants de Lévi ont eux-mêmes reconnu sa supériorité : car, tandis qu'ils reçoivent la dîme de toutes les tribus, ils l'ont payée au Pontife de la loi nouvelle, lorsque Abraham, leur père, lui a offert, en la personne de Melchisédech, la dîme des dépouilles qu'il avait enlevées à des rois ennemis (v-x, 18).

La deuxième partie (x, 19-xiii), ou la partie morale, est la conséquence de la première. La nécessité de la foi et des œuvres recommandée par saint Paul découle, en effet, naturellement du principe qu'il venait d'établir. — Nous donnerons quelques explications sur la première partie.

Explications

N» I Jûsus-Christ auteur de la Loi nouvelle (i, n),

I. Exposition. — 1° Jésus-Christ est supérieur aux anges (i) : — a) à raison de sa filiation divine, qui lui est exclusivement personnelle et lui donne droit à l'adoration des anges (4-6) ; — é) à raison de sa royauté, qui est éternelle comme celle de Dieu, tandis que les anges sont des serviteurs (7-9) ; — c) à raison de ses œuvres, qui sont celles de la Toute-Puissance, telles que créer, détruire le monde, subjuguer ses ennemis; les actes des anges au contraire sont subordonnés à la volonté divine et exécutés pour le bien des élus (10-14). Ces trois vérités sont démontrées par les témoignages de l'Écriture, dont saint Paul fixe ainsi le sens prophétique.

2° Conclusion pratique: Fidélité à Jésus-Christ (ii, 1-8). Motifs : — a) l'Évangile est appuyé sur des preuves incontestables de divinité; — b) il est éternel et immuable comme Jésus-Christ.

3' Réfutation des préjugés relatifs aux humiliations de Jésus-Christ (ii, 9-18). — a) Pour réparer la nature humaine il convenait que le Rédempteur la prît en sa personne. — b) L'ayant prise, ce Rédempteur dut partager la condition de ceux qu'il venait sauver, afin de mieux triompher du diable. Saint Paul prouve encore son assertion par les témoignages prophétiques d'Isaïe, tirés du livre d'Emmanuel.

II. Explications. — Ghap. i. Nous ne présenterons que deux observations : r Souvent dans l'Écriture les anges sont appelés fils de Dieu (cfr Job, i); c'était aussi une doctrine reçue chez les Juifs que ces esprits purs avaient apparu au nom de Dieu et comme ses images visibles; qu'ils avaient dicté la Loi à Moïse et

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gouverné le peuple d'Israël. — a) C'est afin de prouver la nature absolument divine de la filiation en Jésus- Christ que saint Paul a cité le psaume 109, tenu pour prophétique par les Juifs et dont les termes expriment littéralement l'idée de vraie génération. — b) Dans le même dessein, il l'appelle éclat de la gloire, figure de la substance divine, expressions qui marquent une parfaite similitude de nature, c'est-à-dire l'identité. En outre, l'idée d'empreinte marque une distinction de personnes. '•

2° Le verset 6 a été interprété diversement : « Cùm iterùm introducit P^'imogenitum in orbem /erra'. » — La plupart l'entendent de l'Incarnation, qui fut une seconde entrée du Fils de Dieu dans le monde oii il était déjà par la Création % et une manifestation nouvelle de sa personne aux anges. — b) Quelques-uns n'ont vu qu'une interversion de mots, comme s'il y avait : Et iterum dicitcùm introducit, etc., c'est-à-dire qu'au moment de leur création les anges reçurent ordre d'adorer le Fils de Dieu.

Chap. II. — Deux observations encore.

j(. 5. Orbem futurum. — a) Saint Jean Chrysostome et saint Thomas paraissent entendre le monde physique, qui, lors de la création des anges, était à venir pour eux, et l'était plus encore par rapport à l'Incarnation. — b) Mais le sens le plus communément admis et le plus conforme, ce semble, à la pensée de saint Paul, est celui qui voit ici l'Église, le monde spirituel et principalement l'univers transformé à la fin des temps pour l'éternité. Dans l'esprit des Juifs l'œuvre du Messie était le siècle à venir.

f. 10-15. — Ces versets sont singulièrement dignes d'étude. Saint Paul enseigne que les humiliations de Jésus-Christ furent un ordre de la sagesse divine, et il en propose les preuves. 1° Raison de convenance : — a) Dieu a choisi pour aw^ewr du salut celui qui est l'au-

1 Cfr Joan., i.

teur et la fin de toutes choses, son Fils ; — b) l'œuvre consistait à donner aux hommes la sainteté dont Dieu est la source unique ; — c) pour la rendre parfaite, il fallait union intime et, par conséquent, ressemblance entre le Rédempteur et les rachetés, — d\ et comme ceux-ci avaient une chair sujette aux infirmités et à la mort, le Rédempteur dut en prendre une semblable.

2* Témoignage de l'Écriture. Il est tiré de l'oracle où îsaïe annonce la naissance virginale du Messie (viii, 17, 18). — a) Dans cette partie de sa prophétie,- Isaïe parait avec ses deux enfants dont la naissance a été figurative et dont les noms symbolisent les victoires du Messie. — b)'Vi prévoit un grand scandale en Israël et des troubles au sujet du Messie, mais déclare que sa confiance en Dieu n'en sera point ébranlée. — c) Dans la pensée de saint Paul, Isaïe tenait alors la place du Messie, parlait en son nom et le montrait sujet à la condition commune des hommes; par conséquent, sa vie humble avait été prophétisée aux Juifs.

3° Les exigences du salut, a) L'œuvre du salut consistait à détruire la puissance du diable auteur de la mort, et qui, par elle, tyrannisait les hommes. — b) Afin que rien n'y manquât, la sagesse divine avait résolu d'attaquer l'ennemi dans son propre empire et de le vaincre par ses propres armes. La mort du Rédempteur était donc dans l'ordre ^

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