‹ Cours élémentaire d'Écriture SainteChapitre 68 sur 89 · III · texte numérisé non relu

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ressemblance, soit dans les sentences, soit dans la manière de citer l'Ancien Testament, soit dans la construction des phrases et des périodes, soit même dans les expressions. Hug, Michaélis et plusieurs autres protestants, dont on ne sera pas tenté de soupçonner la partialité, le reconnaissent et ont réfuté comme nous cette objection,

IV. But de l'auteur. — Saint Pierre semble avoir eu surtout pour but de confirmer les chrétiens dans la foi, et de les mettre en garde contre les fausses doctrines de certains docteurs, qui, à cette époque, jetaient le trouble dans une foule d'églises naissantes. A la peinture qu'il en fait, on reconnaît sans peine Simon le Magicien et tous ceux qui, plus tard, ayant adopté ses erreurs, y en ajoutèrent de nouvelles, tels que les cérinthiens, les nicolaïtes et les gnostiques.

V. Analyse de cette épître. — Elle contient seulement trois chapitres. En voici l'analyse succincte :

Chapitre premier (i). La grandeur du bienfait que les chrétiens ont reçu dans le baptême leur impose l'obligation de sanctifier leur vie par la pratique de toutes les bonnes œuvres, et d'assurer leur vocation. Quoiqu'ils n'ignorent pas cette obligation, il veut cependant, avant de mourir, la leur rappeler et les assurer une dernière fois de la certitude de leur foi. N'a-t-il pas été lui-même témoin sur le Thabor de la transfiguration de Jésus-Christ? Toutes les prophéties ne rendent-elles pas témoignage à la vérité de la religion?

Chapitre deuxième (ii). De même qu'il y a eu autrefois de faux prophètes, il y aura toujours dans l'Église de faux docteurs, qui s'efforceront d'altérer la pureté de l'Évangile. Mais que les chrétiens se rassurent : Dieu saura bien un jour punir ces hérétiques. Le jugement rigoureux qu'il a exercé contre les anges, contre l'ancien monde, contre Sodome et Gomorrhe, est un sûr garant des trésors de colère réservés à ces impies, dont il stigmatise éloquemraent les vices.

Chapitre troisième (m). Comme plusieurs de ces hérétiques niaient, en particulier, le dernier avènement de Jésus-Christ, saint Pierre consacre presque tout ce chapitre à établir cette vérité. Il termine en exhortant les chrétiens à se préparer à la venue de ce grand jour, et à croître dans la grâce et la connaissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

N° II

Instructions et beautés principales de cette épître

I. Instructions doct?inales. — La divinité de Jésws- Christ, que saint Pierre a entendu proclamer sur le Thabor « le Fils bien-aimé de Dieu en qui il a mis « toutes ses complaisances, et auquel tous les Pro- « phètes rendent témoignage (i, 16-21) ; » — l'inspiration de tous les écrivains sacrés (i,20, 21); — la chute et le châtiment des anges rebelles précipités au fond des enfers (ii, 4) ; — les tourments réservés aux pécheurs impénitents (ii, 9); — le malheur de ceux qui, ayant embrassé la vérité, l'ont ensuite abandonnée (il, 20-22) ; — et enfin la future rénovation du ciel et de la terre par le feu (m, o-7j, telles sont les principales vérités dogmatiques renfermées dans cette épître.

II. Son mérite littéraire. — La forme est très remarquable. Nous devons signaler entre autres le ckapitj'e deuxième, où l'Apôtre a dépeint les hérétiques sous des couleurs si vraies, si vives, si hideuses. Il les y montre tels qu'on les a toujours vus : « pleins d'avarice et de « luxure, ennemis Jurés de toute autorité légitime, passant u joyeusement leur vie dans les délices de la table et dans les « excès de l'intempérance, les yeux pleins d'adultères et de « péchés sans cesse renaissants. Ce sont des animaux sans « raison, qui blasphèment ce qu'ils ignorent; des fontaines « sans eaux, des nuées légères que le vent dissipe au milieu « des airs ; on dirait de nouveaux Balaam dévorés, comme « ce propjhète de mensonge, par la soif de l'or, et renvoyés

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« aussi comme lui à l'école d'un animal stupide : » Quel n'est donc pas le malheur de ceux qui se laissent imprudemment prendre à leurs pièges I Mieux vaudrait n'avoir jamais connu le chemin de la justice que de l'avoir abandonné; car en eux se vérifie le proverbe. Le chien est retourné à son vomissement, et le pourceau s'est vautré de nouveau dans la fange.

ARTICLE III

Ces épîtres sont au nombre de trois. Nous en parlerons dans les deux paragraphes suivants.

Première épître de saint Jean

N° I Introduction particulière

I. Personnes auxquelles elle est adressée. — Cette lettre commence sans aucune inscription, et finit brusquement sans les salutations d'usage.

Les matières qui y sont traitées, n'ayant rien de particulier ni de bien tranché, ne fournissent aucune donnée certaine sur les personnes auxquelles elle fut adressée. On est donc réduit sur ce point à de simples conjectures. Saint Augustin, le vénérable Bède et quelques anciens la citent sous le nom d'Épître aux Parthes, chez lesquels on croyait que saint Jean était allé prêcher l'Évangile. Mais nous avons réfuté cette opinion*. On pense aujourd'hui que cette lettre était destinée aux églises d'Asie, dont saint Jean avait le gouvernement ; et si, suivant le sentiment de plusieurs,

1 Cours élém., t. III, p. 42.

il l'écrivit de Pathmos, elle fut sans doute adressée principalement à l'église d'Éphèse.

II. Lieu de, sa composition. — On ne connaît pas non plus avec certitude le lieu d'oti elle fut envoyée. Est-ce de Pathmos? est-ce d'Éphèse ou de quelque ville de Judée? On n'en sait rien. Aucune de ces opinions ne nous a même paru assez solidement appuyée pour mériter la préférence. Il faut en dire autant de l'époque à laquelle elle a été composée ; nous aimons mieux laisser cette question indécise que de prendre parti pour une opinion qui, en définitive, reposerait sur de simples conjectures.

III. Son authenticité. — L'autheûticité de cette épître est incontestable ; nous pourrions ajouter : et incontestée. Elle est admise par les rationalistes les plus difficiles; et l'un d'eux en particulier, de Vette, avoue que les doutes dont elle a été l'objet dans ces derniers temps sont « tout à fait insignifiants ». Quant au verset septième du chapitre cinquième, qui a soulevé parmi les critiques de si longues discussions, nous renvoyons aux travaux du P. Perrone *, de Mgr Wiseseman-, duP. deValroger', de M. Le Hir*, du père Franzelin ^et de M. Drach^.

IV. But de l'auteur, — Cette lettre, où saint Jean s'efforce, comme saint Pierre, d'affermir les chrétiens dans la foi et dans la pureté des bonnes mœurs, semble dirigée contre les cérinthiens et les gnostiques, dont les erreurs faisaient chaque jour de nouveaux progrès. Us niaient que Jésus fût Dieu, qu'il fut le Christ (ii, 18, 19, 22, 23), et qu'il fût venu au monde dans une chair humaine (iv, 1-18) ; ils combattaient la nécessité des bonnes œuvres (m, 4-7); et, grâce sans doute à la

1 Pnelect. theolog., de Deo trino.

2 Mélanges, lettres Ire et 2«.

' Études criliq., t. II, p. 552.

* Études, t. II.

5 De Deo trino, thcs. 4.

* Loc. cit.

pernicieuse influence exercée par ces apôtres de l'erreur, la charité fraternelle allait en se refroidissant parmi les chrétiens (ii, 9-11 ; m, 10-18, etc.).

V. Analyse sommaire de cette lettre. — Voici le contenu de cette épitre. Saint Jean commence par dire aux fidèles qu'il ne leur annonce que Jésus-Christ, le Verbe dévie, comme il l'appelle, que ce qu'il a entendu, que ce qu'il a vu de ses yeux, touché de ses mains. Or il affirme que Jésus-Christ est la Lumière et qu'il n'y a point de ténèbres en lui. Sïls veulent lui appartenir, qu'ils évitent donc les œuvres de ténèbres, c'est-àdire le péché (i).

Il leur écrit pour qu'ils ne pèchent plus. S'ils ont péché, qu'ils ne se laissent cependant pas aller au désespoir : car Jésus-Christ est dans le ciel notre avocat et notre protecteur auprès de Dieu son Père. Ils reconnaîtront l'amour qu'ils ont pour lui à la fidélité avec laquelle ils gardent ses préceptes, surtout celui de la charité fraternelle. L'amour du monde est inconciliable avec la vraie charité : ils ne doivent donc aimer ni le monde ni ce que le monde estime. Il les exhorte à se tenir en garde contre les enseignements des maîtres qui les séduisent, et qu'il appelle des antéchrists (il).

Dans le chapitre suivant (m), il rappelle les bienfaits dont Dieu les a comblés en les choisissant pour être véritablement ses enfants, afin, sans doute, de les encourager encore davantage à fuir le péché et à pratiquer la vertu. Puis il revient à la charité fraternelle.

Le chapitre quatrième (iv) traite du discernement des esprits, et des marques auxquelles on peut distinguer les mauvais et les bons. Il en assigne deux : la pureté ou l'intégrité de la foi en Jésus-Christ, et l'exercice de la charité.

La foi en Jésus-Christ n'est pas seulement un des signes auxquels on distingue les vrais enfants de Dieu; elle est aussi un principe de force, un présage de la victoire qu'ils doivent remporter sur le monde,

et comme un gage certain de leur persévérance. Tel est en substance le sujet du cinquième et dernier chapitre (v). Saint Jean le termine en exhortant les chrétiens à ne point prendre part au culte des idoles.

N» II

Caractère général et beautés de cette épîlre

Cette épître de saint Jean est, comme son évangile, tout embrasée du feu sacré de la charité : « Quid « valent charitas, dit saint Augustin S oninis Scriptura « commendat ; sed nescio si alicubi ampliùs quàm in istâ « epistolâ commendetur. » Et le même Père ajoute ailleurs ^ expliquant cette épître : « Locutus est multa, « et 'propè omnia de charitate. »

. L'amour de Dieu et de nos frères, sa nécessité, sa nature, ses molifs, les obstacles qu'il rencontre dans les cœurs : tel est, en effet, le principal et pour ainsi dire le seul objet que saint Jean a en vue dans cette lettre. C'est un ami, c'est un père, dont l'unique désir es); de voir marcher dans le sentier du devoir ceux qu'il a engendrés à Jésus-Christ, et que, dans les tendres effusions de son amour, il appelle ses petits enfants : filioli. De là, ce zèle si pur et si fort qu'il met à dénoncer les loups ravissants qui viennent à eux couverts de la peau des brebis, et qui, pour mieux les asservir, voudraient les séparer de Jésus-Christ, leur avocat, leur amour, leur vie.

On reconnaît surtout V Apôtre de la charité à ce langage : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les « autres; n'aimons pas de paroles et de langage, mais « par œuvres et en vérité. Celui qui n'aime pas de- « meure dans la mort; nous sommes passés de la « mort à la vie, si nous aimons nos frères ; celui qui

1 InJoan., tractât, v, n. 13.

2 Prolog, m Epist.

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« n'aime pas ne connaît pas Dieu, parce que Dieu est (c charité; celui qui demeure dans la charité demeure « en Dieu, et Dieu demeure en lui. Dieu le Père nous « a aimés jusqu'à nous donner son Fils; Jésus-Christ « nous a aimés jusqu'à donner sa vie pour nous. Si « Dieu nous a tant aimés, nous devons donc nous ce aimer les uns les autres; aimons Dieu, puisqu'il « nous a aimés le premier. » Le monde n'avait jamais rien entendu de semblable avant l'apparition de l'Évangile ; et aucun écrivain sacré n'a parlé de la charité avec plus d'éloquence. N'est-ce pas encore saint Jean qui a dit ce mot sublime : « Major est Deus « corde nostro ? » Dieu est plus grand que notre cœur. Voilà bien notre cœur, avec l'immense étendue de ses besoins et de ses désirs : besoins si impérieux, désirs si intimes, que celui-là seul qui les a mis en nous peut seul les satisfaire et les remplir ! Major est Deus corde nostro !

Deuxième et ti'oisième épitres de saint Jean

Nous réunissons ces deux épitres sous un même titre, à cause de la ressemblance qu'elles ont entre elles.

I. Personnes auxquelles elles sont adressées. — La première est adressée Electx dominx ('Ez/î/.Tr, zupta), c'està-dire à une dame chrétienne, dont la sœur, appelée aussi par saint Jean Electa (y. 13 , se trouvait sans doute auprès de lui. On ignore quelle était cette dame. Clément d'Alexandrie ' dit qu'elle était de la Babylonie : « Scripta est cerô adquaradamBabyloniam. » Suivant plusieurs, cette expression désignerait une église ou une société particulière, non une personne. Mais pourquoi recourir au sens allégorique quand le sens littéral est plausible? Pourquoi saint Jean n'aurait-il pas écrit à une chrétienne charitable, comme tout l'indique?

^ Adumbr.ad II Joan.; Op., t. II, p. 1011.

La seconde lettre est à l'adresse de Gains ou Caius. Il est parlé de plusieurs personnes de ce nom dans le livre des Actes (xix, 29; xx, 4) et dans les épîtres de saint Paul (Rom., xvi 23; I Cor., i, 14). Aussi ignoret-on celui dont il est question. Peut-être était-ce l'ami de l'Apôtre, son hôte à Corinlhe, l'hôte de toute V Église, et le correspondant chargé d'y faire connaître l'Évangile.

IL Époque et lieu de leur composition. — De l'aveu de la plupart des auteurs, ces deux lettres ont dû être écrites du même lieu et au même temps. Mais, faute de renseignements suffisants, on ne sait ni où se trouvait alors saint Jean ni à quelle époque il a composé ces lettres. Le titre d! ancien [senior), que prend saint Jean, prouve qu'il n'était plus jeune lorsqu'il les écrivit; mais il ne prouve pas qu'il fût très âgé. Cette expression désigne peut-être simplement la dignité sacerdotale dont il était revêtu : elle est, en effet, synonyme du moi presbyter, qui se dit indifféremment de tous les prêtres, quel que soit leur âge.

III. Leur autorité. — Ces deux épîtres n'ont pas toujours été regardées comme canoniques par toute l'Eglise. Plusieurs auteurs des trois premiers siècles les ont attribuées à Jean, surnommé l'Ancien, dont parle Papias et dont on montrait le tombeau à Éphèse. Les doutes soulevés contre l'autorité de ces deux lettres ne tardèrent cependant pas à se dissiper; et, depuis le quatrième siècle, les Pères se sont accordés à les reconnaître comme canoniques et comme authentiques : il suffit de nommer saint Irénée, Clément d'Alexandrie, TertuUien, saint Athanase, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme. « La trompette « du fils du tonnerre, dit ce dernier *, de celui que le « Seigneur aima si tendrement et qui puisa dans le « sein du Sauveur les flammes de la doctrine, cette « trompette fait entendre ses sons éclatants ; elle dit :

* S. Hieronym., Eyist. lxxxv.

« Le prêtre à la dame Électa et à ses enfants, que j'aime « dans la vérité ; et dans une autre : Le prêtre à mon « cher Caius. »

Ces témoignages externes reçoivent une grande force des critères internes. « Qui aurait jamais songé, « en effet, à inventer ces deux épîtres, dit Cellérier\ « et dans quel but les aurait-on fabriquées sous le nom « de Jean? Ne portent-elles pas toutes deux, d'ail- « leurs, l'empreinte de son âme? toutes deux ne sont- « elles pas en rapport, non seulement avec l'écrivain, « mais encore avec les personnes auxquelles elles sont « adressées? La première s'adresse à une femme et « la seconde à un homme, et à un homme influent « dans la société chrétienne : aussi la première est « plus douce, la seconde plus énergique; la première « s'occupe davantage de la piété, et la seconde de « l'Église. Si elles ont rencontré dans les premiers « siècles du Christianisme des doutes et des adver- « saires, la raison en est simple : elles étaient plus « courtes ; elles avaient un but particulier, une utilité « restreinte; elles n'étaient pas confiées à la garde « d'églises entières ; elles n'étaient que la propriété « de deux individus. »

IV. But et sujet de ces lettres. — Ces lettres furent inspirées à saint Jean par son zèle à confirmer les chrétiens dans la foi et dans la vérité.

Dans la première, il exhorte Électa et ses enfants à demeurer fermes dans la charité, dans la foi, et, par conséquent, à éviter tout rapport avec les hérétiques basilidiens, qui attribuaient à Jésus- Christ une chair apparente et fantastique; il les engage à ne pas les saluer. 11 complétera de vive voix ces trop courtes instructions quand il ira les voir.

Dans la deuxième, il témoigne à Caius la joie qu'il ressent de son zèle pour tout ce qui touche à la religion, et de son hospitalité généreuse à l'égard des

étrangers; il l'exhorte à persévérer sans s'inquiéter des calomnies ni des duretés de Diotréphès. (On croit que c'était l'évêque du lieu où vivait Caius.) Il loue Démétrius comme un chrétien fidèle, et il termine en annonçant à Gains qu'il se propose de se rendre bientôt auprès de lui.

V. Leur caractère littéraire. — Il y a lieu de s'étonner qu'on ait pu élever des doutes sur l'authenticité de ces lettres, car chaque mot y trahit le disciple que Jésus aimait et qui se reposa sur le cœur du divin Maître. Elles sont écrites avec simpHcité, et respirent la plus tendre charité.

ARTICLE IV

Introduction particulière

I. Histoire de saint Jude. — Saint Jude, qui s'intitule serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques (i), était, en effet, le frère de saint Jacques le Mineur. Le nom de Jude ne se lit pas dans la liste des Apôtres qui a été donnée par saint Matthieu (x, 2-4) et par saint Marc (m, 16-19) ; mais il se trouve dans celles qui ont été dressées par saint Luc (vi, 16; Act., i, 13) : il y est nommé Jude, frère de Jacques. C'est le même que saint Marc appelle Thaddée, et saint Matthieu Lebbée, surnommé Thaddée. Au rapport d'Hégésippe, il aurait été marié et aurait eu des enfants. C'est lui qui, pendant la Cène (Joan., xiv, 22), demanda au Sauveur pourquoi il devait se manifester à ses Apôtres, et non pas au monde. Saint PauUn dit qu'il annonça l'Évangile dans la Libye, mais sans faire connaître de laquelle il entend parler, si c'est de la Cyrénaïque ou de la Tripolitaine. Enfin nous savons par Fortunat que saint Jude fut enterré dans la Perse, oih il était allé prêcher l'Évangile.

II. Pour quelles personnes, ou et quand cette lettre a été composée. — Il est impossible de déterminer avec certitude à quelles personnes saint Jude destinait cette lettre : l'adresse est si vague, qu'elle pourrait s'appliquer à toutes les communautés chrétiennes. Cette épltre ressemble beaucoup à la seconde de saint Pierre. Plusieurs auteurs en ont conclu qu'elle avait été adressée aux mêmes personnes ; elle était au moins destinée à prévenir les mêmes abus.

Elle ne renferme rien qui puisse faire connaître le lieu ou le temps de sa composition ; et le champ est ouvert sur ce point à toute espèce de conjectures.

III. Sa canonicité. — Comme la deuxième lettre de saint Pierre, avec laquelle elle a tant de rapports', l'Épître de saint Jude n'a définitivement pris place dans le Canon des saintes Écritures qu'au quatrième siècle. « Jude, frère de Jacques, dit saint Jérôme -, a « laissé une épître très courte, qui est au nombre des « sept catholiques ; mais, parce qu'il y cite le livre « d'Hénoch, lequel est apocryphe, plusieurs la rejet- « tent. Toutefois, ajoute-t-il, le temps et l'usage en « ont consacré l'autorité, et on la range aujourd'hui « parmi les saintes Ecritures. » Clément d'Alexandrie, Origène, Pamphyle, Eusèbe, Tertullien, etc., témoignent en sa faveur. Ses adversaires n'apportèrent jamais, du reste, en preuve aucun indice historique : aussi les doutes avaient-ils complètement disparu au quatrième siècle.

Si l'on ne peut invoquer l'autorité des caractères internes en faveur de l'autorité de cette lettre, on n'y rencontre pas non plus de difficultés sérieuses.

Les attaques dont elle est l'objet reposent principalement sur deux citations de l'auteur (9 et 14). Ces citations sont prises, dit-on, de deux livres apocryphes, indignes d'être cités par un auteur inspiré : l'Assomp-

' Voy. sur ces rapports M. Drach, loc. cit., p. 130; Cellérier,

2 S. Hier n\m., in Catalog., sub voce Judas.

tion de Moïse et les prophéties d'Hénoch. L'auteur de cette lettre ne l'était donc pas.

Rép. — 1° Il n'est point certain que saint Jude ait cité r Assomption de Moïse. Origène l'a cru, mais ce témoignage est unique ; le livre est perdu, complètement inconnu, et Origène peut s'être trompé. .— 2° Le fait cité par saint Jude avait pu se conserver dans la Tradition ; et, quand il l'aurait extrait d'un livre apocryphe, on ne pourrait rien en conclure, car ces livres renferment quelquefois de bonnes choses. — 3" Enfin, même en supposant que saint Jude a emprunté'ce fait à V Assomption de Moïse, il ne s'ensuit pas qu'il ait cru le livre divin. Il a pu faire simplement un argument ad hominem ; et il n'y a rien d'invraisemblable à supposer que l'Apôtre, qui était en ce moment aux prises avec des docteurs aux yeux desquels l'Ecriture sainte n'avait aucun poids ou en avait beaucoup moins que leurs livres, cherche à montrer que leur conduite est condamnée par les livres mêmes qu'ils vénèrent. Cette réponse s'applique à la citation des prophéties d'Hénoch (14, lo), dont les fragments qui nous restent ne contiennent point le passage auquel saint Jude fait allusion.

IV. But de V auteur. — Ce but est facile à saisir : saint Jude veut évidemment prémunir les chrétiens contre les enseignements erronés des hérétiques de son temps, probablement les simoniens et les nicolaïtes.

Instructions et beautés principales de cette épître

I. Instructions doctrinales. — Cette épître renferme, malgré sa brièveté, un assez grand nombre d'instructions dogmatiques et morales.

1° On peut signaler parmi les premières : la chute des mauvais anges et l'éternité de leurs supplices en enfer (v. 6) ; — le jugement que Jésus-Chrisl doit m. 27

•exercer un jour sur les méchants (14, 15) ; — l'autorité de la Tradition en fait de doctrine (3, 17), — et la nécessité des bonnes œuvres (20, 21).

2° Nous remarquerons parmi les secondes : le zèle que les pasteurs doivent avoir pour le salut de leur troupeau, et tous les chrétiens pour celui de leurs frères (3, 23) ; — le soin avec lequel il faut se souvenir des enseignements des Apôtres (17) et l'obligation de s'opposer aux fausses doctrines des novateurs (22). .

II. Beautés littéraires. — On trouve dans cette lettre, envisagée au point de vue littéraire, des beautés de premier ordre, qui n'ont point échappé au jugement des critiques. Le P. Mauduit remarque que le style est noble, vif, impétueux, figuré, digne, en un mot, du zèle et de la charité apostoliques. On admire surtout le portrait que saint Jude a laissé de ces docteurs sans doctrine qui cherchaient à séduire les chrétiens. Le même sujet avait été déjà traité par saint Pierre (II Ep., Il) 1 ; mais nous le retrouvons embelli et revêtu de couleurs plus riches, plus vives, plus animées (Jud., 12, 13, 16). Il serait intéressant de lire ensemble et de comparer ces deux portraits.

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