NO I
Introduction particulière
I. Lieu de sa composition. — Elle fut écrite de Babylone (v, 13), c'est-à-dire de Rome, que les chrétiens commençaient à désigner sous ce nom, à cause des traits de ressemblance que l'idolâtrie de ses faux dieux et la corruption de ses mœurs lui donnaient avec cette ville fameuse. On ne trouve en effet, ditBossuet\ dans aucune autre Babylone, ni la succession apostolique tant vantée parmi les fidèles, ni la mémoire du nom de saint Pierre, dont les églises se sont honorées, ni enfin aucun vestige d'église que dans cette Babylone mystique. On ne trouve pas non plus ailleurs ni Silvain, qui est Silas, ni saint Marc, dont saint Pierre fait mention comme de ceux qui étaient le plus connus à Babylone. Mais ils étaient connus à Rome, où saint Marc publia son Evangile par l'ordre de saint Pierre, et où Silas était venu avec saint Paul. On ne peut donc entendre que de Rome ce passage de saint Pierre, Les anciens docteurs l'ont entendu de la sorte ; et tel est aussi le sentiment à peu près unanime des catholiques modernes. Grotius, Cave, Lardner et plusieurs autres protestants ne l'entendent pas eux-mêmes différemment.
II. Langue dans laquelle elle a été écrite. — Saint Pierre écrivit cette lettre en grec, et l'envoya par Silvain,
1 Pré/, de l'Apocalypse, n» vu, p. 6.
(v, 12). Elle était adressée aux chrétiens dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie. Ces chrétiens étaient composés en grande partie de Juifs. On le conjecture avec vraisemblance de l'expression dispersés [dispersionis), qui paraît avoir été consacrée, àcette époque, pour désigner les Juifs répandus dans les provinces de l'empire. Cette lettre ne renferme d'ailleurs rien qu'on ne puisse leur appliquer. Il y avait sans doute parmi eux quelques Gentils convertis ; mais les Juifs devaient être beaucoup plus nombreux.
III. — Son authenticité. — Elle n'a jamais été contestée. Cette lettre figure dans tous les Canons des Livres saints. « On peut r&marquer seulement, dit « Cellérier \ combien elle est digne d'un Apôtre, « et combien son début véhément et élevé, la descrip- « tion poétique de l'héritage éternel promis aux (c chrétiens, tous ces préceptes si chauds, si éuer- « giquesetsi sentis, conviennent à saint Pierre. »
IV. Epoque de sa composition, son but. — Les persécutions auxquelles les chrétiens étaient alors en butte ou dont ils étaient menacés donnèrent lieu à cette épître. Elle tend à prémunir les chrétiens contre les dangers de l'apostasie, et à les faire sortir victorieux des épreuves qu'ils subissaient ou qu'ils redoutaient.
Par conséquent, on peut en rapporter la composition à l'an 65. C'était le moment où venait d'éclater à Rome la sanglante persécution qui suivit l'embrasement de cette ville par Néron. Les chrétientés disséminées dans l'empire craignaient peut-être que la persécution ne s'étendît jusqu'à elles, et elles pouvaient avoir besoin d'instructions spéciales.
V. Analyse. — Voici la substance de cette lettre. Dans le chapitre premier (i), après avoir salué les chrétiens, saint Pierre rend de solennelles actions de grâces à Dieu, qui, les ayant rachetés en Jésus-Christ, les destine à partager un jour dans le ciel son héritage.
1 Loc. cit., p. 466.
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Celte pensée consolante doit les aider à supporter avec patience les épreuves de la divine Providence. Après tout, des persécutions et des souffrances, n'estce pas ce que les Prophètes des anciens temps leur ont promis? Qu'ils s'arment donc de courage et qu'ils s'efforcent de mener une vie digne de la grandeur de leur vocation.
Chapitre deuxième (ii). Régénérés en Jésus-Christ, ils doivent faire paraître en eux toutes les vertus qui brillent dans les petits enfants : la douceur, la simplicité, la docilité... C'est à ce prix et à la condition de demeurer fermes dans la foi, que, comme autant de pierres vivantes et animées, ils pourront élever en eux ce magnifique édifice dont Jésus-Christ est le fondement et la pierre angulaire. Les chrétiens étaient calomniés; l'Apôtre les engage à fermer la bouche à leurs ennemis par une conduite irréprochable. Qu'ils leur donnent l'exemple du respect et de Tobéissance dus aux puissances, de la charité, de la patience ; qu'ils songent combien il est glorieux de souffrir pour la justice, seul honneur que les chrétiens ambitionnent et revendiquent avec fierté.
Dans le troisième chapitre (m), après quelques avis aux époux sur leurs devoirs réciproques, saint Pierre revient à tous les chrétiens, et les exhorte de nouveau à la concorde, à la miséricorde, à la modestie, à l'humilité, à la patience; il leur rappelle combien il y a de bonheur à être injustement persécuté comme Jésus-Christ.
Chapitre quatrième (iv). Qu'ils se servent donc de la pensée de Jésus souffrant, pour résister avec courage à leurs passions et souffrir la persécution avec une humble résignation.
Dans le cinquième et dernier chapitre {y), saint Pierre s'adresse d'abord aux pasteurs de l'Église : il les engage à donner à leur troupeau l'exemple de toutes les vertus, et à le gouverner avec douceur. Il revient en-
suite aux fidèles et leur recommande, en terminant, la sobriété et la vigilance.
La lettre finit par les souhaits et les salutations d'usage.
N" II
Instructions et beautés principales de cette épître.
I. Instructions doctrinales. — Cette épître est, comme celle de saint Jacques, plus pratique que doctrinale. On y rencontre cependant plusieurs vérités dogmatiques importantes. Nous signalerons entre autres : la descente de l'âme du Sauveur dans les limbes (m, 19);
— l'inspiration des Prophètes (i, 11); — la nature ou l'origine du pouvoir dans les sociétés civiles (ii, 13-18);
— le dogme fondamental de la régénération de tous les hommes en Jésus-Christ et par Jésus-Christ (i, 3, 18, 19); — la vérité de la résurrection de Notre-Seigneur (i, 3, 21) ; — ses soufTrances, et, un jour, ses glorieuses destinées fi, 11). Est-il besoin d'ajouter que celte doctrine de saint Pierre ne diffère en rien, quant au fond, de celle de saint Paul, et que la prétention d'opposer le christianisme de l'un à celui de l'autre, sous le nom de Pélrinisme et de Paulinisme, n'a pas le moindre fondement ^ ?
Quant aux instructions morales contenues dans cette épître, l'analyse que nous en avons donnée montre combien elle est riche sous ce rapport.
II. Beautés littéraires. — Cellérier ^ a très bien apprécié le talent de saint Pierre et le mérite de cette épître : « Le caractère le plus saillant de l'écrit que « nous examinons, dit-il, celui qui, dès le commen- « cément, frappe les regards et touche le cœur, ce « sont les transports de l'Apôtre en annonçant la « Rédemption. Son début est un cri de reconnaissance
' Cfr Drach, Épitres eath., p. 74.
' De l'orig. autli. et div. du N. T., p. 269-271.
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« et de joie (i, 3). L'idée du salut apporté par Jésus- « Christ, le souvenir de ses promesses et de son exem- « pie, dominent toutes ses pensées, se retrouvent au « au fond de toutes ses leçons, deviennent le motif « de ses préceptes les plus particuliers. Voyez par « exemple I Petr., i, 2, 3-15, 18-21, 23-23; ii, 4, 5. « 9-12, 16, 21-23. Me trompé-je, si, de plus, je crois V voir dans la manière dont l'écrivain parle de cette « rédemption par le sang de Jésus-Christ quelque « chose de l'ardeur curieuse, mais noble et rele- « vée, qui caractérise l'apôtre saint Pierre? Je me (( le rappelle dans les Évangiles sans cesse inter- « rogeant son Maître, impatient de comprendre, « d'éclaircir ses leçons. Dans l'Épître, il me semble « reconnaître le même Apôtre à la chaleur impé- « tueuse avec laquelle il dépeint les efforts des Pro- « phètes pour pénétrer les destinées du Messie, les « souhaits inutiles des anges pour percer jusqu'au (t fond de cet abîme (i, 10-12), et le bonheur des élus, « objets choisis et témoins éclairés de tant d'amour. « Il y a de plus ici un sentiment profond du prix que « la réconciliation de l'homme a coûté, du sang versé « sur la croix (i, 2, 18-19; ii, 24), du danger de né- « gliger un si grand salut, de la folie d'affronter le « jugement de Celui qui, après avoir agi en père (i, « 15-17), jugera sans acception de personnes. »
Orotius et Érasme n'ont pas jugé moins favorablement cette lettre : a Habet hxc epistola, dit le pre- « mier, th c-yoS^sôv conveniens Principi Apostolorum. » Cette lettre, dit le second, bien digne assurément du Prince des Apôtres, est pleine d'autorité et d'une majesté tout apostolique ; elle renferme peu de mots, mais elle est pleine de sens*.
Nous nous contenterons d'indiquer à l'appui de ces différents jugements : i° Le chapitre deuxième (ii,
1 Cfr M. Glaire, Inlrod., t. VI p. 280 ; M. Drach, loc. cit., p. 73.
1-12), dont le commencement est empreint de tant de grandeur. On dirait que l'auteur n'a point assaz de paroles et que les expressions lui manquent pour faire comprendre aux chrétiens la grandeur et la sublimité de leur vocation.
2° La fin de ce chapitre (18-24). Avec quelle chaleur et quelle éloquence il parle du bonheur et de la gloire d'être injustement persécuté à l'exemple de Jésus-Christ !
3° Enfin le chapitre t7'ois/ème (m, 1-7) et le chapih'e cinquième (v, 1-5). Le dernier passage surtout est très remarquable; c'est aussi l'un des plus utiles que nous puissions étudier. Nous le signalons à l'attention des pasteurs de l'Église qui veulent rendre leur ministère fructueux au milieu des peuples qu'ils ont à diriger : leur conduite y est toute tracée.
Deuxième épitre de saint Pierre
N Introduction particulière
L Personnes auxquelles elle est adressée. — Cette seconde lettre de saint Pierre a été écrite aux personnes qui avaient déjà reçu la première, c'est-à-dire aux Juifs dispersés dans l'empire. Lui-même l'insinue clairement lorsqu'il dit : « Voici la seconde lettre que je « vous écris {ui, 1). » On le conjecture encore de ce qu'il suppose ces personnes très versées dans l'étude et dans la connaissance des saintes Écritures (i, 19,20).
II. Époque de sa composition. — Si saint Pierre écrivit sa première épître vers l'an 65, et que celle-ci soit postérieure, il dut la composer peu de temps avant sa mort, arrivée l'an 67. Cette supposition est confirmée par le pressentiment qu'il avait de sa fin prochaine : « Car Je suis sûr, dit-il, que je quitterai bientôt cette
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« ^en^e (il parle de son corps), ainsi que Jésus-Christ « me l'a fait connaître (i, 14). » Il l'aurait ainsi écrite de Rome.
III. Son authencité. — La plus importante des questions relatives à cette épître et celle de son authenticité. Gomme c.ette lettre n'a pas toujou/s été reconnue pour authentique, comme on ne l'a pas admise tout de suite dans le Canon des Livres saints et que la plupart des protestants la rejettent encore, nous devons entrer à ce sujet dans plus de détails. Nous établissons comme incontestable la proposition suivante :
PROPOSITION Saint Pierre est Vauieur de la deuxième épitre qui porte son 7iom.
Nous le pouvons : 1° par la Tradition. Le premier témoignage est celui de saint Clément pape, un des premiers successeurs de saint Pierre sur le siège de Rome. Il ne cite textuellement aucun passage de cette lettre; mais, de l'aveu même de quelques protestants, il y fait allusion en plusieurs endroits de ses écrits ^ Au second siècle, les témoignages sont plus nombreux et plus décisifs. Saint Justin, saint Irénée, Origène, s'en sont servis plusieurs fois pour combattre les hérétiques. N'est-ce pas Origène qui a dit que « les « deux épîtres de saint Pierre retentissaient à ses oreilles « comme une double trompette! » Joignez à ces noms ceux de saint Hippolyte et de Méthodius au troisième siècle, et, au quatrième, ceux de saint Jérôme, de saint Athanase, de saint Macaire, de saint Éphrem, de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Epiphane et de saint Jean Chrysostome '^. — Plusieurs d'entre eux, Origène et saint Jérôme en particulier, disent, il est vrai, que cette épitre n'était pas généra-
1 Cfr M. Drach, ioc. cit., p. 112.
' Cfr M. Gaire, Ioc. cit., t. VI, p. 294; et surtout M. Drach, Ioc. cit.
lement admise de leur temps, et qu'on élevait des doutes sur son authenticité. Saint Jérôme dit même qu'elle était rejetée par la plupart des auteurs ( à pierisque), parce qu'elle diffère de la première sous le rapport du style. Mais ce motif lui a paru peu solide, puisqu'il le réfute et dit expressément que saint Pierre « a écrit deux épîtres ». Quoi qu'il en soit, les doutes dont cette lettre a été l'objet dans les trois premiers siècles se sont insensiblement dissipés; et, à partir du quatrième, elle a été unanimement reçue dans l'Église.
2° Par les caractères intrinsèques. L'auteur de cette lettre se donne le nom de Simon Pierre, d'Apôtre et de serviteur de Jésus-Christ (i, 1) ; il assure que Dieu lui a fait connaître d'une manière certaine qu'il devait bientôt mourir (^ 14); il affirme avoir été sur la montagne quand Dieu le Père, parlant de son Fils, fit entendre ces mémorables paroles : a Celui-ci est mon (( Fils bien- aimé {\Ç>-\^) \ » enfin il appelle Paul du nom de frère et de frère bien-aimé : « carissimus frater noster Paulus (m, 15). » Or il n'est pas un seul de ces caractères qui ne convienne à saint Pierre. Nous sommes donc en droit de lui attribuer cette lettre, à moins de preuve évidente du contraire.
On objecte la grande différence de style qu'il y a, dit-on, entre cette lettre et la première.
Bép. — 1° Saint Jérôme, Origène et les autres Pères n'ont pas ignoré cette difficulté : cependant ils l'ont méprisée. — 2° La différence de style n'est pas aussi grande qu'on le prétend : Basnage déclare qu'il n'a pu l'apercevoir. Dans tous les cas, on peut l'expliquer : au chapitre ii, où elle paraît davantage, saint Pierre est aux prises avec les faux apôtres ; il les voit, pour ainsi dire, sous ses yeux, il décrit leurs infamies. Or, tout naturellement, son style est plus vif, plus ardent, plus abondant en métaphores que lorsqu'il donne aux chrétiens de simples leçons de morale ou qu'il les console. — 3" Enfin, s'il y a entre ces deux lettres quelques différences, on y remarque aussi une grande