‹ Cours élémentaire d'Écriture SainteChapitre 7 sur 89 · JESUS · texte numérisé non relu

JESUS

Depuis David, à l'exception de deux ou trois noms, ces deux généalogies n'ont donc de commun que le point de départ et le point d'arrivée.

1° Suivant les uns, saint Matthieu, de l'aveu de presque tous les commentateurs, ayant donné la généalogie naturelle et directe de saint Joseph, saintLuc a donné celle de Marie par son père, appelé indifféremment Héli et Joachim '.

Par des voies différentes, les deux évangélistes arrivaient au même hut, qui était de prouver que Jésus de Nazareth descendait de David; et si saint IMatthieu ne donne pas la généalogie de Marie, c'est qu'il écrivait surtout pour les Juifs et que les Juifs ne tiraient pas leurs généalogies par les femmes, suivant cet

1 « Les Juifs eux mêmes, dit D. Calmet, nomment la sainte « Vierge fille d'Héli ; et Galatin raconte qu'un docteur juif, « nommé Accados, avant été consulté au sujet de la mère du « Messie, répondit à son interlocuteur : Vous devez savoir que le « père de sa mère aura deux noms, l'un Héli, l'autre Joachim. »

Héli est contracté pour Héliacim, et la première syllabe de chaque nom Hel et Jo étant une expression de Dieu, en hébreu on prend indifféremment l'une pour l'autre.

EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉA^ANGILE 63

axiome de leurs docteurs : La famille de la mère n'est point une famille. Comme on savait d'ailleurs que Joseph et Marie étaient de la même famille, saint Matthieu atteignait son but en donnant seulement la généalogie de saint Joseph. On a supposé de plus que sainte Anne, mère de la sainte Vierge, était sœur de Jacob et descendait de Mathan. Marie était alors la cousine germaine de Joseph ; et tous les aïeux de Joseph, à l'exception de Jacob, étaient ceux de Marie, La généalogie de Joseph dans saint Matthieu est donc feu même temps celle de Marie du côté maternel. Quand saint Luc (m, 23) dit que Jésus était fils d'Héli {qui fuit Heli), il entend petit-fils ; et si ces mots se rapportent non h Jésus, mais à Joseph, il faut dire que Joseph, ayant épousé Marie, fille unique d'Héli, a pu, d'après l'usage, en être dit le fils, quoiqu'il en fût seulement le gendre. Telle est l'opinion qu'ont embrassée, après Jansénius de Gand et le P. Hardouin. Du Clôt, Janssens, le docteur Sepp, un grand nombre d'écrivains modernes et la plupart des auteurs protestants.

Ce système a peu de racines dans le passé , il ne remonte pas au delà du xvi" siècle et il ne peut invoquer en sa faveur l'autorité ni d'un Père, ni d'un ancien manuscrit, ni d'une version. Il n'est pas non plus établi aussi solidement qu'on pourrait le désirer ; on s'étonne, par exemple, que saint Luc, qui, comme on le prétend, donne la généalogie de Marie, ne prononce pas même son nom, et dise que Joseph était fils d'Héli.

2° Suivant une autre explication, plus conforme au sentiment des anciens, saint Luc aurait donné comme saint Matthieu la généalogie de Joseph, mais avec cette différence que saint Matthieu donne la généalogie naturelle et directe de Joseph, tandis que saint Luc en donne la généalogie ou descendance légale. En vertu de la loi du Lévirat (Deut., xxv, 6-10), un même fils pouvait avoir deux pères, l'un naturel.

l'autre légal. Or saint Joseph était dans ce cas. Les deux généalogies lui donnent pour père, l'une Jacob, l'autre Héli, et il a été, dans la réalité, fils de tous les deux, du premier par la nature, et du second par la loi. — a) Cette explication est plus autorisée que la première : tous les Pères l'ont donnée ; on n'en connaissait pas d'autre avant le xvi'' siècle ; et, même depuis cette époque, elle a été soutenue par un grand nombre de savants auteurs, tels queEstius, Maldonat, Baronius, Casaubon, Ménochius, Noël Alexandre, et de nos jours par le P. Patrizi '. — b) Non seulement elle ne fait pas violence au texte, mais elle semble réclamée par le sens naturel des paroles de saint Luc (m, 23) et elle trouve sa justification dans la législation des Juifs. — c) Enfin elle répond à toutes les difficultés ; on comprend alors, en effet, que ces deux généalogies soient différentes. Le but des évangélistes était aussi atteint, puisque la parenté de saint Joseph et de la sainte Vierge n'était ignorée de personne et que, en donnant la généalogie du premier, les écrivains sacrés donnaient celle de la seconde. Suivant le P. Patrizi -, dont le sentiment n'est dénué ni d'autorité ni de raisons, saint Joseph était l'oncle paternel de la sainte Vierge. Tous ou presque tous ses ancêtres étaient par conséquent ceux de Marie, Que de David à Joseph, dans un intervalle de dix siècles, il se rencontre dans une des branches de la descendance de ce prince un plus grand nombre de générations que dans une autre, cela n'est pas extraordinaire entre des lignes collatérales parties d'une souche si éloignée. Il est d'ailleurs probable, il est même certain que saint Matthieu a fait à dessein plusieurs omissions.

3° Mais d'où vient que Salathiel et Zorobabel figurent dans les deux tables? On pourrait répondre

1 Loc. cit., c. XIX et XX.

2 Ibirl., c. XX, n. 9-15, p, 101,

que ce sont des personnages différents portant le même nom. Mais il est plus probable que c'est encore en vertu de la loi du Lévirat que Salathiel est dit fils de Jéchonias et fils de Néri. Quant à Zorobabel, s'il figure dans l'une des filiations comme père d'Abiud, et dans l'autre comme père de Résa, c'est qu'il aura eu réellement ces deux enfants, lesquels auront formé deux branches dans sa descendance. Saint Matthieu, a choisi l'une, saint Luc a pris l'autre. « En résumé, « dit M. Wallon *, les deux généalogies, quoique en « apparence si dissemblables, sont l'une et l'autre « de Joseph. Les différences résultent de ce que deux « ou trois fois dans une période de mille ans la loi du « Lévirat verni son application. De là deux pères, l'un « naturel et l'autre légal, pour Joseph et pour Salace thiel. De là deux séries différentes, remontant de (( Joseph par Héli et par Jacob et Zorobabel, fils de « Salathiel, et de Salathiel par Néri et par Jéchonias à « David : saint Luc suivant, à ce que l'on peut croire, « l'ordre légal et saint Matthieu l'ordre naturel, sauf « un seul cas peut-être oii, le père légal et le père « naturel ayant un même auteur, rien ne se trouvait « changé à la ligne qu'il présentait. »

IL — Les difficultés particulières à la généalogie de saint Matthieu sont au nombre de trois.

1° La première est au verset quatrième : Salmon autem genuif Booz de Bahab. On demande quelle est cette femme nommée Rahab : est-ce la même que celle dont il est parlé dans le livre de Josué (ii et vi) ?

Rép. — Suivant plusieurs, il n'est pas probable que depuis Josué jusqu'à David, c'est-à-dire pendant environ 330 ans, il n'y ait eu que trois générations : Booz, Obed et Jessé. Ils en concluent que cette femme était distincte de la fameuse Rahab du livre de Josué. Ce n'est cependant pas le sentiment le plus commun, et

' Loc. cit., p. 435 et 560.

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nous regardons comme certain qu'il s'agit en cet endroit de la généreuse habitante de Jéricho à qui les envoyés de Josué durent leur salut; et c'est précisément à celte circonstance que cette femme célèbre a dû l'honneur de figurer sur les listes généalogiques du Messie. Il faut dire alors ou que Booz, Obed et Jessé ont engendré à plus de cent ans, ou qu'il manque plusieurs générations à la généalogie de saint Matthieu. Les généalogies incomplètes, tronquées même quelquefois à dessein, ne sont pas rares. On se contentait le plus souvent d'insérer les noms nécessaires au but que l'on se proposait^

2" La seconde difficulté vient d'une semblable omission que saint Matthieu a faite dans un autre endroit de sa généalogie où il passe de Joram à Osias sans parler d'Ochosias, de Joas et d'Amasias (v 8). Quelle est la raison de cette omission ?

Rép. — Quelques auteurs- ont pensé que l'impiété de ces princes, issus de la race maudite d'Achab et de Jézabel, dont Joram avait épousé la fille, la trop fa^ meuse Athalie, les avait empêchés, dès rorigine, de figurer dans les tables généalogiques des rois de leur nation. Ce sentiment est peu probable, et nous souscrivons de préférence à celui du P. Patrizi ^ Afin de soulager la mémoire ou pour quelque autre raison inconnue, dit-il, saint Matthieu, ayant partagé sa généalogie en trois classes composées chacune de quatorze générations, a dû omettre à dessein plusieurs noms ; et s'il a choisi les noms de ces trois princes, c'est parce que Joram, leur père, s'était allié à une étrangère. Idcirco, ajoute saint Jérôme*, nsquè ad tertiam generationem ejus memoria tollitur , ne in sanctœ nativitatls ordlne poneretur.

3° La dernière difficulté naît du partage de la généa-

1 Cfr. )e P. Patrizi, lil). III, diss. ix, cap. x, n. 2, p. 61.

2 Papebroch, Lamy, Ziccaria, cités parle P. Patrizi, n. 5.

3 Loc. cit., n. 7, p. 63.

* Comm. in Matth., i, 8.

EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 67

logie de saint Matthieu en trois classes (y 17). On objecte que, pour trouver quatorze générations dans chacune d'elles, l'écrivain sacré nomme deux fois Jéchonias, c'est-à-dire à la fin de la seconde et au commencement de la troisième.

Bép. — 11 y a plusieurs manières de résoudre cette difficulté. — a) les uns admettent une légère altération du texte et proposent d'insérer le nom de Joachim entre ceux de Josias et de Jéchonias. « En V elfet, dit Janssens', il est constant, d'après le pre- « mier livre des Paralipomènes (m, 15, 16), que Jécho- « nias n'eut qu'un frère, qui fut Sédécias, et non des (( frères (Matth., i, 11) ; Joachim, au contraire, en eut « plusieurs, savoir : Joanan, Sédécias et Sellum. « Aussi lit-on dans plusieurs manuscrits grecs et « latins Joachim au lieu de Jéchonias. On devrait donc « lire ainsi les versets 11 et 12 : Josias engendra Joa- « chim et ses frères. Joachim engendra Jéchonias vers « le temps de la transmigration à Babylone, et après « cette transmigration à Babylone Jéchonias engendra « Salathiel. » — h) Suivant d'autres-, il y a eu deux Jéchonias, dont le premier, nommé encore Johanam ou Jochanam, était fils de Josias. — c) Enfin, d'après M. Wallon % il n'est pas besoin de recourir à ces explications, a II suffit, dit-il, de bien entendre les « divisions de l'auteur et sa manière de compter. « Arrêtez la deuxième période à Josias, qui se place, « en effet, comme au seuil de la captivité, et admettez « que l'évangéhste range ce prince et David dans cha- « cune des deux périodes dont il marque soit la fin, « soit le commencement, et vous aurez le nombre « exact des générations comptées avant Jésus-Christ, « Jésus lui-même restant en dehors ; d'Abraham « à David, quatorze ; de David à Josias, quatorze ; « de Josias à Joseph, quatorze. Cette manière de

1 Hermen. sacr., n. 450.

- Cfr le P. Patrizi, loc. cit., c, xii, n. 8, p. 67.

' Loc. cit., p. 431.

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« compter deux fois le terme commun à deux séries « successives est ordinaire aux anciens et peut avoir « son application même dans un tableau généalo- « gique. »

§ V Naissance de J.-C. (Luc, ii, 1-39).

I. — Jésus-Christ est né certainement sous Hérode (Matth., n, 1), et, suivant la tradition de l'Église, le 25 décembre. Or Hérode est mort l'an de Rome 7oOS le 2 ou le 3 avril. Jésus-Christ est donc né au plus tard le 25 décembre précédent, l'an de Rome 749 ; et, par conséquent, Denys le Petit s'est trompé en le faisant naître quatre ans plus tard, ou, pour parler plus exactement, à la fin de la cinquième année qui a précédé l'ère vulgaire, laquelle commence avec l'an de Rome 754.

Mais si Jésus-Christ n'est pas né plus tard que le 25 décembre 749, il a pu naître plus tôt. Quelle est au juste l'époque de sa naissance? Il n'entre pas dans notre plan de discuter, ni même d'exposer les différentes opinions qui existent sur ce point. Obligé de choisir, nous avons embrassé celle du P. Patrizi - et de M. Wallon '\ qui ont eux-mêmes suivi le sentiment de Sanclemente et de plusieurs autres savants chronologistes. Suivant ces habiles critiques, Notre-Seigneur est né le 25 décembre 747, c'est-à-dire 7 ans avant l'ère vulgaire, ou plutôt à la fin de la huitième année qui a précédé cette ère.

II. — Le recensement que mentionne saint Luc et qui amena Marie à Bethléem, a besoin d'être examiné,

1 Cette date est certaine. Voyez le P. Patrizi, loc. cit., liL. II[, diss. XXXV, p. 388 et suiv. ; M. Wallon, loc. cit., p. 3"77 et 537; la Revue des quest. hislor,, 3^ livraison., janv. 1867, p. 6.

2 Loc. cit., diss. xx, p. 277.

3 Loc. cit., p. 382.

EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 69

à cause des difficultés qu'on a opposées à la véracité de ce récit.

Voici les paroles de saint Luc : Factum est autem in diebus illis, exiit ecUctum à Cœsare Awjusto, ut describeretur universus or bis. Hœc descriptio prima facta est à prœside SyriœCyrino... Ascendlt autem et Joseph à Gali- Iceâ... ut profiteretur cum Maria (ii, 1-5). Le texte grec du verset deuxième porte : autïj r, àiroy ftafà -np^^nr, i^vuxo

/.yîu.ovïOovTC; TÂç Ivpiaç Kvpîvryj,

Quatre questions se posent à ce sujet :

Le silence des auteurs profanes sur un tel recensement ; la chronologie qui marque le recensement de Quirinius postérieur au règne d'Hérode ; V invraisemblance d'un recensement romain en Palestine à une époque où Hérode régnait encore ; Vincertitude de l'Evangéliste sur la nature et le mode de ce recensement, car selon la loi romaine il n'exigeait pas l'inscription au lieu d'origine, et selon la loi juive il ne s'appliquait pas aux femmes.

Bép. — 1" On invoque à tort le silence des auteurs profanes. En effet: — a) Si Tacite, Suétone et Dion Cassius ne parlent pas expressément du recensement universel ordonné par Auguste, leur silence n'est qu'un argument négatif et on peut l'expliquer *. — b) On exagère le silence des auteurs profanes. En effet, le Marbre d'Ancyre ou Testament d'Auguste parle de trois recensements opérés sous le règne de ce prince, dont le second eut lieu Tan 746 de Rome, c'est-à-dire précisément un an avant la naissance de Jésus- Christ-, ce qui coïncide très bien avec saint Luc. Le monument d'Ancyre ne parle, il est vrai, que du recensement des citoyens ; mais il n'exclut pas l'édit du recensement général. Non seulement il ne l'exclut pas, mais en rapprochant le Testament d'Auguste d'un autre ouvrage de ce prince, « le Sommaire de Vempire, Breoiarium imperii, » dont Tacite, Suétone et Dion

' Voyez M. Wallon, loc. cit., p. 332.

2 Cfr M. Darras, Hisl. de VÉ'jHse, t. IV, p. 27S,

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font connaître le contenu, on est comme forcé d'admettre l'existence d'un recensement général. On voit en effet dans cet ouvrage que, plusieurs années auparavant, César avait déjà ordonné qu'on mesurât tout le monde romain. Or Auguste aura continué l'œuvre de son prédécesseur, et il a dû joindre un dénombrem.ent des personnes à la description des terres opérée certainement de son temps par les Agrimenseurs : car les personnes comme les terres faisaient la force et la richesse de l'empire; de plus, ce cadastre avait nécessairement l'impôt en vue, et les personnes comme les terres étaient matières de l'impôt. Les deux choses se tiennent : le travail des Agrimenseurs appelle le dénombrement de saint Luc. On a d'ailleurs, dit M. Wallon ^ des témoignages directs qui joignent les deux choses séparées dans le texte des Agrimenseurs et dans celui de l'évangéliste : c'est le témoignage de Cassiadore - et celui de Suidas^ Suida.s est très précis, et il joint à la définition du recensement dont il s'agit la mention des vingt commissaires choisis pour l'exécuter. «L'empereur Auguste, devenu seul maître, « dit-il, choisit vingt hommes les plus distingués par « leur probité et leur manière de vivre et les envoya « dans tous les pays de son obéissance, afin de faire le « recensement rfes personnes et des biens, et de prélever « une contribution déterminée pour le trésor public. » 2° Il y a plusieurs moyens de justifier l'exactitude historique de saint Luc par rapport au recensement de Quirinius. — a) Le verset où il est question de ce recensement n'est peut-être qu'une glose ajoutée plus tard, et dont l'erreur ne doit pas être imputée à l'évangéliste. Telle est l'explication de Bèze, de Gapelle et plus récemment de OIshausen *. Comme c'est surtout relativement à la fixation des dates que l'on trouve

1 Loc. cit., p. 337.

2 Cass., Var., m, 52.

3 Suidas, V 'ATcoypatpf].

'* Cfr le P. de Valroger, Introd. hist., t. Il, p. 482.

EXPLICATION LITTÉRALE DE l' ÉVANGILE 71

des gloses chez les anciens auteurs, cette explication n'est pas dénuée de vraisemblance ; mais il y en a de meilleures. — b) On peut, en effet, traduire ainsi le texte original : Ce dénombrement se fit avant que Quirinius fût prêtent^ de la Syrie. Alors non seulement toute difficulté disparaît, mais cette remarque, faite en vue de prévenir une méprise historique et afin que l'on ne confondît pas ce premier dénombrement avec celui de Quirinius, qui avait marqué la réunion définitive de la Judée à l'empire, est un témoignage authentique du soin et de l'exactitude avec lesquels saint Luc a composé son livre. Cette traduction est d'ailleurs justifiable au point de vue de la grammaire \ car npotroç est un véritable comparatif, et saint Jean a employé au moins deux fois ce mot dans le même sens (Joan., I, 15, 30, et xv, 18), « Le plus grand tort de « cette interprétation, dit M. Wallon -, est d'être rela- « tivement moderne : c'est Herwaert qui l'a proposée « le premier ^ Néanmoins, au dire de Reinold, ce « verset avait déjà été ainsi entendu par Théophylacte, « archevêque de Bulgarie en 1070, d'accord sans « doute avec des interprètes grecs antérieurs. Noce tons, en outre, que, dans le manuscrit sinaïtique « récemment découvert par M. Tischendorf, et, à son « avis, le plus ancien de tous, on lit non pas «ùtà h

« ànoy fi</.fj>ri TxpoiTn syi-De-zo /,y£f/.ovcûovTO;, mais èyivtzo np^rn

« /iyctxovsJovTos-, construction qui mène comme de soi « et force en quelque sorte à cette manière de trace duire. » — c) Enfin on peut traduire littéralement sur la Vulgate et conformément aux plus anciennes versions : Ce premier dénombrement fut accompli ou mieux achevé par Quirinius, gouverneur de Syrie. Un recensement comprenait deux choses : l'enregistre-

» Cfr M. Wallon, loc. cit. ; p. 3-12-344; le P. de Valroger, icjc.

- Loc. cit., p. 345.

3 Elle a été adoptée depuis par Kepler, Leclerc, Lardner, Michaélis, Huschke, etc.

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ment des personnes et celui des biens que l'on voulait imposer. Or cette double opération demandait souvent plusieurs années. Le recensement ordonné par Auguste se sera probablement opéré de cette manière : l'enregistrement des personnes aura commencé à la naissance de Notre-Seigneur, sous Hérode, et aura été exécuté avec le concours de ce prince selon les prescriptions du gouverneur de la province voisine, Saturninus ; mais le recensement ne fut achevé et ne reçut sa forme définitive que dix ou douze ans plus tard, quand, après la mort d'Archélaûs, Quirinius vint prendre le gouvernement de la Syrie. De telle sorte que saint Luc, en parlant des opérations préliminaires, dit M. Wallon', a pu donner à ce recensement le nom qu'il prit de celui qui le termina. Cette explication, qui ne change rien à la Vulgate, est à cause de cela préférable.

3° Il n'est pas incroyable qu'Auguste ait ordonné un dénombrement dans un pays encore soumis à Hérode. Les Romains avaient laissé à Hérode le titre de roi ; mais il n'était, dans la réalité, qu'un préfet couronné ; un signe d'Auguste pouvait le faire descendre du trône, comme un signe l'y avait 'fait monter. Hérode pouvait lever des impôts pour son propre compte, mais il devait aussi payer un tribut à l'empereur. La levée d'un impôt dans ses États au profit du trésor impérial n'a donc rien d'incroyable. Il ne s'agissait peut-être d'ailleurs, comme nous l'avons remarqué, que de dresser un cadastre destiné à asseoir plus tard l'impôt ou à déterminer le nombre des troupes auxiliaires que les rois oMiés devaient fournir en proportion du nombre de leurs sujets ^ . ,4" Enfin le mode de recensement indiqué par saint

1 Loc. cit.f p. 357. Cette question y est parfaitement traitée. On trouvera au même endroit l'exposé et une savante discussion de plusieurs autres explications.

2 Cfr le P. de Valroger, loc. cit., p. 488; M. Darras, Hist. de tEgl., t. IV, p. 282.

EXPLICATION LITTÉRALE DE l'ÉVANGILE 73

Luc n'implique aucune contradiction, — a) « Les Ro- « mains, dit M. Wallon*, recensaient les personnes au « lieu de leur origine... On rappelait les citoyens des (( provinces en Italie pour qu'ils se fissent inscrire... « Réciproquement, on ordonnait aux Latins qui rési- « daient à Rome d'aller subir le cens dans leurs « propres municipes... C'est donc conformément au « droit romain, comme à l'usage des Juifs, que saint « Luc nous montre saint Joseph venant se faire ia- « scrire à Bethléem. » — b) D'après le même, droit, l'inscription de Marie était aussi nécessaire : car lorsqu'il s'agissait des sujets de l'empire et d'une inscription faite en vue de l'impôt personnel, la femme y était sujette en son propre nom tout aussi bien que l'homme, et il n'y avait aucune sorte de tutelle légale qui la dispensât dé comparaître ellemême devant le recenseur ".

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