II. — Nous ajouterons trois observations sur ce chapitre
1° Les cent quarante-quatre mille élus marqués du sceau divin sont clairement distingués de la multitude des autres bienheureux. Ceux-ci ont été tirés de tous les peuples du monde; les autres appartiennent aux -douze tribus d'Israël. De sorte que l'universalité dont le nombre douze est le symbole doit avoir ici son application au peuple Israélite et signifier son retour au Dieu de ses pères. C'est ce petit reste dont les Prophètes ont parlé, qui se convertira. Les autres sont les peuples de la Gentilité.
2° Quel est ce sceau divin dont les élus sont marqués? On est réduit aux conjectures, mais un rapprochement avec les autres Écritures aide à s'en faire une juste idée. — a) Il y a ici une allusion au passage de l'ange exterminateur qui frappa les Égyptiens et épargna les Hébreux dont les maisons étaient marquées du sang de l'agneau pascal.
b) Il y a aussi une allusion au chapitre ix d'Ézéchiel, où Dieu ordonne d'imprimer la lettre hébraïque thau sur le front de ses fidèles serviteurs, qui éthapperont
ainsi à sa vengeance. — c) Jésus-Christ, dans son dis-, cours sur la fin du monde, a dit que le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel au jour du jugement, et la tradition catholique l'a constamment entendu de la croix, vrai signe de Jésus-Christ et de ses disciples, La croix sera donc probablement le signe caractéristique dont seront marqués les élus du peuple Israélite, et ils le recevront comme le gage de leur salut et leur préservatif au jour de la tribulalion.
3° Le dénombrement des tribus d'Israël présente une particularité remarquable qui a beaucoup exercé les exégètes ; saint Jean a omis de nommer la tribu de Dan. — a) Saint Irénée et les Pères ont pensé que cette omission est volontaire et qu'elle eut pour motif ce fait, encore à venir, mais révélé à saint Jean, que l'Antéchrist naîtrait de la tribu de Dan. C'est en ce sens et sous cette impression que les mêmes Pères et les commentateurs anciens ont appliqué la prophétie faite par Jacob au chef de cette tribu.
b) L'antiquité de cette interprétation et l'autorité de ses auteurs la rendent assurément très respectable; toutefois rien ne garantit la certitude d'une telle révélation, et rien ne prouve que tel ait été le motif de l'omission observée. Aussi les interprètes modernes ont-ils généralement abandonné ce sentiment, d'autant que la distinction des tribus n'exi>te plus chez les Juifs. — c) Selon eux, l'omission de la tribu de Dan aurait sa raison dans une observation philologique. Saint Jean avait écrit DAN; mais un copiste inallentif aurait lu MAN, abréviation de Manassé, et cette leçon aurait passé dans tous les manuscrits. C'est une hypothèse assurément, mais qui n'est pas invraisemblable; car il faut remarquer que saint Jean mentionne la tribu de Joseph : or dans ce nom étaient comprises les deux tribus de Manassé et dÉphraim, issues de ce patriarche. Il ne devait donc pas mentionner nommément celle de Manassé sans faire double -emploi, à moins qu'on ne suppose le nom de Joseph
substitué à celui d'Éphraïm, ce qui crée une difficulté plus considérable que notre observation.
Ti'oisième vision : les Trompettes (viii-xi).