‹ Cours élémentaire d'Écriture SainteChapitre 88 sur 89 · III. — Nous signalerons deux traits qui, pour pa · texte numérisé non relu

III. — Nous signalerons deux traits qui, pour pa

raître de moindre importance, sont pourtant significatifs. — a) Le peuple fidèle est invité à quitter la cité coupable avant sa ruine (v. 4). Ainsi arriva-t-il avant le siège de Jérusalem par les Romains et avant celui de Rome par les Goths. — b) Lesrois|complices de la prostituée verrontide loin la fumée de son embrasement et n'oseront en approcher (y. 9, 10). L'histoire dit aussi que l'armée de Bélisaire, paralysée en ses mouvements, assista, des rivages de la mer, à l'incendie de Rome.

Second tableau : Triomphe des Saints (xix).

L — Ce tableau présente trois traits principaux : le cantique des élus qui célèbrent la puissance de Dieu et remercient le Seigneur de leur avoir assuré la victoire (1-10) ; — le triomphe particulier de Jésus- Christ qui paraît au milieu de l'assemblée céleste avec les attributs et l'appareil du roi victorieux dont la domination s'étendra sur toute créature et anéantira pour jamais ses ennemis (11-18); une deuxième tentative de la bête qui s'avancera contre Jésus-Christ et les siens, mais sera vaincue sans retour (19-21),

II. — Ce dernier trait est caractéristique. Assurément il se distingue de la double lutte racontée au chapitre xiii contre les deux bêtes qui y ont apparu successivement, puisque ici l'une et l'autre marchent ensemble et traînent à leur suite les rois de la terre.

C'est néanmoins un retour offensif de la même puissance, un effort de l'empire païen pour renverser celui de Jésus-Christ. Enfin cette nouvelle attaque a lieu après la ruine de la cité maudite et de son empire ; elle est par conséquent conduite par une autre puissance, qui prétend succéder à la première, mais sans y réussir.

Septième vision : Règne de mille ans (xx).

I. Exposition. — Nous sommes arrivés à la plus mystérieuse des visions apocalyptiques, à celle qui

présente le plus de difficultés et de questions insolubles pour le temps présent. Aussi ne toucherons-nous qu'aux choses les plus simples. Il y en a trois principales.

1° L'enchaînement du dragon et sa réclusion dans l'abîme durant mille ans. C'est lui qui a suscité la bête €t son prophète ; il est l'auteur de tous les maux que les saints ont soufferts. Son châtiment est aussi la juste conséquence de ses crimes. Durant ce temps, les saints régneront avec Jésus-Christ : c'est ce que saint Jean appelle la première résurrection.

2" Après mille ans, Satan sera déchaîné pour un peu de temps, et sa fureur, toujours implacable, suscitera une nouvelle guerre plus formidable que jamais à l'Eglise. Mais ce sera le terme de ses persécutions : Dieu interviendra pour précipiter cet ennemi dans l'étang de feu.

3° Cette dernière victoire marquera la fin absolue du monde et sera suivie de la résurrection universelle.

II. Questions. — i^' Le règne de mille ans. — a) Nous excluons d'abord toute idée d'un règne terrestre et temporel durant lequel les élus, en possession de la plénitude de vie par une résurrection anticipée , auraient en partage toutes les jouissances compatibles avec la sainteté. — b) Nous ne pensons pas non plus qu'il s'agisse de l'éternité bienheureuse, puisque ce règne a sa place dans le temps, entre deux persécutions suscitées contre l'Eglise. — c) C'est au sens spirituel que cette idée de règne doit être prise ; mais la difficulté n'en subsiste pas moins d'en déterminer les caractères. Les uns l'expliquent seulement d'une ère de paix où ï existence de l'Église n'a pas été menacée, et durant laquelle il lui a été permis de développer ses institutions et d'étendre les influences de son esprit sur les sociétés. D'autres l'entendent plus simplement encore des honneurs religieux auxquels les saints ont été associés à Jésus-Christ dans le culte public. — d) La

même difficulté subsiste pour expliquer la période de mille ans. Selon certains systèmes, il faut la chercher dans l'histoire, entre les grandes persécutions et d'autres mouvements qui amenèrent un trouble considérable dans l'ordre religieux. Plus communément, aujourd'hui, on serait porté à prendre le nombre mille pour un temps indéterminé commencé avec l'ère apostolique et qui se terminera à celle de l'Antéchrist. — e) Sans nous arroger le droit de critiquer ces systèmes, nous observerons que saint Jean fixe avec préci-sion le commencement de ces mille ans à la ruine de la bète, et en marque la un à l'époque où Satan séduira luimême les nations et les rassemblera contre l'Église. Si donc la bête figure l'empire païen de l'Antéchrist, le règne annoncé est encore à venir, il suivra la destruction de cet empire, et sera pour l'Église une ère de prospérité singulière terminée par la réclusion définitive du diable en personne dans l'enfer ^

2° La résurrection premiè7'e. a) Ce que nous avons dit montre assez comment il convient d'entendre cette résurrection. Saint Jean l'oppose à la seconde mort dont elle délivre, et par cette mort il entend la perte éternelle l'y. 14). C'est donc l'assurance du salut par la mort dans la justice spirituelle, de même que la première mort est celle qui a lieu dans le péché. — b) Toutefois il y a en deux Épîtres de saint Paul un enseignement qui permettrait une autre explication, car l'apôtre, traitant de la résurrection corporelle, dit que les saints y auront part les premiers (cfr I Cor., xv, 23-26 ; I Thessal., iv, i4-l6). Mais cela nous entraînerait trop loin, sans compter l'obscurité de ces textes et l'incertitude des explications à proposer.

3° La dernière séduction, Gog et Magog. Cet événement se distingue formellement de tous les autres, a) D'a-

1 Cette explication s'accorde, ce semble, avec les magnifiques promesses faites à l'Église par les Prophètes, et avec ce que saint Paul insinue au ciiapitre xi de l'Épitre aux Romains, y. 12, 15, etc.

bord par la place que saint Jean lui assigne, après les mille ans de règne et après que la bête aura été jetée dans l'étang de feu. — b) En outre il aura pour auteur immédiat Satan, qui séduira lui-même les nations, les assemblera et les conduira, tandis que précédemment c'était la bête suscitée par lui, un de ses suppôts animé de son esprit. — c) La ruine de cette armée sera consommée par le feu du ciel, et Satan sera précipité dans l'étang oti est déjà la bête, et pour l'éternité, tandis qu'avant cette entreprise il avait été seulement enchaîné. — d) Enfin la résurrection universelle et le jugement suivront cette défaite des ennemis de Dieu, circonstance qui ne permet pas d'assimiler le fait aux autres, mais l'en sépare absolument. — e) Quant aux termes Gog et Magog, ils sont symboliques et demeureront à peu près inintelligibles jusqu'à l'accomplissement de la prophétie. C'est au moins une allusion à l'oracle où Ézéchiel annonce une invasion semblable, (xxxviii, xxxix) ; peut-être est-ce le même événement que le Prophète des Juifs aura annoncé d'une manière figurative. La pensée qui en ressort c'est que les régions lointaines de l'aquilon sont comme un réservoir caché oti s'amassent les instruments de la justice divine.

Huitième vision : la Jérusalem céleste (xxi, xxii).

Nous ne nous arrêterons pas à cette description toute symbolique, dont les traits sont empruntés à ce que les anciens Prophètes et les souvenirs bibliques ont de plus beau. Saint Jean voit la fin dernière, la consommation des ouvrages divins dans l'éternelle béatification des saints, après la résurrection et le jugement universels. Elle ne présente pas de difficulté qui ne puisse être levée à l'aide des principes et des règles ordinaires de l'herméneutique. On remarquera seulement la malédiction proférée dans les derniers versets contre ceux qui oseront ajouter quelque chose à la prophétie ou en retrancher quelques paroles. Une

grande réserve est donc imposée à Texégète dans les interprétations qu'il essaye de donner. C'est pourquoi nous nous sommes abstenus de toute interprétation, car l'arbitraire s'y glisse toujours et l'on risque souvent d'altérer le vrai sens du texte ou d'en atténuer la force. Nous avons toutefois la confiance d'avoir maintenu nos explications dans de sages limites.

ARTICLE II

PRINCIPES ET RÈGLES d'iNTERPRÉTATION PROPRES

A l'apocalypse

I. Principes de l'Apocalypse. — Nous comprenons sous le nom de principes plusieurs vérités relatives à l'interprétation de ce livre et communément admises par les Pères ou par les commentateurs catholiques.

1° L'Apocalypse est une véritable prophétie; il n'y a pas le moindre doute à cet égard parmi les Pères. Saint Jérôme ^ dit qu'elle renferme « les mystères infinis de l'avenir » ; et saint Augustin - assure qu'elle contient « l'histoire entière de l'Église depuis le pre- « mier jusqu'au deuxième avènement de Jésus-Christ ». Par conséquent, c'est une erreur insoutenable de ne voir dans ce livre qu'un poème destiné à consoler et à fortifier les chrétiens persécutés. On peut même conclure des paroles de saint Jérôme et de saint Augustin la fausseté de toutes les explications de l'Apocalypse dont les auteurs regardent cette prophétie comme étant depuis longtemps entièrement ou presque entièrement accomplie.

2'^ Les prédictions renfermées dans ce livre ne peuvent être restreintes, d'une manière absolue et exclusive, ni à la destruction de Jérusalem, ni à la destruction de l'empire romain, ni à la chute de l'Antéchrist. Elles ont à la fois pour objet ces différentes

' Contra Jovin., lib. I, cap. iv.

■ DeCivit. Dei, lib. XX, cap. vui.

catastrophes. Il n'y a guère, en effet, que cette explication qui puisse s'accorder avec ce que dit saint Jean de l'approche des malheurs qu'il annonce (i, 1, 3; XXII, 20) et avec le sens naturel de ces paroles (xx) : « Après mille ans, c'est-à-dire après un intervalle très « long, la paix de l'Eglise sera troublée par une persé- « cution générale, et Satan sortira de l'abîme pour « persécuter les saints. Mais il sera jeté avec la bête « dans un étang de feu et de soufre ^ »

3" D'après Bossuel -, la Babylone des chapitres xvii et XVIII est l'ancienne Rome, la Rome païenne et idolâtre. « Tous les Pères, dit-il, ont tenu ce lance gage ; et c'est parmi les anciens une tradition con- « stante que saint Jean a représenté Rome, conqué- « rante et maîtresse de l'univers par ses victoires, sous « le nom de Babylone, pareillement conquérante et « maîtresse, par ses conquêtes, d'un empire si redou- « table. » Les déclamations des protestants contre la corruption et la ruine de l'Église romaine, la Rome chrétienne, qu'ils prétendent être désignée par l'Apôlre sous le nom de Babylone, sont donc de pures calomnies. Il n'est cependant pas inutile de remarquer que, suivant plusieurs commentateurs et entre autres Corneille Lapierre, la Babylone dont il est question dans ces chapitres n'est ni la Rome des empereurs ni la Rome des Papes, mais la Rome des derniers temps, (( revenue à son vomissement )> et persécutant de nouveau les saints '.

4° De l'aveu de presque tous les commentateurs, les chapitres xii et xiii ont déjà reçu au moins un premier accomplissement sous les empereurs romains.

1 Glaire, Inirod., t. VI, p. 359.

2 Préface sur l'Apocalypse, n° vu.

3 « Hinc sequilur, dil-il, hœc iatelligenda esse de Româ urbe « non quœ est aut fuit, sed quae erit in fine mundi (sub Anti- « christo) : ac conséquente!" Romanam urbem tune redituram... « ad idoUoatriam aliaque vitia, ac talem fore qualis fuit teinpore « S. Joannis sub Domiliano, Nerone, etc. {Comm. in Apocalyp., « XVII, i). »

Mais que signifie l'ouveriuredes sept sceaux? que signifient les sept trompettes et les sept coupes? Est-ce l'annonce des malheurs qui doivent fondre sur l'Eglise à la fin des temps et qu'il est impossible d'expliquer avant l'événement? sont-ce les calamités correspondantes aux âges que, d'après Rondet, Lachétardie et plusieurs autres, l'Église doit durer ? ces symboles n'auraient-ils pas uniquement trait à la destruction de l'idolâtrie, comme le veut Bossuet? Chacune de ces , opinions a ses défenseurs. Nous croyons que ces différents symboles ont un double objet, et que les malheurs qu'ils annoncent, après avoir eu un premier accomplissement à l'époque de la destruction de l'empire romain, en auront un second plus parfait quand, le mystère d'iniquité étant consommé, l'Antéchrist tombera lui-même sous les coups de Jésus-Christ. On trouve l'exposé de ces différents systèmes dans la Bible de Vence; ils ont été reproduits en grande partie dans celle de Genoude K

6° Les nombres dont il est fait mention dans l'Apocalypse n'ont pas toujours la valeur précise qu'ils expriment; ce sont très souvent des nombres sacrés employés par saint Jean pour désigner un nombre ou un temps indéterminé : tels sont, par exemple, les nombres sept, trois et demi, douze et ses multiples. Il y a cependant plusieurs exceptions : les sept têtes de la bête, par exemple, qui, selon saint Jean, signifient sept montagnes, désignent les sept collines sur lesquelles la ville de Rome était bâtie.

II. Règles à garder dans l'application des principes. — Elles peuvent se réduire à cinq.

1<> L'Apocalypse étant écrite, comme la plupart des anciennes prophéties, dans un langage figuré et symbohque, on devra se conformer, dans l'explication de ces figures, soit au génie particulier de la poésie orientale, si libre dans ses allures, soit aux explications

' Voyez aussi M. Drach., Apocalyp., p. 29-10.

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que les écrivains sacrés, auxquels saint Jean les a empruntées, en ont quelquefois données ; on ne devra pas souvent les prendre à la lettre.

2o Quoique, par rapport à la détermination des époques où doivent s'accomplir les prédictions de ce livre, on jouisse d'une assez grande latitude, celles auxquelles on s'arrête ne doivent pas être en contradiction avec le but de l'ouvrage, ni avec la liaison que les différents nombres qui y sont contenus peuvent avoir entre eux.

3° La plus grande réserve est nécessaire dans l'application que l'on croit pouvoir faire à certains événements futurs, d'une ou de plusieurs visions, et il ne faut proposer ses vues particulières que comme des probabilités plus ou moins grandes. « Je tremble, di- « sait Bossuet ', en mettant les mains sur l'avenir. » A l'exemple de ce grand bomme, nous devons user en cette matière d'une excessive réserve. « Autrement, « ajoute Bossuet, on exposerait ce livre, et par con- « séquent la religion, aux dérisions des incrédules. »

4° Lorsqu'on est sûr du sens de quelques visions de l'Apocalypse, il n'en faut pas trop presser l'accomplissement. Plusieurs des circonstances dont ces visions sont accompagnées ne servent peut-être qu'aies embellir.

5° Enlin, quel que soit le système d'interprétation auquel on croira devoir donner la préférence, il ne devra point s'écarter de l'esprit et du dessein général de l'auteur; il devra, au contraire, s'en rapprocher le plus possible, être simple, naturel, bien lié et toujours constant.

Comme nous n'avons guère fait que rappeler, en les abrégeant, les règles données par Ellies Dupin et reproduites par M. Glaire, on peut consulter ces deux auteurs, et, par-dessus tout, Bossuet, dans son admirable préface sur l'Apocalyse -.

1 Explic. de rApocahjp., ch. xx, p. 565.

2 Gfr M. Drach., loc. cit.

ARTICLE III

UTILITÉ ET BEAUTÉS PRINCIPALES DE l'aPOCALYPSE.

I. Utilité de ce livi'e. — On se ferait une idée très lausse de l'Apocalyse en ne se la représentant que comme un livre curieux, destiné à exercer sans profit l'esprit des commentateurs. Il n'y a peut-être même pas dans l'Écriture un seul livre qui répande tant de lumière dans l'esprit, tant de consolation dans le cœur, et où l'on reconnaisse d'une manière aussi évidente que c'est l'Esprit de Dieu qui en a inspiré toutes les parties et comme dicté toutes les paroles.

Les salutaires avis qui ouvrent cette prophétie (ii et m) sont admirables et pleins d'à-propos ; tout le monde peut en profiter. Qu'y a-t-il ensuite de plus doux et de plus consolant pour un cœur sincèrement ami de Jésus-Christ, que de le voir tel que nous le représente saint Jean, « monté sur un cheval blanc, le « front ceint d'une couronne d'or, un arc à la main « et partant pour courir de victoire en victoire (vi, 2); » que de le suivre dans ses combats, d'assister à cette lutte suprême engagée conlre l'idolâtrie et sur les ennemis de l'Eglise, et d'être enfin témoin de son éternel triomphe? On a beau n'apercevoir encore que d'une manière confuse toutes ces merveilles, le peu que l'on comprend gagne le cœur, et je ne sais quel indéfinissable attrait sollicite à pénétrer plus avant dans les secrets d'un livre dont la simple lecture attache si fortement.

'( On y est sans doute saisi de frayeur, ditBossuet\ (( en y lisant les effets terribles de la justice de Dieu, (( les sanglantes exécutions de ses saints anges, leurs « trompettes qui annoncent ses jugements, leurs cou- « pes d'or pleines de son implacable colère, et les « plaies incurables dont ils frappent les impies ; mais

1 Préface, n° i.

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« les douces et ravissantes peintures dont sont mô- « lés ces affreux spectacles jettent bientôt dans la con- « fiance, oti l'âme se repose tranquillement, après « avoir été longtemps étonnée et frappée au vif. n En effet, quoi de plus propre à ranimer l'espérance et à enflammer la charité que la description de la Jérusalem céleste, cette merveilleuse cité descendue du ciel sur la terre, semblable à une fiancée qui s'avance audevant de son époux, et qui doit être un jour notre demeure? Quelle magnificence! De quelque côté que vous portiez les regards, vos yeux étonnés ne rencontrent que de l'or et des pierreries, dont les feux éblouissants resplendissent au loin. Au milieu s'élève le trône de Dieu. Un fleuve d'eau vive s'en échappe et réjouit la cité ; sur ses bords croît l'arbre de vie, dont les fruits délicieux entretiennent dans les élus une éternelle jeunesse. Le jour n'y finit point, et la nuit avec ses sombres voiles y est inconnue : car Dieu luimême en éclaire toutes les parties. Tous les maux sont bannis de cet heureux séjour de la paix; on n'y éprouve ni peines ni chagrins; la douleur, les gémissements, les pleurs, n'y sont point entrés; on n'y ressent ni les tourments de la faim, ni les ardeurs de la soif, ni fatigue, ni maladie ; la mort n'y exerce aucun empire : « Mors ultra non erit, neque luettes, neque « clamor, neque dolor erit ultra (xxi, 4). » Heureux ceux qui auront été trouvés dignes d'habiter à jamais une si agréable demeure !

« Il ne faut donc pas s'étonner, dit Bossuet% que « ceux qui ont le goût de la piété trouvent un attrait « tout particulier dans cette admirable Révélation de « saint Jean... Malgré les profondeurs de ce livre, on « ressent en le lisant une impression si douce et tout « ensemble si magnifique de la majesté de Dieu ; il y " paraît des vues si hautes du mystère de Jésus-Christ, « une si vive reconnaissance du peuple qu'il a racheté

' Loc. cit.

« par son sang, de si nobles images de ses victoires et « de son règne, avec des chants si merveilleux pour eu « célébrer la grandeur, qu'il y a de quoi ravir le ciel « et la terre. »

Nous ne trouvons nulle part autant de détails sur les anges et sur les saints, sur le ministère des premiers ' et sur l'état des seconds dans le ciel, leur gloire, leurpuissance, la part qu'ils ont dans l'exercice des jugements de Dieu et la connaissance qu'il leur donne de tout ce qui intéresse sa gloire et celle de son Eglise ^ En résumé, l'Apocalypse est donc un des livres les plus intéressants et les plus instructifs de toute la Bible. On chercherait vainement une plus admirable vue d'ensemble sur les voies mystérieuses de la Providence et sur les combats de l'Église depuis sa fondation jusqu'à l'avènement de Jésus-Christ.

Si sévères, si injustes même que soient les rationalistes dans le jugement qu'ils portent de ce livre, si fausse que soit l'explication prétendue scientifique qu'ils en donnent, ils n'ont pu s'empêcher de rendre justice à sa beauté. « Quelles sont, après tout, les idées « mères de l'Apocalypse, dit l'un deux^ ? Sublimes et « saintes, elles ont été de tout temps la consolation « des opprimés. C'est l'idée que l'injustice, tout ef- « frayante et puissante qu'elle soit, est déjà condam- « née dans le ciel et ne saurait triompher toujours sur « la terre ; c'est Tidée que le bon droit ne meurt pas, « et que, brutalement étouffé, il ressuscite ; c'est que « le despotisme, la force matérielle, la ruse coalisés, « ne peuvent empêcher le monde d'aller où Dieu le « mène ; c'est qu'il faut avoir foi dans le triomphe dé- « finitif, éclatant, des saintes causes, et que, s'appe- « lât-on César, fût-on adoré du monde entier, eût-on « à sa disposition toutes les forces de l'enfer, on n'en « relève pas moins de cette juridiction suprême de

' Boss., Loc. cit., n» xxvii.

- Ibid,, n" xxviii-xxxiii.

^ Albert Réville, Rev. des Diux Mondes, 1" oct. 1833.

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« l'ordre moral qui domine l'histoire, et dont les « arrêts, pour être tardifs, n'en sont pas moins d'une « exécution assurée. Quoi qu'en dise l'apparence, le « mal mène au malheur ; bien qu'il chante son triom- « phe, le méchant court vers sa ruine. Voilà l'esprit « de l'Apocalypse... La poésie religieuse, les arts, lui « doivent beaucoup ; mais la liberté moderne lui doit « plus encore, car il a consolé et soutenu ceux qui « nous l'ont léguée. »

IL Ses beautés. — Envisagé sous le rapport purement littéraire, ce livre a conquis l'admiration de tous les hommes de goût; et Eichhorn, malgré ses préventions rationalistes, exprime franchement son étonnement de ce que quelques écrivains ont osé mépriser, dit-il, une si belle composition. Il ne craint pas d'avancer qu'un tel mépris ne peut venir que la part d'hommes qui n'ont aucun goût du beau^ On y trouve réuni tout ce que l'Ancien Testament renferme de plus beau et de plus magnifique : la régularité du plan, la beauté de l'ensemble, le fini des détails, la grandeur, la propriété, la variété des images symboliques. C'est, en un mot, la majestueuse simplicité d'Isaïe rehaussée et embellie par toutes les richesses que saint Jean a empruntées aux autres Prophètes ; on dirait que tous les hommes inspirés de Dieu ont mis en commun leur génie, et lui ont apporté tout ce qu'ils avaient de plus riche, de plus grand, pour le mettre à même de composer à la gloire de Jésus-Christ le plus magnifique tableau de sa puissance, de ses combats et de son triomphe.

Saint Jean n'est pas, du reste, un simple imitateur des Prophètes ses prédécesseurs ; il relève tout ce qu'il cite, et il donne à ses emprunts le cachet de son génie. Voyez, par exemple, et comparez Isaïe, xiii, xiv XLvi et XLvii, avec l'Apocalypse, xviii, et encore Isaïe, LXY et lxvi, avec l'Apocalypse, xxi et xxii.

1 Voyez M. Glaire, Introd., t. VI, p. 379.

M. Albert Réville ' ne l'a pas jugé moins favorablement : « Il y a, dit-il, de puissantes harmonies dans ce <( livre. Les orgues alors n'étaient pas inventées, et il « y fait penser à chaque instant. On croit les entendre « remplissant l'immensité de leurs accords et de leurs « mille voix. « Cette observation est juste. Lisez les chapitres iv et v : quelle majesté ! quelle grandeur !

En terminant, nous faisons appel aux amis de la belle littérature. Nous les conjurons de ne pas se laisser rebuter par les profondeurs de ce livre. Un travail sérieux leur en donnera une plus grande intelligence, et leur permettra d'en mieux goûter les ineffables beautés.

' Loc. cit. ,

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