Léou Cadier, Les Étals de Béarn, p. 52 et suiv
2. Léon Cadier, Ofj. cit., p. 27 et 54. M. Lot n'a pas tenu compte de ces faits importants, lorsqu'il écrit, loc. cit.. p. 49 : « Ce qui déroute, c'est la prétention qu'eurent en France uu certain B>mbre de seigneurs laïques et ecclésiastiques de faire bande a part et d"e.\i'er, pour qu'un jugement fût valable, qu'il fût reudu avec le concours d'un certain nombre de leurs pairs. Cela parait d'autant plus inexplicable qu'on ne retrouve rien de semblable ailleurs. »
3. Du Tillet, Recueil des rois, p. 236 : « En l'arrost des royue Blanche et conte deJoigiiy donné le pénultième aoust mil trois cens cinquante quatre est narré que le coûte de Champajjue estoit décoré de sept contes, pairs et principaux membres de Champague, assi^ avec le dit conte eu sou palais iiour le couseiller et décorer. » — Pierre Pithou, Le premier liore des .Mémoires drs comtes héréditaires de Cliampagne et de lirce,ii la suite des Coutumes de Troyes, 1609, p. 5^)6 et suiv.
i. Du Tillet, Recueil des rois, p. 251 : « Par l'aiTesl de la commune de Ham ,lunué le dernier avril 1361... est uarré que le sieur dudit Haiu estoit l'un des six pair» du comté de Vermaudois. » — Voyez aussi les douze pairs qu'Arnoul institua i ArJres au xi« siècle : « Duodecira pures vcl barones Castro Arde m
semble donc qu'il y ait là une sorte de sélection et de régularisation naturelle aux institutions féodales. Quant au nombre douze, auquel on s'arrêta, il me paraît s'expliquer, outre la force de sugg-ession propre à ce chiffre', par l'influence que iût exercer la légende des douze pairs de Gharlemagne, pleiaement populaire aux xi' et xii^ siècles, comme l'alteste la Chanson de Roland^,
Les douze pairies étaient une représentation exacte de la hante féodalité. Attachées à d'importantes seigneuries laïques ou ecclésiastiques, elles se transmettaient avec celles-ci et suivant les mêmes règles. Il en résultait, pour les pairies laïques, que, les fiofs qui les supportaient étant transmissibles aux femmes, il pouvait arriver que la pairie résidât aussi sur la télo d'une femme. La logique féodale n'avait point répudié cette conséquence; elle admettait qu'une femme, héritière de l'un des six duchés ou comtés, pouvait avoir la qualité de pair de France et même en faire les fonctions en siégeant au parlement : il y en eut un certain nombre d'exemples 3.
Mais la pairie, tout en subsistant, devait changer de nature. Le collège des douze était nécessairement destiné à se modifier. Les pairies ecclésiastiques devaient rester immuables, les sièges épiscopauxqui les emportaient n'étant point supprimés. Mais les six pairies laïques devaient disparaître successivement, parla réunion à la couronne des grands fiefs auxquels elles étaient attachées. xA.lafin du xiii" siècle, il y avait déjà des vides importants ; le duché de Normandie, les comtés de Toulouse et de Champagne étant réunis à la couronne, le corps des pairs laïques était réduit de moitié. Philippe le Bel voulut le rétablir au complet et, en 1297, il érigea en pairies l'Anjou, la Bretagne et l'Artois*. Cette fois, c'était manifestement la
appeadiUos iasUtuit » (Gtirouique de Lambert d'At'dres, citée par Flach, t. II, p. 337, note 1).
■1. Le chiffre douze ou ses multiples revenant souvent dans les systèmes de compositions, — les douze membres du jury anglais.
2. Chanson de Roland, v. 262, 547, 2187. — M. Lot, loc. cit., p. 50, adopte aussi cette manière de voir, qu'on trouve déjà dans la première édition de ce Cours (1893), p. 3o8. — Guy Coquille, Trailé des pairs de France (OEuvres, I, p. 524) : « L'opinion commune, qui ordinairement n'est pas plus vraie, est que les pairs ont leur origioe dcGharlemague. »
3 Du Tillet, Recueil des rois, p. 238; cf. c. iv, X, De arbitris, I, 13.
4. Isambert, Ane. /ois, 11, 710 : « Considérantes etiam quod duodecim parium qui in praedicto legno nostroantiqiiitus esse solebant, est adeouumerue
volonté royale et non la coutume qui avait fait des pairs. C'étaitunecréationnouvellc, distincte de l'ancienne formation ; dès lors il n'y avait pas de raison pour que le roi s'arrôlât à l'ancien chiifre de douze et, en effet, il fut bientôt dépassé *. Au procès de Robert d'Artois, en 1336, « encores qu'il n'y eust en la main du roy que trois anciennes pairies, y en avoit huict nouvellement créées qui faisoient le nombre de unze payries laïques »*. Mais, jusqu'au xvie siècle, il ne fut érigé de pairies qu'en faveur des enfants de France et des princes du sang. La première personne d'une qualité différente qui fut faite pair de France fut Claude de Lorraine, pour qui le duché de Guise fut érig-é en pairie en 1527'. Il fut ainsi créé un assez grand nombre de pairies au xvi^ siècle*; et il ne restait plus alors aucune des six anciennes pairies laïques ^ Au xvii^ siècle, le nombre augmenta sensiblement; ce fut l'ambition de tous les ducs d'obtenir la pairie et l'on connaît les controverses sur ce sujet auxquelles fut mêlé Saint-Simon. A la veille de la Révolution, ily avait trente-huit pairs laïques*. Toutes ces pairies de seconde formation, dont on peut faire remonter l'origine première à 1297, étaient, au fond, bien différentes des anciennes : elles représentaient, non plus la haute féodalité, mais la haute noblesse. C'était, en réalité, une distinction personnelle conférée par le pouvoir royal, bien que la pairie fût toujours rattachée à une seigneurie déterminée. Aussi le roi, dans les lettres patentes d'érection, déterminait-il librement les conditions dans lesquelles la pairie ainsi créée se
deminutas quod antiquas ejusdem regni status ex deminutione cjusmodi deformatus muUipliciter videbatur. »
1. Du Tillet, Recueil des l'ois, p. 257 : « Des lays le nombre a souvent esté accren, au commencement pour honorer les princes du sang, puis autres : u'out les royales mains liées qu'ils n'en puissent créer tant qu'il leur plaist. »
2. Du Tillet, Recueil des rois, p. 2o7; — Le même, Recueil des grands, p. 44.
3. C'^pendant, seloa Du Tillet, Recueil des rois, p, 267, il y aurait eu, en loOij, érection d'une pairie au profit d'Enf^ilbert de Clèves, qui étîiit bien cousin-germain de Louis XII, mais par les femmes. En réalité, les lettres de loOo confirment seulement le titre de pairie au comté de Nevers en faveur d'Eii^llbert (Oixi., XXI . p. 32S). Voyez Guy Coquille, Histoire de Nivernois, I, p. 456.
4. Sur ces pairies, Di; Tillet, Recueil des rois, p. 267 et suiv. ; — Guy Coquille, Traiti^ des paiif, OEiVUS, I, p. 534 et suiv.
5. Du Tillet, |). 257 : « Les cinq anciennes pairies laies sont retjurnées à couronne, la siiièQK