Maassen, Geschichte de?' Quelle?!, \, p. 680 et sniv
l'église dans la monarchie franque
En Espagne on avait adopté un autre recueil qui a été faussement attribué à Isidore de Séville {-^ 636). Cette collection était établie sur le même plan que celle de Denys le Petit, mais contenait un plus grand nombre de documents. On l'appelle la Collectio Hlspana^ ou Y flispana\ elle a aussi reçu le nom de Codeoa.canonum Ecclesiœ Uispanse. Elle pénétra en France, probablement à la suite des expéditions que Gharlemagne fit en Espagne.
Au milieu du ixe siècle, apparut une collection nouvelle, dont l'auteur, dans une préface, déclarait s'appeler Isidoriis Mercator^ Elle reproduisait, en grande partie, les recueils précédents, suivant principalenient r///.^/;<fm<^-; mais elle s'en distinguait par deux traits remarquables. D'abord^ elle contenait une riche collection de décrétales du ii^ et du m® siècle, depuis le pape Clément 101)jusqu'aupape Melchiadès (-j-Sli), lesquelles paraissaient pour la première fois. De plus^ ces décrétales tranchaient la plupart des points de discipline ecclésiastique qui étaient discutés au ix® siècle. Une double tendance, en particulier, s'y manifestait : d^in côté, protéger les évèques et les clercsen général contre les accusations intentées par des laïcs ; d'autre part, augmenter l'autorité directe du pape sur les évèques, et diminuer, dans la même mesure, l'autorité de leur métropolitain. En réalité, ces décrétales étaient des piècôs fabriquées, comme les faux capitulaires. La critique moderne a montré en détail les éléments à l'aide desquels ces textes avaient été composés et dégagé les procédés de fabrication^ : on les appelle Fausses décrétales ou Décrétales pseudo-'isidoriennes ^ et le nom à' Isidorus Mercator est un nom de fantaisie, comme celui de Benedictits Levita. Un seul point reste discuté : dans quelle partie de la France, cet ouvrage a-t-il été composé? Jusqu'à ces derniers temps, l'hypothèse généralement admise était que les Fausses dé-
1. Hinschius, Décrétâtes pseudo-lsidorianae^ p. 17 ; — Friedberg, op. cit., p. 97,
2. Ou plutôt uue forme déjà altérée et remaniée de V Hispana^ Maassen, Geschichle dev Quellen, I, p. 7il et suiv. ; Pseudo-lsidorische Studie?!, T, p. 22 et suiv.
3. Voyez la belle édition critique donnée par M. Hinschius, Décrétales pseudo-Isidorianœ et Capitula Angilramni. Ad fidem librorum manuscriptorum recensuit, fontes indicavit, commentationemque de coliectione pseudo-lsidori praemisit Paulns Hinschius.
LES ORIGINES
crétales avaient vu le jour clans la province ecclésiastique de Reims, et qu'elles avaient été composées pour servir d'arme contre Hincmar de Reims, spécialement dans sa lutte contre Hincmar de Laon. Mais, au fond, cela est peu vraisemblable, car Hincmar de Reims se vante de les avoir connues un des premiers*; et, en effet, jusqu'à présent, la plus ancienne citation qu'on en ait relevée se trouve dans un de ses écrits^. Des travaux récents en placent la composition dans le diocèse du Mans, sous l'inspiration de Févèque Aldric^ On peut remarquer, dans ce sens, qu'elles ont des affinités certaines, une parenté indéniable, non seulement avec les faux capitulaires et les faux Capitula Angilramni Metensis episcopi^ mais aussi avec deux autres apocryphes, composés certainement dans Tenlourag-e de Févèque du Mans, les Acta pontificinn Cenonianensiiim et les Gesta Aldrici. Quoiqu'il en soit, tous ces textes factices forment un ensemble, se répétant souvent les uns les autres^ et, sans doute, ils sortent tous de la même officine. Ils trompèrent d'ailleurs les contemporains sans difficulté et d'emblée. Seul, Hincmar de Reims a signalé des contradictions et des invraisemblances dans les Capitula Angilramni ei même dans les Fausses décrétâtes Mais, malgré sa sagacité, il a accepté celles-ci comme authentiques dans leur ensemble. Dès 857, elles sont citées dans uq appendice à un capitulaire de Kiersy^. Pendant tout le moyen âge, la papauté les invoquera à son profit.