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LE DÉVELOPPEMENT DU POUVOIR PiOYAL
la force militaire et le soutien de la société. Ses privilèges s'expliquaieut par les services publics qu'elle rendait; enfin, ce n'était point une classe fermée et les roturiers pouvaient largement y pénétrer ^ Mais tout cela changea avec le temps. La chevalerie disparut, le service militaire attaché aux fiefs perdit son importance, et, en droit, toute connexité disparut entre la noblesse et le système féodal. Non seulement^ on était noble sans posséder des fiefs, mais on pouvait en posséder sans être noble ^ La noblesse devint une qualité purement personnelle, et les privilèges qui y étaient attachés, et qui furent de plus en plus sensibles, ne se justifiaient plus par un grand service public indispensable et reconnu de tous. Cependant, la noblesse ne devint pas un corps absolument fermé; elle continua à se recruter par de nouveaux membres, mais ce recrutement fut bien différent de celui qui Favait alimentée dans la société féodale. Tandis qu'anciennement le roturier devenait noble par son mérite et son activité, en se faisant recevoir chevalier ou en acquérant un fief, dans le nouvel état, il fallut, pour Tanoblir, un acte de souveraineté. A partir du xiv^ siècle, ce fut un droit de la royauté de conférer la noblesse par lettres^. Il se forma aussi, principalement sous rinfluence du droit romain, une noblesse de fonctionnaires royaux : mais, au fond, elle tirait encore son origine de la volonté royale, qui tacitement accordait la noblesse en conférant la fonction.
J'ai dit que toute attache entre la féodalité et Ja noblesse avait été rompue : mais il ne faut pas oublier que les seigneuries subsistaient, conférant encore à leur titulaire des attributs importants, spécialement le droit de justice et de fisc. Seulement, ces attributs passaient à tout propriétaire du fief, au roturier comme au noble; car le roturier pouvait librement acquérir ces immeubles, sauf le paiement du droit de francs-fiefs. On pouvait être seigneur sans être noble, et noble sans être seigneur. Pour les hautes seigneuries titrées cependant, baronies, marquisats et comtés, il était admis que les roturiers