‹ Cours élémentaire d'histoire du droit français à l'usage des étudiants de première année (volume 5)Chapitre 512 sur 545 · Sur ce qu'étaient les Sommes, voyez plus loin n · texte numérisé non relu

Sur ce qu'étaient les Sommes, voyez plus loin n

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des écoles antérieures; cela résulte de ce que^ sur diverses questions, il cite Topinion d'autres jurisconsultes;, nécessairement contemporains ou antérieurs. Mais, d'autre part, il a vraiment donné à renseignement du droit romain sa forme et sa direction; c'est de lui que procède toute TÉcole Bolonaise. Souvent en effet on retrouve, chez les docteurs qui TonL suivi, sesidées propres, ses explications, sa terminologie et jusqu'aux transitions par lesquelles il passait, dans son commentaire, d'un titre du Code à un autre titre, fidèlement et traditionnellement reproduites. 11 fut donc vraiment un homme de génie^ dans sa sphère propre, un véritahle créateur; mais il le fut dans des conditions ordinaires et naturelles. Ce qui paraît avoir fait surtout sa force, c'est la pleine possession des textes, Fart de les rapprocher et d'en tirer des conséquences : il put ainsi fondre en un système des connaissances éparses avant lui et restées souvent sans portée.

Quoi qu'il en soit, l'École de Bologne éclipsa toutes les autres; c'est elle qui fournit, pour renseignement du droit romain, des mailres à l'Italie et aux autres pays d'Europe. Sa méthode et sa doctrine s'imposèrent partout, et l'empreinte dont elle marqua la science du droit est si profonde qu'on peut encore en retrouver aujourd'hui la trace sur bien des points. Ce fut justice d'ailleurs; à côté de l'immense travail qu'elle accomplit, les efforts des Prébolonais, comme on appelle parfois les précurseurs d'Irnerius, en réalité étaient peu de chose. C'est TEcole de Bologne et les autres écoles qui se formèrent à côté d'elle en Italie qui dictèrent en France l'interprélation du droit romain ; jusqu'au xvi"" siècle, notre pays fut tributaire, à cet égard, des docteurs italiens. Il faut donc dire un mot de leurs principaux représentants.

On peut appeler proprement École des glossateurs ou École de Bologne la série des maîtres qui se formèrent et enseignèrent dans cette ville, depuis sa fondation par Irnerius jusqu'à la rédaction de la glose d'Accurse, dans le premier tiers

LA COUTUME ET LE DROIT ROMAIN

du xiii'' siècle. Le nom de glossateurs leur vint des gloses, ou explications généralement brèves qu'ils composaient pour éclairer les parties délicates et importantes d'un texte, et que Ton recueillit dans le& manuscrits avec le texte même, d'abord entre les lignes, puis en marge Gela indique que leur enseignement était essentiellement exégétique, c'est-à-dire qu'ils lisaient et expliquaient l'une après l'autre toutes les lois d'un même titre du Digeste ou du Code. En même temps, ils furent amenés à composer les casus, c'est-à-dire à reconstituer l'hypothèse prévue par chacun des textes qu'ils expliquaient. Enfin, nous avons encore un autre produit notable de leur enseignement : ce sont les Summœ ou Sonunes dans lesquelles un maître résumait titre par titre le contenu d'un des recueils qui composent la compilation de Justinien, donnant ainsi une Somme des Institutes, du Digeste ou du Code ; c'est par là surtout qu'ils obtenaient nne synthèse du droit romain à laquelle Irnerius s'éleva peut-elredu premier coup^. Nous avons ainsi une idée de leur méthode; disons quelles étaient leurs qualités et leurs défauts.

Leur qualité maîtresse fut de procédera Tétude directe, intégrale et minutieuse des textes qui figm^ent au Corpus jiiris civilis. Ils les examinèrent isolément et les comparèrent entre eux avec un soin et une critique vraiment admirables; si bien que, pourbeaucoup d'entre eux, ils ont fixé le sens d^une façon définitive. Leur principale faiblesse, c'est que, pour interpréter les textes juridiques, ils n^avaient que ces textes eux-mêmes à leur disposition. Ilsne connaissaient bienni l'histoire romaine^

4. Les gloses qui nous sont restées contiennent a'ailleurs des exposés de nature très diverse, depuis les simples remarques grammaticales jusqu'aux théories j uridiques les plus importantes, quoique succinctes; voyez Pescatore, Die Glossen des Irnerius^ p. 49 et suiv.

2. Un certain nombre d'écrits des anciens glossateurs, inédits ou rares, ont été publiés en Italie ces dernières années, dans la Bibliotheca juridica medii œvi sous la (iirection du professeur Gaudenzi.

3. On connaît la boutade de .Rabelais, Pa77/fa<7?'we/, 1. If, ch.x : « Ineptes opinions de Accurse, Balde, Bartole, de Castro, de Imola, Hippolvtus, Panorme^ Bertachius, Alexander, Curtius et ces autres vieux mastins qrn jamais n'entendirent la moindre loy des Pandectes, et n^estoient que gros veaux de disme, igoorans de tout ce qni est nécessaire à Tintelligence des loix. Car, comme il est tout certain ils n'avoient cognoissance de langue ny grecque ny latine mais seulement de gothique et barbare... Au regard des lettres

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ni la littérature latine, et, par suite, ils ne pouvaient comprendre le sens et la portée de beaucoup d'institutions, ne connaissant pas le milieu où elles s'étaient développées.

Leur intluence piofonde ne se fit pas seulement sentir par la doctrine et la méthode; elle imposa encore au recueil des lois romaines, tel qu'il passa dans Tusage, une forme et des divisions particulières. Ils adoptèrent une traduction latine des Novelles, ditrérente do V Epitome Jiiliani qui antérieurement s'^était fait recevoir en Occident; ils lui donnèrent le nom A' Authenticum, et la divisèrent en neuf parties ou collationes. iVcceptant la compilation de Justinien comme une législation encore en vigueur^ ils furent amenés à faire prédominer les parties les plus anciennes sur les plus récentes, et, par suite, ils sentirent le besoin d'indiquer dans le Code même de cet empereur les modifications qu'y avait apportées, sur certains points, le droit des Novelles, lis le firent par des extraits de ces dernières qu'ils insérèrent dans le Code à la suite des constitutions qu'elles modifiaient, et ils appelèrent ces additions Aiithentlca^ Authentiques *. Les Authentiques, d'ailleurs, continrent parfois des constitutions, non des empereurs romains, mais des empereurs d'Allemag-ne ; car les Bolonais considéraient ces dernières comme la continuation véritable du droit romain^. C'est pour une raison semblable qu'ils insérèrent au volumen legum les Libri feudoriim^ . ¥unS\w ils adoptèrent une division tripartite du Dig^este qui devait être long-temps suivie dans Tlilcole. Elle comprenait le Digestum vêtus (I. i-xxiv, t. 2), V Infor tiatum (1. xxiv, t. 2-xxxvrr]) et le Digestum novum (I. xxxïx-l); elle rappelait probablement Tordre historique dans leq?iel l'Ecole, à ses débats, avait successivement connu ou utilisé les livres des Pandectes.

Les glossateurs les plus célèbres furent : Bulgarus, Martinus Gosia, Jacobus et Hugo, surnommés les quatre docteurs^

d'humanité et cognoissance des antiquités et histoires ils en estoient chargés comme un crapaud de plumes, dont toutesfois les droits sont tous pleins et sans ce ne peuvent estre entendus. »

1. Beaucoup parmi les authentiques soul Tœuvre même d'frnerius, et c'étaient d'abord des gloses comme les autres, Pe?catore, op. cit. ^ p. 11, 14, 59 et suiv. — Fitting, Summa codicis des Imerius, Einleitung, 17, p. 43 et suiv.

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