LES PRÉCÉDENTS DE LA FÉODALITÉ DANS LA MONARCHIE FRANQUE
La féodalité a été le résultat d'un état d'anarchie persistant et grandissant, dont déjà nous avons plus d'une fois relevé les traces-i elle en est sortie naturellement et nécessairement. Mais on constate dans la monarchie franque, spécialement sous les Carolingiens, toute une série d'institutions déjà formées ou de faits sociaux nettement accentués, qui constituent les précédents immédiats des institutions féodales. Cette organisation, qui contient en. puissance la féodalité entière, coexiste avec les institutions normales, que nous avons décrites; elle s'enchevêtre et se combine avec elles, mais elle s'en distingue pourtant par ses origines et par ses tendances ; et il est logique de l'exposer à part. Les institutions ou faits qui constituent ainsi les précédents de la féodalité sont : la vassalité et le séniorat, l'appropriation des fonctions publiques, la transformation de la propriété foncière, les chartes d'^immunités et la formation des juridictions privées.
' i. Édit de Pistes (a. 864), c. xxix : « Hli coloni, tam fiscales quam ecclesiastici, qui, sicut iu polyptycis continetur, et ipsi non denegant, carropera et manopera ex antiqua consuetudine debent. » — Le polyptyque le plus connu est celui de Saint-Germain-des-Prés, rédigé au ix® siècle, du temps de Tabbé Irminoa; il a été publié par Guèrard, en 1843, avec de savants prolégomènes, et, de nouveau, ei 1886, par M. Longnon.
LES ORIGINES
L'institution germanique du comitatiis^ ne disparut point après les établissements des barbares dans Tempire; elle persista,mais, danslamonarchie mérovingienne, elle ne paraîtfonctionner qu'au profit de la royauté : le roi seul est le centre d'un groupe de comités. Ceux que Ton peut appeler ainsi, ce ne sont point les hommes qui sont désignés dans les textes comme ses fidèles ou ses leudes \ car ces mots désignent d'une façon géné^ rique les sujets d'un roi, ceux dont il a exigé ou pu exiger le serment de fidélité^. Mais, sous les Mérovingiens, on trouve deux classes de personnes qui certainement sont dans des rapports particuliers avec le roi. Ce sont d'abord les antrustions^ ; ceux-là sont des sujets qui ont juré au roi une fidélité particulière en mettantleurs mains entre sesmains, etMarculfenous aconservé Tacte qui constatait cette prestation de serment^. Ceux-là formentune classe déterminée* et jouissent decertainsprivilèges : leur wergeld s'élève et devient le triple de celui d'un autre homme libre ^ D'autre part, ils avaient sûrement l'obligation d'être toujours au service et à la disposition du roi, et, puisqu'ils venaient en armes prendre leur engagement solennel, c'est que, sans doute, ils devaient surtout le servir à la guerre. Nous trouvons aussi auprès du roi mérovingien d'autres personnes, désignées déjà dans la loi salique, et qui jouissent également du triple wergeld : elles sont dites les convives du roi, convivâB régis ; c'étaient des comités de la même nature que les antrus-
2. C'est dans ce sens, en particulier, que le mot est pris dans le traité d'Andelau. — Greg. Tur. Historia Francorum^ IX, 20.