PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Le présent ouvrage est destiné à l'enseignement; il s'adresse
non aux savants, mais aux étudiants de bonne volonté. Voici ce qu'il contient et en même temps ce qu'il ne faut pas y
chercher.
Ce n'est })as, sous une forme abrégée, une histoire complète du droit français : il ne comprend en effet ni l'histoire de toutes les périodes, ni celle de toutes les institutions. J'ai laissé absolument vde côté les institutions de la Gaule indépendante; c'est matière d'érudition pure, et l'on ne peut démontrer presque sur aucun point l'influence persistante de ces vieilles coutumes dans le développement du droit postérieur. Je ne présente pas non plus le régime de la Gaule romaine pendant les trois premiers siècles de l'ère chrétienne : il appartient beaucoup plus à f'histoire du droit romain qu'à celle du droit français, et on en trouve le tableau dans les divers manuels des institutions romaines. Je commence mon exposition par l'étude des institutions romaines, telles qu'on les constate en Gaule aux iv^ et v^ siècles; ce sont celles avec lesquelles les barbares devaient se trouver en contact.
Pour les périodes qu'il embrasse, ce cours ne comprend pas l'histoire de toutes les branches du droit. De parti pris, j'ai laissé de côté l'histoire interne du droit privé, ou plutôt je n'en ai retenu que deux chapitres, qui jusqu'à la Révolution appartiennent autant au droit public qu'au droit privé : l'état des personnes et le régime de la propriété foncière. La raison est que lé cours d'histoire du droit, auquel corres-
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pond ce livre, est- placé en première année dans les Facultés de droit : il s'adresse à des élèves qui suivraient difficilement, dans les détails techniques et nécessaires, Thistoire de la famille, des contrats et des successions en droit français; ils peuvent, au contraire, parfaitement saisir dans les grandes lignes rhistoire du droit public et Thistoire des sources, et c'est à cet objet que le cours a été limité. Le but principal de cet enseignement me paraît être de dégager par la méthode historique, la notion de l'État et ses attributs essentiels.
Étant donnée cette conception, il semble que j'aurais dû comprendre dans mon exposition le droit de la Révolution française, car c'est lui qui véritablement a créé l'État moderne, 1 ^ droit ancien n'en est que la préparation. Cependant je ne 1 ai pas fait, je n'ai pas dépassé l'ancien régime et me suis arrêté en 1788. C'est que je crois le droit de la Révolution trop important pour la place nécessairement restreinte que j'aurais pu lui consacrer ici. J'espère d'ailleurs pouvoir un peu plus tard combler cette lacune. Le cours d'histoire du droit, en première année, est suivi d'un cours élémentaire droit constitutionnel, que j'ai l'honneur de professer. Je compte publier, le plus tôt qu'il me sera possible, des Ëléments du droit çonstitationnel (1), et là, j'aurai nécessairement l'occasion d'exposer les principes essentiels introduits dans le droit public par la Révolution. Plus tard enfin, si ce n'est point former de trop vastes projets, je voudrais relier eiî quelque sorte ces deux ouvrages par un troisième, une histoire élémentaire du droit public en France, depuis la Révolution jusqu'à la chute du second Empire.
En terminant, j'adresse une prière au lecteur. Je lui demande de juger les tableaux successifs que contient ce livre, en les prenant pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire pour de simples moyennes. En histoire du droit on ne peut arriver à la vérité complète (en tant qu'elle est accessible), qu'en se restreignant dans l'espace et dans le temps et en descendant aux détails. Lorsqu'on présente des tableaux d'ensemble embrassnnt tout un pays et toute une époque, on sacrifie
(1^ Cet ouvrage a été publié, conformément à la promesse ici faite : Éléments de droit constitutionnel, par A. Esmein, 1 vol., Librairie du recueil des lois et arrêts^ Paris, 1896; 7" édition, 1920. — J'ai également consacré un ouvrage élémentaire à l'histoire du droit de la Révolution et du premier Empire : Précis élémentaire de l'histoire du droit français de 1789 à 1814 (Révolution, Consulat et Empire), par A. Esmein, 1908.