INFLUENCE DES LATITUDES
pace très-borné^ d'autres^ au contraire, sont dispersées sur un grand nombre de points à la fois. Cette différence, que nos herborisations nous montrent sur une petite échelle, se fait également sentir lorsqu'on compare les résidtats de celles qui nous ont appris à connaître la végétation de pays nombreux et vastes ; certaines plantes sont particulières à certains pays, d'autres communes à plusieurs. Ces limites, dans lesquelles se resserre ou s'étend l'habitation de chaque espèce, constituent ce qu'on a nonuné son aire (area). Celles dont l'aire est très-circonscnte peuvent donc être considérées comme caractérisant la végétation de cet espace, qu'elles ne franchissent pas : mais on cotiçoit qu'il n'en doit pas être question ici , où nous ne devons traiter que les points les plus généraux. Celles dont l'aire est très-étendue, ne peuvent ^ par le fait même de cette diffusion, servir à caractériser une région particulière, et nous devons également les laisser de côté, nous arrêtant à d'autres qui se retrouvent abondantes et répandues sur plusieurs parties distantes du globe, mais pas hors d'une certaine zone plus ou moins étroite dont elles forment ainsi tm des traits distinctifs. Plus on pourra grossir la liste de ces végétaux caractéristiques , plus le signalement sera exact. Mais cette multiplicité de détails ne peut appartenir qu'à un traité complet, ct,%ans une exposition abrégée, il faut se l)omer à un petit nombre de végétaux qu'on choisit parmi ceux qui, par leur taille, ou leur physionomie remarquable, ou leurs usages, sont plus propres à tixer l'attention, et qui, par cette raison, n'ont pas échappé à celle des voyageurs, même étrangers à la botanique. Les arbres offrent, en général, un gi*and avantage sous ce rapport, d'autant plus qu'ils peuvent être considérés comme étant avec le climat, aux vicissitudes duquel ils sont exposés pendant le cours de Tannée entière, dans une liaison bien plus intime que les végétaux herbacés, qui peuvent se soustraire en partie à son action pendant une portion de l'année^ et surtout que les plantes annuelles, qui ne vivent qu'une saison. On caractérise aussi certaines régions par la présence de groupes d'un oi*dre plus élevé, les genres, les familles ou leurs tribus, toutes les fois que leur aire se trouve ainsi circonscrite, et l'on conçoit combien le signalement gagne alors en portant sur un plus grand nombre de traits. D'ailleurs, il n'est pas nécessaire que la totalité des espèces du groupe en question se renferme exclusivement dans la région qu'on veut peindre ; il suffit que leur plus grand nombre s'y trouve concentré. Sans la méthode naturelle, la géographie botanique se perdrait nécessairement dans des détails sam fin, et l'on peut dire qu'elle s'est établie par l'établissement des familles, comme elle se perfectionnera par leur perfectionnement.
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§ 645. Jetons maintenant un coup^d'œil sur les principales ré* gions caractérisées ainsi^ soit par l'existence de certains végétaux particuliers et remarquables^ soit par la présence exclusive ou par la grande abondance de ceux de certaines familles. Nous les examinerons en marchant de Téquateur aux pôles ; et, pour plus de clarté^ nous diviserons la terre en un certain nombre de zones d'après les latitudes^ sans avoir pour le moment égard aux modifications qu'apporteraient dans leur circonscription les inflexions des lignes isothères et isochtmènes.
§ 616. La zone qui est limitée sur les deux hémisphères parles tropiques, et que depuis l'antiquité on désigne sous le nom de torride, présente une végétation bien distincte de celle au milieu de laquelle nous vivons, par sa vigueur, par sa variété, par les formes et les cai*actères particuliers d'un grand nombre des plantes qui la composent. La proportion des végétaux ligneux s'y montre considérable ; et si l'humidité et la richesse du sol viennent s'ajouter à la chaleur de la température, ce sont de grands arbres réunis en vastes forêts d'un aspect tout différent des nôtres ; car au lieu de la répétition uniforme d'im nombre très-borné d'espèces, elles offrent une diversité infinie, soit qu'on les examine rapprochées sur un même point, soit qu'on les compaft sur deux points séparés ; et d'ailleurs ces espèces, pour la plupart, appartiennent à d'autres genres, à d'autres familles que les arbres des zones tempérées. Dans de vastes contrées peu habitées, où les besoins de l'homme ne les ont pas encore soumises à l'exploitation et où leur existence n'a d'autres limites que celles que leur assigne la nature , ces forêts vierges (sylvœ primœvœ) ont acquis leur plus magnifique développement ; et ce n'est pas seulement par ces tiges d'une épaisseur et d une élévation si remarquables que se manifeste la force de la végétation, c'est par la production d'autres plantes plus humbles, les unes ligneuses, les autres herbacées, qui, sous l'abri des hautes cimes, pullulent au milieu de cette atmosphère chaude et humide ; par celle des plantes parasites, qui couvrent et cachent en partie ces troncs; surtout par celle des lianes, qui courent de l'un à l'autre, montent jusqu'à leurs sommets pour retomber et remonter encore, les enlacent en s enroulant alentour, et les lient entre eux comme les agrès des mâts d'un navire. Un des traits distinctifs de cette végétation tropicale dépend de ce qu'elle se trouve soumise à des influences à peine variables pendant le cours entier de l'année. Dans des climats plus tempères, où les saisons sont nettement tranchées, l'une amène la floraison, l'autre la maturation régulière; de telle sorte qu'on voit la^ plupart des arbres, après un repos jxîndaut lequel ils sont restés plus ou moins dénudes^ se couvrir eu-
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semble de feuilles^ de fleurs à une même époque^ de fruits à une époque ultérieure. Sous Féquateur, toutes ces phases se confondent^ et comme d'ailleurs cette extrême activité pousse à la production des feuilles^ qui ne tombent pas annuellement, on est frappé de la production beaucoup moindre de fleurs, et par conséquent de fruits, dans un moment donné, quoiqu'on en trouve en tout temps.
§ 617. Les Palmiers et autres Monocotylédonées arborescentes [Pandanées, Dragonniers, etc.), ainsi que les Fougères en arbre, contribuent notablement à imprimer à la végétation tropicale sa physionomie particulière. Une autre forme également caractéristique est celle qu'on est convenu d'appeler des ScitarrUnées, en comprenant sous ce nom, non-seulement lès plantes de cette famille, mais celles des Musacées et des Cannacées. Le Bananier (qui acquiert tout son développement dans les serres d'Europe) peut en donner une idée. Ajoutons ici l'énumération des familles qu'on peut nommer tropicales, soit parce qu'elles ne se montrent pas au delà des tropiques, soit parce qu'elles offrent entre ces deux cercles le maximum de leurs espèces. Telles sont les Broméliacées, Aroïdées^ Dioscoréacées, Pipéracées, Laurinées, Myristieées, Anonacées, Bombacées, SterculiacéeSjByttnériacées, Temstrcemiacées, Gtdtifères, Marcgraviacées, Méliacées, Ochnacées, Connaracées, Miacardiacées, ChaillétiacéeSy Vochysiacées, Mélastomacées, Myrtacées^ Turnéracées, Cactées, Myrsinées, Sapotées, Ébénacées, Jasminées, Verbénacées, Cyrtandracées, Acanthacées, Gessnériacées. Plusieurs grandes familles qui, dans nos climats, comptent un nombre d'espèces plus ou moins considérable, se trouvent entre les tropiques représentées par d'autres plus nombreuses encore ( comme les Euphorbiacées , Convolvulacées, etc., etc.) ; mais quelques-unes de formes différentes, comme par exemple les Bambous, ou autres Graminées arborescentes, les Orchidées épiphytes ; d'autres distinguées par des caractères particuliers propres à constituer des tribus tout entières (par exemple, les Mim4)8ées et les Cœsalpiniées dans les Légumineuses, les Cordiacées dans les Borraginées, les Rubiacées non étoilées). Citons enfin plusieurs familles caractéristiques, parce que, parmi leurs espèces, sont ces parasites d'une végétation si curieuse (les LoranthacéeS(, liafflésiacéeSy Balanopliorées) ; et surtout plusieurs de ces Lianes dont nous avons plus d'une fois fait mention (les Malpighiacées, Sapindacées, Ménispermées, Bignoniacées^ Apocynées, Asclépiadées),
§ 64 8. Jusqu'ici nous avons parlé de la zone intertropicale comme ji»uissanl; sur tonte son étendue, d'un climat identique. Mais on conçoit qu'il n'en peut être tout à fait ainsi. La marche de la terre autour du soleil, qui pour nous amène les extrêmes de l'hiver et de l'été, ramène au contraire, pour les régions situées iinmédiate-
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ment sous réquateur, des conditions exactement semblables, et toute différence tend à s'y effacer de plus en plus dans le passage du soleil d'un tropique à l'autre. Il n'y existe donc pas de distinction de saisons : la température moyenne se trouve être en même temps celle de toute Tannée; c'est aussi la température du sol à une certaine profondeur, celle où se passent les phénomènes de la Tie dans les parties souterraines des.yégétaux. La durée constanunent égale des joui*s et des nuits tend à compléter cette uniformité constante dans les conditions auxquelles ils se trouvent soumis. Quelques degrés de latitude changent à peine ces conditions ; mais à mesure qu'on s'en éloigne, la distinction des saisons doit se laisser de plus en plus apercevoir. Cette différence, il est vrai, si l'on se contente d'une apparence générale et qu'on excepte certains points où des influences locales déterminent d'assez notables variations, est toujours assez faible, et les lignes isothermes, tout en s'abaissant de quelques degrés de chaleur^ s'éloignent peu des isochimènes et des isothères, toutes conservant un certain parallélisme avec l'équateur, et l'intérieur du sol maintenant à une certaine profondeur une température constante qui n'est autre que la moyenne. Quoi qu'il en soit, il en résulte dans la végétation des différences appréciables ; et l'on peut sous cêr rapport subdiviser <;ette grande zone en équatoriale, comprenant à peu près 15 degrés des deux côtés de l'équateur, et tropicale, étendue du 15* au 24*. Poui* nous contenter de quelques traits principaux choisis parmi ceux que nous avons réunis plus haut, la première se caractérise par la présence plus exclusive des Palmiers et des Scitaminées ; la seconde, par celle des Fougères en arbre, des Mélastomacées , des Pipéracées. 11 est clair qu'il ne peut y avoir de limite tranchée entre Tune cl l'autre, soit par la température, soit par les productions naturelles, et que les différences ne se font bien sentir que si Ton se place à des points suffisamment éloignés en latitude ou en hauteur.
§ 619. Les grandes zones qu'on nomme vulgairement tempérées, et qui des tropiques s'étendent jusqu'aux cercles polaires, présentent nécessairement, d'une de ces limites à l'autre, des différcnces de climat et de végétation tout autrement tranchées que celles qui ont été signalées jusqu'ici. On doit donc dans l'examen qui nous occupe les subdiviser en plusiem*s dont les bornes se trouvent déterminées moins par les latitudes que par les lignes isothcrnios qui, ainsi que nous l'avons annoncé, en deviennent de plus en plus indépendantes.
§ 020. Une première zone, étendue des tropiques jusque vers le 34*ou36« degré, qui serait mieux définie comme parcourue vers son milieu par VisoV\\QvuA<idL<i^^^vi^t^S^^^^'on pouirait nommer