SUCCESSION DES ZONES
plus haut celle de ia zone juxtatropicale qui sera graduellement remplacée par celle des zones tempérées. Nous voyou? donc que, dans ces dernières où nous vivons, il est possible, sans voyager jusqu'aux pôles et sans sortir de notre pays, de se faire une idée juste de ces diverses végétations appartenant à des zones de plus en plus froides; qu'il suffit pour cela de suivre celle d'une haute montagne à ses divers degrés d'élévation. Ainsi, le midi de la France appartenant à la zone tempérée chaude, celui qui pourra gravir les Pyrénées en partant des plaines du Roussillon, ou delà Provence, s'élever jusqu'au sommet des Alpes, qui s'avancent là si près du rivage, verra dans cette com'te excursion s'opérer rapidement sous ses yeux tous les changements qu'il observerait en parcourant l'Europe du midi au nord jusqu'aux derniers confins de la Laponie. C'est donc cette marche que nous suivrons de préférence. Nous signalerons encore, chemin faisant, les familles qui fournissent à chaque végétation ses traits principaux ; mais nous nous aiderons aussi de quelques végétaux remarquables, familiers à la plupart de nos lecteurs, et qui nous serviront comme de jalons; puis nous jetterons un coup d'oeil sur les autres parties du globe comprises dans la même zone, où les modifications^e la végétation seront plus facilement comprises, quand il ne s'agira plus que de la comparer à celle que nous connaissons par nous-mêmes.
§ 624. Nous avons nommé la Provence et le Roussillon. Tous les pays baignés par la Méditerranée ofi&ent avec ceux-là les rapports les plus frappants dans leur végétation jusqu'à une certaine distance du rivage, et forment dans leur ensemble une région botanique presque uniforme. Quelques-unes des familles tropicales s'avancent jusque-là, mais n'y sont plus représentées que par un petit nombre d'espèces : comme les Palmiers, par le Dattier et le Chamœrops ; les Térébinthacées, par le Lentisqiie et le Pistachier ; les Myrtacées, par le Myrte et le Grenadier ; les Laurinées, par le Laurier des poètes ; les Apocynées arborescentes, par le Laurierrose. D'une autre part, d'autres familles jusque-là peu nombreuses multiplient leurs représentants, comme les Cary ophy liées, les Cistinées, les Labiées qui, couvrant tous les terrains secs et abandonnés, remplissent l'air de leurs exhalaisons aromatiques. Les Crucifères commencent aussi à se montrer. Parmi les Conifères on trouve les Cyprès,\es Pins pignons, d'Alep, laricio, etc.; parmi les AmentacéeSj les Chênes verts, le Liège, les Platanes, etc. Un arbre cultivé, y Olivier, est particulièrement propre à caractériser cette région , où on le trouve à peu près partout et hors de laquelle on le rencontre à peine.
§ 625 La végétation des environs de Paris i^evxi wca\& ^cvwwk:^ >\!ùs^
h'i\ GÉOGUAPIIIE BOTANIQUE.
idoc g(5ndrale de celle d'une grande partie de la loitS Icmpcrde froide. Les famiUes que nous venons de nommer s*y montrent aussi dans une grande proportion^ mais moindre pour les Labiées et \e& Caryophyllées, croissante au contraire pour les Ombellifères et les Crucifères. Ce sont encore les mêmes familles d'arbres^ mais représentées par d'autres espèces : les Conifères^ par le Pin commun, les Sapins, le Mélèze^ etc.; les Amentacées^ par les Chênes, Couêrien. Hêtres, Bouleaux^ Aunes, Saules, tous sujets à perdre leui-s feuilles pendant l'hiver^ et de là une physionomie toute diflëi'ente dans le paysage et variable suivant les saisons. Ces divei^s végétaiu varient eux-mêmes, soit par leur nombre proportionnel, soit par leurs espèces mômes, suivant le point de la zone où l'on est placé.
g 6t6. Supposons le spectateur au pied des Alpes, vis-à-vis d'un de ces grands massifs que couronnent les neiges éternelles. En portant ses regards sur la montagne, il remarquera facilement que cette végétation qui renvimnnc immédiatement, et qui caractérise le centre et le nord de la France, disparait à une certaine liauicm' pour faire place à une autre, qui subit elle-même des. changements successifs à mesure qu'elle s'élève ; et comme à uile certaine distance son œil ne poiurra saksir que les masses dessinées par les grands végétaux au milieu desquels s'en cachent d'autres plus humbles, il verra comme une suite de bandes superposées les unes aux autres : d'abcHrd celle des arbres à feuilles caduques, qui se distingue à sa verdure plus tendre, puis celle des Conifères à verdure foncée et presque noire ; puis enfin ime bande dont le vert plus indécis est interrompu çà et là par des plaques d'autre couleur, el va se dégradant jusqu'à la ligne sinueuse où commence la neige ; elle est due à ce que les arbres dont les cimes se confondaient plus ou moins rapprochées, et coloraient ainsi uniformément les espaces recouverts par eux, ont cessé et ont fait place à des arbrisseaux ou herbes de plus en plus voisins du niveau du sol et rabougris.
Si, du point où les objets s'offraient ainsi massés, il s'avance vci*s la montagne et la gravit, il pourra d'abord recueillir les plantes de nos champs, puis sur les premières pentes il en verra apparaître d'autres plus ou moins différentes et qu'on désigne sous le nom jl'alpestres : des Aconits, des Astrantia, certaines es^^eesd' Armoises, de Séneçons, de Prenanlhes, à'Achillées, de Saxifrages, de Potentilles, etc., etc. Après avoir côtoyé des iVoyers^ travei'sé des bois de Châtaigniers, il aura vu ceux-ci cesser, et les bois se composeront de Clkânes, de Hêtres, de Bouleaux, Mais les Chênes cesseront les premiei's (vers 800 mètres), les Hêtres un peu plus loin { vers * OOC mèU'cs). Ensuite les bois seront formés presque exclusivement les arbres Yerts{le5apin, le Mélèze, le Pincommun), qui s'anvlent
SLCCKSSION DES ZONLS. 5^5
cux-niêmcs à des étages successifs (jusque vers 1,800 mè(res). Une Conifère, le Pin cembrOj s'observe encore quelquefois dans Tespecc d'une centaine de mètres. Au delà de cette limite, les arbres s'abaissent pour former d'humbles taillis, comme par exemple d'une espèce d'Aune (Alnus viridis). C'est à peu près alors qu'il ^e ven'a entouré par ceux de cet arbrisseau qui caractérise si bien une région des Alpes dont on l'appelle la Rose, le Rhododendron, qui cesse plus haut à son tour pour faire place à d'autres plantes plus basses encore, dépassant peu le niveau du sol, etqu'oh désigne par l'épithète d'alpines : ce sont des espèces de quelques-unes de ces famiUes^'il observait à son point de départ, des Crucifères, Caryophyllies, Re^ nonculacées. Rosacées, Légumineuses, Composées, Cypéracéea, Graminées, mais des espèces différentes ; ce sont aussi de nombreux ci nouveaux représentants d'autres familles qui ne se montrent que plus rarement dans la plaine : des Saxifrages, des Gentianes, etc. Les plantes annuelles manquent presque entièrement, et c'est ce qu'on devait prévoir, puisqu'il suffit pour détruire leur race qu'une année défavgôrable ait empêché la maturation complète de leui*s grainei, et que ce cas doit se présenter assez souvent dans un climat aussi rigoureux. Les plantes vivaces ou ligneuses au contraire se conservent sous le sol maintenu a une température beaucoup moins basse, soustraites ainsi à l'influence mortelle de l'atmosphère, et se développant toutes les fois qu'elle s'adoucit ou se réchauffe à un degré suffisant : mais ce n'est que pendant une bien courte saison et, sur certains points, qu'une fois en plusieurs années. 11 en résulte que les tiges s'élèvent à peine, que celles qui sont frutescentes ordinairement rasent le sol, tantôt rampantes, tantôt courtes, roides, enchevêtrées, formant de loin en loin des plaques épaisses et compactes, comme deviendi'ait un arbrisseau qu'on taillerait chaque année très-près de terre. La physionomie piopre à chaque famille s'efl'ace en quelque sorte, remplacée par la physionomie générale de plante alpine, et l'on retrouve celle-ci jusque dans des genres à espèces ordinairement arborescentes, par exemple dans des Saules, qui ici mmpent cramponnés au sol. Sur le bord des eaux, là où la croupe des montagnes forme une pente adoucie, ou s'aplatit en gradins sm* lesquels puisse s'arrêter une cpjuche d'humus, la végétation forme des tapis étendus; mais le plus souvent ce tapis est déchiré par les accidents du terrain, et la verdure ne se montre que pai' lambeaux dans les intervalles, les fentes ou les anfractuosités des rochers. Plus on s'élève, plus elle s'éparpille et s'appauvrit, jusqu'à ce qu'enfin ces rochers ne montrent plus d'autre végétation que celle des LichenSy dont les croûtes varient un peu la teinte monotone de leur surface. On est
arrivé aux neiges éternelles, où les êtres organisés ne peuvent plus accomplir leuf viç et ne se montrent qu'en passant. >
§ 627. emparons maintenant ce qu'on observe ens'avançantdu centre de la France vers le pôle, à ce qu'on a observé dans l'ascension des Alpes. On voit de même graduellement diminuer le nombre absolu des espèces et le nombre relatif de celles de certaines familles {Labiées^ OmbellifèreSj Rubiacées, etc.), disparaître com< plétement celles de plusieurs autres (Jfaiuac^cs^ CistinéeSjEuphorbiacées, etc.). En prenant pourpoint de comparaison certains végétaux caractéristiques, ces arbres que nous avons suivis sur la pente des Alpes, nous trouvons leur distribution à peu près analogue, si on la considère d'une manière générale, un peu difliirente cependant, si Ton se livre à un examen plus détaill et plus rigoureux. Ainsi, sur les côtes occidentales de la Scandinavie, le Hêtre s'arrête à 60 degrés, un peu plus tôt que le Chêne, qui s'avance jusqu'à 61 degrés. G'estla limite septentrionale de la zone tempérée froide. Nous entrons dans la zone sous-arctique, au milieu des forêts d'arbres verts, de Sapin qui cesse vers 68 degrés^ de Pin qui cesse vers 70 degrés, mais où le Mélèze manque entièrement. Le Bouleau commun s!avance encore un peu plus loin. Ce sont donc les mêmes végétaux dont ilbus avons vu l'ensemble caractériser ces diverses zones déterminées par les diverses hauteurs des montagnes, rtiais ici ils se dépassent dans un ordre différent et quelquefois inverse. On ne rencontre plus ensuite que des arbrisseaux bas, et, vers l'extrémité de la Laponic, nous entrons dans la région polaire. Mais celle-ci peut elle-même se subdiviser en deux : l'une arctique, analogue à celle des Alpes que nous avons vue nue d'arbres, mais revêtue encore d'hunîbles arbrisseaux : ici le Bouleau nam, jusqu'au 7 !• degré, remplace l'Aune vert des montagnes, et le Bhododendron ferrugineum se représente par une espèce particulière (R. laponicum) ; l'autre polaire , au Spitzberg, par exemple, où la végétation, réveillée quelques semaines seulement, dort ensevelie sous la neige le reste de l'année, et ne produit plus que des végétaux vivaces et sous-frutescents, chétifs, clair-semés, les mêmes, pour la plupai-t, que nous avons signalés vers la limite des glaces éternelles. Mais faisons bien remarquer que dans le parallèle précédent des diverses zones de végétation suivant les altitudes et suivant les latitudes, nous avons, pour ces ^dernières, choisi la portion de la terre la plus favorisée comparativement, celle où les lignés isothermes se relèvent le plus vers le pôle, la côte occidentale de l'Europe. En suivant d'autres méridiens, nous aurions vu les zones successives s'arrêter à des latitudes beaucoup
Ins élevées, d'autant moins que nous nous serions avancés du-
ILKS. 5S7
vantage vers ceux qui traversent le centre des grands continents ou se rapprochent de leurs côtes orientales. .
§ 628. Rappelons aussi ce qnc nous avons annoncé (§ 612) : c'est que la température moyenne exerce moins d'influence sur la végétation que la température extrême des hivers^ et surtout celle des étés^ ainsi que leur durée. Car beaucoup de végétaux échappant sous la terre et sous la neige qui les recouvre à l'action de l'atmosphère^ peuvent braver ainsi celle des hivers les plus rigoureux et reparaître au jour pendant l'été^ en parcourant même toutes les phases de la floraison et de la fructification^ s'il est assez chaud et assez long. Ces mêmes conditions permettent également la conservation d'un certain nombre d'espèces annuelles. 11 peut donc en résulter de notables différences dans la végétation de deux points situés sur une même isotherme : celui où les températures estivale et hivernale diffèrent peu , et celui où elles différent beaucoup^ comme à l'ouest et dans l'intérieur des continents , chacun d'eux excluant un certain nombre de plantés que l'autre admet. En conséquence^ les lignes isothermes ne peuvent^ non plus que celles des latitudes ni celles des altitudes^ définir rigoureusement ime zone végétale : les isochimènes et les isothères n'y suffiraient pas davantage. La végétation d'un pays plus ou nAins borné est ime résultante de ces influences combinées et de beaucoup d'autres encore^ bien plus complexe par conséquent que le climat auquel elle ne se subordonne que d'une manière générale. On ne peut donc prétendre circonscrire ses variations si nombreuses dans certaines lignes continues^ ou les formuler dans un petit nombre de lois. On conçoit par là combien est imparfaite et incomplète l'esquisse que nous avons tracée^ obligé de nous resserrer dans quelques pages et d'éviter la multiplicité des détails ici pourtant si nécessaire : aussi dans cette exposition avons- nous eu recours moins aux préceptes qu'aux exemples. Nous avons naturellement pris le nôtre dans l'Europe, et surtout dans la France , pour que le lecteur ait au moins le terme de comparaison à défaut de la comparaison tout entière.
§ 629. Nous ne nous sommes guère arrêté que siu: les grands continentset, à partir des zones tempérées, nous nous sommes borné à l'Europe et à ses montagnes. Il nous reste donc à ajouter quelques lignes sur les différences que les îles peuvent présenter dans leur végétation , comparées aux continents. Celles qui ont une grande étendue 4)eu vent être considérées comme de petits continents ellesmêmes, mais néanmoins offrent toujours, par le développement de leur littoral , une proportion plus grande de terrains soumis au climat plus humide et plus tempéré que nous avons nommé marin
638 GÊOGUAPIUE WiTANÎQrK.
i§ 613). Cette difTéi-cnce influe nécessairement sur leur vdg^ntîon, à laquelle elle imprime quelques caractères particuliers^ mêlés h ceux qu'elle offre en commun avec les parties des continents voisins et situés à la même latitude. Un de ces caractères est Tabondance relative des végétaux acotylédonés cellulaires^ et principalement des Fougèreh, auxquelles ce climat paraît singulièrement favorable, et d'autant plus qu'il esten même temps plus chaud. Elles s'y montrent donc dans ime proportion d'autant plus grande, par rapport à la totalité des autres^ vég^étaux, que l'île est moins considérable et par conséquent plus complètement placée dans ces conditions de température. Ainsi, dans la grande ilode la Jamaïque, le nombre des Fougèrç8> comparé à celui des espèces phanérogames, est comme là 10. La proportion est '4/8 dans les lies de France et de Bourbon, 1/6 à la Nouvelle-Zélande, 1/4 à Otaiti, 1/3 à llle Norfolk, 1/2 à celle de Tristan-d'Acunha. Un autre caractère de la végétation des îles mise en tegard de celle des continents, c'est que le nombre total des espèces végétales y est moindre sur une étendue égale, et d'autant moindre que l'île se trouve plus petite et plus écartée au sein de l'Océan : résultat presque nécessaire de l'obstacle qu'oppose cette interposition des mers à la transmission d'espèces primitivement étrangères au sol, qui, au contraire, sur un espace égal, mais continental, peuvent arriver et finir par s'établir, en s'avançant de proche en proche de tous les espaces circonvoisins. Le dfknat marin, sur beaucoup de points, et surtout en s'éloignant des tfopiques, paraît nuire à la végétation arborescente, probablement aidé pai* l'action de vents violents et fréquents. C'est ce qu'on (iéiit déjà remarquer sur beaucoup de nos côtes. L'Islande, les archipels Shetland et Feroê, n'ont pas d'arbres ou n'en offrent que quelques bouquets rabougris, isolés sur un petit nombre de points abrj^téS; tandis que nous avons vu ces arbres s'avancer autant et .nâbie plus loin en latitude sur la côte de Norwége, y acquérir une grande vigueur et y former des forêts.
§ 630. Les bornes de cet ouvrage ne nous ont pas permis d'examincr les diverses parties de la terre, de suivre chaque zone sur tout le contour du globe, et de comparer les zones analogues sur ses deux hémisphères boréal et austral, de déterminer les différences que présentent les chaînes de montagnes appartenant à dos l'Oiurées plus ou moins éloignées ou coui*ant dans des directions inverses. Cette étude nous eût montré des ressemblances frappante? lorsque les circonstances météorologiques sont les mêmes, une analogie remarquable entre la vcgclation du sommet des Alpes et
'Ue des Andes ci de VRituala^a, du nord derAmériqne ainsi que ''Europe et de VXs\e; mm e\\(i\vcKv&^^\\îww\\Çï vîcv\w^wie temps
CENTRES PHlMl'llFS DE VÉGÉTATION. 639
de notables difTérences. Celles-ci se prononcent d'aulant plus que les parties de la terre comparées se trouvent plus complètement séparées entre elles par un plus grand espace de mers> comme le sont, par exemple^ relativement Tun à l'autre^ l'ancien continent^ celui de l'Amérique, celui de la Nouvelle-Hollande. Nous eussions vu ainsi que les analogies résultent tan tôt de la similitude des formes imprimées.à des plan tes du reste différentes, comme par exemple à toutes celles des régions polaires ou à celles qu'on observe aux dernières limites de la végétation des montagnes ; tantôt au contraire de la présence de plantes de mômes genres ou de mêmes familles, mais revêtues de formes extrêmement diverses. Cependant les différences se seraient trouvées en général prévaloir, et nous siAons arrivés à ce résultat qu'un grand nombre de points de la terre offrent dans leur végétation une dissemblance indépendante des conditions différentes dans lesquelles ils se trouvent placés, comme si chacun d'eux, dans le principe, avait été l'objet d'ime création à part. Deux points éloignés avec un climat analogue et même identique, et avec toutes les auti'cs circonstances dont l'ensemble devrait entraîner l'identité des productions naturelles, peuvent néanmoins ne produire que des plantes différentes. C'est donc que chacun d'eux dans le principe a reçu ]^s siennes et non les autres, quoiqu'elles eussent pu également y vivre. Cela est tellement vrai qu'on voit certaines espèces, transportées d'un centre à un autre, y prospérer comme dans leur patrie primitive.
§ 631. On conçoit qu'une espèce, partant ainsi d*un centre quelconque, se propage en rayonnant autour de lui tant fû'elle trouve les conditions nécessaires à sa vie. Les latitudes diil&rentes^ les chaînes de montagnes, les déserts, les mers surtout sont autant de barrières naturelles qui s'opposent à son extension indéfinie, et la renferment le plus ordinairement dans des bornes plufl étroites que celles qui lui sont assignées par les conditions propres 4 son organisation particulière, dont nous ne pouvons nous rendre compte. Suivant ces différences de vitalité ({ui permettent aux unes et interdisent aux autres des séjours vai'iés, les unes se réi)andent dans un vaste espace, les autres se concentrent dans des limites plus ou moins rétrécies ; mais il en est qu'on rencontre sur des points trèsdistants, séparés par des obstacles naturels dont nous venons de signaler quelques-uns et qu'elles n'ont pu franchir seules. Elles ont pu, comme dans les cas que nous avons cités, être transportées des uns aux autres i>ar Vh ominc, ou par quelques-uns de ces agents d i vers qui favorisent la dissémination (§ 481). Il y en a cependant pour lesquelles on ne peut expliquer ou supposer cette agence, et l'on se trouve ainsi conduit à admettre que plusieurs ontpuaptuurtcnirà
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plusieurs centres de végétation primitive à la fois^ et que chacun de CCS centres se compose de végétaux en plus grande proportion propres à lui seul^ en moindre proportion communs à j^usieurs autres en même temps. On a nommé sporadiques (oTtopa^iKo;, vagabond)^ ces végétaux répandus dans de grands espaces et dans plusieurs pays différents^ endémiques (fv^T){j.Gc^ résidant dans sa patrie) ceux qu'on a observés dans uu seul pays. Parmi les premiers^ les uns se montrent sur des points très-divers d'une même zone, mais sans la franchir (comme par exemple leSauvagêsiaerecta qu'on a observé aux Antilles, à la Guyane, au Brésil, à Madagascar, à Java) ; d'autres^ , stfr plusieurs zones à la fois (conune le Scirpus maritimus, qui croît en Europe, dans l'Amérique 4u Nord, aux Indes occidentales, au Sénégal, au Gap, à la Nouvelle-Hollande ; le Samolus Valerandi, presque également disséminé). Les mêmes épithètes peuvent s'appliquer aux genres et aux familles aussi bien qu'aux espèces, nécessairement dans des limites plus étendues. Les Cactées, concentrées dans l'Amérique intertropicale^ qu'elles ne dépassent que peu au nord, les Quinquinas, sur une certaine zone des Andes, sont des exemples de famille et de genre endémiques.
§ 632. Si deux points, placés sur le globe à des distances assez considérables, mais dans dei conditions analogues, n'offrent pas la • même végétation, il y a néanmoins, en général, entre ces deux végétations, des rapports qu'on ne peut méconnaître. Les plantes, d'une part, diffèrent en tantqu'appaHenant à deux centres différents; de l'autre, se rapprochent en tant que destinées à vivre dans des conditions semblables. Ainsi, ce peuvent être les mêmes genres représentés par des espèces différentes, les mêmes familles représentées par des genres difierents ou des familles voisines. Les exemples l>ourraient être apportés en foule ; il nous suffira d'en rappeler (juelques-uns, déjà cités pour la plupart, comme celui des Amentacées et des Conifères de l'Europe tempérée représentées par d'autres espèces des mêmes genres dans la même zone de l'Amérique septentrionale ; ceux des Conifères par d'autres genres {Araucaria, Podocar|3us)danscelle de l'Amérique méridionale; le fT^^re commun, placé vers la limite septentrionale de la zone tempérée dans notre hémisphère; le Hêtre antarctique, placé vers la limite méridionale dans l'hémisphère austral ; deux espèces de Chamœrops, marquant la limite septentrionale des Palmiers, l'/iumtlts en Europe, le PaU metto en Amérique ; le Rhododendron des Alpes, remplacé en Laponie par une autre espèce, sui* les Andes par un autre gcni-e, le De f aria ; la présence de Diosmées aux terres australes, au cap de Uonne-Espérance, dans l'Europe méridionale, mais sur chacun de Ct*8 points offrant de% ^ewve^ vvs^x ^vh^v% ^mr former autant do
ARITHMÉTIQUE BOTANIQUE. Bài
tribus distinctes ; les Éricinées du Gap, remplacées en Australie par la famille voisine des Épacridées ; celle des Sélaginêes par les MyoporinéeSy etc., etc. On pourrait donc, par une comparaison empruntée à la chimie, dire que dans ces combinaisons de familles, de genres, d'espèces, qui forment la végétation d'un pays, il existe des équivalents, il s'opère des substitutions, pour constituer celle d'un autre pays analogue, quoique différente.
§ 633. Dans l'étude delà géographie botanique, au lieu de passer en revue les diverses contrées de la terre, en indiqusmt les variations que la végétation subit de l'une à l'autre, on peut suivre une marche en quelque sorte inverse en prenant toutes les familles une à une, et examinant comment chacune a ses espèces distribuées sur le globe. C'est par cette compaiaison générale qu'on s'assure de quelques-imes de ces vérités que nous avons déjàindiquées sur la cx)ncentration ou la dispersion de certaines espèces, genres et familles, et qu'on peut déterminer leur proportion relative, soit sur FuniversaUté de la terre, soit sur ses grandes divisions ou parties, soit en particuUer sur chacun de ses points dont on connaît sufQsamment la flore (nom par lequel on désigne soit la végétation d'une contrée, soit l'ouvrage destiné à la faire connaître). La détermination de ces proportions a été nommée Arithr métique botanique par M. de Humboldt. Si les flores de toutes les contrées étaient faites avec un degré de perfection suffisant, et par conséquent si toutes ces proportions se trouvaient une fois bien déterminées, la connaissance des plantes d'une seule famille pourrait sur un point quelconque donner, dans certaines limites, une idée du reste de sa végétation. La science est bien loin d'être arrivée à ce degré de précision qui peimettrait de conclure ainsi de la partie au tout ; contentons-nous donc de quelques rapports généraux, ceux qu'on a pu déterminer avec moins d'in(>êrtitude et qui d'ailleurs peuvent senls entrer dans le cadre étroit de cet ouvrage.
§ 634. En recherchant les proportions relatives des espèces appartenant aux trois grands embranchements du règne végétal sous différentes latitudes, si l'on s'en rapporte aux nombres donnés par les flores, on sera tenté d'admettre cette loi, que le nombre des ctTptogames ou acQtylédonées augmente proportionnellement à celui des phanérogames ou cotylédonées à mesure qu'on s'éloigne de réquateur. D'après les tableaux donnés par M. de Humboldt pour les parties moyennes des trois grandes zones terrestres, les espèces cryptogames seraient égales en nombre aux phanérogames dans la zone glaciale (de 67*^ à 70°), de moitié moins nombreuses qu'elles dans la zone tempérée (de 45* à 52°), à peu près huit CoU
moins dans la zone équatoriale (de 0° à iQ9), le rapport étant i/15 pour les plaines et i/5 pour les montagnes. Ce dernier rapport viendrait en confirmation aux autres. Mais on doit remarquer que dans les flores le nombre des cryptogames est loin d'être fixé d'une manière aussi précise que ^elui des phanérogames ; que le premier continue à augmenter par les recherches qui ajoutent peu au second (par exemple dans la flore de Paris) ; que les divers pays de l'Europe ont été sous ce rapport explorés par des botanistes sédentaires avec un tout autre soin que les pays étrangers n'ont pu l'être par des voyageurs^ auxquels devaient échapper beaucoup de plantes obscures et peu visibles^ conune le sont la plupart des acotylédonées ; qu'on s'est d'autant plus attaché à la recherche des cryptogames que celle des phanérogames était plus tôt épuisée, et par conséquent le pays plUs rapproché des pôles ; que les proportions trouvées ont dû se ressentir de cette inégalité dans les investigations, qui, poursuivies avec le même soin dans les régions tropicales, amèneraient sans doute des résultats un peu différents dans la proportion de ces végétaux, soit sur toute la terre, soit dans chaque zone, principalement dans les plus chaudes. Au reste, tout ce qui précède s'appliqi'B particulièrement aux acotylédonées cellulaires. Nous verrons que la distribution des vasculaires suit d'autres lois et connues avec plus de certitude.
§ 635. En comparant entre eux les deux grands embranchements des végétaux cotylédonés, on voit que la proportion relative des monocotylédonés va en augmentant à mesure qu'on s'éloigne de l'équateur. Jusqu'à 10 degrés, elle était, relativement à l'ensemble des phanérogames, à peu près de 1/6 pour le nouveau continent et 1/5 pour l'ancien. Croissant progressivement, elle atteint 1/4 vers le milieu de la zone tempérée et 1/3 vers ses limites. Mais elle redescend im peu dans les régions glaciales, par exempte au Groenland. 11 est clair que la proportion des dicotylédonées est inverse et s'exprime par des fractions complémentaires des précédentes. C'est l'augmentation de certaines familles, la diminution de certaines autres, qui déterminent ces résultats, comme le fera comprendre le tableau suivant, que nous empruntons à M. de Humboldt, et qui indique, pour le milieu des trois grandes zones et relativement à la totalité des phanérogames , la proportion de quelques-unes des familles les plus généralement répandues et les plus importantes par le nombre de leurs espèces, et dont le contingent doit par conséquent^ en variant suivant les zones^ influer le plus sur les variations de ces grands rapports.