VAISSEAUX
§ 8. Nous n'avons jusqu'ici appris à distinguer des fibres les vaisseaux ou tubes que par leur extension beaucoup plus grande en longueur. Cette longueur est quelquefois considéraîble et égale presque celle du végétal entier. On la constate facilement, sur des fragments d'une certaine étendue, par le passage de fils très-fins, crins ou cheveux, qui, introduits à l'un des bouts par l'ouverture béante d'un des canaux, finissent §ar ressortir à l'autre et prouvent ainsi la continuité du canal. Lorsque celui-ci est très-gros et droit, sur imc branche de Vigne, par exemple, on peut, en appliquant l'œil à un bout, apercevoir le jour à l'autre.
Si l'on met à nu un de ces vaisseaux longs et qu'on l'examine suffisamment grossi, on y observe constamment deux caractères : 1» sa surface n'est jamais lisse, comme l'est souvent celle des cellules ou des fibres, mais présente toujours ces inégalités que nous avons vues paraître dans celles-ci à un certain a^e, sous l'apparence de points, de raies, d'anneaux, etc. ; 2*» le cylindre formé par le vaisseau n'est pas parfaitement régulier dans toute son étendue, mais offre de distance en distance des sortes de rétrécissements ou d'étranglements. Ces étranglements sont quelquefois régulièrement espacés et très-rapprochés les uns des autres, d'autres fois ils ne se montrent que de loin en loin ou séparés par des intervalles inégaux. En observant attentivement les portions de vaisseaux comprises «între deux étranglements successifs, on est frappé de leur ressemblance soit avec ua utricule, soit avec une fibre ; cette ressemblance devient bien plus évidente encore par l'action de l'acide nitrique étendu d'eau et bouillant, qui détache fréquemment ces portions les unes des autres. Lorsqu'on les a sous les yeux ainsi isolées, on ne les distingue plus des utricules ou bien des fibres
ORGANES ËLÉMKNTAIRES. M
qtic parce qu'elles sont percées plus ou moins largement aux doux extrémités par lesquelles elles se continuaient avec le reste du vaisseau.
On est porté à conclure de ces observations qu'un vaisseau est formé par une sâte d'utricules ou de Obres unies bout à bout, et communiquant sans interruption entre elles^u moyen d'ouvertures pi*atiquées à ces deux bouts. Si ce sont des utricules en série^ les étranglements seront rapprochés, et la ligne qui les dessine sera horizontale ou légèrement oblique, comme le sont les faces par lesquelles les cellules se superposent ordinairement (fig. 50). Si ce sont des fibres en série, les étranglements seront plus ou moins écartés les uns de& autres, et la ligne qui les dessine extrêmement oblique, puisque c'est le côté du cône effilé par lequel les fibres se terminent {figt^ 37).
En admettant ce qui précède, les vaisseaux sont des organes déjà moins élémentaires que les utricules et les fibres, puisqu'ils sont composés par l'union de plusieursde celles-ci. Nous ne devons donc pas être étonnés de retrouver sur leur surface ces mêmes apparences de points, de raies, de bandes formant une spirale continue, ou détachées en anneaux, ou réunies en réseau, etc., etc., que nous avons signalées dans les utricules ou les fibres; mais de ce qu'ici nous les rencontrons constamfhent, tandis que dans les utricules nous avons vu qu'elles n'existaient pas dans l'état primitif, et résultaient avec l'âge de l'addition de couches nouvelles et plus intérieures, nous devons conclure que les vaisseaux, tels que nous les avons décrits, ont déjà un certain âge, qu'ils ne se sont pas faits ainsi de toutes pièces,mais qu'ils ont auparavant passé par d'autres formes.
En effet, si l'on prend un végétal ou une pai-tie de végétal h sa première apparition, on n'y trouve paslamoindre trace de vaisseaux, mais seulement des utricules formés par une membrane lisse et homogène. Ce n'est que plus tard qu'on verra certains de ces utricules s'allonger en fibres ; et c'est plus tard encore que les parois perdront leur homogénéité, et que les vaisseaux se montreront. Ils auront passé par les mêmes périodes de formation que les utricules et les fibres : un sac membraneux, d'abord simple et continu, s'est épaissi par l'emboîtement d'autres sacs diversement brodés à jour; .en même temps il se soudait intimement avec deux sacss^blablcs à lui, placés, l'un au-dessus et l'autre au-dessous ; mais la partie des parois ainsi soudée, au lieu de s'épaissir comme le reste, s'amincissait et uisparaissait en partie. Les diaphragmes qu'on devrait attendre à ces plans de jonction, s'ils ne sont complètement effaces, sont représentés ou par un petit repli qui suit leur contour, ou par «un réseau à jour. On a ainsi un canal continu fermé extérieu-
H nOTANlQUE.
rement par une membrane continue elle-même, simple sm* un grand nombre de points diversement disposés, doublée ou tiiplée, etc., dans tout le reste de sa surface intérieure.
On a distingué différentes sortes de vaisseaux d'après la forme générale de leur tube et d'après les diverses modifications de leur surface. Nous allons les indiquer successivement et brièvement. Dans cette série d'utricules ou de fibres, nous n'avons nécessairement affaire qu'à une combinaison de formes, à une répétition d'apparences déjà connues. Cependant, aux détails déjà donnés, nous pourrons en ajouter quelques nouveaux ; car c'est dans les vaisseaux, à cause de leur volume beaucoup plus considérable, que ces modifications se montrent le plus nettement, et qu'elles ont été le plus tôt et le mieux étudiées.
Nous avons annoncé tout à l'heure que la surface des vaisseaux est toujours inégale, marquée de points ou de lignes, qui naturellement se distribuent comme sur celle des utricules, c'est-à-dire suivent en général une direction spirale. Aussi les trouve-t-on, dans la plupart des ouvrages modernes, traités sous le nom collectif de vaisseaux ou tubes spiraux {vasa spiralia, tubuli spireUes), pour les distinguer des vaisseaux à parois lisses, soit des vaisseaux dits fibreux, dont nous avons parlé déjà au sujet des filtres, soit des vaisseaux propres ou laticiftres, dont nous parlerons plus tard.
Parmi les vaisseaux spiraux eux-mêmes, on a distingué les vrais ou trachées; les faux, qui comprennent les vaisseaux annulaires, réticulés, rayés> ponctués, etc.
§ 9. Trachées. — Les trachées sont formées d'un cylindre membraneux dans l'intérieur duquel s'enroule un fil spiral. Ce cylindre se montre, sans aucun changement de forme ou de surface, dans une longueur assez considérable, puis se termine en s'effilant en cône à ses deux extrémités, sm* lesquelles viennent souvent s'appliquer celles d'autres trachées qui continuent ainsi la première en haut et en bas. Ce sont donc réellement des fibi*es très-allongées qui composent les trachées (fig. 37).
Le fil spiral de la trachée se continue sans interruption d'un bout à l'autre de chacune de ces fibres. On l'a comparé au fil de cuivre qui forme l'élastique des bretelles; et c'est donner une image assez fidèle de sa disposition. Sa couleur est ordinairement d'un blanc nacré. Quant à sa forme même, elle a été diversement décrite ou supposée par les auteurs : les uns ont voulu que ce fil fût lui-même un tube creux ; les autres, qu'il fût creusé en gouttière du côté interne ; d'autres lui ont assigné d'autres formes 'Werses. Les observations les plus exactes, à l'aide des instru-
ORGANES ÉLÉMENTAIRES. tS
ments les plus parfaits que nous possédions maintenant^ font voir ce fil toujours plein, mais variant de forme suivant les places et les parties dans lesquelles on Ta pris : il est quelquefois aplati en ruban, plus souvent épaissi, et sa coupe présente un cercle, une ellipse ou un quadrilatère. Quand on tire légèrement- la trachée rompue, les tours de spire s'écartent l'un de l'autre, et le fil se déroule {fig, 38) comme celui de l'élastique de bretelle soumis à une semblable traction. Quand on casse doucement de jeunes branches (de Sureau, par exemple), on voit quelquefois le fhigment inféri-our rester suspendu au supérieur par des fils tellement ténus que Tœil a peine à les apercevoir : ce sont ceux des trachées déroulées, et cette propriété a fait souvent désigner ces vaisseaiu pai* le nom de ti*achées déroulables, qu'on oppose à celles des autres vaisseaux spiraux qui ne le sont pas. Au reste, cela n'a pas lieu à tous les âges indifféremment ; dans la trachée M 3s.
extrêmement jeune, dont le tissu est encoi-e un peu mou, le fil n'a pas encore l'élasticité qu'il doit acquérir plus tard, et se rompt avec le tube sans se dérouler. H peut \f reperdre dans la vieillesse, sans doute en se soudant intime- g [^
ment aux parties voisines.
L'écartement des tours de spii*e entre eux varie. Généralement chaque tour touche immédiatement les deux tours les plus voisins, au-dessus et au-dessous "de lui {fig, 38). Alors dans leur intervalle, pour ainsi dire nul, la membrane extérieure ne peut s'apercevoir; sans doute, unie "^ 19.
au fil, elle le suit en se déchirant lorsqu'on le tire et le déroule. D'autres fois les tours laissent cntreeuxmi intervalle apercevable quelquefois, et même beaucoup plusgrand que répaisseurdufil;etc'est seulement dansces cas qu'on peut voir un peu nettement la membrane extérieure (fig. 39, 42).
Quant à la direction que suit la spirale de la trachée, on a remarqué qu'il y en â une beaucoup plus fréquente que l'autre : c'est celle de gauche à droite, si l'observateur suppose le vaisseau placé devant lui dans sa position naturelle, c'est-à-dire l'extrémité la plus éloignée du sol tournée en haut. Souvent on suppose l'obser-
39 Trachée à tours écartés, prise dans la tige du Potiron. Il faut remarquer que U grsTure a, dans cette figure et dans toutes les suivantes, interverti la direction de la spire qui tourne de droite à gauche, lorsqu'elle devrait tourner en sens contraire.
Ifî
ROTAMQL'E.
vatclir placé dans Taxe du cylindre autour duquel s'élève la ligne
spirale ; il est clîiir qu'ainsi sa direction se présente inverse,- c'est-à-dire de droite à gauche [fig, 40). Sous le microscope, la face du vaisseau tournée vers l'observateur se trouve, par rapport à lui, dans la première position ; la face tournée de l'autre côté se ti:ouvedans la seconde, et les deux directions se croisent. Si le vaisseau est assez fin pour que ses deux faces se trouvent ensemble à peu près dans le champ du microscope, il paraîtra donc parcoum par deux fils qui suivraient deux directions opposées, et qui dessineront ainsi dans leur croisement un réseau de petites losanges (fig. 40). Quelques botanistes ont été trompés par cette apparence, dont ils n'ont pas su se rendre compte. Quelle que soit la direction de la spire, elle ne change pas d'une eiitrévinité à l'autre de la fibre trachéale.
' Le plus souvent le fil contourné en spirale est unique; mais il n'est pas rare de le voir double (^^. 40). Quelquefois il y en a un plus grand nombre (fig, 41) ; et dans le Bananier on en a compté jusqu'à plus de vingt. Ces fils, rapprochés et parallèles, forment alors comme un Aiban spiral qu'on peut déîouler lui-même. Il est évident que, dans ce cas, la direction des tours de spire doit être d'autant plus oblique que le ruban >^ est composé d'un plus grand nombre de fils juxtaposés, puisque entre deux tom*s d'un même fil il y a toujours toute la largeur du ruban. Au contraire, lorsque le fil est unique et que ses deux tours se touchent, comme dans un élastique de bretelle (fig, 37), ils ne sont séparés que par l'épaisseur même du fil, et se dirigent suivant une ligne qui pai'alt presque horizontale, tant son ascension est douce.
Le fil simple ne reste pas toujours tel dans tout son trajet; mais quelquefois il se ramifie en se dédoublant, et l'on voit alors courir parallèlement deux fils plus fins au lieu d'im seul (fig. 42). C'est une transition aux vaisseaux réticulés.
§ 10. ITalmeanx ananlalrefl et réticulés. — Le nom de tra* chées, si Ton remonte à son origine, conviendrait mieux aux vaisseaux que nous allons examiner qu'aux précédents. En effet, composés d'un tube membraneux que soutiennent intérieurement des anneaux ou cerceaux plus épais placés les uns au-dessus des autres
41. Trachée à plusieurs fibres parallèles prises dans la tige du Bananier. H. Trachée à spire simple supérieurement, et double inférieurement, tirée de U Betterave {Beta vulgaris).
ta
onOAKKS SlJÎMUNTAinES. 11
Ifg. 43, 44), ils pourraient, avec plus de justesse, êlre coinparcii
à la trachée-artère des animaux. Ils sont m gdnùral pliis pros
ijuc les vraies trachées ,et
beaucoupmoins uniformes ^
d'une eitrémiltS k l'autre.
Les anneaux d'un même
tube ne sont pas qft.eRet
parfaitoment semblables
(fit/. 44} ; ordinairement ho-
riiontaui,ilspeUïentaussi
être inclinés irrégulièrement dans un sensou dans
un autre; ils nesontpas
séparés entre eux par des
intervalles régulièrement
^ouz; enfin ils peuvent
être réduits àdes fragments
annulaires ou représente)'
une autre sorte de courbe
que le cercle. Ainsi il n'est
pas rare de voir entre des
anncauxdes fragmentsplus
ou moins longs d'une spire
qui tantôt les lie entre eni 43. 4». 4
^g. 45], tantôt en reste .
indépendante, mais, dans l'un comme dans l'autre C
sans se dérouler, lorsqu'on la tire.
D'après ce qui précËdc, il est facile de prévoir avec qttelle facilite aura lieu le passage des vaisseaux annulaires aux vaisseaux rélicoléa. Ces anneaux, diversement obliques, liés entre eux immëdiatement par quelques points de leur circonférence, ou médiatcment par des bandelettes diversement contournées, présentent déjà souvent un réseau lâche. Que ces éléments se rapprochent et se multiplient, et l'on aura un réseau plus serré et plus compliqué. Aussi n'est-il pas rare de voirie même vaisseau, annulaire dans une partie de son trajet, devenir réticulé dans une autre (fig. 46). La terminaison de ces vaisseaux est im cône etii\é; la longueur de l'intervalle entre les deux bouts'grouve, qu'ainsi que les trachées, ils sont ordinairement composés de fibres.
§11, VaiHCBBx r»jb. — Les vaisseaux rajés, au lieu de spirales, de cercles ou d'aréoles irrégulières, présentent des raies
;, se rompi ■
41 «t n. Tail
i ltK« de 11 Bilumioe
transversales qui n'occupent qu'une partie de la circonrdrence du tube, et qui sont en général ptacéi.s régulièrement les unes au-dessus des autres {fig. 47). La forme du vaisseau est souvent celle d'un prisme dont les faces latérales sont ainsi sillonnées de raies qui s'arrËtent vers les anglet Ifig. 48). On a comparé la disposition de ces raies et de leurs intervalles h celle des barreaux d'une échelle, et c'est pourquoi l'on applique souvent le nom de icalariformes aux vaisseaui qui présentent cette apparence. Les raies cependûit n'ont pas constamment cet allongement transversal, mais prennent la forme de petites boutonnières, situées da même ma s ordinairement plus nombreuses, comme s plus eurs étaient formées aux dépens d'une seule raie interrompue de distance en distance (fig. 47), On s'accorde à penser maintenant que ces vaisseaux sont, comme les autres organes prudemment examinés, composés d'un tube membraneux doubléàrio»
ter eur par une toile à jour; les raies sont les espaces qui répondent à cesjours, et dans lesquels la vaisseau n'est clos que par la membrane externe.
Les vaisseaux rayés sont formés par une série d'utrïcules allongés terminés et ajustés l'un sur l'autre par une paroi horizontale ou légèrement oblique, oaàe fibres terminées ai cAoe.
§ 12. TklBMaaz poketnéa. — Les vaisseaux ponctués, ceux qui, dans les végétaux, acquièrent le volume le plus considérable, et dont souvent mËme le canal intérieur peut fitre vu à l'œil nu, se présentent comme criblés de petits points " ■ dis[Asés suivant des hgnes parallèles ho-
nenl d'un TaLuctu ttfi, tir* de la ïipie. neDid'uiiTiluaDra;épriuDaliqii«,tirtd'iiMFoiigèr< (OmHmâartgalii).
ORGANES ÉLËMENTAimCS, 19
rizontales, ou, plus rarement, un peu obliques (fig. 49, 50, 51).
Ces vaisseaux présentent la-forme d'un cylindrej«ur la surface duquel se dessinent des cercles dépourvus da points, un peu obliques ou plus ordinaii*ement horizontaux, placés à des intervalles plus ou moins rapprochés et en général égaux. Ces cercles ontle même diamètre que le reste du tube, mais quelquefois un diamètre un peu moindre, etil en résutte alors une suite d'étranglements ou rétrécissements de distance en distance {fig. 50). La coupe verticale du vaisseau fait voir qu'à ces étranglements correspond quelquefois intérieurement un petit repli circulaire : et quelquefois aussi le vaisseau, chauffé dans l'éau-forte, se coupe, suivant ces mêmes lignes, en autant de fragments, qui représentent clairement chacun un utricule en forme de barrique ou de tonneau qui serait défoncé aux deux bouts. C'est donc par une série d'utvicules soudé's ensemble qu'est formé le vaisseau ponctué. Les ponctuations sont les places où la membrane externe reste à nu.
Si ces étranglements, qui résultent de la soudure d'une suite d'utricules plus renflés à leur milieu qu'à leurs deux bouts, sont extrêmement prononce, le vaisseau rappellera la forme d'un chapelet à grains pressés les uns contre les autres (fig. 51). Les vaisseaux qu'on a appelés en chapelet (S';J;^ ou venniformes, parce qu'on peut les comparei* aussi au corps d'un ver composé d'une suite d'anneaux {fig, 52), ne sont donc qu'une modification d'une forme plus générale; et cette modification ne se montre pas seulement dans les vaisseaux ponctués, mais de même dans les autres. En général, à l'origine d'organes nouveaux, comme, par exemple, un rameau naissant d'une branche, une feuille d'un rameau, là où les vaisseaux, pour passer de l'un dans l'autre, doivent dévier de leur direction rec- 52.
tiligne, on voit leurs éléments se prêter à cette déviation en devenant plus courts, plus irréguliers, et s'unissanl entre eux pai' des surfaces moins larges. La ligne droite doit se briser en une suite de courtes lignes pour parcourir un trajet flexueux. C'est ainsi que les fibres composant les trachées, ou les vaisseaux annulaires ou rayés, ordinairement très-allongées dans la tige, se raccourcissent aux nœuds, et passent même à la forme d'utricules (fig. 52).
§ 13. Vaisseaux latlclfèret. — Nous avons rejeté à la fin la description d'un ordre de vaisseaux qui sont assez diflérents de
51. Vaisseaui ponctués pris dans h Balsamine, prenant supérieurement la forme eu chapelet.
20 bctamqi;e.
Ions les BvXres pour rpi'on ne li-s ait Jamais conrondus : ce sont rem qui ont reçu le nomde vaisseaux propres ou (aii«/ïreï, parce qu'ils conticnncot le suc propre ou lattx.
Ce sont des tubes membraneux, communiquant librement enlre eux par des branches transversales, de manière à ce que leur ensemble des^ipçw^te réseau (pg. M, iei 177). Ils ont donc, plus que tous lëB'Ovïca^ vaisseaux précédemment déciits, quelque ressemblatiçe^ièc ceux des animaux dont un caractËrc est d'allor en se ramifianf.' Ce mot de ramification serait cependant impi'o- IM-ement appliqué aux laticiiêres qu'on ne voit pas s'épuiser par des divisions successives, comme un tronc se pamge en bi'anchep, ces branches eu rameaux, et ainsi de suite. Ici les branches sont A peu près égides aux canaux qu'elles font communiquer, cl dont elles naissent à angle droit ou aigu.
En recherchant eesvaisseaux sur des tissus extrêmement jeunes, on reconnaît que ce sont dans l'origine desimpies lacunes bornées par les cellules mêmes entre lesquelles elles s'étendent et présentant en conséquence, au lieu d'un caDtlcjIindi'iqup, iine iilternative de rélrécissemenls et de dilatations correspondant aux saillies de ces mâmes cellules et à leurs interstices (^17. 53, 1, /). Elles sont donc alors dépourvues de paroi propre, et c'est plus tard seulement que le suc qu'elles contiennent parait déposer une couche qui, tapissant ces saillies et comblant ces interstices, circonscrit une cavité^ cïlindrique, et constitue celte paroi en se solidiflant. Or les lacunes courent dans diverses directions et communiquent les unes avec les ^utres : de là le réseau qu'ont coutume de dessiner délinîtivement les vaisseaux laticifères. Ce mode de formation et cette disposition réticulée les distinguent donc éminemment, ainsi queî'impcrforation de leur paroi, dans l'épaisseur de laquelle on n'observe pas les intervalles amincis, et laissant la membrane primitive à
S3, t. Torlinn d'un csosl loticit^re (I I) ub>er>« dans Vite d'un jetait bourgeon it
pomil lool format} par le litsu cellulaire' «niirouiuiul. Les grumlei du lut» ctiinmenccnt à apiuraitr* dut le toc jDSijur-li Ireaipercnt. ~ 1. PorlioD de re««in de cuaiR lilicifèrea eilnïttde la mime plaole 1 une éjiaqueplui BTUUr^, elpi>unut
OKGANES ËLÉMËNTAIBES. 21
nu sous la forme de bandes^ de raies ou de pointi> Signalée dans lo3 autres vaisseaux^ les fibres et les utricules. Cette pavoi, mitice d'abord^ s'épaissit^ ainsi que nous l'avons dit^ en vieiUissant : quelques auteurs ont cru même y reconnaître une succession de couches.
§ 14. Moyens d'anlon des orn^anet élém^lèlret. — Apres avoir exposé les principales modifications que préieiitent les organes élémentaires des végétaux^ nous ne potrrans Irisser de côté im problème qui récemment a beaucoup occiipé 1er botanistes : c'est la recherche du moyen, de la force qui tient unis entre eux ces éléments, que jusqu'ici nous ayons examinés séparés. Ck)mme tous peuirent se ramener à futricule par lequel ils commencent, comme les cellules forment souvent la majeure j^tie, et quelquefois même toute la masse du végétal, le problème se réduit à la ^termination du mode de liaison des cellules entre elles.
Suivant les uns^ leur réuaion est inamédiate ; les parois des cellules, 4'abord demi^uides, conservent quelque temps uq degré de mollesse qui suffit encore quand les parois de plusieiu*s cellules voisines viennent à se renoontrer et à se toucher dans leur développement, pour qu'elles se collent entre elles, et que, même en se séchant, dles restent ainsi agglutinées à difiÉérents degrés, suivant la forme et la nature du tisAi qu'elles constituent. '
La doctrine de la réunion médiate, qui n'avait compté que peu de partisans, s'est relevée depuis quelques années appuyât d'une grande autorité, celle de M. Hugo Mohl. Il pense qu'entre les cellules, il s'épanche une sorte de colle, différented'elles par sa nature, qui les lie, et qu'il appelle matière intercellulaire. Dans certains végétaux d'une structure très-simple, comme ceux qui vivent dans Feau, principalement dans l'eau de la mer, ceux qu'on nomme communément Varechs, et que nous étudierons plus tard sous le nom de Fucus, les utricules (fig. 54, a a), dont la plante est toute composée, sont très-espaces, laissant entre eux un intervalle souvent plus grand que leur diamètre, et tout cet intervalle est rcn)i)li par cette matière intercellulaire (6),qui forme par conséquent la plus grande partie de la masse. Au contraire, dans les végétaux plus compliqués, dans les arbres et herbes qui couvrent la terre, les utricules {fig, 7 et 28) se touchent, et, à peu d'exceptions près, c'est dans les méats intercclhilairesseulementque cette matière devient quel- ^ * *
quefois visible : elle peut même les remplir en partie ou complo-
54. Purtiun de tissu d'une plautc mariuc {IliinanUtoXia lorea). — aa CcUuki. — b lUlière iaieréellulaire.
K BOTANlIjtlE.
teiuent. Hais, entre les faces par lesquelles les cellules voisines se touchent et s'unissent, sa' présence échappe à tous nos moïciM d'observation, et même l'union des membranes primaiies en contact est tellement intime qu'elles se confondent et semblent former une paroi commune aux deux cellules juxtaposées, paroi dans laquelle nous ne pouvons encore, même à t'aide de plus forts grossissements, reconnaître la ligne de jonction des deux lainus qui la composent. Il est vrai que par une macération prolongée dans l'eau froide, par l'action de l'eau bouillante, ou mieux encore par celle de l'acide nitrique, surtout aidée de la chaleur, on pai'vient à isoler les cellules les unes des autres, et il semblerait que cette opération résulte d'une différence dans la nature des parois des cellules et celle de la matière intercellulaire dissoute par les agents auxquels ces parois résistent. Cependant, lorsqu'on examine attentivement les cellules ainsi désagrégées, on reconnaît que leur membrane primaire n'est pas restée intacte, qu'elle s'est déchirée, emportée en partie d'un côté, en partie de l'autre: de telle sorte qu'elle doit participer de la nature de la matière inlei'ccllulaire, s'il est vrai que celle-ci joue un rAle dans ce décollent ent.
g 19. L'opinion de M. Mirbel ne rentre dans aucune des deux précédentes. Suivant lui, le tissif végétal commence par une sorte de mucilage comparable & une solution de gomme arabique, qui s'épaissit de plus en plusetqui, d'abord continu et plein, finit par se creuser d'un grand Jiombre de petites loges, qui seront les cavités des cellules. Les cellules voisines seraientdonc d'abord séparées primitivement par une paroi commune, qui pourrait rester telle, mais qui, plus souvent encore, finirait par se dédoubler quelquefois dans tout son contour, quelquefois seulement en partie et d'abord vers les angles. Dans cette théorie, le développement des cellules serait donc tout à f^t inverse de celui qu'on lui attribue dans les autres ; elles tendraient à se décoller et non h se coller ^ entre elles, et leur union ne serait que * l'état normal et originel, tendant à s'effacer progressivemenlavec l'âge. Lorsque ce tissu (fig. S5, 6 6) persiste à cet état et forme ainsi un réseau continu dont les alvéoles sont doubléeschacune d'un utiv cule distinct (a a), M. Mirbel le nomme (issu cellulaire interposé. H est clair qu'il joue ici le rôle de la
ÏS. Pirtie centrale d'iinit jeniii; racine de Oillicr. — aaa Ccllyki. — 66* lissa
ORGANES ËLËHENTAIRES. 31
inalicre intercellulaire de H. Hohl, quoiqu'on lui allnbue uneoiigjne tout & Eût diOcrente.
§ 16. MaycHi de eoiBHBmlMitlvB dea oricanea éMoieB*
taira. — Si lemode d'union des organes élémentaires peut donner lieu à quelques incertitudes, leur mode de communicaUon est bien éndenLNous avons vu, en effet, qu'ils sont clos parune membrane mince et simple,et quelwsqu'ellevient à s'épaissir, ce n'est pas oniformëment sur toute sa surface interne, mais qu'elle reste constamment à nn sur un grand nombre de points. Or, laperméabilitë d'une telle membrane est constatée par des expériences nombreuses et décisives. Lee gaz ou les liquides contenus dansles cavités des nisseanx et des cellules trouvent donc toujours, pour passer de l'une à l'autre, une Toule de canaux latéraux, Termes seulement par un diaphragme membraneux. Plusieurs auteurs ont même nié l'eiistencede ces diaphragmes: ils ont nommé pores et fentes ce que nous avons nommé points et raies. Il est fort vraisemblable qu'en effet la membi-ane disparaît quelquefois dans ces espaces nîi elle reste à na; nous t'avons vu sur les extrémités en contact des fibres ou des utrîcules qui, par leur série, forment les vaisseaux. Quelquefois le tube membraneux d'un vaisseau finit par disparaître complètement, et ses anneaux ne se trouvent plus soutenus que par les parties voisines quif dans tes intervalles, forment la paroi du cjlindi'e. L'existence de véritables trous a été mise taoï-s «le doute sur les utricutes de certains végétaux, ainsi que nous l'avons vu ^ 6, /ij. 31).
Dans deux cellules contigués, les canaux latéraux «le l'une correspondent ordinairement à ceux de l'autre, tellement qu'en général deux canaux appartenant à des cellules différentes semblent en formerun seul {fig. 56, a), mettant en communication les deux cavités, sans que de l'une à l'autre sa coatinuité soit mterrompue autrement que par une mince cloison. Le passage d'un fluide est donc toujours ou entièrement libre, ou facile, ou au '' moins possible d'une cavité à une autre.
§ 17. Quand d'un groupe de vaisseaux réunis en faisceaux quelques-uns se détachent pour se rendre vers un point latéral, par exemple, d'un rameau dans une feuille, et abandonnent ainsi leur première direction recliligne en formant un coude, la continuité des tubes parait inter-
as. Cclluk) iiUgB-«ci priKi dam b racine du Diiliir. — as Ciwiu i» lomiiiif
24 DOTANiQUE.
rompue au coude, les vaisseaux qui suivent cette direction nouvelle viennent s'actolerpar leur extrémité (/î^f. 67, a aa) auprès de
cdle de vaisseaux qui concouraient à la formation du faisceau primitif; 11 se passe donc ici à peu près ce qui a lieu à chaque point de réunion de fibres ou utricules dont la série rectiligne forme un vaisseau, la perforation partielle ou complète des faces accolées ; seulement il y a une légère déviation des bouts qui se joignent de cette manière.
Quoique les embranchements vasculaires aient presque constamment cette origine, on a cependant quelques exemples de tubes spiraux véritablement rameux sans articulation. Ainsi on voit quelquefois une trachée à double spirale se bifurquer en formant deux trachées à spirale simple (fig. 58), par Técartement angulaire des deux spires qui auparavant s'enroulaient dans un parallélisme complet. Mais cette disposition a été observée si rarement que beaucoup d'auteiu's mettent en doute sa réalité.
§ 18. Contena des orfranes. — Nous avons vu le tissu végétal tout criblé de cavités de formes diverses, occupant l'intérieur des cellules, fibres ou vaisseaux, ou ménagées dans leurs intervalles. 11 nous reste à rechercher ce qu'on observe dans ces cavités, si elles sont vides ou remplies par d'autres corps.
Elles paraissent souvent absoliunent vides; mais ordinairement alors, en les ouvrant sous l'eau, on voit s'échapper de petites bulles qui annoncent la présence d'un gaz. Tous les degrés intermédiaires, depuis cette consistance aériformé jusqu'à la plus solide, - nous sont offerts par les matières contenues dans les cavités du tissu végétal, et qui peuvent être à l'état de gaz, de liquide limpide ou épais, de gelée, de pâte, de granules épars ou réunis en une masse, de pieiTC ou de cristal. 11 est clair que leur observation est d'autant plus facile qu'elles se rapprochent plus d'un solide : à l'état de gaz, il faut, pour les déterminer, appeler la chimie à son aide ; à l'état de liquide, outre que dans beaucoup de cas, elles . se dérobent à l'observation par leur transparence, elles tendent souvent à s'évaporer du tissu mis à nu ; et la cellule qui, pendant la vie, était gonflée par un liquide, peut se montrer, sous le mi-
ss. Trachée pri&e dans uu Puliiun iCucurbila pepo).
ORGANES ËLÉMENTÂIRES. 2S
croscope^ aflaissée et vide^ ou seulement avec quelques traces d'un dépôt solide^ si réVaporation a laissé à sec quelques corps aupara* vaut en dissolution^ comme la gomme ou le sucre dans reau> la résine dans une huile volatile. & peut aussi s'opérer quelques changements chimiques dans la nature du contenu pendant l'observation qui, l'enlevant à ses rapports vitaux, le met nécessaireraent en contact avec de nouveaux agents, l'air ou l'eau, etc., etc. Cette recherche, dont les résultats ont tant d'importance pour éclairer la vie du végétal, a donc dû exiger plus de précautions, des méthodes moins directes et plus variées, et elle doit nécessairement être moins avancée que celles dont nous nous sommes occupé jusqu'ici.
§ 19. Ce n'est pas seulement dans la cavité des cellules que se trouvent ces diverses matières ; ce peut être dans l'épaisseur même de leur paroi qu'elles imprègnent commeune substance qui, pénétrant à l'état liquide dans une éponge, se solidifierait ensuite et ferait corps avec elle. Elles viennent ainsi modifier les propriétés de cette paroi dont elles font dès lors partie, appartenant plutôt i au contenant qu'au contenu, et c'est leur présence qui a jeté tant d'incertitude sur la nature de la membrane cellulaire qu'elle fait varier dans ses différents âges et sesadifférentes couches.
Lorsque ces matières imprégnantes sont inorganiques (des terres, des alcsdis, des acides métalliques), leur présence est plus facile à démontrer. Il suffit, en effet, debrèler doucement sur une lame de verre une petite portion de ces tissus. Le feu détruit la substance organique, mais non la substance minérale dont elle était pénétrée et qui, restant déposée sur la lame, y dessine le squelette du tissu organique qui a disparu : désagrégé, ce résidu formerait ce qu'on appelle la cendre. On peut montrer, comme existant ainsi constamment dans certaines parties de certains végétaux, la chaux et la silice. C'est celle-ci que présentent à un degré remarquable les tiges des Graminées qu'on connaît vulgairejnent sous le nom de paille; c'est elle qui lem* donne leur dureté, et c'est là l'origine de ces masses vitrifiées qu'on trouve quelquefois dans les débris d'une meule de blé incendiée.
L'imprégnation des parois cellulaires par des matières organiques n'est pas moins générale. Telle est celle qu'on nomme le ^ ligneux, et qu'on trouve dans les fibres du bois, d'autant plus abonfanfe qu'elles sont plus avancées en âge. Telles sont, répandues Hqs généralement encore dans les tissus, les substances azotées ftmï peut reconnaître à la couleur jaune que ces tissus prennent tt contact de la teinture d'iode. Ce réactif, ainsi que divers autres, oerçait une action complètement diflérente sur les parois dc:i
M ■ BOTAKIQUE.
cellules tout nouvellement formées. On doit donc en conclure qu'elles no contcnaientpasencore ces matières qui ne les ont remplies que plus tard, soit en s'ajoutant, soit en se substituant en partie à une autre substance qui les constituait seule primitivement. On peut d'ailleui's les en dépouiller par l'immersion dans la potasse caustique qui leur restitue leurcompositioa et leurs propriétés pnmitives.
§ 20. Si, de la matière qui imprègne l'épaisseur âe la paroi an cçllulcs, nous passons à celle qui est contenue dans leur cavité, nous verrons qu'elle varie encore plus à différentes époques. Au début, ce sont encore des matières azotées qui y existent à la fois sous une triple forme : !• celle d'un amas de granules, en forme de boule ou de lentille, remplissant d'abord la plus grande partie de la cavité, mais qui, à mesure que la cellule se développe, i«, n'augmentepasdanslamëmeproportionqu'elle,
n'en occupe plus tard que le centre ou se trouve rejeté sur le côté, et finit, dans un grand nombre de cas, par se dissoudre et disparaître entièrement. C'est ce qu'on a nommé nuclëus ou noyau di^a cellule, nom auquel M. Schleiden a proposé de substituer celui de cytoblasle (uirn;, cavité, utriculc; ^«aTÉt, bourgeon, germe), à cause des fonctions qu'il lui attribue, celles de produire par son développement ultérieur la cellule dont il serait en quelque sorte l'état embryonnaire ; 2* celle d'un fluide visqueux, trouble, de couleur blaui^âtre, mêlé de petits grains, qui entoure le nucléus et a reç.u le nom de protoplanna; 3* celle d'une membrane mince granulée [l'utritfuie primordialde H. Mohl) qui enveloppe cette masse fluide et s'applique sur la paroi cellulaire sans lui adhérer, comme on peut s'en convaincre en plongeant les jeunes cellules dans l'alcool, ou dans les acides chlorbydrique ou nitrique, dont l'action, en condensant lo protoplasma, détache et éloigne l'utricule primordial de la snrfacc interne, et permet de l'apercevoir plus facilement recroquevillé au milieu de la cavité . La teinture d'iode aide encore l'observation, surtout si l'on emploie concurremment l'acide sulfurique. Car, tandis que la paroi cellulaire se teint en bleu ou vio)et, l'utricule primordial avec son contenu se coIotc en jaunâtre.
Un peu plus lard le protoplasma, ne pouvant plus remplir la ca>Ltéqui continue à croître, se creuse de petites vacuoles, à lu -c de l'écume, ou se distend en filaments iri-égulicis qui vout
9. Jiuooi ccUulai «>■( l«unnacl«u>iiiiii, prî^MiUuliBcIlcnf*.