‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle à l'usage des lycées, colléges, séminaires et maisons d'éducation. BotaniqueChapitre 90 sur 142 · NECTAIRES · texte numérisé non relu

NECTAIRES

§ 403. On trouve dans beaucoup de fleurs des parties qui n'offrent pas la structiu*e et la forme de celles à l'examen desquelles nous nous sommes arriStés, les folioles calicinales, les pétales, les étamines, les carpelles : on les a nommées parties accessoires. Nous nous en sommes occupés déjà (§ 313), et nous avoùs reconnu que c'étaient leplus souvent quelques-unes de ces autres parties essentielles déguisées par des dégénérescences et des transformations, mais que sous ce déguisement il était encore possible de les déterminer d'après la situation qu'elles occupent dans la fleur et leur rapport de position avec les verticillcs voisins : si elles alternent avec les parties de ces verticilles, ce sont des organes transformés; si elles leur sont opposées, ce sont de simples dédoublements (§ 305). Les étamines surtout sont sujettes à ces transformations, et multiplient le nombre de ces parties accessoires.

Celles-ci se présentent sous des formes très-variées, sous celle de filets, de lanières, de lames vertes ou colorées, épaisses ou membraneuses, d'écaillés. Aussi les décrit-on souvent sous ces différents noms^ qui expriment leur apparence. Mais, très-fréquemment, c'est

la forme de glandes qu'elles prennent^ et alors elles en exercent plus ou moins manifestement les fonctions, devenant le siëge d'une sécrétion dont le produit mielleux a reçu le nom de nectar. De là celui de nectaire (nectarium) par lequel beaucoup d'auteurs les désignent. Et, comme leur analogie avec les parties accessoires d'une structure différente est incontestable, on a souvent avec Linné étendu ce nom de nectaire à toutes celles-ci, lors même qu'elles ne sont nullement des organes nectarifères.

Mais, d'une autre part, ces mêmes sécrétions se remarquent souvent sur quelque point des organes de la fleur, du reste parfaitement conformés, sur de vrais pétales ou de vraies étamines; et Unné appelle aussi nectaires les sièges de ces sécrétions, de telle soite qu'en adoptant sa terminologie on se trouve conduit à ap|>liquer la même dénomination à des parties qui n'ont aucun rapport entre elles : par exemple à quelque portion glanduleuse d'un pétale, parce qu'elle sécrète; et à l'ensemble de quelque filet ou quelque écaille, quoiqu'ils ne sécrètent pas.

Il semble donc préférable de s'en tenir à l'étymologie, et de réserver le nom de nectaires aux points de la fleur où se montre cette formation du nectar, quelles que soient lem* position et leur origine. C'est dans ce sens plif| restreint qu'ils sont définis par la plupart des auteurs, et par Lmné lui-même, qui a dit : nectarium, pars mellifera flori propria.

La formation de cette exsudation sucrée est un fait extrêmement fréquent dans les fleurs où les abeilles viennent la recueillir pour en composer leur miel. L'afQux du sucre paraît en effet nécessaire au développement des parties florales, et, s'il se forme dans beaucoup d'autres parties du végétal, c'est vers les fleurs surtout qu'il semble tendre. Ainsi, par exemple, on a remarqué récemment que la sève du Maïs est chargée d'une grande proportion de sucre, mais seulement avant la floraison ; plus tard il est passé presque tout entier dans les fleurs et a disparu du reste de la plante.

§ 404. Nous savons que ces feuilles modifiées qui foitnent les divei*scs parties de la fleur présentent dans leur structure des différences assez tranchées avec celle des feuilles véritables. Ces différences se montrent non-seulement dans leur propre tissu, mais dans la surface même où elles prennent leur origine, et qui forme tout le fond de la fleur ou torus (§298) ; surface qui, au lieu de ressembler à une écorcc, se revêt souvent d'une couche glanduleuse plus ou moins épaisse, surtout par places. Or, c'est à la hase miMiie des organes qu'on voit fréquemment ces épaississeincnts, et, l'organe venant à avorter, l'épaississcmcnlpcut n'en pas moins persister ou même se développer d'autant plus : de là sons doute la forme de

glandes à laquelle se trouvent si rréquemmeiit réduites In parties avortées. Cette couche glanduleuse de lorus qui s'ampliQe non-scu* lement par ces saillies dont nous venons de parler, mais aussi en s'étendant, dans beaucoup de fleurs, sur la surface de certaines parties florales qu'elle double inférieuremenl en les revêtant, constkTic sans doute un appareil propre à modifier les sucs qui passent de la plante dans la fleur, et contribue à la formation du nectar, en gi;néral d'autant plus abondante qu'il est lui-même plus dâvcloppii,

§ 405. Les appareils glanduleux, au reste, sont loin de dépendre tous du torus : on en observe sur d'autres points des parties florates plus ou moins éloignées de leur base : sur la surface interne du périanthe ou du calice; sur celle des pétales, quelquefois h \eni extrémité, et souvent à celle des étamines (comme dans beaucoup de Rutacées). Nous n'ajouterons pas plus de détails sur les formes variées de ces nectaires, qui rentrent dans celles des glandes que nous avons décrites autre part (§ nS). Nous nous contenterons de citer, comme exemple pour l'ctude, les nectaires pédiccUés à la base des étamines dans les Lauriers (/ig. 289, g g) 00 ceux du Parnassia {fig. 363, n), qui semblent remplacer les anthères sur \ des mets si régulièrement et s élégamment dédoublés ; les glandes saillantes et sessiles, d'où parlent les étamines des Crucifires ifig. 298, t), ou celles qui se montrent autour et au-dessous du pistil, dans la plupart des Lor biées ; ceux qui couronnent l'ovaire dans les QmbcUi feras; ceux qui forment vers le bas de la surface interne des folioles du périanthe de l'Impériale {fig. 364, n) de laides enfoncements d'une couleur dilTérente, etc., etc.

C'est dans les cavités des organes appendicutés, surtout dans les éperons, qu'on trouve souvent le nectaire, et cette cavité devieni comme un i-éscrvoir où s'accumule son produit [Melianthus^ Capueinf, Pelargonium]. ' ,

Au reste, il n'est pas rare de rencontrer une exsudation sucrée sans nppnrt'Tice de siti-facc glanduleuse, auintanl, par exemple, de

rupciflcitllt «Dtrtnnit colorti! que le n

celle même du pétale^ qui du reste ne parait pas particulièremcut raodiûée. On s'en convaincra en touchant au moment de la floraison un grand nombre de fleurs dont la plupart révéleront au tact la présence du suc incolore qui échappe à la vue.

§ 406. Remarquons que cette exsudation suit les phases de la floraison^ commence^ croît, diminue et finit avec elle ; qu'il est très-rare de la voir précéder la déhiscenee de Tanthère et Tcpanouissement de la fleur; que c'est pendant l'émission du pollen qu'elle est à son maximiun ; qu'elle cesse lorsque l'étamine se fiétrit et que le fruit se noue. Les nectaires se montrent surtout autour des organes essentiels delà reproduction (des étamines et du pistil), et il n'y a guère à douter que leur résultat ne se lie à celui de cette fonction. Est-ce particulièrement aux fonctions de l'étamine ou à celles du pistil? Ce n^est certainement pas aux unes à l'exclusion des autres^ puisque dans certaines plantes diclines les fleurs mâles montrent des nectaires aussi bien que les fleurs femelles. D*iin autre côté, l'action des nectaires et celle des organes de la fleur, si elles ont Tune sur l'autre une influence évidente, ne paraissent pas néanmoins nccessaii-ement liées ensemble. On peut enlever les pétales, les étamines, les pistils; et les nectaires continueront à sécréter tant qu'on ne les^lesse pas eux-mêmes : on peut enlc?er les nectaires ou au moins leur produit, sans nuire à la fécondation et relarder la maturation du fmit.

En réfléchissant dans quelle proportion le nectar s'extravase et coule au dehors et est emporté par les insectes pendant la floraison, qu'ensuite cet écoulement s'arrête quand le fruit noué réclame une grande quantité de suc, on est tenté de considérer les nectaires autant comme organes excréteurs que sécrétem's, qui provoquent l'afflux des sucs par la dépense qu'ils en fout, en lâchant au dehors un excès inutile pour la fleur ; et lorsque le fruit en réclame en se développant ime proportion bien plus considérable, ces sucs continuent à arriver par les voies ouvertes, et, n'en trouvant plus pour se perdre, profitent tous à la maturation.

§ 407. Quoi qu'il en soit de la fonction des nectaires^ ils fournissent de fort bons caractères pour la distinction des plantes, offrant une grande constance de nombre, de forme, etc., dians une espèce donnée. 11 est à remarquer que leiu* développement, sur un point particulier de la fleur, se lie fréquemment à son irrégularité et semble entraîner celui du côté où le nectaire a son siège.

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