‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 137 sur 262 · SPORES DES CRYPTOGAMES · texte numérisé non relu

SPORES DES CRYPTOGAMES

plus tard les cellules, situées au centre dans les Hépatiques, autour du centre dans les Mousses , ont un développement bien plus grand que les cellules extérieures ; que ces cellules ainsi développées se remplissent d’une matière demi-tluide et granuleuse; que ces granules, d'abord épars, puis agglomérés, finissent par se séparer en quatre petites masses distinctes (/?</. 493); que c’est enfin chacune de ces petites masses qui s’organise en un de ces grains dont nous avons parlé, et qu’en même temps la cellule où ils se sont formés est peu à peu résorbée , et disparaît ainsi que toutes les cellules semblables, de sorte que toutes les spores llottent libres dans une cavité commune dont les cellules extérieures et différentes forment la paroi.

Ce sac cellulaire, enveloppant une multituded’utriculeslibres, ne nous offre donc pas les caractères que nous avons décrits dans l’ovaire des phanérogamespas plus que ces utricules formés quatre parquatre dans d’autres utricules-mères ne nous offrent les caractères des ovules.

Mais on sera frappé d’une autre analogie, de celle que présente toute cette formation des spores et du sac sporifère avec celle du pollen et do l’anthère, si on l’a présente à l’esprit (§ 453).

§ 603. Dans une autre famille de Cryptogames, celle des Rhizoearpées ( dans la Pilulaire et le Marsilea , par exemple), on trouve l’apparence de véritables fruits portant des corps attachés à leur paroi. Mais ces corps se trouvent ôtreeux-mèmesdessacs cellulaires remplis de spores, dont la formation présente dans ses phases successives tous les changements que nous venons de décrire. Dans les Fougères, sous les feuilles ; dans les Lycopodiacées, à leur base, on trouve de petits sacs groupés de diverses manières dans les premières, solitaires dans les secondes, mais, dans les unes comme dans les autres, remplis do spores libres qui se sont encore for-

493. 1. Coupe perpendiculaire de la fronde /du Riccia glauca et du sporange o qui est enfoncé dans son épaisseur. — s Rétrécissement ou style par lequel le sporange communique au dehors. — L Sa cavité ou loge. — s Jeunes spores encore réunies quatre à quatre dans des utricules-mères. — t Cellules allongées en manière de racines. — 2 Un des utricules grossi davantage, avec les quatre spores qu’il contient. On en aperçoit trois, sous lesquelles la quatrième est cachée.

mées'de la même manière. Ces sacs offrent encore beaucoup moins d’analogie de formes avec un ovaire et sont tout à fait dépourvus de ce prolongement qu’on avait dans les Mousses et Hépatiques comparé au style. Au contraire , dans certaines Fougères et dans les Lycopodes ils ont une apparence beaucoup plus semblable à celle d’anthères.

§ 604. En descendant aux végétaux qui n’offrent plus la distinction de tiges et de feuilles, nous voyons cet appareil se simplifier encore. On trouve toujours des spores libres dans une cavité ; mais cette cavité ne paraît plus être autre chose que celle même de la cellule-mère, qui a persisté au lieu de disparaître par résorption, et dont la paroi , qui prend alors le nom de thèque ( fiy . 494), forme celle du sac sporifère. Une masse semi-fluide et granuleuse le remplit d’abord , puis finit par se séparer en un certain nombre de spores : seulement ceuxci sont superposés au lieu d’être juxtaposés, et quelquefois on les trouve unis bout à bout par deux [fig. 495) ou par quatre, ou par un multiple encore plus élevé de deux ; de sorte que chaque thèque contient ou plusieurs spores isolées, ou plusieurs séries de spores, quelquefois logées elles-mêmes dans une autre enveloppe ou thèque commune. Ces thèques sont rapprochées par groupes, soit à la surface de l’expansion qui forme •e végétal, soit dans son épaisseur. C’est ce qu’on observe dans les Lichens et aussi dans quelques Champignons. Mais, parmi ces derniers, nous en trouvons beaucoup d’autres où les spores finissent par devenir libres dans une ou plusieurs cavités intérieures, par la résorption des utricules où elles se sont d’abord formées, soit réunies souvent par quatre, soit en plus grand nombre, soit au contraire une seule par chaque utricule.

§ 605. Les spores se montrent de même ou par quatre ou solitaires dans les Algues, où les utricules-mères qui continuent à les fenfermer sont épars dans l’épaisseur du tissu , ou groupés dans certaines places distinctes ou saillantes, soit sur la surface même, roit dans des cavités qui s’ouvrent à cette surface. Mais plus la structure de ces végétaux se simplifie, moins les utricules sporisères tendent à se distinguer des autres, qui forment le reste du tissu, à tel point qu’enfin on arrive à des végétaux dont chaque

494. Thèque d’un Lichen ( Solorina saccala ), renfermant huit spores unies deux par deux. — 495. Deux des couples précédents, grossis davantage.

THEORIE DE SCHLEIDEN. 4t> I

cellule contient des granules aptes à les reproduire, et que les organes de la reproduction se trouvent ainsi confondus avec ceux de la végétation.

§ 606. Un phénomène bien remarquable dans les spores de ces végétaux les plus simples , c’est le mouvement dont elles sont douées à une certaine époque de leur existence, celle qui suit immédiatement leur sortie de Putricule-mère. Ces mouvements sont tout à fait comparables à ceux des animaux dits infusoires, et tout récemment on a découvert qu’ils s’exercent au moyen d’organes semblables, de cils vibratoires, c'est-à-dire de petits filets partant d’une partie du corps et s’agitant dans l’eau en manière de nageoires. Nous avons déjà figuré deux de ces cils à l’extrémité du filament, qui forme l’animalcule de l’Anthéridie du Chara ( fig . 353). M Thuret, auquel on en doit l'observation, en a découvert aussi dans les spores de certaines Algues d’eau douce : deux situés à l’une des extrémités dans la spore des Conferves (fig. 496) ; quatre dans celle des Chœtophora {fi g . 497) ; un cercle complet dans celle des Prolifères ( fig . 498), et enfin une multitude dispersées sur toute la surface de celle des Yaucheria [fig. 499).

Cette faculté de locomotion est passagère et n’a lieu, ce qui est une autre observation également curieuse, que vers les premières heures du jour. Puis le mouvement s'arrête, la spore passe de la vie animale à la végétale, et c’est alors qu’elle peut commencer à germer.

§ 607. Tous Ips détails dans lesquels nous venons d’entrer montrent de plus en plus à quel point les organes reproducteuis des cryptogames s’éloignent de ceux des phanérogames , et qu’on ne doit reconnaître dans les premiers l’ovaire que si l’on définit ainsi toute cavité renfermant des corps susceptibles de se développer en une plante semblable à celle qui leur donne naissance : définition tellement générale qu’on serait forcé de comprendre sous elle un certain nombre de parties diverses et sans rapport véritable les unes avec les autres.

§ 608. Théorie de Schleïden. — L'histoire de la formation des spores que nous venons de tracer, et de laquelle ressort une analogie manifeste avec la formation du pollen dans les anthères des plantes phanérogames . devait précéder l’exposition d’une théorie <pii lui emprunte une partie de ses preuves, et qui a récemment vu

le jour eu Allemagne, proposée d’un côté par M. Schleïden, de l’autre par M. Endlicher. On la connaît plus généralement sous le nom du premier, dont les publications sont antérieures, beaucoup plus développées, avec des observations et. des figures nombreuses à l’appui. Cependant c’est dans un auteur français que nous en trouvons le germe long-temps oublié. Cl. -J. Geoffroy, dès le commencement du dix-huitième siècle, dans un mémoire sur la structure et l’usage des principales parties de la Heur, où l’on trouve des connaissances déjà très-justes sur le pollen et la graine, avec l’indication du micropyle et de sa destination, en concluait que « les poussières des Heurs sont les premiers germes des plantes, qui, pour se développer, ont besoin du suc qu’ils rencontrent dans les graines, comme les animaux ont besoin de l’œuf pour paraître au jour. » Il montrait, en prenant son exemple dans les Légumineuses, qu’avant l’émission du pollen on ne découvre dans la graine « rien autre chose que son enveloppe ou écorce; » qu’après l’émission on commence à apercevoir dans son intérieur un petit point ou globule qui grossit insensiblement en consommant la liqueur dont cet intérieur s’est rempli. Il indiquait le micropyle comme l’ouverture par laquelle a dû avoir lieu l’introduction de ce petit corps nouveau, l’embryon, et signalait déjà la direction constante de la radicule vers cette ouverture, par laquelle elle sortira plus tard dans la germination. Il admettait que c’est un grain tout entier de pollen qui pénètre ainsi dans la graine pour s'y développer en embryon.

Nous avons vu que cette dernière supposition est fausse, que le grain reste fixé au stigmate, et que c’est le tube, formé par rallongement d’une de ses membranes, qui s’insinue par le style jusqu’au nucellede l'ovule et y porte la fovilla ou substance contenue à l’intérieur du grain.

§ 609. M. Schleïden le suit plus loin; il dit que l’extrémité du tube pénètre dans la cavité embryonaire en poussant devant elle la membrane qui forme le sommet du nucelle , et que c’est cette portion de membrane ainsi réfléchie en une petite poche qui constitue la vésicule embryonaire; que la matière contenue dans l’extrémité du tube forme l’embryon; que le reste de la portion qui a pénétré forme le suspenseur. Dans ce système, l'ovule ne fournirait a 1 embryon que le milieu où il se développe et la nourriture nécessaire à ce développement; nourriture adaptée à sa nature et qu’il ne trouve pas autre part. M. Schleïden explique ainsi facilement 1 existence assez fréquente de plusieurs embryons dans une seule graine (comme on l’observe, par exemple, presque constant-

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