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THÉORIE DE SCHLEIDEN

ment dans celle de l’oranger) . c’est ’qu’alors plusieurs tubes se sont engagés à la fois dans le même ovule. Les plantes cryptogames différeraient donc des phanérogames en ce que leurs spores , véritables grains polliniques, sont susceptibles d’arriver à l’état parfait à la place même où elles se sont formées, et n’ont pas besoin, pour acquérir la faculté germinative, d’être modifiées par un séjour préparatoire dans un ovule.

L’observation de ces faits est difficile; car c'est dans des infiniment petits qu’ils ont lieu, et le défaut de transparence ordinaire autour du micropyle et du sommet du nucelle ne permet qu’avec peine de constater si le petit corps qu’on voit pendre au sommet de la cavité embryonaire est bien réellement la continuité du tube qu’on voit s’engager dans l'ouverture des téguments de l’ovule. L’auteur, cependant, signale certains ovules, ceux des Orchidées, par exemple, comme exempts de cet inconvénient et se prêtant très-clairement à celte observation.

§ 610. D’une autre part, MM. Mirbel et Brongniart pensent s’ètre assurés plusieurs fois de l’existence de la vésicule embryonaire avec l’embrvon encore rudimentaire qu’elle contient avant l’arrivée du tube pol Unique. L’extrémité de celui-ci ne le fournirait donc pas, mais le trouverait tout préparé et ne servirait qu’à lui donner l’excitation vitale par l’effet de laquelle il se développera.

L’objection serait plus forte encore si l’on trouvait des graines qui vinssent à se développer sans le concours d’anthères. On a cru plus d’une fois en trouver qui étaient dans ce cas, mais presque toujours alors on a fini par reconnaître, à côté de l’ovaire fécondé, des anthères, rudimentaires il est vrai, réduites à quelques grains de pollen, dont la présence néanmoins suffisait pour ramener le phénomène à ses conditions ordinaires. Un genre d’Euphorbiacées, le Cœlebogyne, assez nouvellement décrit, mais cultivé depuis plusieurs années dans les serres d’Angleterre, y a plusieurs fois fructifié, et ses graines étaient évidemment parfaites, puisque non-seulement on y a observé un embryon bien constitué, mais qu’en le semant cet embryon s’est développé en une plante semblable. Or les fleurs sont dioïques; on ne connaît et ne possède pas de pieds mâles, et les recherches les plus minutieuses, faites par les meilleurs observateurs, n’ont, pu jusqu’ici faire découvrir la moindre trace d’anthères ou seulement de pollen. L’embryon ne venait donc pas de ce pollen, qui manque entièrement : il a dû se former de toutes pièces dans l’ovule.

§611. Quoi qu’il en soit, ce dernier fait et ceux du même ordre qu’on pourrait citer restent jusqu’ici inexplicables puisque le

pollen, en supposant qu’il ne fournisse pas directement l’embryon, est toujours au moins indirectement nécessaire pour l’appeler à la vie dans les plantes phanérogames. Cette nécessité est prouvée par une foule d’expériences, dont quelques-unes étaient déjà connues dans l’antiquité • on savait dès lors que, pour que le Dattier porte des dattes, il faut que les pieds de ces arbres qui ne portent que des ovaires se trouvent rapprochés des pieds qui ne portent que des étamines, et on savait même suppléer au défaut de rapprochement en secouant sur les premiers la poussière des fleurs mâles cueillies sur des arbres éloignés et apportées à cet effet. Pour toutes les plantes dioïques, si l’on supprime les pieds qui portent les étamines , les ovaires des autres ne se développent pas; pour les monoïques, le même résultat s’observe si l’on a soin de couper avant l’épanouissement toutes les fleurs staminifères.

Dans la nature, les vents, les insectes et beaucoup d’autres agents favorisent le transport du pollen ; mais dans nos serres, qui sont à l’abri du vent et des insectes, ce transport souvent n’a pas lieu spontanément, et alors les jardiniers ont soin d’y suppléer en portant eux-mêmes le pollen sur le stigmate : et, depuis qu’on use de cette précaution, on a vu fructifier beaucoup de plantes (notamment des Orchidées) qui auparavant fleurissaient bien, mais sans donner de fruits.

§ 612. Une preuve non moins décisive de la fécondation végétale est l’existence des hybrides ou mulets. On a remarqué en effet que le pollen d’une plante n’est en général apte à féconder que les ovaires de toutes les plantes de même espèce; que cependant cette faculté s’étend aussi à celles des espèces très-voisines. Lorsque deux espèces non identiques se trouvent ainsi fécondées l’une par l’autre, la graine qui résulte de cette fécondation donne une plante qui no ressemble exactement ni à l’une ni à l’autre, mais présente quelques traits des deux à la fois : c’est ce qu’on nomme une hybride. Ce mélange de caractères, dont les uns appartiennent à la plante qui a fourni l’étamine , les autres à la plante qui a fourni l'ovule, démontre qu’il y a eu action de l’une et de l’autre à la fois, et infirme les doctrines qui ont nié la fécondation en cherchant à expliquer l’excitation et le développement de l’embryon par des théories qu’il serait trop long d’exposer ici, et dans lesquelles d’ailleurs on ne saurait plus s’expliquer la destination de ces appareils si compliqués et si délicats que nous avons cherché à faire connaître, et la suite des actes dont ils protègent et assurent l’accomplissement.

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