FAMILLES D’ADANSON
diffèrent par tous ces points, ils ne doivent pas faire partie du même groupe. Ce principe est incontestable, et l’auteur en déduit cette règle : qu’on pourra calculer par ce moyen les divers intervalles qui, dans l’ordre général et naturel, séparent les divers genres, intervalles d’autant moindres qu'ils se trouveront rapprochés dans un plus grand nombre de systèmes particuliers. 11 construisit en conséquence 65 systèmes, dans lesquels il épuisa toutes les considérations d’après lesquelles il croyait pouvoir étudier et classer les plantes : les unes générales, comme la ligure, la grandeur, la grosseur, la durée, le climat, etc., etc.; les autres tirées d’organes généraux, comme la racine, les branches, les feuilles, les fleurs, etc., ou partiels, comme le calice, la corolle, les étamines, le pistil, le fruit, etc..; ou des parties composantes de ceux-ci, comme les anthères, le pollen, les graines, etc., ainsi que des modifications que ces parties peuvent offrir par leur nombre, leur situation, etc. 11 appliqua ensuite à ces 65 combinaisons le calcul indiqué plus haut; rapprochant ou éloignant entre eux les genres, suivant qu’un plus grand nombre de ses systèmes les lui montrait rapprochés ou éloignés. Une certaine somme 'de ressemblances existant entre un certain nombre de genres constitua les caractères d’une famille ; une somme moindre indiqua l’intervalle plus ou moins grand qui les séparait des autres. Il obtint de cette manière 58 groupes rangés dans un certain ordre qu’il présenta comme l’ordre naturel.
Mais, en supposant ses principes vrais, étaient-ils applicables? Son procédé n’était autre chose qu’un calcul arithmétique, où toute erreur de chiffre frappait de nullité les résultats, toute faute dans un des systèmes partiels se retrouvait multipliée dans le système général. Or la découverte de plantes nouvelles ne pouvait manquer d’amener des changements dans les chiffres; les progrès de la science de l’organisation, d’amener des modifications dans la plupart de ces systèmes. Ce qui est arrivé en effet; puisqu’on connaît aujourd’hui cinq fois autant de plantes qu’on en connaissait alors, et bien des vérités qu’on ignorait : la justesse du principe n’eùtdonc pu empêcher la fausseté des conséquences. Mais, d’ailleurs, il n’est pas juste. Attribuer une importance à peu près égale à tous les organes et aux caractères qu’on en tire, pour en faire autant d’unités de même ordre qui entreront dans le calcul des rapports des plantes, c’est donner la même valeur à des pièces de monnaies de métal et de poids différents, c’est en faire autant de jetons d’une valeur purement fictive: il est donc impossible de ne pas reconnaître que le procédé suivi par Adanson était tout «à fait artificiel ;
ân BOTANIQUE.
et, tQut en admirant lo travail gigantesque et la variété de connaissances qu’exigeait son emploi , on devait s'attendre qu’il ne conduirait pas au but annoncé. Aussi ses familles, agglomérations de genres le plus souvent sans rapports intimes et réels, n’ontelles été adoptées par aucun de ses successeurs et sont-elles beaucoup moins naturelles que celles de ses prédécesseurs Linné et surtout B. de Jussieu.
§ 697. Méthode d’A.-L. de Jussîeu. — Vers la même époque , Antoine-Laurent de Jussieu commençait à s'initier à la science des plantes auprès de son oncle Bernard, et il n’y a pas à douter que le jeune homme n’ait puisé dans le commerce intime du vieillard et dans ses savantes leçons le germe qu’il sut si bien féconder et développer. Dix ans plus tard il exposa à l’Académie des sciences et appliqua à la plantation du jardin botanique de Paris une nouvelle méthode qui, seize ans après (en 1789), mûrie par des méditations et des études continuelles, reçut sa forme et son expression définitive en s’étendant à tous les végétaux alors connus, dans un ouvrage fondamental, le Généra plantarum. En tête il pu — blia le catalogue jusqu’alors inédit des genres du jardin de Trianon dans l’ordre qu’avait établi Bernard; monument précieux pour l’histoire de la science, puisqu’il permet de constater à quel point était arrivé l'oncle, de quel point partit le neveu. Celui-ci ayant posé nettement les principes qui l’ont guidé dans l’établissement de sa classification, on peut, en comparant à son ouvrage ceux de ses prédécesseurs , deviner quels sont parmi ces principes ceux qu’ils ont admis ou entrevus , quels sont ceux qu’ils ont ignorés. Mais nous ne chercherons pas ici à déterminer la part de chacun dans cette grande œuvre; cette discussion, purement historique et peu élémentaire, n’entre pas dans le cadre de cet ouvrage, qui doit seulement exposer les lois sans s’occuper des législateurs.
§ 698. A.-L. de Jussieu admit, comme Adanson, que l’examen de toutes les parties d’une plante est nécessaire pour la classer; mais, tout en poursuivant cet examen complet, il ne chercha pas à en déduire théoriquement la coordination des genres, et, pour les grouper en famille, il imita les procédés suivis pour la formation des genres eux-mêmes. Les botanistes, frappés par la ressemblance complète et constante de certains individus, les avaient réunis en espèces ; puis, d’après une ressemblance également constante, mais beaucoup moins complète, avaient réuni les espèces en genres. Les caractères qui peuvent varier dans une même espèce doivent dépendre de causes placées hors de la plante et non en elle-ntçme, par exemple sa taille, sa consistance, certaines modifications de