FAMILLES
leurs rapports et à rapprocher les genres qui en offraient la plus grande somme ; qu’au moyen de ces unités, nommées genres, en réunissant ceux qui se ressemblent plus entre eux qu’ils ne ressemblent à tous les autres, on composât de nouvelles unités d’un ordre plus élevé. Ce sont ces collections naturelles de genres qu’on appelle des familles, terme heureux imaginé par un botaniste français, Magnol , et la méthode qui grouperait ainsi les plantes suivant les rapports qui dérivent de leur nature serait une méthode naturelle. Mais la découverte de ces rapports, qui lient plusieurs genres en une famille commune, présentait bien des difficultés. La ressemblance des individus d’une même espèce frappe au premier coup d’oeil ; celle des espèces d'un même genre, déjà beaucoup moins évidente et souvent plus trompeuse, demande une étude plus longue, plus approfondie, tellement qu’il avait fallu des siècles avant que la science eut ainsi débrouillé le chaos des espèces. Celle des genres, se dérobant bien autrement encore à la vue, exigeait que l’observation pénétrât plus avant, qu’on entrât dans un autre ordre de considérations que celles qui avaient été épuisées pour la construction des espèces et des genres. L’expérience démontre qu’en général les corps naturels qui se ressemblent complètement à l’extérieur se ressemblent aussi à l'intérieur; et on était ainsi autorisé à conclure que le rapport de ces caractères extérieurs, d’après lesquels on avait établi les espèces et les genres, en entraînait un analogue dans leurs caractères intérieurs. Il fallait maintenant étudier les uns comparativement aux autres, pour déterminer s’il y en a parmi les uns et les autres plusieurs qui se trouvent dans une dépendance constante; et, pour poser ceux-là comme bases d’une classification où les genres seraient rapprochés d’après la présence de tel caractère qui en indiquât plusieurs autres nécessairement coexistants, et fournît ainsi la garantie d’une ressemblance réelle et intime.
§ 694. Celles de Linné. — Linné était doué d’un jugement trop sain, d’un tact trop exquis, pour ne pas sentir ce défaut de son propre système; et il le prouva en donnant, sous le titre de Fragments de la méthode naturelle, un essai de classification où les genres se trouvaient distribués tout différemment. Il y en a, néanmoins , des séries tout entières qui se trouvent les mêmes et dans le système et dans les fragments. Dans ce cas, le caractère employé par le système pour réunir ces genres devait donc être lié à d’autres caractères importants; il ne l’était pas dans le cas contraire. Ainsi, la plupart des plantes de l’icosandrie se trouvaient rapprochées en deux groupes naturels voisins; toutes celles de la tétradynamie réunies dans un seul; les plantes de la pentandrie, de l’hexandrie.
de la polyandrie, etc., etc., dispersées , au contraire, dans une foule de groupes différents. Donc le nombre absolu des étamines n’entraînait pas aux yeux mêmes de Linné des rapports véritables, autant que leur position sur le calice ou que leur proportion relative. Mais il ne lit pas connaître les principes qui 1 avaient guidé dans la disposition de ses genres en ordres naturels; et probablement il suivit plutôt les inspirations d’un heureux génie et d’une expérience consommée qu’un code de lois bien arrêtées, quoique dans plusieurs de ses ouvrages quelques-unes de ces lois se trouvent formulées sous forme d’axiomes.
g (j95. — de Bernard de Jussieu. — Un botaniste français dont le nom se trouve lié à celui de la méthode naturelle, Bernard de Jussieu, avait reçu Linné lorsqu’il visita Paris avant d avoir publié ni son système ni ses fragments, mais déjà savant et connu par d'importants ouvrages. Il en résulta une liaison affectueuse et une correspondance dont quelques passages prouvent que les entretiens des deux botanistes avaient plusieurs fois roulé sur ce grand problème de la méthode naturelle , et que tous deux y travaillaient de leur côté. Ce ne fut que vingt ans plus tard, en 1759, que Bernard de Jussieu, dans un jardin botanique établi par Louis XV à Trianon , essaya un arrangement naturel des genres, fruit de ses longues études et de ses méditations. Comme Linné, il ne fit pas connaître les principes qui le dirigeaient ; il ne publia pas même une liste analogue aux fragments. Mais les botanistes du temps purent aller étudier à Trianon cette énigme savante, et, s’ils l’étudièrent, il paraît qu’ils ne la devinèrent pas.
§ 696. — d’Adanson. — Nous voyons, en effet, quelques années plus tard (en 4763), paraître les familles des plantes par Adanson, qui exposa ses principes sur leur formation et formula leurs définitions comme jusque-là on avait formulé celles des genres. Il reconnut que, pour grouper les genres en famille, on doit avoir égard à l’ensemble de leurs caractères et non à un seul ; qu’une classification doit par conséquent être précédée d’un vaste travail où tous les organes des végétaux qu’il s’agit de coordonner soient examinés sans en négliger aucun, toutes leurs modifications constatées dans tous les genres. Chaque point de leur organisation, considéré isolément, pourra donner lieu à un système séparé qui les présentera tous dans un certain ordre. Si dans tous ces systèmes partiels ainsi obtenus les deux mômes genres se trouvent constamment rapprochés , il est évident qu’ils se ressemblent par tous les points de leur organisation, qu’ils font, partie d'un même groupe naturel ; si, au contraire, ils se trouvent constamment éloignés, ils