NOMENCLATURE DES FAMILLES
§ 726. 1° Sur leur nom. — Plusieurs des plus anciennement et plus universellement reconnues le tirent de quelques-uns de leurs traits les plus saillants : comme les Ombellifères et Corymbifères, de leur mode d’inllorescence; les Légumineuses et Conifères , de leur fruit; les Labiées et Crucifères , de la forme de leur corolle; les Palmiers , les Graminées, de l’ensemble de la plante, etc., etc. Mais, quant aux autres, on est convenu, en général, de désigner chaque famille par le nom d’un de ses principaux genres, celui qu’on peut considérer comme le type autour duquel viennent se rallier tous les autres, et la désinence du nom latin de ce genre est changée en une autre : acêes (comme dans Rubiacées) , inées (comme dans Laurinées), idées (comme dans Cappar idées), ariées (comme dans Onagrariées) . C’est la première de ces terminaisons, celle en acées, qui est le plus généralement employée, et quelques auteurs, avec raison peut-être, s’en servent exclusivement. On est convenu de réserver en général la simple désinence en èes que beaucoup de noms de famille [Joncées, Pohjgonées , etc ) prenaient autrefois pour désigner des divisions d’un ordre inférieur. En ciret certaines familles sont susceptibles d’ètre partagées en plusieurs groupes secondaires, unis par des caractères qu’on ne regarde pas encore comme assez importants pour les élever eux-mêmes à la dignité de famille : on les appelle des tribus. Ainsi les Méliacées forment une famille dont tous les genres sont réunis autour du genre Melia par certains caractères communs; mais il y a d’autres caractères qui ne sont pas communs à tous les genres de la famille, et ceux-là offrent deux combinaisons : l’une, qu’on retrouve dans le Melia et quelques autres genres; l’autre, qu’on observe dans le reste et notamment dans le genre Trichilia. On pourra donc partager les Méliacées en deux tribus, Méliées et Trichiliées. Les tribus doivent composer des groupes naturels, et ce sont par conséquent comme de petites familles, susceptibles d’ètre un jour élevées à ce rang, s’il arrive que, par la découverte d’un assez grand nombre de plantes nouvelles, la famille dont elles font partie vienne à prendre elle-même assez d’étendue et d’importance pour justifier ce démembrement. La plupart des tribus établies primitivement sous le nom de sections par Jussieu dans ses familles, en sont devenues plus tard elles-mêmes. On doit donc peu s’inquiéter si un groupe est famille ou tribu, pourvu qu’il soit bien naturel, d’autant plus que toutes les familles sont loin d’avoir une importance égale, ou par le nombre des plantes qui s’v rattachent , ou par la valeur des caractères qui les distinguent. Dans l’énumération qui suit, nous avons trop peu d’espace pour descen-
dre jusqu’aux tribus, que nous indiquerons seulement dans quelques cas, lorsque les caractères employés par nos tableaux, écartant un peu l’une de l’autre deux tribus d’une même famille, nous y conduiront séparément. Nous emploierons aussi indifféremment les différentes désinences que nous venons d’indiquer , choisissant de préférence pour chaque famille celle du nom sous lequel elle est plus vulgairement connue. Ajoutons, pour ceux qui veulent étudier quelques familles sur la nature, le conseil de choisir toujours une espèce bien authentique du genre qui lui dorme son nom. Ils seront sûrs, en effet, de ne jamais rencontrer là quelqu’une de ces exceptions qui déroutent l’étudiant. Quelques révolutions qu’on opère dans les remaniements possibles des groupes, il est bien clair, par exemple, que YAzedarach commun, type du genre Mclia , sera toujours une Mèliacée.
§ 727. 2° Sur leurs caractères. — Ce sont ceux de la reproduction ( character fruclificationis ) qui passent en première ligne et qui servent essentiellement à définir la famille. Mais on y joint toujours ceux de la végétation, qui, comme nous l'avons dit, présentant le plus souvent quelque trait particulier pour chaque famille, servent à confirmer par là les premiers et, dans quelques cas, en facilitent beaucoup la recherche. C’est ainsi, par exemple, que des feuilles simples opposées avec des stipules interpétiolaires aident à reconnaître au premier coup d’oeil une Rubiacée. On emploie de même pour la description des genres les caractères de la reproduction et de la végétation concurremment. Linné ne se servait que des premiers, réservant les seconds pour la distinction des espèces.
Tantôt on décrit une famille dans ses moindres détails, de manière à n’omettre aucun trait : c’est ce qu’on appelle le caractère naturel. Tantôt on se borne aux traits caractérisques, ceux dont la i combinaison la distingue de toutes les autres : c’est le caractère essentiel. C’est à celui-ci que nous devons nous borner.
§ 728. Mais ce caractère résulte, comme nous venons de le dire, . de la combinaison de plusieurs et non d’un seul isolé. Il ne fendra : donc pas se contenter de l’un d’eux, fût-il tout à fait propre à la famille : comme, par exemple, les étamines tétradynames aux Crucifères. Ce serait vouloir faire un portrait par la représentation d’un seul trait du visage. On verra par les tableaux qu’il faut , pour pouvoir s’en servir, avoir bien présentes à l’esprit, avec les termes' dont elles font usage, les notions organographiques éparses dansle cours de ce livre, surtout celles que nous avons données sur la Heur, sur la symétrie de ses parties et leurs insertions , sur la si—