MOUSSES
ne se montrent que quelques granules verts beaucoup plus petits, et dont la paroi, d'abord continue, finit par se couper en une lanière spirale double tout à fait semblable au fil des trachées. C’est dans cet état qu’ils prennent le nom d ’élatères; et, par les mouvements qu’impriment à ce fil très-hygrométrique les variations atmosphériques, ils servent à disséminer les spores disposées autour d’eux. Tantôt le sporange se ilétrit, tantôt par une véritable déhiscence il se sépare en plusieurs valves {fig. 514 c’). C’est ce qui a lieu dans les Jongermannes , où ce sporange, d’abord développé dans un autre sac, le rompt en s’élevant sur un pédicelle plus ou moins allongé.
§ 736. Mousses ( Musci ). Chacun connaît ces élégants petits
517. Une Mousse (le Funaria hygromelrica), un peu grossie. — /Feuilles. — u Urne portée sur un long filet ou pédicellep. — o Opercule. — c Coiffe qui persiste sur l’une des deux urnes et est déjà tombée de l’autre.
51S. Urne de V Encnlypta vulyaris. — u Urne. — o Opercule. — s Sommet du pédicelle. — l. Avant la déhiscence , et encore enveloppée de la coiffe c, à travers laquelle on l’aperçoit. — 2. Après la déhiscence, lorsque l’opercule détaché a mis à découvert le péristome p bordé de 16 cils ou dents.
519. L’urne encore très-jeune du Splachnum, coupée dans sa longueur. — a Apophyse. — c Columclle. — s Cavité ou loge tournant tout autour de la columelle et remplie par les spores. — Le tégument de l’urne est formé de l'extérieur à l’intérieur par plusieurs couches cellulaires différentes : la première e, qui forme l'épiderme et s’épaissit au sommet pour former l’opercule o; deux intermédiaires, qui se déchiquèteront plus tard à leur sommet pour former les dents du peristome : une intérieure s, qui forme la paroi de la loge ou sac sporifère.
végétaux si abondants a la surface de la terre, des rochers, des écorces, qu’ils revêtent d’un tapis vert; croissant quelquefois sous l’eau. En les examinant de près , on les voit formés par des tiges grêles , simples ou rameuses, couvertes de feuilles menues dont la texture est la même que celle que nous venons de décrire dans les Hépatiques. Leurs organes reproducteurs sont aussi de deux sortes : 1° des anthéridies (§ 470, fig. 352) groupées au milieu de rosettes terminales de feuilles ou situées à leur aisselle , ordinairement entremêlées de filets stériles ou paraphyses; 2° des sporanges d’une forme particulière. Ceux-ci dans le premier âge isolés ou réunis plusieurs ensemble, tantôt éloignés des anthéridies sur des pieds différents ou à une autre place du même pied, tantôt environnés par ces corps, représentent autant de sacs en forme de bouteille et sessiles. De plusieurs sporanges ainsi groupés un seul se développe ordinairement, tandis que les autres se flétrissent. Alors celui-ci s’allonge et en s’allongeant rompt le sac extérieur qui l’enveloppe et l’emporte avec lui posé sur son sommet en manière de bonnet de nuit, d’où lui vient le nom de coiffe ( calyptra [fig. 51 6 c; 517 c] ). On distingue alors deux portions dans la partie intérieure développée : un pédicelle inférieur et grêle , appelé quelquefois la soie [scia [fig. 5l6p]) ; un renflement supérieur, globuleux ou ovoïde, ou souvent en forme d’urne, capsule , thèque ou urne [theca [fig. 5 1 6 u)). La capsule à l’intérieur présente une cavité parcourue au centre par une sorte d’axe plein, la columelle ( columella [fig. 518 c]) , remplie tout autour de cet axe par une multitude de spores menues devenues libres par la résorption de leurs cellules-mères, dont le tissu dans le principe réunissait la columelle aux parois de la capsule. Celle-ci, à la maturité, s’ouvre en manière de pyxide par la séparation d’un couvercle ou opercule (o) conoïde long-temps caché sous la coiffe, mais qui après sa chute se dessine nettement du reste de la capsule par un sillon annulaire. Lorsqu’il se sépare lui-même, il laisse celle-ci ouverte au sommet : cette ouverture porte le nom de péristome. Le péristome est entouré par un rebord tantôt entier ou nu, tantôt tout garni de petites dents [fig. 5l7 p) souvent allongées en soies droites ou tordues. Ces dents sont sur un seul cercle ou sur deux : d’où l’on dit le péristome simple ou double ; et ces deux cercles terminent deux couches cellulaires qui, sous un mince épiderme, composent la paroi de la capsule. 11 est bien remarquable que ces dents sont en nombre constant dans une espèce donnée, et toujours multiple de 4, savoir, 4, 8, 16, 32, 64. D’après leur texture et leurs mouvements hygrométriques, elles jouent probablement le même rôle que dans les llépaticées les élalères
CHARACÉES. — EQUJSÉTACÉES.
qui manquent tout à fait dans les Mousses. Rarement le péri— stome est fermé par une membrane étendue horizontalement, ou épiphragme. La cavité sporifère n’occupe pas tout le renflement de la capsule, dont la partie inférieure, souvent pleine, prend le nom d’apophyse.
Les Mousses, non plus que les Hépatiques, ne sécrètent aucun produit remarquable, et ne servent à aucun usage assez important pour mériter d’être cité ici.
§ 737. Characées. Nous ne nous arrêterons pas sur les Characées, dont nous avons eu déjà l’occasion de faire connaître les organes de la végétation ; remarquables par un degré de simplicité qui les rapproche des Algues, et par le mouvement rotatoire, si manifeste, des sucs contenus dans les cellules (§ 273). La spore est formée par une masse de granules entourées de plusieurs tubes tordus en spirale et se terminant au-dessus en cinq petites dents ; l’anthéridie, située au-dessous, par des faisceaux de tubes (§ 470, fig. 353) réunis à l’intérieur d’une petite boite globuleuse.
§ 738. Équisétacées. Celles-ci s’éloignent assez notablement, de toutes les autres acotvlédonées par la structure de leur tige (§ 109), la disposition de leurs rameaux extérieurs à une gaine qui embrasse chaque articulation autour de laquelle ils naissent en verticilles, et celle de leurs organes reproducteurs. La tige est terminée par une sorte de cône formé par la réunion d’un grand nombre d’écailles, en forme de clous [ fig. 520), perpendiculaires à l’axe. Sous la tète de chacun de ces clous naissent en cercle de petits sacs (capsules ou thèques), dont chacun [fig. 521), fendu dans sa longueur à la maturité, laisse échapper une foule
520. Une écaille e séparée du cône terminal d’un Equiselum , avec le verticille de capsules c qu’elle porte en dessous et le rétrécissement p par lequel elle se rattache à l'axe commun.
521. cüne capsule vue séparément du côté intérieur, où elle s’ouvre par une fente.
522. s Une spore avec ses quatre fils roulés en spirale autour d’elle. — s' La même avec scs fils déroulés.
de spore». Chacune de celles-ci se montre sous la forme d'une masse celluleuse, du bas de laquelle partent quatre fils élastiques (fig. 521) dont les mouvements aident la dissémination. Dans le principe, le sac était rempli par un tissu utriculaire continu; puis les utricules se sont désagrégés, découpés en spirale, en ne conservant avec la matière granuleuse contenue qu’un seul point d adhérence, de manière à former ces quatre filets. Nous avons donc là encore un trait tout exceptionnel : la formation d’une spore unique dans chaque cellule-mère, dont la paroi, ou lieu de se résorber, persisle pour former l'élatère.
§ 739. Fougères ( Filices ). Nous nous sommes déjà occupés des
523. Pied de Scolopendre [Scolopendrium officinale.) , avec plusieurs feuilles
» divers degrés de développement. Sur la face inférieure de f’” on voit les sores dessinant des lignes transversales noirâtres.
524. Fragments de la fronde d’une autre Fougère ( Nephrndium angulare), vue en dessous. — p Deux pinnules chargées de sores s. — r Rachis qui les porte.
525. Un des sores coupés verticalement. — n Nervure qui le porte. — i Indusium ou repli qui le couvre. — c Capsules.
526. L’une des capsules séparée au moment de sa déhiscence. - « Spores qui s'échappent. — n Anneau cellulaire.
FOUGERES.
caractères do la végétation de ce grand groupe de végétaux acotylédonés, de ses tiges (§103-108) qui, dans les espèces de nos climats tempérés, marchent sous la terre, mais qui, dans beaucoup de celles des régions tropicales, se dressent en un tronc perpendiculaire (/?</. 1 17); de ses racines toutes advontives (§ 120); de ses feuilles (§152) quelquefois entières, mais souvent extrêmement divisées. Ces feuilles présentent ce caractère constant qu’avant leur développement elles se roulent en crosse et au dehors, non -seulement le limbe général sur le pétiole commun, mais tous les lobes (qu’on nomme des pinnules) sur les pétioles partiels, de manière que, dans ce jeune âge, la face inférieure se trouve toujours cachée. Nous avons enfin dit un mot (§242) des poils particuliers scarieux, c’est-à-dire dilatés en écailles ou membranes, qui sont dispersés en grande abondance à la surface des diverses parties : ils fournissent aussi d’utiles caractères pour la distinction des genres et espèces.
Quant aux organes reproducteurs, ce sont de petits sacs celluleux, ou capsules, remplis de spores et toujours situés à la face inférieure des feuilles. Ces feuilles, chargées de capsules, tantôt conservent la même forme que celles qui n’en portent pas; tantôt en prennent une un peu différente, dans laquelle le parenchyme foliacé est beaucoup moins développé, et même disparaît presque complètement, laissant à nu les nervures toutes couvertes de capsules.
Celles-ci offrent, en général, dans leur paroi celluleuse, un rang de cellules beaucoup plus grandes et plus épaisses que les autres, disposées bout à bout en manière d’anneau. L’anneau entoure quelquefois entièrement la capsule, suivant une direction soit verticale (dans les Polypodiacées [fig. 526]), soit horizontale ou oblique (dans les Hyménophyllées) . D’autres fois, incomplet, il ne forme qu’un fragment d’anneau oblique (dans les Purkeriacées). Son rôle physiologique semble analogue à celui des élatères ; c’està-dire que, plus résistant que le reste des parois, et tendant à se contracter ou s’étendre par l'effet de sa croissance ou par ses changements hygrométriques, il détermine la rupture irrégulière de ces parois sur un autre point, et, par ses mouvements, pousse au dehors les spores contenues. Cette déhiscence n'a pas toujours lieu de cette manière, mais par une fente régulière qui ouvre la capsule, soit d’un seul côté, soit dans tout son pourtour, en la séparant en deux valves. Dans ce dernier cas, ou l’on observe encore un anneau incomplet (chez les Osmundacées ) ou il n’y en a pas du tout (chez les Ophioglossées, où quelquefois ces
capsules bivalves se soudent en série par leurs côtés). Enfin elles ont une consistance coriace particulière, et sont rangées en un cercle du côté intérieur duquel elles s’ouvrent (dans les Marattiacées).
Les capsules ne naissent pas éparses, isolées à la surface inférieure des feuilles, mais par groupes, qu’on appelle des sores ( sori [fig. 523 f s] ). Ces sores affectent des formes diverses : tantôt ils sont arrondis (comme dans les Polypodes ) , tantôt plus ou moins allongés (comme dans les Asplénium [fig. 523 f’ s]); tantôt écartés les uns des autres, tantôt rapprochés en série longitudinale. Leur position aussi varie par rapport à la feuille sous laquelle ils sont dispersés avec plus ou moins de régularité, soit à la surface, soit le long du bord (comme dans les Adiantliées), dont leur série peut suivre le contour (comme dans les Pteris) ou la nervure médiane (comme dans les Blechnum).
Us se montrent quelquefois à nu sur la surface de la feuille (comme dans les Polypodes) : mais plus souvent une membrane line, qui semble un repli de l’épiderme , se détache pour les couvrir, et c’est ce qu’on appelle leur indusium. Celui-ci forme quelquefois une sorte de collerette ou capsule qui entoure le sore (par exemple dans les Cyathea ); mais, plus souvent, il les recouvre comme un couvercle à charnière {fig. 525 i), et, dans ce cas, se continuant avec l’épiderme d’un côté, présente de l’autre un bord libre qui peut regarder soit le milieu soit le contour de la feuille {fig. 524). L’indusium s’attache par un simple point (comme dans les Nephrodium) , ou par une ligne plus prolongée (comme dans les Athyrium ). Tous ces caractères, tirés de la forme des sores, de celle de l’indusium, de son point d’attache, de sa figure et de sa direction, servent à la distinction des genres.
Les capsules elles-mêmes, considérées à part, sont sessiles ou portées sur un pédiceile plus ou moins allongé {fig. 526). Les spores se forment dans leur intérieur de la même manière que celles des Cryptogames précédemment examinées, c’est-à-dire quatre par quatre dans des cellules-mères qui , dans le principe, sont soudées ensemble en un tissu continu et qui, se résorbant plus lard, laissent les spores libres dans la cavité de la capsule.
Les spores par la germination s’allongent en un filament composé de cellules bout à bout, et celui-ci, par l’addition de cellules formées sur le côté, ne tarde pas à s’élargir on une expansion foliacée qui peut atteindre des dimensions considérables. Cette expansion, près du point où elle a commencé, émet, au-dessous des fibres radiculaires, au-dessus un axe avec des feuilles. Elle a été
FOUGÈRES. — LYCOPODIACÉES. 561
comparée à un cotylédon par plusieurs botanistes qui , en conséquence, sous le nom de cryptogames monocotylédonées, séparent les Fougères du grand embranchement qui nous occupe. Cependant ce mode de développement ne soutient pas une comparaison rigoureuse avec la structure et la germination d’un véritable embryon monccotylédoné, et est au contraire tout à fait analogue à celui des acotylédonées, dont nous avons traité précédemment, notamment des Hépatiques.
On a cherché à trouver des anthéridies dans les Fougères, mais on n’est pas d’accord sur leur nature et même sur leur existence. Les uns donnent ce nom à des poils épars sur divers points de la feuille très-jeune, poils qui sont renflés à leur sommet rempli par une matière granuleuse; les autres, à de petits corps qu’on observe quelquefois entremêlés aux capsules, au milieu des sores, et le plus souvent portés sur les pédicelles mêmes de ces capsules. Ils sont lenticulaires et remplis d’une matière dont les granules dispersés dans l’eau offrent des mouvements actifs : mais on n’est parvenu à les découvrir que sur un certain nombre de Fougères, et, si ce sont réellement des organes nécessaires à la fécondation, il faudrait les retrouver sur toutes.
Dans plusieurs Fougères des pays chauds, les souches contiennent un principe nutritif qui permet de les employer à l’alimentation ; mais, dans les nôtres, le mucilage est mêlé à un autre principe amer, quelquefois stimulant et même purgatif, qui les rend impropres à ce premier usage, utiles au contraire à la médecine, à laquelle certaines espèces fournissent des anthelmintiques , c’està-dire un remède contre les vers intestinaux. Cette propriété s’affaiblit ou disparaît dans les feuilles, où un principe aromatique, s’associant au mucilage , lui communique de nouvelles propriétés.
g 710. Lycopodiacées. Celles— ci tiennent en quelque sorte le milieu entre les Mousses, dont elles rappellent les feuilles d’une texture cellulaire si simple, souvent le port tout- entier; et les Fougères, dont leurs tiges (§402) se rapprochent davantage. Leurs organes reproducteurs sont de petits sacs jaunâtres solitaires à la base des feuilles, et de deux sortes : les uns remplis de petits granules nombreux, qui se sont organisés quatre par quatre dans des cellules-mères formant d’abord un tissu continu ; les autres (oo/>/ioridies) des capsules renfermant seulement quatre corps beaucoup plus gros. On a comparé les premiers à des anthéridies , mais nous voyons que leur structure est tout à fait celle des sporanges des autres Cryptogames; et d’ailleurs ils existent seuls sur un grand nombre de Lycopodes, qui n'ont pas d’autre moyen de propagation.
§ 741. Rhizocarpées. Cette famille renferme des plantes d’apparence assez différente : comme la Pilulaire , à feuilles filiformes; le Mcirsilea , à longs pétioles terminés par quatre folioles ; le Salvinia , à feuilles sessiles et ovales. Mais, du reste, ces feuilles, partant d’une souche rampante, sont circinnées dans l’état de préfoliaison, à la manière des feuilles des Fougères. Les organes reproducteurs sont de petits sacs renfermant, les uns, qu’on a considérés comme des anlhéridies, des granules très-menus : les autres, des corps plus gros qu'on a considérés comme des spores. Ces sacs sont diversement groupés les uns avec les autres dans une même enveloppe ou capsule ( Marsiléacées ), ou séparés dans des capsules différentes ( Salviniées) ; et ces capsules, qui rappellent de petits fruits, s’ouvrent en plusieurs valves et naissent à la base des feuilles ou au-dessous , voisines dans tous les cas de l’origine des racines : de là vient le nom de la famille (de p&x, racine; xap7roç, fruit). Bien distincte des Fougères, avec lesquelles on la confondait autrefois, elle s’en rapproche assez néanmoins pour pouvoir être regardée comme faisant partie d’une même classe.
VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDÛNÉS .
§ 742. Leurs tiges (§ 91-100), ' racines (§ 1 19), leurs feuilles
(§ 150), la symétrie de leur fleur (§ 362), son enveloppe (§ 406- 407), leur embryon (§ 566) et sa manière de germer (!$ 596) ont été examinés d’une manière générale, et nous avons signalé, dans beaucoup d’autres passages encore, les divers points d’organisation qui les distinguent des acotylédonés d’une part et de l’autre des monocotylédonés : nous y renvoyons donc pour abréger. Ceux qu'il resterait à faire connaître ressortiront de l’examen particulier des diverses familles.
Jussieu les divisait en hypogynes, périgynes et épigynes. Nous ne suivrons pas ici cette division, parce que la distinction entre le premier et le second de ces modes d’insertion des étamines n’est pas bien nette dans plusieurs des familles monocotylédonées ; dans les Liliacées, par exemple. La structure de la graine nous semble en fournir une première plus constante et plus importante. Dans la grande majorité, en effet, cette graine est pourvue d’un périsperme en général fort épais, tandis que dans d’autres elle en est entièrement dépourvue; et celles-là offrent du reste entre elles des rapports marqués. Un de ces rapports est leur habitation dans l’eau :