‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 248 sur 262 · ZONE GLACIALE · texte numérisé non relu

ZONE GLACIALE

Scandinavie, de l'Espagne, de la Tnnpiic, l’Apeuflin, les Curpalhes, les Pyrénées. Elles se mêlent sans doute dans chacun île ces pays d’un certain nomlire d’espèces particulières, mais le fond général reste le même, lin Asie, l’Altaï, le Caucase et i’ilimulaya offrent aussi la plus grande analogie; ce sont généralement les mêmes famtfles, les mêmes genres, mais représentés par des espèces différentes, et d'autant plus ipt’on s’éloigne davantage tlu terme de comparaison que nous avons choisi. Dans l’Amérique, ces plantes, que par extension ou y nomme aussi alpines, mais qu’il vaudrait mieux peut-être appeler aiulines, appartiennent encore aux mêmes familles, quelques-unes aux mêmes genres, mais le plus grand nombre à des genres nouveaux, notamment ceux île beaucoup de Composées et il'Ombellifères. D’autres viennent à cette hauteur représenter quelques autres familles, comme des Oxahs, des Calanilrinia (Porto lacées), et ou cite même quelques Malvacées qui s’approchent de celte limite.

87 4. L'étude de la végétation des terres polaires arctiques montre moins de différences encore entre l’ancien et le nouveau continent. Ou peut sous ce rapport comparer deux points bien connus : la Laponie, par les travaux de M. Vahlenberg; lîle Melville, par ceux de M. IL Brown. Celle-ci offre un intérêt particulieren ce qu'avoisinant l’un des pôles du froid (§ 851), elle peut être considérée comme l’extrême limite de la végétation au niveau de la mer, avec une température moyenne de 18° au-dessous de zéro, des hivers où le thermomètre descend au-dessous de 33u, des étés où il ne s’élève pas a 3. On y a observé en tout 1 16 plantes , 49 crvptogames et 67 phanérogames, dont nous croyons bon d’indiquer ici la distribution par familles : Champignons (2 espèces). Lichens (15), Hépatignes (2), Mousses (30), Cypéracées (4), C ruminées (14), .lancées (■>), shnentacée ■ (1), Pnlygonées (2), Caryopliy liées (5), Crucifères (9), Papavéracées (I), Uenoneulacées (5), Kosacées (4), Légumineuses (2), Saxifrages (10), Ericiuées (1), Scrofu larinées (1), Campanu lacées (1), Chicoracées (1), Corymbijères (-4). Or, de ces espèces, 70 ( 26 dicolylédonées, 8 inonocotvlédonées, 36 aeolylédouées) sont communes au nord de l’Eitt ope, 45 ( 20 dicolylédouées, 12 inonoeotylédonées, 13 aeolylédouées) restent propres au nord de l’Amérique. Kainoml , d’autre part, à l’un des sommets des Pvrénées, a signalé, sur 133 plantes, 35 espèces identiques (15 cryptogames, 20 phanérogames) avec celles de l’ile Melville. Quant aux terres polaires antarctiques nouvellement découvertes , elles sont pour la botanique comme si elles n’existaient pas. Les navigateurs n’ont pu même eu apercevoir le sol sous l’épaisse couche de glace qui le recouvre et, presque constamment, en défend au loin l’abord.

^ 875. Dans ce même hémisphère, la zone, que nous avons nommée arctique, recouverte par l’Océan, n’intéresse le botaniste qu’à cause de ses Fucus. Quant à l'hémisphère boréal, où la mer, au contraire, n’en occupe qu’une très-petite proportion, nous pouvons nous contenter du coup d’œil jeté précédemment sur la Laponie, tant la végétation de la zone arctique se lie intimement à celle de la polaire. Elle offre en grande partie les mêmes plantes que celle-ci, auxquelles viennent s’en associer d’autres plus nombreuses et de formes déjà supérieures, quoique ne s'élevant pas encore à la dignité d’arbres. Mais nous trouvons des différences beaucoup plus tranchées si nous compadetix zones sur les Alpes et sur les Andes, Sur le Chimhorazo, par

mus ces

f,98 GÉOGRAPHIE nOTAXIQUE.

exemple, entre 3,000 et 4,500 mènes, à coté tic ces humbles espèces qui caractérisent exclusivement la région supérieure, nous voyons les arbrisseaux plus élevés se nui'tiplier, et même vers le bas quelques arbres. Certaines Composées même y revêtent cette forme insolite pour nous. Deux espèces tic celle famille (Espeletin et Clmqniragu) peuvent, par leur abomlauce sur toute la zone, servir à la caractériser, et quelques-unes appartiennent à la tribu des Labiatiflores. D’autres familles {Escullouiées, Araliucées, Ebêrutcécs) y ont des représentants, et celle des Erieinées en a particulièrement de différents genres cl de différentes tribus. L’un d’eux, le Hefuria, semble remplacer ici le llliodndendrou des Alpes.

§ 870. Cette zone tempérée, que nous n’avons jusqu’ici considérée qu’en Europe, il nous reste à la suivre dans les autres parties du g’obe, d’abord sur l’hémisphère boréal , puis sur l’hémisphère austral. Elle comprend, dans l’Asie, une vaste étendue bornée au nord par une partie de la Sibérie, sur le versant septentrional de l’Altaï, renfermant au sud ces pays qu’on confond ordinairement sous les noms du Levant ou de l'Orient, et s’arrêtant sur les pentes méridionales de l’Ilimalaya. La plus grande partie de cette étendue est enclavée entre ees deux grandes chaînes de montagnes que nous venons de citer, et dont l’intervalle a été à peine exploré; nous ne pouvons donc prétendre à une connaissance de sa végétation suffisante pour en tracer les traits généraux. Ce n’est que sur les limites qu'elle est mieux comme ; dans le Levant, dont la végétation se confond au nord avec celle des contrées «le l’Europe correspondantes en latitude , se nuance au midi avec celle des régions tropicales; «laits une longue bande «le la Sibérie, où l’abaissement considérable de la température nous ramène à la région sous-arctique sur un grand nombre de points, malgré leur latitude moins élevée, mais où se montrent cependant beaucoup d’espèces nouvelles «l«; familles européennes, dont plusieurs se développent sans «Ionie sous l'influence d’étés comparativement très-chauds. La végétation des tropùptes vient mourir sur les pentes «le l'Himalaya, et celle des divers climats tempérés s’y établit d’après les hauteurs auxiptclles ou s'élève. Enfin cette zone asiatique se termine à l’est par le nord de la Chine et le Japon, où la phvsionomic de la végétation européenne n’est pas encore effacée, comme le prouvent beaucoup de plantes appartenant aux mêmes familles et aux mêmes genres; mais se modifie par le mélange d’autres familles (Magnoliacécs, Ménispermées , li/Uueri/icces , Temstrœmincées, Hippnvmtanëes , Sapin, lot ers, Zautlioxyices, Ca'ycanlliêes, llignoiiiui ées, Comme Huées , Diosenréacées) étrangères à l’Europe et communes à l’Amérùpte. Deux arbres remarquables, le Tliê en Chine, le Camcllia au Japon, peuvent servir à y caractériser la zone chainle.

$ 877. Dans l’Aniériipic du nord, l’immense territoire des Etats-Unis forme presque a lui seul la zone tempérée. La chaude, comprise à peu près entre les 30' «*l 30' degrés, peut être caractérisée par le développement d’arbres appartenant a quelques-unes «les familles «pie nous venons de mentionner, et prineipa ornent à celle des Mugnuliacées. La froide, comparée à la zone européenne correspondante, s’en distingue par la rareté des Crucifères, Oml, elliferes, Chicorncees «* t Ci ii urées . 1) autres C (imposées ( comme les et s 1er «*t So lit logo) y abondent au contraire, ainsi que les arbres de la famille des Crucifères cl des Amcntacées. Ce sont des espèces appartenant aux mêmes genres

HÉMISI'HKUK AURTHAL. f,99

*|*n* coin ilt* l'Europe, mais différentes ci liipn plus variées, i|p P/».?, Sa/iins, Mélèzes, Thuias, Genévriers, Ifs, Charmes, Houleaux, Aunes, Minces, Fiênes, Saules, des Erables cl des Chênes surtout.

^ 878. Passant maiulpnant à l'autre hémisphère, nous ferons uhscrver le peu d'étendue qu’y occupent comparativement les terres de la /une tempérée. Un coup d’œil jeté sur la carte nous fait apercevoir celle vérité, eu nous montrant les divers continents qui , élargis au maximum entre les tropiques, se rétrécissent graduellement et assez rapidement eu s’avançant vers le pôle antarctique, bien loin duquel ils s’arrêtent. Ainsi, la plus grande partie de l’Amérique méridionale, de l’Afrique, et presque la moitié tic la Nouvcile- Hollatnle, appartiennent à ht région tropicale. L'Afrique, ressaut au 3.V degré, la Nouvelle-Hollande vers le l'F', n'offrent pas de point qui dépasse ht zone tempérée chaude, à laquelle la première u’apparlienl même que par sa pointe méridioua'e. L'Amérique seule, s'étendant jusqu’au 55e degré , entre clans la tempérée froide,

La limite extrême de celle-ci, aux terres Magel laniqttes, offre dans sa végétation une analogie remarquable avec celle de l'autre hémisphère, caractérisée également par la présence de certains arbies ( Saules et Hêtres) qui atteignent d’assez grandes dimensions. Mais le caractère américain s’ v reconnaît au mélange d’un Drymis , arbre toujours vert appartenant aux Manno liacées, d’un Escallonia, d’un Fuchsia, etc., etc. Lu remontant d’une part jusqu’à l'embouchure du llio de la Plala, de l’autre jusque vers les frontières septentrionales du Chili, qui louchent à la région juxlalropicale , nous passons graduellement par toutes les modifications de la zone tempérée. I.es plantes du Chili, sur 100 familles à peu près, nous eu montrent une quinzaine d’étrangères à l'Europe, quelques-unes même qui semblent presque propres à celte région, connue la tribu des I.abia liflores pour les Composées, les Loasées , Gilliésiacécs , Francoacées , Maleshcrbiucces , Solanacées , etc. Parmi les arbres, abondent au nord, auprès du Cactus peruvianus et autres, Y Acacia caven, forme tropicale; vers le centre, de singulières Illuminées à rameaux piquants ( CoUcliu ), une Homalinèe ( Aristoteha 11101/111), des genres particuliers de Jlosacécs {(Juillaia et har/encckia), un Laurier, les Fscalhmia qui descendent jusqu’au bord de la mer; au sud, avec les Hêtres et le Drymis, tics Myrtes variés, deux genres de Monimiées, des Cunnuuicces, des llixinées ( Azara ) et des ProtéacécS peu nombreuses, il est vrai, eu genres ( Lornatia , Emballa iuin, Quatlraria) et espèces, mais dont les individus innombrables envahissent presque toutes les parties boisées. Entre ces arbres, grimpent quelques ('issu. s et Lanlizabaln, représentants t'es Lianes.

879. Si sous l’équateur même nous comparons la zone des Amies, qui, par sa hauteur, correspond à cette région tempérée, nous la trouverons entre I ,<X!0 cl 3,000 mètres, montrant à sa limite supérieure un Drymis et un Escallonia, ces genres tpte nous venons de signaler aux terres Magel la niques, et caractérisée dans toute son étendue par des arbres d'un intérêt tout particulier : les Quinq uinas, dont les diverses espèces se rencontrent à diverses hauteurs et dont quelques-unes descendent même plus bas, jusqu’à la limite des Louijères en arbre. Mais d'ailleurs les plantes tropicales s’avancent plus loin sur cette zone tempérée des montagnes que sur celle que détermine la latitude, et des Palmiers, des Orcliii'ées êpi/ihyles, des Sens' t tocs , des Mdlaslomacées, e le.,

se rencontrent abondamment et assez haut au milieu de la région des Quin- (/uiiius.

880. Les terres australes, dont la Nouvelle-Hollande forme la principale portion, offrent dans leur végétation une physionomie toute particulière. Plus îles 0/10 de leurs espèces leur sont exclusivement propres; plusieurs constituent des familles tout à fait distinctes, d'autres, la grande majorité, des familles du reste à peine représentées sur d’autres parties du globe. Celles même qui appartiennent à des familles généralement répandues et connues déguisent ces affinités sous des formes insolites qui , dans les premiers temps de leur découverte, les faisaient méconnaître et dire à un spirituel botaniste à la vue d’un herbier de ces plantes nouvelles ; Nous sommes ici au bal masqué. Les masques sont connus maintenant , grâce aux savants travaux qui ont eu pour objet cette curieuse végétation. Mais c’est surtout celle de la partie comprise entre le 32e degré et l’extrémité méridionale qu’on a recueillie et étudiée : c’est donc celle qui appartient à la zone tempérée, et disons d ailleurs que c’est celle-là qui porte un cachet tout particulier, tandis que vers 1 équateur on retrouve plus de traits communs avec la végétation générale des tropiques, et notamment celle des Indes orientales. Les espèces de deux genres, l’un des Myrtacécs, l’autre des Légumineuses, les Eucalyptus et les Acacias à feuilles réduites à des phyllodes, sont les plus généralement répandus, et par leur nombre et leurs dimensions forment peut-être la moitié de la végétation qui couvre ces terres. Nous avons indiqué déjà (note 1, page lOü) la disposition de leurs feuilles, qui donne à leur ombrage et aux bois qu ils forment un aspect tout particulier. Les Légumineuses , Eitphorbiacëes , Composées, Orchidées, Cypèracécs et Four/ires sont les familles qui entrent pour la plus grande proportion dans l’ensemble de ces végétaux, mais néanmoins pas plus considérable ici qu’autre part; tandis que quatre autres, les Myrtacées, Protéacécs, Hestiacées et Epacridées, comptent dans les terres australes beaucoup plus de représentants que sur tout autre point de la terre. Les Goodeniacées, Slylidides, Myoporinëes, Pittosporées, Dilléniacées et Ualoragëes y présentent aussi le maximum de leurs espèces ; une certaine tribu de Diosmées, les petites familles des Tcémandrées et Stacklinusiees, ne s’observent que là.

$881. Les îles de la Nouvelle -Zélande correspondent à peu près eu latitude à cette zone que nous venons d'examiner, et en sont les terres les plus rapprochées. Elles peuvent nous intéresser d’autant plus qu'assez près d'elles, un peu plus au sud, se trouve situé l’antipode de Paris, si bien qu’elles sembleraient, de l’autre côté du globe, devoir représenter une partie de notre région méditerranéenne ou des Oliviers. Cependant leur végétation offre un caractère bien différent, quelques traits communs avec celle de la Nouvelle- Mollaude, un plus grand nombre avec celle du reste de la Polynésie pi par conséquent des tropiques. On y observe des Palmiers [Cniyplia australis), des l'ougeres et des Dracœnas en arbre, des forêts d’une Conifère à feuilles larges (b; Dammnra), d’ttn port tout à fait différent des nôtres, et de Alyrtacécs (Met ros ideros). Faisons remarquer cependant que ces forêts tombent en décadence, et que d'une autre part les végétaux potagers de l’Europe introduits par les navigateurs s’y sont propagés avec une facilite telle qu’ils jouent maintenant un grand rô|e «laits l’aspect de terrains fort étendus.

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